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Cinéma 8 mars

03 Mar 2017
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Ce mois-ci, les femmes s’affranchissent de la « tyrannie » des hommes fondée sur une interprétation des textes religieux et sur des idées « innées » qui cheminent avec la marche de la société ! La prééminence d’une catégorie d’individus sur une autre, en général, découle d’une historicité de modes de vie légitimatrices de statuts consignés dans une législation très souvent non écrite. Celle-ci est moins sujette à controverse parce qu’elle est intégrée comme une normalité. Les discours sur les droits des femmes sont plus politiques, au plus philosophiques, qu’un fait de positionnement social. Le génie sublime de la première génération de cinéastes sénégalais est pourtant d’en avoir fait un objet transversal. A l’image des premières élites intellectuelles, ils ont porté les combats de leur temps. La femme apparaît dans ces premières productions comme « objet » social. Sembene Ousmane en a fait plus tard, davantage que Paulin Soumanou Vieyra (Sindiely, 1964), une actrice sociale pour s’attaquer aux stéréotypes. Avec Djibril Diop Mambety, la femme n’est pas, elle devient. Son statut n’y occupe pas une importance plus considérable que celui auquel accède l’homme. La dignité se conquiert dans le tourbillon urbain, Dakar. Que l’on soit homme ou femme. Les plus jeunes cinéastes sénégalais se sont d’ailleurs beaucoup inspirés de sa créativité vagabonde qui transparaît dans nombre de leurs productions.

Il y a dans « Borom sarret », court métrage de Sembene, deux scènes très explicites qui renseignent sur la condition de la femme dans la société sénégalaise. La première montre une femme pilant à côté d’un mari qui prie. Ce dernier, comble d’infortune, ne rapporte rien à la maison après une journée à « parader » avec sa charrette et son cheval « Albourah » dans les rues de Dakar.

A son retour, son épouse, toujours en train de s’activer, lui confie leur petit enfant et lui fait cette promesse : « On mangera ce soir ». Sembene Ousmane extirpe la femme de la sphère dans laquelle on la confine. Elle prend l’initiative au-delà du cercle conjugal. Les rôles sont intervertis. Le nourrisson découvre les robustes mains du géniteur. Le réalisateur, dans nombre de ses œuvres, ne provoque pas un tiraillement. Il crée les conditions de légitimation de l’action de la femme dans un étouffoir, son quotidien écrasant. Dans «Sindiely», par contre, Paulin Soumanou Vieyra donne à voir, à travers le dénouement, la capacité de la femme à adopter des formes de résistance en adéquation avec les mentalités, les clichés de son temps.

Le cinéaste Djibril Diop Mambety est, lui, plus ésotérique que ses aînés. Il soustrait la femme, sans en faire la trame de ses films, du joug des convenances et croyances populaires. « Hyènes » est l’une de ses productions les plus connues. Le message y est moins hermétique : une femme prend sa revanche sur la société qu’elle prend pour responsable de son sort. Même si le discours basé sur le sexe n’est pas aussi permanent dans ses films que dans ceux de Sembene, Mambety, par les éléments de dialogue, d’interactions traduisant implicitement un nivellement de dignité entre l’homme et la femme, adopte un discours filmique nouveau. La pestiférée d’abord et puis riche « Ramatu », actrice principale, retrouve l’honneur qu’elle avait perdu parce qu’elle est « devenue ». Elle n’est plus femme -son corps est répugnant, son ton et ses toquades incommodants, ses exigences outrancières- mais elle a voix au chapitre. C’est elle qui accomplit la destinée du « peuple » de Colobane et donne aux hommes pour qu’ils fassent ripaille. Mambety est un provocateur subtil, un « concepteur destructeur » d’images.

Le deuxième film de sa trilogie, histoires de petites gens, « La petite vendeuse de soleil », épouse également cette idée. L’acteur principal dans le premier, « Le Franc », espère rencontrer la fortune dans le pari alors que « La petite vendeuse de soleil », Sili Lam, fille handicapée, la cherche dans le labeur. On s’émeut davantage de voir une adolescente vendre des journaux qu’une impotente contourner les écueils de la rue pour s’en sortir. C’est pourtant elle, grâce à ses économies, qui achète à sa grand-mère indigente une tente sous laquelle papotaient les hommes. Il y a également un élément curieux dans l’œuvre de Mambety : l’époux, à l’exception de son film « Hyènes » (et ici, il n’y a pas de relation d’autorité), est toujours absent.
L’état de plénitude, l’épanouissement de la femme n’est pas forcément envisageable dans ce que nous considérons comme de la modernité. Il est dans ce que chaque société détermine comme des dynamiques sociales.

Par Alassane Aliou Féré MBAYE

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