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Ousmane Dia dit Odia : L’artiste de la « chaise »

22 Fév 2018
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Ousmane Dia, artiste plasticien, excelle dans l’art de façonner les métaux. Il aime les assembler en de compositions qui défient les lois de l’équilibre. Son motif de prédilection demeure la chaise : « Le siège du pouvoir et de l’autorité, mais aussi le symbole de l’hospitalité ».

Ousmane n’a pas l’accoutrement d’un artiste. Il porte un costume gris assorti d’une chemise orange. Une sérénité ponctuée d’un sourire éternellement accroché aux lèvres se dégage de son visage. L’homme est avenant ; en atteste sa chaleureuse poignée de main. Point de dreadlocks ; il a la tête rasée. Ousmane Dia dit Odia est plasticien. Ce Sénégalais âgé de 46 ans et natif de Tambacounda vit entre Genève et le Sénégal depuis vingt ans. Formé à l’Ecole nationale des Beaux Arts de Dakar, c’est après l’obtention de son diplôme qu’il se rend en Suisse, à l'École Supérieure des Arts Visuels de Genève pour, dit-il, y passer « un diplôme post-grade » obtenu en 2001. Ousmane capitalise une trentaine d’années dans le monde de l’art. Tout jeune, il ressentait déjà une sorte de manie le poussant à s’exprimer à travers des dessins. Les représentations picturales ont de tout temps constitué une attirance pour lui. C’est d’ailleurs ce qui faisait qu’à l’école, il était souvent désigné dès lors qu’il s’agissait de produire des représentations au tableau. Il se targuait alors du statut de dessinateur « accrédité », pour ainsi dire. La tâche de décoration lui revenait exclusivement en charge. Toutefois, le véritable déclic provient de Jacob Yakouba, un artiste de talent très connu, originaire de Tamba. Le jeune garçon aimait reproduire les œuvres de ce grand artiste. De passage à Tambacounda, il est parti le voir afin de lui montrer les œuvres qu’il avait faites de lui. Ce dernier loue son talent et lui recommande d’aller à l’Ecole des Beaux Arts de Dakar afin d’y subir une formation. « C’est Jacob qui m’a véritablement encouragé à emprunter une voie d’artiste. Il m’a même proposé son appui financier », se souvient-il, très reconnaissant. La formation est générale à Dakar ; lui, très ambitieux, veut se spécialiser dans la sculpture et consent à des études très poussées dans ce domaine. « Or, au Sénégal, la possibilité de passer un diplôme post-grade était inexistante », affirme-t-il. Très passionné, le jeune homme s’oriente vers les écoles d’autres pays. C’est ainsi qu’il postule à différents établissements en France, au Pays-Bas et en Suisse. Il est accepté dans ces trois pays mais décide de se rendre en Suisse, sur les conseils de Joseph Yakouba, informe-t-il. Aujourd’hui, en plus d’être artiste, Ousmane est professeur d’art visuel. S’il n’est pas à l’école pour enseigner, le professeur se renferme dans son atelier imprégné dans son « univers de création ».

Dans ses représentations, Ousmane évoque beaucoup la politique et l’actualité internationale. Quand Nicolas Sarkozy, ancien président de la République Française, avait tenu son discours à Dakar, affirmant que le « noir n’était pas suffisamment entré dans l’histoire», il s’est senti «choqué » et a décidé de faire une performance dans ce sens. Il choisit la Sorbonne à Paris pour la riposte. « J’ai représenté le malheureux discours de Sarkozy sur une immense toile posée par terre. Il y avait beaucoup d’Ambassadeurs à la rencontre. Une fois la toile par terre, j’ai demandé à l’assistance de marcher dessus pour marquer son désaccord. Tout le monde s’est exécuté, en signe de protestations », se remémore-t-il. Il venait ainsi de prendre sa revanche.

La chaise, son objet de prédilection
Un objet de prédilection revient toujours dans les représentations d’Ousmane : il s’agit de la chaise. « C’est un symbole de pouvoir, mais aussi d’hospitalité. Hospitalité, dans le sens où quand on reçoit quelqu’un, la première chose à faire, c’est de lui proposer de s’asseoir. C’est aussi une source de pouvoir dans la mesure où la chaise peut marquer le statut social de la personne. Par exemple, dans un gouvernement, la chaise du président de la République diffère de celle du Premier ministre, laquelle n’est pas identique à celle des ministres, vice-versa, jusqu’à la plus petite échelle », affirme-t-il. La chaise marque le statut social, il y a en même temps l’idée du trône. Il travaille aussi sur la multiplication des objets. Dans cette perspective, il fait souvent appel au fer à béton. Une manière de montrer la solidité qui doit caractériser un pouvoir soutenu par le peuple, évoque-t-il sourire aux lèvres.

Ousmane ne se cantonne pas exclusivement à ses représentations. En moyenne, il revient tous les trois mois au Sénégal. Dans l’idée de réunir les peuples artistiques, il a créée une association qui regroupe des artistes suisses et sénégalais. L’objectif est de construire un pont entre des créateurs issus de ces deux pays. « C’est également une manière de permettre aux artistes de Tamba de pouvoir éclore ». Il est courant qu’il amène dans ce sens des artistes suisses au Sénégal et même parfois des artistes sénégalais en Suisse. « L’association se veut d’être un coup de pousse pour les jeunes tournés aux arts plastiques et visuels ». Il en appelle à une politique plus encadrée afin de faire rayonner l’art visuel au Sénégal. Présentement, Ousmane Dia réalise sa première exposition au Sénégal à la Galerie nationale de Dakar. Le vernissage a eu lieu le 30 janvier dernier. L’exposition s’est poursuivie jusqu’au 17 février. Pour cette exposition, il a décidé de travailler sur l’Article 10 de la Constitution du Sénégal.

« Sur le plan démocratique, le Sénégal, un des rares pays à n’avoir jamais connu de coup d’Etat, figure parmi les exemples », se targue-t-il. Suffisant, à ses yeux, pour chanter fièrement la démocratie sénégalaise. « Il est assez déplorable de constater que depuis quelque temps les gens croient foncièrement devoir s’adonner à la  casse pour se faire entendre, dans le cadre d’une marche par exemple », déplore l’artiste. Ces biens appartiennent en réalité au peuple et non au pouvoir en place.

Et pourtant l’Article 10 de la Constitution du Sénégal encadre tout cela : « Chacun a le droit de s’exprimer, de diffuser librement ses idées, par la parole, par la plume, par l’image, par la marche pacifique, pourvue que l’exercice de ces droits ne porte atteinte ni à l’honneur, ni à la considération d’autrui et ni à l’ordre public ». Plusieurs Sénégalais ignorent le contenu de cet article 10, au regret d’Ousmane. C’est une manière de montrer aux compatriotes qu’ils ont un texte sur lequel ils peuvent s’appuyer pour exprimer leurs désaccords de manière pacifique et légale, rappelle l’artiste.

Oumar BA

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