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Sanar Peul ou Diougob : L’Ugb sort le village de sa léthargie

17 Mai 2018
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Sanar évoque beaucoup de souvenirs chez tout étudiant qui est passé par l’Université Gaston Berger (Ugb). Ce petit village, assez éloigné de Saint-Louis pour ne pas en subir l’agitation, est, aujourd’hui, sorti de l’anonymat et de sa torpeur. Beaucoup de choses ont changé à Sanar Peul, reconnu administrativement sous le nom de Diougob, avec l’avènement de l’institution universitaire. Les mentalités ont beaucoup évolué et les autochtones aspirent plus que jamais au développement de leur localité.

Sanar ! Un calme plat règne au bord de la route nationale n°2 menant à Richard Toll, à hauteur de ce village situé à une dizaine de kilomètres de Saint-Louis. De loin, on aperçoit la tour caractéristique de la bibliothèque centrale de l’Université Gaston Berger ceinturée par deux villages : Sanar Peulh et Sanar Wolof. Ils sont respectivement habités par des Peuls et des Wolofs. Le climat est un peu clément. Par groupe, les fidèles chrétiens sortent, ce dimanche, de la paroisse du village, le cœur rempli de grâces et de bénédictions. La plupart d’entre eux sont des « Wa Sanar », une appellation attribuée aux étudiants et aux anciens de l’Ugb. Un nom qui se confond aussi et surtout avec celui du village qui a donné naissance à l’université.

Si Sanar, qui abrite l’Ugb, est administrativement victime d’un découpage qui l’a rattaché à la commune de Gandon dont il est distant de 18 km, il est géographiquement et sociologiquement plus proche de Saint-Louis. Mais, cela ne semble guère gêner ses habitants qui se considèrent Saint-Louisiens.

Jadis, le site abritant l’Ugb était occupé par des Peuls et portait le nom de Sanar Peul. En face d’eux, il y avait la communauté wolof qui vivait sur un autre site appelé Sanar Wolof. Vers les années 70-80, les habitants de Sanar Peul étaient contraints de déguerpir pour céder le site à la future université. Pour se reloger, ils n’ont pas cherché bien loin. Il leur a juste suffi d’enjamber la route nationale n°2 pour se retrouver au village de Diougob qui fait face à l’Ugb. Administrativement, c’est Diougob, mais c’est Sanar Peul qui est plus connu et familier aux Saint-Louisiens et aux étudiants de l’Ugb qui y ont laissé leurs empreintes au cours de leur séjour.

Pendant longtemps, ce village, plongé dans l’anonymat, a gardé sa quiétude à distance respectable de l’agitation de Ndar. Aujourd’hui, les temps ont changé. La création de l’université, vers les années 90, a changé la donne. Sanar est sorti de sa torpeur et les populations affichent leur ambition de développement. Pour cela, elles comptent beaucoup sur l’institution universitaire pour l’emploi des jeunes et la réalisation d’infrastructures d’envergure. Conscients des missions de l’université, les différents recteurs de l’Ugb ont, tour à tour, joué leur partition, au grand bénéfice des populations riveraines. Talibou Diallo, habitant de Diougob, magnifie les actions amorcées par les recteurs Mary Teuw Niane, actuel ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’innovation, et Baydallaye Kâne. Ils ont beaucoup œuvré pour le recrutement des jeunes du village. « Des efforts ont été certes consentis, mais il y a beaucoup à faire. Nous devons être prioritaires dans les emplois de l’Ugb et du Crous », poursuit-il.

Ibrahima Sow partage le même avis. Il magnifie l’excellence du partenariat entre l’Ugb et les populations des villages environnants, même s’il estime qu’il y a encore des efforts à faire du côté du Centre régional des œuvres universitaires de Saint-Louis (Crous). « A l’époque, les habitants de Diougob qui travaillaient à l’université n’étaient pas nombreux. Avec l’arrivée du Pr Mary Teuw Niane, beaucoup de jeunes issus des villages environnants en ont bénéficié. Ses successeurs ont suivi la dynamique. Toutefois, il faut dire que le Pr Niane a le plus marqué l’attention des populations de Diougob et environs lors de son passage », se félicite-t-il, regrettant que la dynamique ne suit pas du côté du Crous. « Nous ne sommes pas bien servis par le centre universitaire. Nous sommes laissés en rade alors que nous, riverains, devrions être privilégiés dans les emplois », dénonce M. Sow.

« L’université a trouvé ici des troupeaux de vaches, des moutons, des chèvres, etc. L’élevage a cédé petit à petit la place à l’institution. La politique sociale de l’Ugb doit réserver une part importante aux villages environnants en termes d’emplois », affirme Babacar Bâ, chef du village de Diougob. Ce dernier pense aussi que le Crous devrait privilégier, pour les emplois temporaires ainsi que dans les recrutements, les populations des villages environnants, dans le cadre de sa politique sociale.  

Ruée vers Sanar…
Sanar Peul 2Talibou Diallo admet que l’implantation de l’Ugb a beaucoup contribué au développement du village. « On retrouve de nombreuses boutiques sur le long de la route nationale n°2, en face de l’Ugb. Egalement, des gens cherchent à acquérir des terrains à Diougob pour y habiter ; ce qui n’était pas le cas avant l’avènement de l’université », indique-t-il. Le foncier est devenu cher au fil du temps. Beaucoup d’autochtones et même des « étrangers » sont en train de valoriser leurs terrains. Dans les années 70, ajoute Talibou Diallo, les terrains étaient gratuitement cédés à ceux qui en formulaient la demande. Aujourd’hui, il faut beaucoup débourser pour espérer avoir un terrain à Diougob ou Sanar Peul et même Sanar Wolof. Cette flambée des prix des terrains occasionne un boom immobilier très important. Des étudiants qui n’ont pas pu bénéficié d’un logement universitaire se rabattent à Diougob ou dans les villages environnants pour ne pas s’éloigner du campus pédagogique.

Le chef du village de Diougob abonde dans le même sens. Babacar Bâ soutient que l’Ugb a favorisé le développement de la localité et ses environs. Aujourd’hui, beaucoup de pères envoient leurs enfants à l’école ; tel n’était pas le cas avant l’avènement de l’université. Il en est de même pour le foncier. Selon lui, le premier directeur du Crous, Saliou Rama Kâ, et le Pr Mary Teuw Niane ont beaucoup marqué les populations de Diougob et environs. Ils ont beaucoup travaillé les consciences sur la nécessité d’envoyer leurs enfants à l’école. Les résultats sont maintenant palpables. Plus d’une vingtaine d’étudiants originaires du village sont orientés à l’Ugb et constituent une fierté. D’autant plus que, dans le passé, peu d’enfants étaient scolarisés, signale Ibrahima Sow. Pour lui, l’implantation de l’Ugb a créé une réelle émulation chez les jeunes du village et environs. Seulement, en matière d’orientation des bacheliers, ces villages ne disposent pas de quotas, même avant l’avènement des réformes de 2013 avec la mise en place d’un système national d’orientation, à savoir Campusen. Aujourd’hui, l’option de l’Etat, rappelle le recteur de l’Ugb, c’est d’orienter tous les bacheliers sur la base de critères dont les universités à la base n’ont pas cette marge de manœuvre. Ce modèle d’orientation vise à éviter la « ghettoïsation académique » et à favoriser la « mobilité des jeunes » qui contribue à l’intégration nationale.

Pour le président de l’Asc de Diougob, l’implantation de l’université a radicalement changé le visage de leur localité et la mentalité des populations. Sur le plan économique, les choses bougent avec l’arrivée massive des banques et d’autres sociétés. « Tout le monde rêve d’habiter à Diougob parce que l’avenir, c’est ici », lance-t-il. « S’il n’y avait pas l’université, il n’y aurait pas une ruée vers Diougob ou Sanar wolof », ajoute-t-il.

Légitimes préoccupations
Cette ruée vers Sanar Peul cache mal quelques préoccupations légitimes des populations. Celles-ci, de l’avis de Talibou Diallo, sont principalement liées à l’extension hydraulique et électrique et au bitumage des principaux axes routiers pour faciliter leur déplacement. Cela, d’autant que le village s’agrandit d’année en année.  Le constat est fait par le chef du village. L’Ugb doit, selon Babacar Bâ, être au service de la communauté à travers ses recherches et son savoir-faire. Il déplore aussi la recrudescence des cas de vol dans la zone.

Diougob est l’un des rares villages au monde à abriter une université. Mais, le seul bémol est que ce village de la commune rurale de Gandon ne dispose pas de poste de santé, ni d’un marché digne de son nom, encore moins d’un collège, voire d’un lycée. Les patients sont certes admis, pour les besoins de consultations, au centre médical du Crous, mais ils sont le plus souvent orientés vers d’autres structures sanitaires.

Née en 1994, l’Asc de Diougob, dirigée par Ibrahima Sow, s’active dans tous les domaines pour le développement du village. Pour réussir ses missions, elle n’hésite pas à recourir aux services de l’Ugb ou du Crous. Certes, leurs sollicitations auprès de l’université ont toujours connu une suite favorable, mais Ibrahima pense qu’elle peut faire mieux pour remplir pleinement sa mission dans le cadre de la Responsabilité sociétale d’entreprise (Rse). « Chaque année, nous organisons des Journées d’excellence ; nous aimerions que l’Ugb et même l’association « Wa Sanar » nous soutiennent davantage pour donner à cet événement une dimension exceptionnelle et surtout lors de ses « 72 » culturelles », fait-il remarquer. M. Sow appelle l’association « Wa Sanar », regroupant les étudiants qui ont fait leurs humanités à l’Ugb, à soutenir les écoles primaires ou collèges de Diougob et des villages environnants. Selon certains témoignages, le premier recteur de l’Ugb a contribué à la construction de la première mosquée du village. L’institution a aussi fait un don d’un climatiseur pour la morgue du village. Sur les relations entre les étudiants et les populations, le chef de village souligne qu’elles sont au beau fixe. Très souvent, lors des grèves des étudiants, ce sont les notables du village qui prennent le bâton de pèlerin pour arrondir les angles entre autorités universités et étudiants.

Samba Oumar FALL, Souleymane Diam SY (textes)
et Assane SOW (photos)

L’UNIVERSITÉ AU SERVICE DE LA COMMUNAUTÉ
Crous UgbL’Université Gaston Berger (Ugb) est un bon voisin. Depuis sa création, elle a consenti beaucoup d’efforts pour prendre en charge les préoccupations des riverains, notamment en matière d’emplois des jeunes.

Pour le Pr Baydallaye Kâne, les universités ont, entre autres missions, les services à la communauté. C’est pour cette raison, signale le recteur, qu’une attention particulière est accordée à la société et à l’environnement de façon particulière.

L’Ugb étant dans un domaine semi-urbain et semi-rural, il y a beaucoup d’initiatives prises en direction de ces villages, dit-il. « Dans le domaine de la santé, depuis l’ouverture de l’Ugb, la Direction de la médecine du travail a intégré le principe de prendre en consultation les villageois gratuitement », fait savoir M. Kâne, sans occulter la question de l’emploi des jeunes.

Initialement, l’Ugb avait une superficie de 243 ha, mais dans le cadre de ses relations de bon voisinage et suite à une requête de Sanar Wolof, l’université a accepté de se délester d’une partie de sa superficie pour se retrouver avec 220 ha où elle dispose des espaces verts. L’Ugb, précise le recteur, a besoin de la main d’œuvre pour l’aménagement de ces dits espaces. Et à l’en croire, la décision prise par les autorités universitaires, c’est de donner un quota à tous les villages environnants qui, de manière rotative, envoient, tous les quatre mois, des jeunes pour venir travailler à l’université. « Nous n’interférons pas dans le choix. C’est une valeur ajoutée pour ces villages. Certains d’entre eux ont la chance d’avoir des Cdd et d’autres des Cdi », explique-t-il.

Dans le domaine de l’agriculture, l’Ugb fait beaucoup d’innovations à travers sa ferme où une unité de production a été mise sur pied en partenariat avec Bruxelles. Selon Baydallaye Kâne, des chercheurs font de la poudre d’oignons utilisée dans la confection des bouillons, du yaourt, de l’huile, etc. « C’est un travail de pointe. Aujourd’hui, nous avons parmi les meilleurs spécialistes dans notre pays dans ce domaine », fait-il remarquer. Un travail réalisé en parfaite collaboration avec les Gie de femmes des villages environnants qui servent de main d’œuvre dans cette unité de production. Notre objectif, dit-il, c’est « de leur permettre d’acquérir des connaissances et de s’en servir pour améliorer leurs conditions d’existence ».

Samba Oumar FALL, Souleymane Diam SY (textes)
et Assane SOW (photos)

LE CROUS AU CHEVET DES RIVERAINS
Les populations de Sanar ne sont pas satisfaites de la politique sociale du Centre régional des œuvres universitaires de Saint-Louis (Crous), notamment en matière de recrutement des jeunes. Elles accusent les autorités de cette institution de « faire du parti pris et du favoritisme ». Une accusation rejetée en bloc par le Crous à travers sa cellule de communication. Fara Sylla, chargé des relations avec la presse, soutient que, depuis son existence, le Crous a toujours pris en charge les préoccupations des populations des villages environnants (Sanar Peul, Sanar Wolof, Boudiouck), en recrutant notamment des journaliers dans la restauration. D’ailleurs, indique-t-il, beaucoup de femmes qui interviennent dans la restauration des étudiants sont originaires de ces villages.

A cela s’ajoute la gratuité des prestations médicales pour ces communautés ainsi que les subventions allouées à des associations religieuses, culturelles, sportives, etc. Même si beaucoup de jeunes sont des prestataires du Crous, ils attendent leur régularisation depuis plusieurs années. Fara Sylla estime que cette situation est liée au budget. Cette année, le Conseil d’administration du Crous n’a autorisé que dix recrutements sur une cinquantaine de demandes. Le directeur du Crous est, selon lui, assez sensibilisé sur cette question.

« Sous peu de temps, si le centre obtient une rallonge de son budget, il va procéder à la régularisation de ces prestataires qui ont passé beaucoup d’années au service de l’université », déclare son chargé des relations avec la presse pour qui « le Crous ne fait nullement dans le parti pris encore moins dans le favoritisme ».

« Comme l’atteste d’ailleurs la première vague de travailleurs du centre qui est issue de ces villages. Vous les trouverez dans tous les services », avance M. Sylla.

 

Samba Oumar FALL, Souleymane Diam SY (textes)
et Assane SOW (photos)

Last modified on jeudi, 17 mai 2018 11:49
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