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Pr. Mandiome Thiam, préhistorien : « Bûcheur » éclairé

26 Fév 2018
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Le professeur Mandiomé Thiam séduit par sa trajectoire digne des meilleurs éloges et par son attachante humilité ; lui qui pouvait tirer un plaisir narcissique des compliments d’ici et d’ailleurs.

Ce professeur titulaire des universités, en Archéologie-préhistoire, le seul que compte le département d’histoire de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, dans ce champ d’exploration, est l’exemple de l’universitaire dévoué pour la recherche, pour l’enseignement, son univers de performances.

Le professeur Mandiomé Thiam est empli d’une grande passion pour ce qui fait de lui une personnalité marquante de la « coterie » des intellectuels du Sénégal : l’archéologie et la préhistoire, son univers de quête et de prouesses. Sa trajectoire est un récit de persévérance dans lequel le personnage principal se fabrique un destin qui ne hantait pas encore, au début des années 1980, le sommeil des mômes de Nganda, son royaume d’insouciance, niché dans la région de Kaffrine. Dans ce patelin du Saloum, il obtient son certificat d’études primaires avant de poursuivre son cursus scolaire au Collège d’enseignement de Kaffrine et au Lycée Gaston Berger où il décroche le baccalauréat en 1980. « Influencé par un grand-frère normalien », il est ensuite orienté au département d’histoire et de géographie de l’Université de Dakar. Sous la direction d’Adama Diop et de l’anthropologue belge Guy Thilmans, il soutient, en 1985, son mémoire de maîtrise portant sur une étude craniométrique. Piste peu explorée à l’époque. Le bonhomme, d’une touchante convivialité, a le goût de l’inédit, se plait à sortir des sentiers battus pour s’engouffrer dans le « cosmos » des belles rencontres dont est féru le chercheur. L’étude de la préhistoire ne faisait qu’exciter son imagination et surtout son enthousiasme. « Comprendre les origines, saisir les tendances lourdes et le discours de Cheikh Anta Diop, au-delà de tout esprit révolutionnariste, me tenaient particulièrement à cœur. Mes convictions profondes m’ont mené vers la préhistoire », confie-t-il, la voix presque rocailleuse.

En même temps qu’il rédigeait son mémoire de maîtrise, l’entreprenant jeune homme avait pris l’option d’intégrer l’Ecole normale supérieure pour se construire un avenir dans l’enseignement. Mandiomé Thiam est affecté en tant que professeur d’Histoire-Géographie et d’Instruction civique au Collège Ousmane Diop Coumba Pathé de Dakar (ex-Soumbédioune).

Une autre opportunité, celle qui lui désherbait l’allée de son rendez-vous avec l’excellence, s’offre à lui quand Cheikh Anta Diop décide de mettre en place un diplôme d’études approfondies (Dea) en préhistoire-archéologie, en 1986. « Le défunt Ibnou Diagne, un préhistorien, m’a conseillé de m’inscrire en Dea préhistoire-égyptologie. Malheureusement, les cours n’ont pas pu démarrer car Cheikh Anta Diop est décédé un vendredi alors que les enseignements devaient commencer le samedi. Cela a été un choc. C’est d’ailleurs ce qui m’a poussé à faire une demande de bourse pour poursuivre mes études en France », se souvient-il, les yeux perdus derrière ses lunettes à verres correcteurs.

Et même le sort, ironique, lui accordait ses faveurs : « Un jour, faisant quelques achats sur l’avenue William Ponty, je suis passé, par hasard ou par intuition peut-être, devant la direction des bourses qui s’y trouvait à l’époque. A la personne qui m’interpelle sur l’objet de ma visite, J’ai dit que je suis un étudiant du département d’histoire ayant déposé une demande de bourse pour la France. Il m’indique alors qu’une seule a été accordée. Et c’était moi ! ». La suite est un conte de grâce.

Reconnaissance d’ici et d’ailleurs
En France, le professeur Yoro Fall le met en relation avec un historien français, Jean Devisse, alors au Centre de recherches africaines. Celui-ci accepte de diriger sa thèse tout en l’orientant vers la poterie, la céramique. En 1991, il soutient une thèse unique à l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne sur ce thème : « La céramique au Sénégal : archéologie et histoire ». Frais émoulu de cette université française, il décide de revenir au Sénégal où après « deux ans de galère et d’instabilité », il est affecté au lycée John F. Kennedy « en attendant un poste budgétaire à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar », indique-t-il, la mimique pleine de familiarité.

C’est en 1997 qu’il est recruté comme vacataire au département d’histoire. Quatre ans plus tard, il devient assistant stagiaire. Persévérant comme une âme bourlingueuse, celui qui a été le chef du département d’histoire accède respectivement, en 2004 et en 2011, aux grades de maître assistant et de maître de conférences. Il est admis, par le Conseil africain et malgache pour l’enseignement supérieur, à celui de professeur titulaire des universités en 2017 ; le seul que compte le département d’histoire de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar dans le domaine Archéologie-préhistoire. Il n’en tire pas une fierté pompeuse mais mesure le long chemin de privation, de labeur acharné. De doute ? « Non, cela ne m’a jamais habité. Juste quelques moments de vide », souligne-t-il, armé de la foi de ceux que les horizons incertains ne rebutent point. La reconnaissance des pairs vaut bien des sacrifices. Grâce à sa réputation de sérieux chercheur, il conquiert l’estime de l’« ailleurs ». Il anime, en 2009, une conférence sur le thème « État des connaissances sur les cultures néolithiques dans l’espace sénégambien », au Musée d’Art préhistorique de Macao au Portugal. Du 16 au 30 juin 2013, il est professeur invité au master Technique, Patrimoine, Territoire de l’Industrie : histoire, valorisation, didactique. Mandiomé est lauréat d’une bourse Erasmus Mundus Master in « Quaternary and Prehistory » de l’Union européenne (Professeur invité du 1er mai au 31 juillet 2009 de quatre Universités italienne, portugaise et française).

S’il n’est pas dans les amphithéâtres ou occupé à encadrer des étudiants en master et en thèse sur les questions archéologiques, ethnoarchéologiques et patrimoniales, le « copain » des apprenants s’évade à travers la lecture ou la marche pour « entretenir un corps sexagénaire » que l’enthousiasme des premiers éclats du chercheur habite encore.

Alassane Aliou MBAYE

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