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Foundiougne : Mbam, pauvre en équipements, mais riche en ressources

19 Jui 2017
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Située dans la contrée du Loog, qui appartenait autrefois au Diognick, une province située au nord-ouest du royaume du Saloum, la commune de Mbam joue un rôle central. Riche de ses potentialités naturelles, ses plans d’eau et de ses villages au passé glorieux à l’image de Mbam, Mbassis, Ndorong, Thiaré, cette contrée ne veut pas abdiquer face à la pauvreté chronique qui l’a privée jusqu’à la plus petite des infrastructures de base. Malgré cela, la localité veut grandir en exploitant ses nombreux atouts et combler ses nombreux déficits.

Il est des contrées très difficiles à placer sur la carte du Sénégal. Mbam fait partie de celles-là. Située à quelques encablures de la commune de Foundiougne, sur la route de Passy, cette commune d’environ 10.000 habitants aux allures de gros village endormi regorge de potentialités. On ne peut pas passer par Mbam sans évoquer Laga Ndong, le Taaboor, roi des Esprits, génie protecteur de la contrée qui appartient au village de Ndorong. Ni occulter ses villages chargés d’histoires comme Mbam, Thiaré et Mbassis qui, depuis la nuit des temps, vibre au rythme du « ndut », rite initiatique chez les Sérères et obligatoire pour devenir homme au sein de la communauté.

Mbam est une commune pleine d’histoire et de sociabilité si l’on en croit son maire Simon Diouf. « Notre contrée occupe une centralité forte et regorge d’histoire. À l’époque, le diaraf résidait toujours à Mbam. Il y a Mbassis qui a aussi une très forte histoire, tout comme Ndorong et Thiaré », renseigne le maire. Comme beaucoup de localités en pays sérère, Mbam est une zone culturelle par excellence comme en attestent les nombreux évènements qui rythment la vie de communauté. « Quand on aura tout perdu, il ne nous restera que la culture qui n’est pas un élément négligeable dans la zone », indique Simon Diouf. L’évènement phare à Mbam, c’est le « ndut » qui a lieu périodiquement à Mbassis. Ce rite initiatique, selon le maire, constitue un des points cardinaux des valeurs de la localité.

Un marketing territorial pour valoriser le tourisme
« C’est à cette occasion seulement qu’un transfert des valeurs et de nouvelles acquisitions confortent les jeunes dans ce qu’ils sont et les aident à grandir et à devenir homme. C’est une forme d’adhésion à ce qu’on est, une responsabilité d’appartenir aux siens », explique le maire. Jadis, relève Simon Diouf, la séance du « ndut » était tournante entre Mbassis, Mbam, Thiaré et Ndorong. Ce rite, dit-il, était célébré au gré de la réussite de l’hivernage. Le système tournant était valable aussi pour les activités sportives et culturelles, et même pour les séances de lutte. « Mbam est une commune naturelle. Géographiquement, les contours le montrent. Culturellement et sociologiquement, les familles que vous trouvez à Mbam sont les mêmes que vous rencontrez à Mbassis, Ndorong », précise Simon Diouf.

Cernée de part et d’autre par les bolongs, la commune de Mbam recèle aussi des potentialités touristiques. En plus du cordon littoral sableux de plus d’une cinquantaine de kilomètres, des plans d’eau et de l’une des plus belles baies au monde qui se trouve dans le département avec réserve biosphère du delta du Saloum, Mbam a de quoi faire rêver. Avec tous ces atouts, le maire estime que « (sa) ville peut aller vers un écotourisme et un tourisme spécifique, d’excursion ». Mais ce qu’il faut, soutient Simon Diouf, c’est un véritable marketing territorial. « Il faut considérer l’offre, la positionner au niveau international et travailler à la communiquer et à avoir une image de marque forte », indique-t-il. « On est trop étriqué dans nos réflexions et la politique prend trop le dessus sur le développement », déplore-t-il. Selon lui, il urge de donner une identité forte au département de Foundiougne, le positionner parmi les zones d’attraction les meilleures. Aujourd’hui la Sapco est dans la zone de Ndolette avec un aménagement de plus de 23 ha. Le maire de Mbam est d’avis que si le site était bien exploité avec des installations patentes, ça aurait permis à Mbam de devenir une vitrine et d’attirer chaque année beaucoup de touristes. Dans plusieurs contrées du pays, le foncier constitue un casse-tête. Mais à Mbam où il constitue une énorme richesse, la communauté tient beaucoup à sa préservation. Depuis trois ans, explique le maire, toute forme d’attribution a été suspendue par souci de préservation du foncier.

« Nous voulons nous inscrire dans une dynamique légale, mais aussi dans une approche participative », explique le maire. C’est pourquoi, note-t-il, la commission d’attribution n’est pas gérée par des conseillers.

Le foncier, une précieuse richesse
« Dans chaque village, il existe une commission locale présidée par le chef de village et composée de la présidente des femmes, du responsable des jeunes, de l’imam, de la catéchèse, d’un sage et d’un ancien conseiller », indique-t-il. « On a par la suite demandé à chaque chef de village de nous faire une proposition de critères d’attribution. À la suite d’une plénière, six critères ont été arrêtés parmi lesquels chaque propriétaire a au minimum une parcelle ou deux tout au plus. On fait une solidarité agissante, mais futuriste ». En matière de foncier, le maire et son équipe veulent jouer la carte de la prudence. « Depuis que nous sommes arrivés, nous n’avons pas fait plus de 20 délibérations parce que nous pensons que notre seule richesse reste le foncier que nous n’osons pas brader », soutient Simon Diouf.

Aujourd’hui, renseigne le maire, la Sapco est dans la zone de Ndolette avec un aménagement de plus de 23 ha. À en croire Simon Diouf, des promoteurs veulent le site, mais les offres ne sont pas conséquentes ni suffisamment bancables pour que des terres leur soient données. La situation est telle que la municipalité ne peut même pas étendre la zone agraire parce que, dit le maire, la seule forêt qui reste à la commune a été mise en défens.

« Nous avons la préoccupation de sauvegarder cette relique qui nous reste pour assurer la zone pastorale, mais aussi les activités des tradipraticiens parce que nous sommes dans une collectivité suffisamment rurale où les gens se soignent souvent par des plantes. C’est des préoccupations que nous avons prises en compte », note-t-il en précisant que Foundiougne ne dispose plus de foncier. Selon Simon Diouf, l’extension naturelle de Foundiougne c’est la commune de Mbam. « Nous sommes sûrs qu’un développement optimal de Foundiougne ne saurait se réaliser que par une intercommunalité entre les deux collectivités ». Aujourd’hui, indique M. Diouf, on raisonne en termes de pôle. Mais, selon lui, avant d’arriver à pôle Sine Saloum, certaines localités devraient travailler à s’interconnecter pour avoir des projets d’envergure communs.

Malgré les potentialités dont regorge Mbam, l’accessibilité de cette localité demeure problématique. Pour le maire Simon Diouf, la reprise des travaux de la boucle du Loog qui relie les plus gros villages de cette zone est devenue une urgence.

Le défi de l’accessibilité
« Ça a été un plaidoyer, ça le reste et ça le restera », soutient le maire qui insiste sur la pertinence de relier Foundiougne, Soum et Mbam, trois communes qui partagent les mêmes espaces socio-culturels et les mêmes aspirations. Selon lui, Mbassis est mal à l’aise quand arrive l’hivernage. Il est difficile d’évacuer les malades. L’aspiration, c’est de voir la boucle avec un chemin caillouteux et, à terme, son bitumage pour aider à valoriser le potentiel de la zone.

« Le problème a été posé avec le Pudc. On nous a donné un gage que le travail va reprendre. Nous sommes une presqu’ile comme le Cap-Vert. De part et d’autre il faut traverser un pont ou un bac. La réalisation de cette route va donc changer beaucoup de choses et ouvrira beaucoup d’opportunités et nous aiderait à valoriser notre potentiel touristique », assure-t-il. Par ailleurs, fait savoir M. Diouf, le grand projet du pont de Foundiougne ouvrira d’autres opportunités. « Cette infrastructure va décloisonner totalement la zone et nous rapprocher de la Gambie. Avec les autres ponts, ça va créer une synergie et d’ici 20 ans, le département de Foundiougne connaitra une expansion extraordinaire », fait savoir Simon Diouf.

Avec ses 124 km2 de superficie, Mbam, composé de six gros villages (Mbam, Mbassis, Thiaré, Ndorong, Gagué Mody et Gagué Bocar) et de quatre hameaux (Bambouki, Ndolette, Peulga et Keur Samba Wané), est une commune qui n’a aucune infrastructure de base. Pas de stade municipal, ni marché, ni hôtel de ville. Un vrai marasme infrastructurel. 

Une commune qui rêve de grandir
Populations MbamLe défi majeur s’articule, selon le maire, autour de l’éducation, de l’environnement, de l’eau et de l’électricité. « L’avènement d’un pays ou d’une commune c’est l’éducation qui pourrait aider les jeunes à prendre la montée et à asseoir le développement », soutient Simon Diouf. L’eau, indique-t-il, est à la base de tout développement.

Mbam, qui se trouve dans une zone quasi insulaire, est confronté à un problème lié à la salinité rendant complexe l’accès à l’eau potable. « Au début des années 80, la Caritas nous avait aidés à implanter un peu partout des forages qui ne sont plus fonctionnels depuis bientôt dix ans. Aujourd’hui, le Pudc est intervenu à Mbam, mais l’eau était saumâtre. Les tentatives d’amener une machine de désalinisation n’a pas prospéré », renseigne-t-il. Aujourd’hui, note le maire, il existe, selon le Pudc, une possibilité de transfèrement d’eau à partir de Diossong. « Nous avons un forage qui pourrait nous alimenter avec un transfèrement d’eau à Passy Mbiteyenne. Ce serait une bonne chose parce que ce village est resté dix ans sans eau », souligne-t-il. Les populations s’alimentent à partir de puits ; ce qui, de l’avis du maire de Mbam, constitue un problème de santé publique, car, soutient-il, l’hygiène et la qualité ne sont pas de mise. Il y a aussi l’électricité qui, selon le maire, constitue un élément structurel. Avec elle, indique Simon Diouf, il y a possibilités d’élargir le développement. « De la ruralité, on peut développer la localité grâce à l’électricité qui est un aspect important pour nous ». Pour le maire, Mbam a la chance que beaucoup des villages le composant soient électrifiés. « Si cette électrification pouvait être étendue, ce serait une très bonne chose. Le Pudc avait dans sa seconde phase ciblé les villages de Mbam et Mbassis. Ce serait une aubaine pour nous que systématiquement l’électrification soit étendue à ces deux grands villages de la commune ». Selon le maire, des efforts ont été faits notamment avec le Pndl grâce à un appui de 13 millions de FCfa. « Nous avons fait une extension au niveau de Mbam qui est la capitale de la commune et Thiaré. Nous sommes en train de réaliser l’extension des villages de Ndorong, de Gagué Cherif et Gagué Mody et du hameau de Ndolette », indique le maire.

Avec un budget assez maigre pour faire face aux investissements et fonctionnement, le développement n’est pas facile. « Nous avons 9 compétences transférées qui ne sont pas faciles à réaliser surtout que 40 % des fonds de dotations sont injectés dans l’éducation », indique le maire. Pour Simon Diouf, le devenir de Mbam en tant que commune purement rurale qui dépend foncièrement de l’agriculture sera très complexe. La solution, relève-t-il, passe par une grande solidarité entre les grandes communes qui ont assez de moyens et celles plus petites et disposant de peu de ressources.  

Exploitation des ressources halieutiques
La zone de Mbam constitue un espace riche en ressources halieutiques. Un transfert de technologie dans le secteur des pêcheries plus précisément de la crevette est à l’étude, selon Jean Fall, enseignant chercheur à l’Institut de pêche et d’aquaculture, natif de Mbassis dans la commune de Mbam.

Les opportunités ne manquent pas dans la zone selon le chef de village de Mbassis, Joseph Caty Diome. Mais, précise-t-il, aucun projet encore moins l’accès au financement ne profite aux populations des différents villages. M. Diome fait noter l’existence de nombreuses potentialités dans le secteur de la pêche. Ici, indique-t-il, « la crevette est très prisée notamment dans les villages de Mbam, Gagué Mody, Gagué Cherif et Gagué Bocar, zone réputée site sacré du Ngouta (baobab qui servait de lieu de cachette) situé au milieu des palétuviers le long du bras de mer. Aussi, il y a la zone des tanns (sol salé) de Loog où on peut trouver des mulets, des tilapias et d’autres espèces comme les huitres, mais dont l’abondance de la capture dans les temps anciens n’est plus de mise du fait de la disparition progressive des palétuviers ». Pour l’Enseignant chercheur, Jean Fall de l’Institut de pêche et d’aquaculture, il convient de mettre à profit tout ce potentiel pour lutter contre l’exode rural à travers un transfert de technologie en matière de pêche pour lequel un projet pilote a été ficelé dans le cadre de l’organisation de la filière aquacole. Selon M. Fall, des femmes et des jeunes ont été formés en ostréiculture, en élevage d’huitres et à la maitrise du dispositif de captage d’essaim de mollusques (guirlande où l’on attache des coquillages). De même, précise-t-il, une formation à la technique de culture de tilapia a été organisée notamment pour l’aménagement d’étangs avec bâche à mettre dans l’eau pour l’empoissonnement et le nourrissage. « Il est aussi envisagé une unité de fabrique d’aliments pour poisson en utilisant les sous-produits agricoles disponibles dans la zone comme le mil et le maïs », indique-t-il. Aujourd’hui, l’ambition d’une intégration agriculture-pisciculture reste le principal souci des populations de Mbam et de Mbassis à travers l’utilisation à grande échelle des affluents et cours d’eau pour promouvoir le développement local et la sauvegarde de l’environnement. Mais l’urgence, selon le chef de village, Joseph Caty Diome, se trouve dans la réhabilitation et lé régénération de la zone des mangroves avec l’appui des partenaires. « Même si, les jeunes de Mbassis sont pressés d’accueillir le projet en gestation qui devrait leur ouvrir de nouveaux challenges et une main d’œuvre considérable pour non seulement faire émerger le terroir à vocation agricole, de pêche et d’élevage, mais également satisfaire leurs besoins familiaux », note-t-il.

Par Mohamadou SAGNE, Samba Oumar FALL (textes)
et Ndèye Seyni SAMB (photos)

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