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Birima Ndiaye vs Omar Faye : Le temps des impertinences

17 Mai 2018
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Un de mes maîtres, que j’implorai de dire son mot sur notre présent et sur notre quête incertaine de sens, me servit comme réponse ceci : « Dans ce pays, tout le monde parle. Et de tout. On célèbre davantage la volubilité du langage et le langage de l’indélicatesse que celui articulé autour de la science, de la raison et de la civilité ». Sans doute, mon maître a aussi peur de la nouvelle race d’individus dont l’impertinence envahit l’espace public. Ils sont prompts à attaquer, de manière inconsidérée, les gens, à entraver nos « utopies » et à blesser la décence. S’abandonnant à un narcissisme nourri par les médias, ils s’autorisent tous les excès parce qu’il n’y a que le paraître qui compte. La libéralisation de la prise de parole, n’en déplaise à Monsieur promoteur des libertés, est une tragédie se déroulant sous nos yeux. Nos oreilles et le bon sens en sont les héros malheureux. Birima Ndiaye, qu’une certaine maladresse a appelé chroniqueur de l’émission « Jakaarlo bi » de la Tfm, et l’intempestif Omar Faye, du mouvement « Leral Askanwi », pourraient valablement y tenir des rôles.

Le premier, syndicaliste aux procédés old school, confond authenticité, trivialité et enfantillage. La personnalité exige de nous cette faculté de s’adapter aux univers d’expression, au cadre et au contexte. Et ce n’est pas de la sournoiserie. Ce presque quinquagénaire entre dans un jeu télévisé qui n’amuse que ceux que l’inconvenance n’outre. L’impétuosité, même naturelle, doit être endiguée, de temps en temps -et quel que soit le désir d’exister- par la lucidité et un retour fréquent à soi. Donc, savoir faire abstraction de l’horreur du moi quand la lumière jaillit au moment où, peut-être, on ne l’espérait plus.

La télévision exige quelques précautions oratoires, une posture. On ne crie pas pour se faire entendre. Dans un beau portrait de Birima Ndiaye, réalisé par une consœur, une de ses épouses tient ces propos : « Il m’arrive parfois de ne pas regarder ses émissions jusqu’à la fin. Tant son comportement me fait sortir de mes gonds ». Vous n’êtes pas la seule madame ! Elle poursuit : « Je lui demande de parler sans s’énerver, car on le comprend mieux quand il s’exprime doucement. Et pourtant, à la maison, il est tout sucre, tout miel ». Ah bon ! Est-il alors obligé de se donner en spectacle de cette manière si incommodante…si écœurante, d’autant plus que sa participation dans cette émission, dit-il, n’est pas rémunérée, lui, l’homme politique qui a fini de démolir, avec d’autres, le mythe du « socialiste pondéré » ?

Mais, Birima Ndiaye peut se vanter d’être moins impertinent qu’Omar Faye, président « isolé » du mouvement « Leral Askanwi », qui nous brouille plus qu’il n’éclaire notre lanterne. Directement ou indirectement, Laye Njomboor a eu la prouesse de faire croire à certaines personnes leur trop grande importance. Certains sont devenus maires, d’autres ont failli l’être. Il y en a qui ont été nommés conseillers en quelque chose ou casés dans un quelque part où s’étouffe leur exubérance. Et l’impopularité, un temps agité, du père du petit protégé de Doha a même fait penser que les énormités d’Omar Faye étaient des évidences scientifiques. Aujourd’hui encore, le refrain médiatique, « arrêté pour diffusion de fausses nouvelles », tout à son honneur, a repris. Il nous sert les mêmes invraisemblances et sur les mêmes plateaux de télévision (deux principalement). Omar se plait à ce jeu. Il ressemble à cet être aimant s’entourer d’oreilles distraites en mal de sensations (ici, la presse) qui élabore des contre-vérités et qui finit par admettre comme vérité ce que son esprit malveillant avait conçu. L’ardent désir d’ « exister » des uns et des autres est, encore une fois, un drame collectif.

 

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