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Joseph Gaï Ramaka, cinéaste Libre penseur altruiste

26 Mar 2018
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Espérant un portrait au vitriol, nous posions au réalisateur sénégalais Joseph Gaï Ramaka cette question : « Quel regard portez-vous sur la nouvelle génération de cinéastes sénégalais ? » Voici sa réponse : « Dans la vie, il y a deux générations : celle qui a fait et qui n'est plus là et celle des vivants. Les cinéastes vivants sont ceux qui font tourner la machine tout en sachant qu'ils sont héritiers d'un excellent travail fait par leurs devanciers. Il faut apprendre de ceux qui ne sont plus là physiquement et dont les succès et les erreurs peuvent nous permettre d’aller plus loin et également insister sur la formation ». On a souvent reproché aux cinéastes de sa génération leur révolutionnarisme incommodant, leur tendance à exprimer leur dédain pour le travail des jeunes.

Joseph Gaï Ramaka ne les crible pas de critiques. Il se meut dans leur univers de créativité pour les accompagner. Le réalisateur de « Karmen Geï », film à succès et à polémiques, est un esprit ouvert et lucide dont la filmographie peint l’être profond, définit la personnalité. L’ancien étudiant de l’Institut des Hautes études Cinématographiques à Paris (anthropologie visuelle) est de ceux qui ont blanchi sous le harnais et trouvent leur second souffle d’inspiration dans leur altruisme.

Entreprenant
Cette générosité se manifeste à la fois dans son œuvre cinématographique et dans son action en faveur du cinéma sénégalais et africain. Gorée, « terre d’accueil » de ce Saint-Louisien qui a longtemps vécu à la Nouvelle Orléans, en Louisiane (comme attiré par les espaces remplis d’histoire), n’est pas son île de douce oisiveté. Le monde ne lui en aurait certainement pas fait grief après qu’il l’ait gratifié d’une si belle et « éclectique » filmographie. Sans se répandre en longs et interminables gémissements sur le cinéma sénégalais en éternels balbutiements ou en éloges sur sa carrière enviable, le producteur et scénariste pose des actes dans la limite de ses possibilités et engage, depuis des années, la réflexion sur le devenir du 7e art au Sénégal et dans son continent.

Son examen lui a permis de lancer, avec des jeunes, le Festival Gorée cinéma qui offre un cadre d’expression original de cet art (débat suivi de projection à la plage de films d’ici et d’ailleurs). Ce festival qui a élargi son réseau à Saint-Louis, sa terre natale, et en Casamance, plus qu’un palliatif au déficit ou à l’absence quelquefois d’infrastructures cinématographiques, est, à ses yeux, un plaisir. « Car je trouve qu’il est mille fois plus agréable de regarder des images avec comme toit un ciel étoilé. Ce n’est pas un palliatif, c’est une option. Avec le cinéma en plein air, on partage plus que le film. On partage la nuit, un climat propice à se raconter ou à écouter des histoires, la mer », dit-il.

Engagé
« Il semble que vous aviez de mauvais rapports avec l’ancien régime… » est la dernière question que nous lui avions posée chez lui à Gorée, il y a quelques années. Sa réponse fut : « L’ancien régime avait davantage de problèmes avec le peuple qu’avec ma personne ! » Les films de Joseph Gaï Ramaka montrent clairement qu’il est une âme que le devenir de son continent et du peuple ne laisse pas indifférent. Il est un homme sincèrement engagé pour les causes justes parce que, justement, il est de « cette génération de jeunes qui voulait changer le monde ». Son long métrage « Et si Latif avait raison », en 2006, était une alerte face à un régime qui entretenait le doute. Son court métrage « Plan Jaxaay », axé sur les inondations dans les quartiers de la banlieue dakaroise, s’inscrit aussi dans cette veine. Il y a quelques années, il a créé, avec ceux pour qui la liberté d’expression est essentielle pour l’épanouissement, l’Observatoire Audiovisuel sur les Libertés. Et avec un cinéaste burkinabé, il a lancé la Coordination Africaine Audiovisuelle pour la Démocratie lors du Forum Social Mondial de Bamako en janvier 2006. Dans son univers de prouesses aussi, il s’est employé à se donner les moyens de son indépendance de caractère en créant, en France, dans les années 1990, « Les ateliers de l’Arche ». Ramaka est définitivement un homme libre.

A. A. MBAYE

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