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Boubacar baldé : Une vie au service du Pathiana

14 Mai 2018
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Mardi 8 février 2018. Au réveil. Le chef de village de Nianao, Boubacar Baldé, était chez lui en train de prendre tranquillement son petit déjeuner.  Quand soudain, un bruit inhabituel vient perturber sa quiétude. Il se lève, cherche à savoir ce qui se passe. Et aperçoit devant le poste de Douane situé juste à côté une file de véhicules en provenance de la Guinée-Bissau. Sans perdre de temps, il se dirige vers le poste. Sur place, l’ambiance était indescriptible. Une bousculade monstre. Un véritable chaos. La foule immense, incroyablement surexcitée, avait fini d’encercler le tout petit poste de Douane de Nianao.  Pour une histoire de paiement de passe-avant. La position des gabelous était ferme : tous paient sauf les voitures de l’administration bissau-guinéenne. « Je ne savais pas quoi faire. En un mot, j’étais dépassé », se souvient le chef de village qui nous reçoit au milieu de sa maison, entouré des membres de sa famille et des amis. Boubacar a d’abord essayé de rapprocher les deux parties. En vain. L’irréparable s’est finalement produit : plusieurs blessés et un mort. « Moi-même je suis un rescapé. J’ai eu une grande chance. Beaucoup pensaient que j’étais mort », rappelle le chef de village de Nianao, encore sous le choc.  Boubacar a été brutalisé, agressé et blessé. Il s’en est sorti avec la 6e côte droite cassée. Il le montre avec beaucoup de dignité. Ordonnances et radio à l’appui. Mais dit avoir tout pardonné. « Quand on est chef d’un village frontalier comme Nianao, on doit être indulgent et compréhensif », philosophe-t-il. C’est le deuxième choc qu’il vit en tant que chef de village. Il y a deux ans, Boubacar avait frôlé la mort dans une situation similaire. En voulant sauver des jeunes bissau-guinéens pourchassés par des douaniers. « Je m’étais agrippé à eux pour leur éviter qu’on leur tire dessus ». Aujourd’hui, ses proches craignent pour sa vie. Son épouse vit dans l’angoisse. Pourtant, il n’en a cure, considérant sa mission comme un sacerdoce. « Boubacar se donne corps et âme pour Nianao. C’est véritablement notre source d’inspiration », témoigne Mamadou Bassy Baldé, le chef de de Colondinko Niako, village distant de deux kilomètres. Dès sa sortie de l’hôpital régional de Kolda où il était admis pour des soins, Boubacar a repris sa moto et s’est rendu à Pirada, à la rencontre du préfet de cette circonscription bissau-guinéenne. Histoire de calmer les esprits et de raffermir les liens séculaires qui unissent les deux peuples. « Nous sommes des frères, liés par le sang et la géographie. Nous sommes obligés de faire la paix. » Pour lui, ce triste mardi 8 février est juste une séquence à oublier. « Ce qui nous lie avec la Guinée-Bissau est plus fort. Maintenant, il s’agit de tout faire pour que pareil drame ne se produise plus », fait savoir Boubacar.

Engagement citoyen
Aujourd’hui, la situation est redevenue normale. Douaniers et ressortissants bissau-guinéens se sont réconciliés. Les voitures passent et repassent. Sans problème. A la grande satisfaction de Boubacar Baldé. Un homme de consensus, courtois et disponible. Quand, en mars 2012, il a été choisi pour remplacer son frère Mamadou Baldé décédé, « grand ami » du président Abdoulaye Wade, peu de gens avaient misé sur lui. Boubacar était juste connu pour sa passion pour le football. Et une trajectoire professionnelle comme pointeur dans une poissonnerie à Ziguinchor. La garderie d’enfants qu’il avait réussi à mettre en place, en 2010, n’était qu’une petite affaire. Mais avec son dynamisme, son ouverture d’esprit mais aussi et surtout son amour pour Nianao, Boucacar est aujourd’hui un bel exemple de leadership local. Un véritable acteur du développement. Reconnu comme tel par les Ong et les autorités administratives. Son nom revient dans deux grands projets du Pathiana : Veesto (Vélingara éducation, environnement et santé pour tous) et « Natal mbèye ». Tous bénéficiant du soutien de la Sodefitex, de la Sodagri et de l’Ong Wolrd Vision. Avec « Natal mbèye », 9 emplois salariés ont été créés, 1 000 agriculteurs enrôlés et des centaines d’hectares emblavés. Le comité directeur du projet va siéger dans les jours prochains pour préparer l’hivernage. Mais la plus grande fierté de Boubacar reste les garderies d’enfants. Elles sont passées de 5 à 22 entre 2010 et 2018. 1 016 enfants y sont pris en charge. « Le développement passe par l’éducation », insiste Boubacar qui multiplie les ateliers et séminaires pour se bonifier. Pour se former. Tutoyant plusieurs domaines : informatique, journalisme, gestion des unités production, réseautage et mise en place de branches et filières productrices. Le chef de village de Nianao est véritablement un touche à tout. Dans sa chronique diffusée sur « Pathiana Fm », la radio locale, il aborde des thèmes relatifs à l’émigration clandestine, le vol de bétail, la santé de la reproduction, les mariages précoces, la déforestation, entre autres. Une phrase revient souvent dans ses propos : l’Etat ne peut pas tout faire. C’est que Boubacar Baldé est convaincu que chacun a sa carte à jouer dans la construction du pays. Tout ce que le chef de village de Nianao veut, c’est d’être accompagné et soutenu. Voila qui explique sa main tendue à l’Etat. Ses garderies souffrent du manque d’enseignants de qualité et de matériel didactique. Mais son souhait le plus ardent : voir Nianao et ses 1 500 âmes bénéficier de l’électricité. L’entretien tire à sa fin. Le soleil dicte sa loi. Boubacar veut se reposer. Il le mérite. Mais un coup de fil vient tout chambouler. Il doit intervenir urgemment dans un dossier. Deux individus se disputent un champ d’anacarde.  Le chef de village doit les départager. « Vous avez vu notre travail.  Ça ne s’arrête jamais », explique Bouba, qui est retourné à son activité favorite : se rendre disponible pour sa communauté.

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