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Les dérives de la langue !

26 Fév 2018
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Le Bon Dieu, dans son infinie bonté, a doté grâcieusement chaque individu d’une langue. Mais cet organe essentiel, qui joue un rôle important dans la déglutition, la perception du goût et la phonation, est pire qu’une bombe atomique. Malgré sa petite taille, elle a une réelle capacité dévastatrice. J’ai lu quelque part qu’un jour, un philosophe grec avait demandé à Ésope de lui préparer le meilleur des repas. Ce dernier lui avait servi une langue en lui disant : « avec la langue, on peut rendre heureux, on peut adoucir la douleur, soulager le désespoir, relever les abattus, inspirer les découragés, aider son semblable ». Non satisfait, son interlocuteur lui demanda alors de lui servir la plus mauvaise des choses. Ésope lui servit encore une autre langue en lui disant : « avec la langue, on peut maudire et briser le cœur, on peut détruire des réputations, amener la discorde, la guerre au sein des familles, des communautés et des nations ». C’est dire que la langue est un véritable poison.

Chez nous au Sénégal, comme partout ailleurs dans le monde, la langue est à l’origine de très grands conflits entre parents, proches, amis, voisins et collègues. Avec notre langue, on juge sans raison. Quand on voit un monsieur qui a eu une belle réussite sociale, qui possède beaucoup d’argent et mène une vie enviable, notre réaction première c’est de lui trouver des poux. On l’accuse d’être franc-maçon, de faire du blanchiment d’argent, ou d’avoir détourné de l’argent. Quand c’est un policier, on dit qu’il est corrompu. Quand c’est une femme qui a une belle promotion, on dit que c’est du piston ou une promotion canapé. Quand une jouvencelle s’habille très bien ou est parée d’or, on dit qu’elle vend son corps. Quand un jeune homme est devant un bar, on s’empresse de dire que c’est un ivrogne. Quand il s’agit d’un émigré qui roule sur l’or, on dit qu’il vend de la drogue. Quand c’est quelqu’un qui a une valise, on dit qu’il voyage... La mise à mort verbale d’honnêtes gens à travers des discours perfides est devenue le sport préféré de nos concitoyens. Nos sentiments sont toujours négatifs. Par notre nature faible, on se délecte toujours de traîner dans la boue, de salir d’honnêtes citoyens et de détruire leur réputation. De même, on est toujours prompts à parler d’autrui, de multiplier les paroles vaines ou de rapporter des rumeurs sans en vérifier le fondement. William Shakespeare a bien raison de dire que « tout le talent de la méchanceté consiste à débiter d’absurdes médisances ».

C’est vraiment malheureux qu’on soit toujours occupés à scruter la paille dans l’œil du voisin alors que si on examinait de très près notre propre personne, on s’apercevrait sans difficulté qu’on est pire en termes de défauts et de moralité.

La médisance qui ne vise rien d’autre qu’à détruire les autres, leur réputation et leur honneur en leur absence n’est rien d’autre que l’arme des faibles. Edgar Allan Poe ne disait-il pas que « calomnier un grand homme est, pour beaucoup de gens médiocres, le moyen le plus prompt de parvenir à leur tour à la grandeur » ? La calomnie est encore pire puisqu’elle mêle à la médisance le mensonge. Or, le mensonge constitue un péché très grave.

Qui disait qu’il n’est pas de vertu que la calomnie ne sache éteindre ? La médisance, ce pêché de la langue, est devenue une véritable plaie dans notre société. Selon le Talmud, « la médisance dépasse les trois transgressions que sont le meurtre, l’adultère et l’idolâtrie. Elle détruit trois personnes, celui qui la profère, celui qui la reçoit et la transmet et celui qui est visé. Elle se propage comme le feu et elle est comparée à une braise qui continue à flamber et à se propager longtemps et loin, sans que cela ne soit visible ».

Depuis la nuit des temps, la médisance est devenue une maladie verbalement transmissible. On a tous jasé sur un collègue, un frère, un voisin et autres personnes de notre entourage. Mais au lieu de toujours parler « dans le dos de quelqu’un », il aurait été beaucoup plus sage d’aller lui parler directement. Et aujourd’hui, le constat est que la médisance a un avenir radieux devant elle, parce que les médisants trouveront toujours des oreilles attentives pour les écouter.

Si nous voulons échapper au châtiment divin, apprenons à contrôler notre langue remplie d’un venin mortel. Éduquons-la de sorte qu’il n’en sorte aucune parole diffamatoire, mauvaise. Et nous n’y parvenons pas, alors gardons le silence qui fait office de remède et qui mène à la retenue de la langue.

Samba Oumar Fall

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