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Guinguinéo : Entre nostalgie du passé et angoisse du présent

26 Fév 2018
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Guinguinéo, vieille ville située dans la région de Kaolack, bâtit ses espérances davantage dans son glorieux passé que dans la routine inhibitrice de son présent peu enviable. On y ressasse la belle époque où le chemin de fer, objet d’épanchements désenchantés, donnait à ce carrefour d’identités et d’aspirations tout son éclat. Face à l’horizon qui ne se dévoile même plus, Guinguinéo s’empêtre dans son passé, refuge de consolation, et s’apitoie sur son présent accablant.

Des caïlcédrats, bravant les sommets dans la détresse de leur agonie, surplombent des maisons tombées dans l’abandon et des rails que l’Express Dakar-Bamako, le « Jeeg 3 », les trains 201, 203, 4, 5… ont privés de leurs « caresses » remplies d’espoirs. Guinguinéo, devenue ville de peu d’éclats, fonde ses espoirs davantage dans la reconstitution de son passé florissant que dans l’avenir à réinventer et dans un présent…morose. L’ambiance ferroviaire d’un autre temps habite encore les esprits nostalgiques. On s’accroche aux vestiges d’une splendeur perdue : la belle époque des « naar Beyrouth » (Libano-syriens), maîtres du négoce, des Bambaras, travailleurs acharnés venus du Mali, qui y avaient leur quartier avant l’éclatement de la Fédération du Mali, des Toucouleurs du Fouta Toro qui ont fini par se confondre aux autochtones.

On semblait bien vivre dans ce carrefour de rencontres. « J’ai fait 37 ans au chemin de fer. J’ai commencé à la gare de Dakar où je suis resté pendant trois ans. J’ai ensuite été affecté à celle de Guinguinéo en janvier 1955, du temps des locomotives à vapeur. Depuis cette date, je n’ai pas quitté cette ville. Des foules y grouillaient. Le commerce était florissant et la ville vivante », témoigne El-Hadj Thierno Dieng, ancien cheminot de 90 ans. Celui qui a pris sa retraite en 1988, parle de son patelin avec le chagrin de ceux qui ont admiré les merveilles du passé et regardent, impuissants, l’état de décrépitude de ce qui a été considéré, pendant longtemps, comme la deuxième capitale ferroviaire du Sénégal.

Guinguinéo a été un espace de vie, de réalisation sociale et de rêves grâce à sa bouillonnante gare ferroviaire. Ici, ne s’agitent désormais que quelques agents démotivés chargés de la surveillance d’un patrimoine en ruine et de l’entretien des rails. Et « on n’a même pas de draisine (wagonnet destiné à l’entretien et à la surveillance des voies de chemin de fer). Nous sommes obligés de marcher 5 km pour faire les entretiens. Le train passe peu mais il faut toujours veiller sur l’état des rails. Et quand l’herbe commence à pousser, nous désherbons à l’aide d’herbicide pour éviter les patinages », confie Demba Diop, agent de la direction des Installations fixes entouré de fourches et d’autres outils dérisoires encombrant une chambrette attenante à la voie ferrée. A une encablure de cet « angle » de lamentations, baille d’ennui le chef de sécurité de la gare de Guinguinéo, le fils de cheminot Ousmane Ndiaye, fixant un tampon éculé. Derrière le bâtiment du pôle administratif, se meurent des dortoirs et restaurants inoccupés. Et pourtant, on s’y agrippe encore pour faire l’éloge d’un patelin sans grand relief. La fierté est dans le vécu. Le présent n’est qu’effusions passéistes et mélancoliques.

Kyrielle de plaintes
Guinginéo, chef-lieu de département, croupit dans sa routine sclérosante. Le déclin du chemin de fer a considérablement ralenti l’activité de cette vieille ville. « Les différents gouvernements et équipes municipales, qui se sont succédé depuis l’indépendance, l’ont dotée de quelques infrastructures sociales indispensables : écoles préscolaires et élémentaires, Cem, lycée et centre de formation professionnelle, postes et centre de santé, foyer de la femme, salle des fêtes, gare routière et hôtel de Ville. Toutefois, ses rues datant de 1963 ne sont plus que d’attristants nids de poules. Son réseau électrique est vétuste et celui d’eau insuffisant », déplore Abdel Aziz Diop, conseiller municipal chargé de la planification et du suivi des programmes.

D’autres infrastructures démarrées, il y a belle lurette, peinent à être terminées. C’est l’exemple du stade multifonctionnel, Olymp- Africa dans lequel la municipalité a pourtant investi, sur fonds propre, plusieurs millions pour répondre aux préoccupations de la jeunesse.

« Le plateau technique du centre de santé doit être relevé, compte tenu du nombre de postes de santé qu’il polarise, une unité de radiologie y est indispensable. L’absence de réseau d’assainissement fait que notre ville connaît, chaque année, les affres des inondations. Ces problèmes nécessitent de gros investissements. La commune est dépourvue de ressources. Ses élus et ses braves populations sont dans le désarroi », gémit-il. Ici, on attend encore le Programme d’urgence de développement communautaire (Pudc) et Promovilles pour arrêter de se morfondre dans la nostalgie.

Par Oumar BA, Alassane Aliou MBAYE (textes) et Ndeye Seyni SAMB (photos)

Fode Diouf Bour

EL-HADJ FODE DIOUF : LE DERNIER BOUR SALOUM
Le dernier Bour Saloum, El-Hadj Fodé Diouf, avait sa résidence à Guinguinéo, espace qui serait fondé par des Sérères au dix-neuvième siècle. Sa carrière militaire et administrative, au-delà de la dignité que lui confère sa haute lignée royale de Gelwaar, est digne des meilleurs éloges.

Fodé Diouf, issu de la réputée famille des Gelwaars du Saloum, est venu au monde en 1880. Décrit comme un homme de grande dignité, il a été engagé dans l’armée, en 1911, et a pris part à la conquête du Maroc avant d’être libéré deux ans plus tard. Il est remobilisé, comme plusieurs autres Africains, quand a éclaté la Première Guerre mondiale au cours de laquelle il a été plusieurs fois blessé. Sa personnalité, sa constance dans l’effort et ses vertus lui ont valu l’admiration et le respect de ses chefs militaires. Sa carrière dans l’armée est couronnée par le grade d’adjudant.

La France, « reconnaissante » lui a décerné bien des éloges et des décorations (la médaille militaire, la croix de guerre avec palmes, la croix du combattant avec agrafé, la médaille commémorative). Il a aussi reçu la Croix de Verdun en 1956 des mains d’Albert Sarraut, au Château de Versailles. Sa carrière administrative est aussi digne d’éloges. El-Hadj Fodé Diouf a été chef de Canton à Ngaye Colobane en 1919. Il a également commandé, tour à tour, le Laghem en 1925, le Ndoucoumane, la même année, et le Pakala en 1931 avant d’être nommé à Kahone un peu avant le début du deuxième semestre de 1935.

Incarnation du dignitaire africain de grande probité, le dernier Bour Saloum exerçait une certaine influence sur l’autorité politique et sur ses administrés. Sa résidence se trouvait à Guinguinéo, érigée en commune de premier degré, en 1952, puis de plein exercice à l’indépendance du Sénégal, en 1960. La voie ferrée, qui faisait de Guinguinéo, connu également sous le diminutif Géo, un important centre de collecte, de groupage et d’évacuation des produits arachidiers, en était sans doute pour quelque chose. Les avocats et hommes politiques, Souleymane Ndéné Ndiaye et El-Hadj Diouf et l’édile de la ville, Rokhaya Diouf, sont de sa descendance. Il a rendu l’âme le 12 mai 1969 à l’hôpital Principal de Dakar.

Par Oumar BA, Alassane Aliou MBAYE (textes)

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