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Foundiougne : Passé et présent d’une ville en quête d’avenir

01 Mar 2018
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Ville au passé riche et florissant de comptoir commercial dédié au négoce de l’arachide, Foundiougne a mal de son enclavement qui a fini de tarir la mamelle du tourisme. Mais l’avenir s’annonce plus souriant avec la construction du pont à péage et ses promesses d’une nouvelle prospérité.

« Oh ! Les Sérères nous manifestent leur hospitalité ». Sur un ton taquin, ce vieux Peul de passage, bien sanglé dans son gilet de sauvetage, désigne d’un air émerveillé le joli spectacle des mouettes qui piquent un vol groupé au dessus des passagers du bac de Foundiougne. Le soleil se défait de sa tunique dorée pour enfiler son manteau pourpre et entamer sa descente vers le couchant. Les eaux du bras de mer le Saloum s’enveloppent d’une teinte grisâtre. En ce début du mois de janvier, les oiseaux marins frétillent sur leport pollué de Ndakhonga. Elles portent leur beau plumage blanc et exposent aux voyageurs du bac leur capuchon noir sur la tête et leur bec rose si caractéristique.

Traversée par le bras de mer Le Saloum, la localité est aujourd’hui très enclavée et n’est desservie que par un bac ou des pirogues qui permettent de rejoindre la route de Fatick et d’éviter le détour par Kaolack. La route menant de Fatick à Foundiougne à travers la mangrove est bien entretenue et constitue une belle attraction. La traversée au bord du bac rythme le quotidien des voyageurs qui empruntent la transnationale et les habitants de cette commune située à environ 125 km de Dakar. Les cinq rotations quotidiennes entre Foundiougne et Ndakhonga de 7h30mn à 17h sont des moments de grande activité. Aux points de départ et d’arrivée du ferry, des femmes dynamiques proposent aux voyageurs des produits halieutiques, des fruits de mer séchés en général. Dans le bac, les passagers s’installent comme ils peuvent, entre la file de voitures et les fuites d’huile qui s’échappent du moteur de ce navire transbordeur. Le gilet n’est pas de rigueur, mais ne manque pas de partisans. Comme cette vieille dame bien cachée dans son gilet orange et qui jette un regard inquiet au moindre changement de régime du moteur. « Lou khewati ? » (Qu’est-ce qui se passe encore ?) n’arrête-t-elle de lancer à ses accompagnants qui s’amusent de la situation.

Agonie du tourisme
Founfiougne 2La construction du grand pont à péage de Foundiougne va permettre de désenclaver définitivement cette ville, ainsi que les îles du Saloum en partie et faciliter aussi l’accès à la Gambie. D’une longueur totale de près de 1300 mètres avec des bretelles, le pont sera raccordé à la route nationale N°9. Foudiougne attend avec impatience la réalisation de ce pont qui va réveiller le fort potentiel touristique dormant et relancer l’économie de cette localité paradisiaque, porte naturelle des îles du Saloum. « L’enclavement a tué le tourisme ici. Les hôtels ont mis la clé sous le paillasson et les auberges vivotent avec des taux de remplissage qui frisent le ridicule », confie Georges Console, propriétaire de l’hôtel « Le petit Bou » qui surplombe majestueusement le port de Ndakhonga. Une promenade le long de la plage confirme la régression de l’activité touristique dans la région avec cette kyrielle d’auberges et d’hôtels aux murs rongés par le sel marin et à l’intérieur en ruine.

Pourtant, Foundiougne offre beaucoup de ressources touristiques telles que la pêche, la chasse et certains aspects de la culture locale. Les Bolongs (vasières à mangrove) servent de refuge et de pitance pour les oiseaux et autres animaux aquatiques. Le bras de mer Le Saloum et ses plages sont des invites à la baignade, au bronzage et au canoë-kayak. En plus, le touriste a l’opportunité d’y découvrir en pirogue les nombreuses îles de pêcheurs qui sont autant de lieux de célébration de la nature. Des havres de paix à l’abri de la pollution et du stress.

La cité de Laga Ndong (le roi des Pangol) est une invite au flegme. Ses rues propres mais cabossées et ses grands arbres à l’ombre généreuse incitent à lever le pied.

La vivifiante brise marine qui balaie la ville n’arrange pas les choses. D’ailleurs, aussi loin que porte le regard, de petits groupes se forment sous l’ombre apaisante des arbres. Ici, le temps n’a pas de prise sur les gens. « Chaque jour est un recommencement. On vit toujours la même chose, c’est-à-dire rien du tout », lance d’une voix lasse ce jeune qui rêve de jours plus enchanteurs. Ici, « le temps est la seule chose dont dispose un être humain », pour parler comme Henri Salvador. Hélas !

Monotonie et oisiveté
Georges Console a, pourtant, une autre histoire sur l’oisiveté dans cette belle contrée. « Sur 10 jeunes qui travaillent à Foundiougne, les 9 proviennent des villages environnants. Les jeunes de Foundiougne ne jugent pas la pelle et la pique dignes d’eux. Ils préfèrent conduire des motos Jakarta pour transporter des gens ». Une manière de dire que les jeunes préfèrent la facilité.

Founfiougne 3Sous un arbre à l’ombre débordante, un groupe de jeunes s’affaire devant une saynète de motos. Le vent frais qui pique leurs yeux larmoyants n’est pas de taille à décourager leur quête. « Il n’y a pas de travail ici. Ceux d’entre nous qui n’ont pas réussi dans les études n’ont que cette activité pour vivre. Les autres sont là en train de jouer au babyfoot », soupire ce jeune occupé à lustrer sa moto. Une activité difficile selon ces conducteurs de moto Jakarta puisqu’ils ne sont pas les propriétaires de ces engins. Il leur faut verser quotidiennement 2000 francs aux « patrons », payer le prix du carburant (1000 francs) tout comme la quittance annuelle de 3000 francs. Sans compter la prise en charge des réparations. « On ne parvient pas à garder plus de 1000 francs par jour. Comment épargner dans ces conditions ? » se plaint Moussa, qui se définit comme « un bachelier sans illusion ». « Sans moyen, pas d’études », lâche-t-il, fataliste.

Une promenade dans les rues de Foundiougne permet de sentir le souffle de l’histoire de la localité, avec ses arbres centenaires qui se dressent sur leurs troncs majestueux, comme pour mieux résister au temps qui passe.

On peut encore y trouver l’ancienne maison de négoce Maurel et Prom installée ici en 1870 pour la commercialisation de l’arachide. Elle abrite aujourd’hui l’hôtel « Baobab sur terre » situé au quartier Escale de Foundiougne, à quelques mètres du fleuve. Le site dispose d’un bâtiment colonial de couleur blanche dont les portes et fenêtres persiennes en bois sont peintes en bleu. Il a gardé son carrelage noir et blanc d’origine. On peut aussi déambuler dans son quartier « Almadies », avec ses demeures cossues et ses nombreuses maisons en ruine. Ce quartier s’appelait, d’après le doyen Wack Bâ, un ancien fonctionnaire du ministère des Finances à la retraite, « Keur Ko Sène ». « C’était un notable de Foundiougne, un crieur public qui s’y était installé en premier en 1963 ».

Au quartier Escale, on peut visiter l’école Tafsir Aliou Mour Boye (ex-Ecole des garçons) joliment entretenu avec ses salles de classe fraîchement peintes et sa cour très propre. C’est l’ancienne école du Président Macky Sall qui y a étudié de 1979 à 1983 avant de terminer le cycle primaire à Fatick. Non loin de là, au quartier Thiarakhoulé, se dresse la Place royale au milieu de laquelle trônait un arbre nommé « Mbuul » (Celtis integrifolia) depuis le 12ème siècle. Un monument est aujourd’hui érigé à la place de cet arbre. A l’époque, toutes les décisions étaient prises ici. « Toute femme mariée devant rejoindre le domicile conjugal devait y chanter et danser avec ses accompagnantes en faisait 3 à 7 fois le tour de l’arbre », confie Wack Bâ.

Par Sidy DIOP et Cheikh Aliou AMATH (texte),
Ndèye Seyni SAMB (Photos)

TERRE D’HISTOIRE
La ville de Foundiougne, aujourd’hui parmi les communes doyennes du Sénégal créée en 1917, est l’un des trois départements de la région de Fatick. Elle est limitée au Nord par la commune de Fatick, au Sud par la toute nouvelle commune de Soum, à l’Est par la commune de Passy et à l’Ouest par l’océan atlantique. Foundiougne fut découvert au 19e siècle par les français qui en firent une grande base commerciale.

C’est ce qui illustre en effet la présence des wharfs et des anciennes bâtisses coloniales qui constituent aujourd’hui l’hôtel de ville, la préfecture, la douane, le marché central et beaucoup de boutiques qui servaient jadis de magasins de stockage pour l’arachide. Du début du 20e siècle à la fin de la Seconde Guerre mondiale, Foundiougne fut le quatrième grand port de commerce de l’Afrique de l’Ouest parce que toute l’arachide cultivée dans le bassin arachidier y passait pour transiter vers l’Europe. Les premiers habitants de Foundiougne seraient des sérères venus du Fouta. Ils arriveraient dans la localité vers le 12ème siècle. Certaines sources évoquent un second peuplement au 13ème siècle composé de mandingues venus du Gaabou. Quid du nom ? Certaines sources affirment qu’il est lié à un objet connu en pays sérère qui s’appelle « soundiougne ».

Cet objet empêche les troupeaux de brouter les cultures lorsque les bergers les envoient paître. Quand les colonisateurs ont découvert la localité, ils auraient demandé aux bergers le nom du lieu. Ces derniers, par incompréhension, répondirent en disant « soundiougne », en référence à l’objet porté par les animaux. Croyant avoir eu la réponse à leur question, les colonisateurs auraient alors noté « Foundiougne ».

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