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Habib Faye : L’éclipse d’une super étoile de la basse

26 Avr 2018
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Partenaire de Youssou Ndour depuis plus d’un quart de siècle, membre d’une fratrie qui a marqué la musique sénégalaise, le bassiste Habib Faye a été emporté, hier, par une infection pulmonaire. Retour sur le génie de cette super étoile de la basse.

Bassiste et claviste de Youssou Ndour et du Super Étoile de Dakar, Habib Faye a commencé très tôt sa carrière musicale. Dès l’âge de neuf ans, il suit le chemin de ses grands frères (Adama Faye, Vieux Mac Faye, Lamine Faye) en apprenant la guitare avec Vieux Mac Faye. Il s’initie à l’improvisation et au jazz, tout en connaissant par cœur le répertoire des grands groupes de l’époque (Super Diamono, Super Étoile). C’est en tant que guitariste qu’il forme le groupe Watosita avec Michael Soumah, célèbre animateur très connu à Dakar. Parallèlement, il joue de la basse dans un groupe de variétés, le Thiaf, en compagnie de son frère Moustaf et d’Ibou Cissé (qui seront plus tard ses compagnons au Super Etoile). Il se fait remarquer par les grands musiciens de l’époque, notamment lors du mémorable concert des Touré Kunda au stade Demba Diop de Dakar où il était venu en spectateur, quand il entendit : « Habib Faye est demandé sur scène », le bassiste du Super Diamono étant absent. Lamine Faye (guitariste du Super Diamono de l’époque) et Ismael Lô proposent à Habib de le remplacer.

Débuts difficiles
Après avoir trafiqué une guitare électrique et espacé les cordes, le jeune Habib, âgé d’une douzaine d’années, emprunte une basse. "On me l’a prêtée pour deux jours, je l’ai gardée quatre mois !" Passé le temps d’apprivoiser l’instrument – "les cases étaient tellement énormes, mes mains tellement petites..." – vient celui du premier concert, au lycée.

Interdiction lui a été faite de s’y rendre. Il passe outre. "Quitte à ce qu’on me tue après." Il a gardé ces instants en mémoire : la scène, le décompte, "1, 2, 3, 4" et le grand frère auquel il a désobéi, juste derrière, qui tout à coup saute de joie en entendant les cordes vibrer. "C’est à partir de ce jour-là que j’ai eu mon indépendance", déclare Habib.

Demandé, évoluant de groupe en groupe, il ne se voit pourtant pas faire de la musique son métier. Jusqu’à ce que Youssou Ndour, qui emploie déjà son frère Adama dans son orchestre, vienne convaincre Monsieur Faye père. Au milieu des années 80, le jeune élève part pour sa première tournée internationale et abandonne les études à 11 jours du bac. Il se retrouve aux claviers ! Les fausses notes le découragent mais le chanteur lui renouvelle sa confiance. Alors, il fait de son mieux chaque soir. "Regardez, Habib est en train de jouer sans regarder les touches", finit par remarquer le percussionniste du Super Etoile lors d’une répétition.

C’est en 1984 qu’Habib intègre le Super Étoile de Dakar au sein duquel il participe, aux côtés de son frère Adama Faye, claviste et guitariste, à l’arrangement des morceaux phares de Youssou Ndour. Adama Faye quitte le groupe, c’est alors que Youssou Ndour lui donne carte blanche pour la conception et l’arrangement des albums du Super Étoile. Cet homme au doigté vrombissant de mélodies uniques va révolutionner la musique sénégalaise avant de se lancer dans le jazz. Impossible d’écouter un album du groupe sans se rendre compte du cachet harmonieux et fluide de ses arrangements.

Architecte de la musique
Depuis quelques temps, Habib Faye, également claviériste et producteur, parcourait le Sénégal en classifiant les rythmiques propres à chacune des ethnies du pays. Le tout pour les mêler au jazz, genre musical qui lui tenait à cœur. C’était un architecte de la musique. Musicien versatile, Habib Faye aura joué aux côtés de plusieurs stars internationales parmi lesquelles Sting ou Tracy Chapman et a notamment enregistré avec Peter Gabriel. Habitué du festival Saint-Louis Jazz, il compte aussi parmi ses musiciens africains qui ont apporté leur pierre au jazz. Manu Katché, Lionel Loueke, David Sanborn, Ablaye Cissoko, Angélique Kidjo, Branford Marsalis, pour ne citer qu’eux, font partie de ses compagnons de route. Il laisse derrière lui son épouse, ses frères musiciens ainsi que ses enfants – dont un fils qui marchait sur ses pas.

Habib avait fini de créer son propre groupe de jazz, Habib Faye Quartet, avec des musiciens européens (Lionel Fortin au piano, Carlos Bagidi aux drums) et sénégalais (Laye Lô à la batterie, Kevin Ass Malick et Ibou Cissé au clavier). Le groupe changeait de membres selon les disponibilités des uns et des autres. Une formation indéfinissable, à l’image des Weather Reports et du bassiste Jaco Pastorious, dont Habib est fan et disciple.

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