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Ambiance de week-end : Lumière sur la nuit animée de Saly

05 Mar 2018
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La ville de Saly n’a pas perdu son ambiance nocturne de l’âge d’or du tourisme. Des touristes, des Sénégalais et d’autres Africains résidents se retrouvent dans des restaurants, dans des bars et dancings pour déguster des menus exotiques, danser, écouter la musique. La ville vibre aux sonorités diverses qui ne trahissent pas le cosmopolitisme de la station balnéaire.

Il n’y a plus de place pour garer au parking du fast-Food Chez Joe. Il était 21 heures. Les jeunes garçons comme les personnes âgées, des noirs comme des blancs descendent des voitures. Elles se dirigent paresseusement vers les sièges installés à la véranda où d’autres se restaurent. Sur cet espace, des serveuses vêtues de Lacoste rouge et moulées dans des pantalons accueillent joyeusement des convives.

Elles sont dans l’œil de certains hommes attablés. Elles affichent un large sourire lorsqu’un garçon ou un homme murmure quelques paroles à leurs oreilles. On n’a pas besoin d’être un devin pour dire que le critère de choix n’est que leur trait physique. Elles ne font pas ombre, ces créatures au teint clair, aux lèvres légèrement recouvertes de rouge à lèvres qui viennent d’arriver. Elles donnent des bises à toutes leurs connaissances. Elles se retirent dans des tables bien éclairées et se mettent à surfer ou à téléphoner. Elles se lèvent de temps en temps pour communiquer. Les titres fétiches des artistes comme Pape Diouf égaient les clients. Presque chaque minute, d’autres belles créatures font leur irruption « chez Joe ». Plusieurs filles au teint noir, avec des coiffures afro ou d’autres aux cheveux défrisés, conservent leur africanité. Ici, on ne résiste pas à l’élégance. Les jeunes s’épient, se courtisent de façon subtile. Tout est dans le style. Certaines prennent place à distance respectueuse et affiche leur intention : œillades furtives, sourires ravageurs, clin d’œil…l’art de la séduction s’apprend à Saly.

Saly Soir ThioufSur cette rue commerçante, en plus des clandos et des voitures rutilantes qui se suivent ou se croisent, plusieurs couples de touristes d’un certain âge se baladent. Des Européennes par groupe ou par couple partent de restaurant en restaurant, de bar en bar à la recherche de la nourriture, de la musique de leur goût. A partir de cette rue passante, des touristes prennent leur dîner sous fond de musique, au restaurant le « Soleil ». La ville vibre. « A Saly, les gens vivent. Il y a de l’ambiance partout, à Rdc, à l’Etage, au Petit Train. Il y a aussi de belles nanas », nous lance Momo Camara, un guinéen qui est tombé sous le charme de la station balnéaire depuis 4 ans.

De part et d’autre de cette rue, des restaurants, des bars, des dancings, éclairés avec une intensité variable émanent des notes musicales variées, reflétant le cosmopolitisme de Saly. Le rez-de-chaussée, comme la terrasse du Rdc sont remplis à craquer. Un jeune artiste entonne des chansons qui soulèvent des foules. Des jeunes filles se lèvent et se déhanchent devant un public composé de blancs et de noirs, de jeunes et de personnes âgées. L’âge et la couleur n’ont pas leur place dans ces espaces. Place à la diversité. Des femmes étrangères imitent, sans harmonie, les pas de danse de belles filles. Entre les tables, des serveuses se faufilent, soit pour déposer des menus, soit pour poser une bouteille de boisson. Au portillon, des filles font la queue pour entrer dans le dancing. A côté, le restaurant Black and White accueille un public particulier : celui qui est accro apparemment à une musique douce.

Des familles discutent et d’autres couples se laissent emballer dans une flânerie autour des verres de boissons et des plats. Les boîtes de nuit virent de plus en plus dans une ambiance générale. Les va-et-vient sont interminables. « La nuit à Saly est rythmée par l’ambiance aussi bien les week-ends que les jours ouvrables. Cette animation a résisté à la crise touristique », affirme Karim Thiam.

Un peu à l’intérieur, des sonorités de « Ndombolo », de la musique nigérienne et kenyane émanent des haut-parleurs. Des filles de joie, aux poitrines tatouées obstruent l’entrée. Leurs regards sont une invite à l’amorce d’une conversation. Au comptoir, les tenanciers sont débordés. Dans le préau, entre les tables, des blancs et de jeunes garçons se trémoussent. On se défoule. « Les week-end à Saly, c’est la fête, on trouve tout, de la bonne musique, de belles filles, des excursions, tout pour se reposer », glisse Christiane Cabou. Peu vers 22 heures, des personnes arrivent à bord de véhicules particuliers ou des taxis, se dirigent vers des résidences ou des auberges. Saly était enveloppée dans la nuit. Mais dans les espaces de détente, on danse, on chante, on s’éclate, certains tenant dans leur main un verre, d’autres une cigarette pincée entre les doigts.

«On ne vient pas pour seulement se reposer. Cette ambiance festive soigne les personnes souvent ou permanemment stressées, surtout celles qui viennent des villes comme Dakar. Ces déplacements hebdomadaires ont une influence sur le rendement de mon entreprise », théorise un étranger qui travaille dans une banque à Dakar. Nous quittons chez-Yvon, laissant l’endroit s’enfoncer dans une ambiance fiévreuse.

Par Oumar Ba et Idrissa SANE (Textes) et Assane SOW (Photos)

SALY : LES RAISONS D’UNE PRÉFÉRENCE
Saly NbLa crise qui frappe de plein fouet le tourisme n’a pas atteint le mirage de la station balnéaire. S’il y a moins de touristes blancs, les nuits des week-ends n’ont pas souffert de la crise. Saly reste le point de convergence, par excellence, tous les week-ends.

La station balnéaire flotte dans un voile de fraîcheur. Les ruelles étroites fourmillent. La nuit, Saly semble être plus animé que le jour. La circulation incessante de voitures n’est pas moins intense que le trafic imposé par des motos Jakarta. Mais dans cette ville, les piétons ont aussi leur circuit. Ils trainassent en couple. De longues files d’attente se forment devant des restaurants, des dancings. C’est le cas au restaurant «chez Joe». La cité est le point de convergence des « jet-seteurs », des touristes, des « séminaristes », des personnes d’un certain niveau de vie. Un jeune couple de nouveaux mariés a fait le déplacement de Dakar, afin d’une « part, découvrir Saly et d’autre part, profiter du week-end, pour passer du bon temps en solitude », susurre Vincent Mendy. Il est âgé de trente ans. Il informe que son épouse âgée de 24 ans, a « insisté », voulant coûte que coûte découvrir « les charmes de Saly ». L’époux a cédé à la requête de sa bien-aimée à cœur de joie. Le nouveau marié le reconnaît en ces termes : « il est rare que nous ayons du temps pour nous ». Pour ce déplacement, le couple a fait une réservation dans un hôtel situé au centre-ville de Saly. Venus le samedi, les jeunes conjoints comptent retourner, sur Dakar, le lendemain.

Mbaye Fall est âgé de 25 ans. Teint clair, un mètre 90, muscles saillants, il semble être dans un autre monde avec sa copine française, Mélanie, âgée d’une cinquantaine d’années. Les conjoints disent être venus « prendre un verre » avec des amis. Ils se sont rencontrés, il y’a de cela un an. Mélanie était alors en déplacement au Sénégal, dans le cadre de son travail. Tout a d’ailleurs commencé ici à Saly, se souvient Mbaye Fall. Le jeune homme se rappelle que ce jour, il était venu avec des amis, pour faire un tour. C’est là dit-il, qu’il aperçoit « cette beauté qui semblait nager dans la solitude ». C’est la naissance d’une relation qui va certainement durer.

Saly accueille également des travailleurs venus prendre part à un séminaire dans leur activité professionnelle. C’est le cas de Cheikh Ndiaye, âgé de 36 ans. Son accoutrement ne laisse guère deviner sa profession. Très relaxe dans un T-shirt, assorti d’un blouson et des chaussures baskets, Cheikh est un ingénieur aguerri, spécialiste des télécommunications. Cheikh dit être à la tête « d’un projet très ambitieux qui compte se positionner dans le secteur des télécoms au Sénégal ». « Après une journée de réflexion remplie, je viens me décontracter un peu, dans ce restaurant », glisse l’ingénieur. Cheikh est venu seul au restaurant. « C’est fait exprès, c’est une manière pour moi, de me départir complètement des têtes avec lesquelles j’ai passé toute la journée », brosse-il.

Confessions des belles de nuit
Si certains préfèrent aller prendre un verre, dans des restaurants situés le long des allées de Saly, d’autres portent leur choix ailleurs. Aux abords du rond-point, des mélomanes sont venus au complexe Sagrés. Ils savourent des chansons, reprises par un jeune artiste, encore méconnu du grand public. De Tiken Jah Fakoly, en passant par Souleymane Faye… le jeune artiste excelle dans l’art de reprendre des airs musicaux, au grand bonheur du public massé devant Sagrès. « Nous sommes là pour savourer les reprises du répertoire d’artistes africains», se plaît de dire Stephan, un Belge âgé de 60 ans.

Les filles de joie ont aussi leur coin. Elles attendent impatiemment leur clientèle dans le parking. Histoire de tromper le temps, elles s’adonnent à des jeux enfantins.

D’autres parlent à haute voix, pour se faire repérer ou remarquer. Cette attitude met à nu leur jeunesse, leur insouciance, leur innocence…A côté des cadettes voilà des séniores. Elles sont d’un âge un peu plus avancé. Ces jeunes filles âgées entre 23 et 30 ans disent être des ressortissantes d’autres pays d’Afrique notamment de la région de l’Afrique centrale. Leurs histoires racontées sont aussi poignantes que bouleversantes. Célestine dit être, au début, venue au Sénégal, pour poursuivre ses études, et faute de moyens, elle s’est retrouvée dans la rue. D’autres disent avoir été victimes de fausses promesses d’hommes blancs qui les ont larguées à Saly après leur avoir fait miroiter un voyage vers l’Europe.

La légion des couples mixtes
A Saly, à moins de refuser de les regarder, les couples mixtes s’affichent fièrement. A chaque coin de rue, des couples mixtes se pavanent. Si le mari est blanc, il est souvent beaucoup plus âgé que la jeune noire. Lorsque l’épouse est une blanche, son compagnon est souvent un jeune homme noir. Il est rare de croiser, dans les rues de Saly, un couple mixte, avec les conjoints de différence marginale d’âge. Les deux structures de couples dominent : un vieux blanc s’accouple avec une jeune et belle noire ; une vieille blanche jette son dévolu sur des hommes ou garçons aux allures d’athlètes ou de peintres ou d’artistes à l’africanité prononcée. « Il s’agit de commerce informel, sans tarification de la sexualité, ni réelle professionnalisation de ses fournisseurs », s’indigne Thomas Sène, serveur dans un restaurant. C’est vrai que le cœur n’a pas de raison.

Par Oumar Ba et Idrissa SANE (Textes) et Assane SOW (Photos)

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