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Enseignement de l’Islam dans l’espace sénégambien : Le flambeau brille encore à Karantaba

19 Mai 2017
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Le village de Karantaba, situé  dans la  région de Sédhiou était noir de monde les 9,  10, 11, 12 mai 2017. Des milliers de fidèles venus des contrées du Sénégal, de la Mauritanie, du Mali, de la Gambie, de la Guinée Bissau et de la Guinée ont convergé vers  l’un des plus grands  foyers de diffusion de l’enseignement coranique dans l’espace sénégambien. Sa mosquée construite depuis 800 ans, les tombes des érudits de l’Islam ont reçu des milliers de fidèles de jour comme de nuit. Le village conserve bien sa vocation et l’étymologie de son appellation. 

Le quai d’embarquement de Sédhiou bascule dans une relative effervescence. Des minicars, des camions, des particuliers forment une file. Les motos « Jakarta » déposent des clients. Des mécaniciens réparent la rampe du bac. Les clients, les plus pressés enfilent des gilets de sauvetage et sautent dans des pirogues motorisées. Les embarcations, les moteurs en marche, font cap sur Sandiniéry qu’elles atteignent au bout de moins  d’une demi-heure. Sur la terre ferme, des rabatteurs hèlent les passagers en répétant : « Ai Wa Karantaba », « Karantaba ». Les fidèles se dirigent vers  des minicars immatriculés au Sénégal, en Gambie et en Guinée-Bissau. Des voitures bondées de clients et aux porte-bagages pleins de chargements quittent à vive allure Sandiniéry. Elles s’engagent sur une piste cahoteuse par endroits et carrossable dans d’autres sections. Des chants religieux, amplifiés par des haut-parleurs, rythment le voyage vers le village des érudits. Des champs d’anacardiers et des plantations de manguiers se succèdent.  Karantaba se signale au loin par des déclamations du Saint-Coran. Après le rallye, des fidèles imposent aux conducteurs de ralentir. La voie principale fourmille à hauteur du poste de santé. Des vendeurs de tissus, de friandises, de draps, de matériels agricoles, d’huile de palme, de mangues, de bananes, etc. ont leurs étals sur les dépendances de l’artère principale. Toutes les ruelles secondaires transbordent comme les affluents d’un fleuve en crue.

« Ce n’est pas encore l’affluence. Le gamou, c’est demain. Le village  de Karantaba est béni. Personne n’y peut rien  », s’exprime avec un air de fierté Vieux Seydi.  Dans l’enceinte des concessions, des fidèles déclament des chants religieux. D’autres battent des « tabalas » (tambours). Des louanges à Dieu et à son prophète Mouhamad (Psl) sont bien enrobées en langue mandingue. « Le village bat à ce rythme, c’est l’un des rares, pour ne pas dire unique village, au Sénégal où il y a une intense activité religieuse qui précédé le gamou », nous confie Soulèye Camara.

Le village des mosquées
Jusqu’à minuit, ce mercredi, des bus, des minicars, des « Ndiaga-Ndiaye » continuent de déverser leur chargement sur la cité. Les rares espaces libres aussi bien à l’artère principale que dans des  rues secondaires se transforment en gares routières temporaires. Ce village religieux a sa particularité. A quelques mètres du poste de santé, une mosquée en construction fait face à une autre.  Toutes les deux donnent sur l’artère principale. Un peu en amont en face de la maison du maire, une ancienne mosquée fait figure de nain au pied d’une nouvelle. Leur répartition spatiale est une incitation à la prière en groupe. C’est comme si les anciens ne voulaient pas que des  passants trouvent une bonne excuse pour rater  l’heure de prière. Depuis une lointaine époque, des guides religieux ont dédié leur vie à l’adoration de Dieu. Chacun cherchait, avec une certaine obsession, une élévation spirituelle en tournant le dos à ce monde si éphémère. A l’intérieur des quartiers on peut voir çà et là d’autres mosquées. La localité où vivent 7000 âmes au dernier recensement  porte bien son nom. Ni le temps, ni le flux de la modernité  ni la quête du mieux-être n’altèrent l’essence du fondement de Karantaba. La tradition littérale de Karantaba en mandingue signifie le brasier autour du duquel on apprend le Coran. « Normalement toute personne qui est née à Karantaba doit maîtriser le Coran et doit être bien éduquée. Ce village a produit de grands érudits de l’Islam », professe un guide religieux après l’intervention du gouverneur de la région de Sédhiou, Habib Léon Ndiaye lors de la cérémonie d’ouverture.

Le chef local de l’exécutif a mesuré toute la place que les hommes et les foyers religieux dans la consolidation de la  cohésion nationale. Le représentant des familles religieuses, El Hadji Fakéba Solly a magnifié la contribution de l’Etat à la réussite de l’organisation du grand rendez-vous de la foi. Dans la foulée, le président du comité d’organisation a salué la prise en charge de la réhabilitation de la grande mosquée par le gouvernement et l’engagement du ministre de la Culture et de la Communication, Mbagnick Ndiaye. La cérémonie officielle a été sobre. Le village retourne à ses fondamentaux : la propagation des enseignements islamiques. Dans des certaines de concessions, on récite le Coran de façon presque continue.  Des louanges à Dieu et au prophète Mouhamad (Psl)  émanent de partout. « Ici, nous avons 9 grandes familles religieuses. En réalité, Karantaba est un village de marabouts », me confie un de mes tuteurs, lui-même issu d’une des grandes familles religieuses. La graine semée par les érudits a bien porté ses fruits. Depuis 1976, le village célèbre  son gamou sans tambour ni trompette. Mais l’évènement a  dépassé les frontières du Sénégal. Il suffit de jeter un regard sur les plaques d’immatriculation des véhicules pour se rendre compte que la cité n’est pas dans l’anonymat. « Les anciens faisaient leur gamou sans se rapprocher de l’Etat, au fil des années, cela a été perpétué. L’évènement a pris actuellement  une dimension internationale et l’affluence est devenue plus importante », témoigne  le maire de Karantaba, Seydi Solly au cours d’un échange à  son domicile.

Le recueillement nocturne sur des tombes
Depuis 800 ans, Karantaba  a construit sa réputation sur la transmission des enseignements de l’Islam, la diffusion des connaissances coraniques. Son étoile illumine encore sur l’espace sénégambien au sens large du terme. Ce jeudi 11 mai,  la nuit tombe sur la cité sans voiler l’effervescence religieuse. Au marché, on marchande à tout bout de champ. D’autres commerçants, le corps couvert de poussière, dorment sur les sacs et des nattes étalés à même le sol. Il fait jour au marché à minuit. Des fidèles se faufilent entre les cantines pour rejoindre le site d’où est parti le peuplement du village fondé par l’homme de Dieu Foderba Dramé.

Ici, des hommes, des femmes, des jeunes garçons entrent dans un bâtiment abritant des tombeaux. Ils jettent des pièces de monnaie. Les gardiens des lieux formulent des prières. Ils ressortent et entrent dans un caveau où des moustiquaires sont accrochées aux  lattes de bambou. Chacun, formule des vœux et puis lance quelques pièces, des bougies ou du sucre dans une calebasse. Des pèlerins tendent les mains pour la prière commune d’abord. Puis ils  se tournent vers le levant. Des hommes récitent des versets. Après cette étape, la procession traverse la cour d’une concession où d’autres pèlerins dorment.

Une mosquée à part    
Derrière, cette grande concession, des groupes  se recueillent sur d’autres tombes. Depuis de longues années, dans ces sites, c’est vers l’aube que des fidèles viennent se recueillir dans les mausolées des érudits qui reposent  sur la terre sainte. « Karantaba est un endroit où tous ceux viennent pour des bénédictions voient leurs vœux se  réaliser. Ici, il y a quelque chose que l’on ne trouve pas ailleurs », confesse un septuagénaire établi au village de Kafoul et qui a passé 35 ans à Karantaba auprès de son maître.

 Il n’y avait pas de place pour la prière de l’aube  du jeudi dans la mosquée. Des foules de fidèles avaient pris d’assaut l’ancienne mosquée, construite avec la terre bâtie. L’édifice se distingue avec  ses multiples portes internes et ses murs intérieurs servant à séparer les files de fidèles. A  l’intérieur de la moquées multiséculaire, des  fidèles, les uns et après les autres,  posent  leurs  mains et leur visage sur  des effets des premiers imams cousus  dans un tissu et qui sont incrustés dans des murs. A l’extérieur, des femmes se massent. Elles se recueillent.

D’autres pèlerins emportent de l’eau bénite contenue dans des canaris alignés dans la cour. L’affluence atteint un nouveau record, lors de la prière hebdomadaire du vendredi. Déjà à 11 heures, le lieu de culte est pris d’assaut. Jusqu’à plus de 100 mètres à la ronde de l’extérieur de l’enceinte, les fidèles étalent leur natte. D’autres envahissent des cours des concessions où ils forment d’autres rangées. A la fin de la prière, des fidèles se précipitent  vers des véhicules. Le village religieux commence à se vider sans que la ferveur ne s’estompe. 

Par Idrissa SANE

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