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Seydou Diouf, député : Dans la peau de l’héritier

24 Mai 2018
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A 56 ans, le député Seydou Diouf fait partie de la nouvelle vague de parlementaires sénégalais très en verve. Aujourd’hui, il semble suivre les pas d’un autre parlementaire, Me Mbaye Jacques Diop, « son père » en politique.

L’homme n’est pas grand de taille, mais il a le sens de la repartie. Il tacle, il cogne et impose ses idées par des arguments. Face à une opposition parlementaire déterminée à bloquer le projet de loi relative au parrainage, le 19 avril dernier, Seydou Diouf, président de la Commission des lois, de la décentralisation, du travail et des droits humains, est resté zen. Durant quatre tours d’horloge, Madické Niang, Aïssata Tall Sall, Toussaint Manga, Moustapha Guirassy, Mame Diarra Fam, Cheikh Mbacké Bara Doly, Cheikh Abiboulah Dièye, etc., ont critiqué, lancé des pics et parfois même attaqué frontalement leur homologue de la Commission des lois. Mais, toujours avec sérénité, il est arrivé à contenir toute « cette guérilla parlementaire » à laquelle le Garde des Sceaux, Ismaïla Madior Fall, a fait allusion dans une de ses interventions.

Parfois même, c’est sur un ton taquin et amical qu’il débute ses réponses. A Madické Niang, il envoya cette pique après son intervention : « Je retrouve les airs de prétoire de Maître ». « Le prétoire me manque », répondit ce dernier et avertit : « Seydou, tu me connais et je te connais…». L’échange détend l’atmosphère. Imperturbable, le président de la Commission des lois n’a de cesse de répéter l’ouverture des débats pour aborder, dans le fond, le projet de loi sur le parrainage. Le débat tant attendu n’aura pas finalement lieu ce jour-là.

En tant que président de la Commission des lois de l’Assemblée nationale, la séance plénière du 19 avril avait des allures de baptême de feu pour Seydou Diouf. Des amis à lui, à l’image de Yatma Fall, ne cachent pas leur fierté de le voir réussir son entrée en matière. Brillamment d’ailleurs. « Politiquement, il a été formé et même formaté par notre père spirituel à tous, Me Mbaye Jacques Diop, et je formais pratiquement avec lui une paire autour de notre mentor. Aujourd’hui, nous pouvons dire qu’il est en train de réciter, de très belle manière, les leçons apprises de notre père », explique Yatma Fall.

Seydou Diouf acquiesce et explique : « Si j’en suis arrivé là, c’est parce que j’ai eu la chance d’avoir croisé le chemin d’un homme qui, avec beaucoup de générosité, m’a transmis ce qu’il savait ; ce goût de la chose politique, cet engagement pour son pays, sa localité. C’est cette même générosité qui doit m’habiter par rapport aux jeunes de mon parti ». Le père, Me Mbaye Jacques Diop, illustre homme politique sénégalais et parlementaire de renom, a été, plusieurs années durant, à la tête de la Commission des lois que dirige actuellement Seydou Diouf. Une belle expérience à l’hémicycle et dans sa ville natale, Rufisque, où il fut maire. Ce qui lui faisait dire sans cesse : « J’ai toujours été élu, jamais nommé ». A force de travailler aux côtés de son mentor, Seydou Diouf a fini par embrasser une carrière politique. Tout comme sa mère, Fatou Dieng Fleur, qui était aussi une camarade de Me Mbaye Jacques Diop. Jeune militant du Parti socialiste, il intègre très vite la mairie de Rufisque et fait partie d’un des plus proches collaborateurs de l’ancien maire. Le compagnonnage entre les deux hommes est empreint d’une grande complicité. Il est basé aussi sur la confiance. Car Seydou est nommé secrétaire général adjoint au Conseil de la République pour les affaires économiques et sociales (Craes) lorsque Me Mbaye Jacques Diop préside aux destinées de cette institution alors nouvellement créée par Abdoulaye Wade.

Un pas dans le gouvernement…
Pour avoir suivi le brillant parcours de Seydou Diouf, Mbaye Jacques Diop trouvait en lui l’homme idéal pour l’épauler dans ses tâches administratives. Le jeune Seydou a d’ailleurs réussi un beau parcours scolaire et universitaire. Après le Bac au lycée Van Vollenhoven de Dakar (actuel Lamine Guèye), il obtient une bourse et s’envole pour la France. Là-bas, il décroche une Maîtrise en Administration économique et sociale  à l’Université François Rabelais de Tours. De retour au pays, il fait un Dess à l’Ucad sur la Gestion des collectivités locales. Aujourd’hui, cette formation lui vaut beaucoup de succès. Selon un de ses amis, le président de la Commission des lois de l’Assemblée nationale fait de la consultance un peu partout en Afrique. Il forme et coache ses homologues des autres pays sur les questions de décentralisation ainsi que sur le droit parlementaire.

L’ancien député Doudou Wade, avec qui il a partagé la 11ème législature, n’est guère étonné de l’ascension de ce jeune homme qu’il a vu travailler à l’Assemblée. « Seydou est venu à l’Assemblée en 2007. Et du point de vue parlementaire, il a aimé la chose. Nous avons partagé la 11ème législature et il a été un bon parlementaire. Il s’est attelé à la tâche parlementaire, il a défendu les lois, il a pris des positions sur certains textes, il a apporté des amendements qu’il faut. Et quand il fallait être en face d’un ministre, quel qu’il soit, il a su prendre la position qu’un député doit prendre. Parfois, sa défense était une défense de contrée, une défense territoriale, nationale peut-être, et il a su défendre ses positions », rapporte l’ancien président du groupe parlementaire libéral.

« Notre Gilles Carrez »
Mais, pour Doudou Wade, c’est en tant que rapporteur du budget que Seydou Diouf a su apporter des « choses assez intéressantes » à l’Assemblée nationale, notamment en ce qui concerne l’orientation budgétaire, l’évaluation des politiques publiques et le contrôle budgétaire.

L’homme avait une grande maîtrise de ces questions à tel point qu’un jour, confie Doudou Wade, Martine Auriac, la présidente du groupe d’amitié France-Sénégal, en présentant Seydou Diouf à des parlementaires français, leur dit ceci : « C’est notre Gilles Carrez ». (Ce dernier était l’ancien député des Républicains en charge de la Commission des finances, de l’économie générale et du contrôle budgétaire en France entre 2012 et 2017). Seulement, compte tenu des « bienfaits » qu’il apportait à l’Assemblée, Doudou Wade n’a jamais voulu que le jeune homme quitte l’hémicycle. Il s’est opposé à son entrée dans le gouvernement. L’ancien président du groupe parlementaire confie : « Seydou a failli entrer dans le gouvernement, parce qu’à un certain moment, il se posait la question d’un ministre pour le camp de Mbaye Jacques Diop. J’ai dit non. Sa place était au Parlement. Parce que je n’ai jamais voulu qu’on déchausse le Parlement pour l’Exécutif ». Seydou faisait ainsi partie de la jeune garde de l’hémicycle sur qui il fallait miser dans l’avenir. C’est ce qui justifie donc son retour à l’Assemblée après l’avoir quitté lors de la dernière législature. Mais, outre son talent et sa perspicacité, l’enfant de Diamaguène est aussi connu pour sa gentillesse et le respect qu’il voue aux autres. Doudou Wade confirme et en donne l’explication : « Il est très respectueux de ses vis-à-vis et il y a le reflet de son éducation, parce que sa maman était une très grande éducatrice. Vous ne pouvez pas sortir d’une classe gérée par cette dame sans être bien formé », affirme-t-il. En outre, Seydou Diouf reste un homme de famille. Doudou Wade préfère parler de ses « familles ». Particulièrement celle de son épouse, de sa mère ou encore celle de son père. Des liens de parenté que Seydou Diouf ne cesse de cultiver.

Un lourd héritage à porter
Cette bienveillance se reflète-t-elle sur sa famille politique qu’il a héritée de Me Mbaye Jacques Diop ? Bien des voix se sont élevées à Rufisque pour déplorer cette léthargie dans laquelle est plongée le Parti pour le progrès et la citoyenneté (Ppc) depuis le décès de Me Mbaye Jacques Diop. D’autres, non contents de la gestion actuelle du parti, remettent en cause son manque de charisme. « Seydou est un pur carriériste. Il ne se soucie que de ses intérêts et pas de ceux du parti », accuse un ancien du Ppc.

Yatma Fall temporise et dédouane Seydou de cet état de fait. « Le départ de Mbaye Jacques a laissé un grand vide, un très grand vide que nul ne peut combler. Les militants et même les Sénégalais avaient été habitués de la présence et de la prestance de Mbaye Jacques ; ce que personne parmi nous, ses héritiers, y compris Seydou, ne peut combler. C’est cela qui donne cette impression que le parti n’est plus comme du temps de Mbaye Jacques ». Un autre journaliste rufisquois, bien au fait de la situation actuelle du Ppc, est sans équivoque : « L’héritage de Me Mbaye Jacques Diop est lourd à porter. Et ce qu’il faisait, il était le seul à le faire ». En termes plus clairs, la proximité que Mbaye Jacques Diop vouait aux militants et le soutien financier qu’il leur consacrait étaient inégalables. Aujourd’hui, en plus de ses différentes casquettes politiques et les défis sportifs qu’il doit relever en tant que président de la Fédération sénégalaise de handball, il reste à Seydou Diouf un immense travail à faire pour son parti. Et dans ce domaine, il peine à convaincre.

Maguette NDONG

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