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Louis Camara, écrivain : « Restaurateur » de sens

24 Mai 2018
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De Mame Coumba Bang…
Louis Camara est de ces créateurs qui se sont révélés au monde et à ceux qui aiment les belles choses sur le tard. L’écrivain saint-louisien a publié sa première œuvre littéraire en 1996, alors qu’il avait 46 ans. Ce fut un coup d’essai et un coup de maître après des années à voyager à travers la lecture. « Le choix de l’Ori », sa première prouesse éditée par les éditions « Xamal » de Saint-Louis, remporte le Grand prix du chef de l’Etat pour les Lettres. Son dernier ouvrage, un recueil de contes intitulé « La fille de Mame Coumba Bang », gravit aussi cette cime des éloges légitimes comme le précédent, « Au-dessus des dunes », qui dessine des univers de vertus. Louis Camara est un auteur qui redonne un élan à une forme de littérature dont l’engagement ne se mesure pas à l’aune de la diatribe, mais dans sa faculté de transmettre ou de restaurer le mythe constructeur de sens, d’identité et de valeurs partagées.

A Ifà…
C’est en cela que les écrits de Louis Camara sont importants et originaux. Sénégalais, il s’est intéressé à une culture où se fabriquent justement des mythes, celle des Yorubas dont il est « un écrivain et un interprète de la culture ». A propos, il disait ceci : « Saint-Louis est une terre de poésie, de mythes. La poésie et le mythe sont consubstantiellement liés. A Saint-Louis, une ville très religieuse, très islamisée, il y a toujours la présence de ces mythes. Je ne suis pas très dépaysé chez les Yorubas parce que j’ai baigné, dès l’enfance, dans cette ambiance « mytho-poétique » si je puis dire. Ce qui fait que le lien n’a pas été abrupt ». Son œuvre évoque le terroir et l’ailleurs pour embrasser l’universel. Par le hasard de ses lectures, celui que l’on surnomme le « conteur d’Ifa » (Ifa est une divinité du panthéon Yoruba) a été interpellé par une culture qui a élargi son horizon et excité son imagination poétique. Celle-ci a accouché de sa première œuvre littéraire, « Le choix de l’Ori », avant le texte du « retour » au terroir, « Il pleut sur Saint-Louis », un recueil de nouvelles. Il s’est tellement imprégné de cette culture de l’ailleurs que les Yorubas du Sénégal ont fait de lui, l’année dernière, leur invité d’honneur lors de leur traditionnelle fête annuelle appelé le « Yorouba day ». Il y avait animé une conférence sur le thème : « Littérature traditionnelle yorouba : prose et poésie ».

En passant par Louis
Dans le film-documentaire « La Brèche », du réalisateur sénégalais Abdoul Aziz Cissé, un homme s’illustre par la profondeur de son verbe, la musicalité de sa voix. Il se nomme Louis Camara et c’est un homme très raffiné au-delà des stéréotypes sur le « Ndar-Ndar ». Son raffinement et son urbanité ne sont pas ostentatoires. Ils sont un trait de lumière naturel. Et ce n’est point une trivialité d’évoquer, ici, cet aspect en ces temps d’incivilité. Il est l’archétype de l’âme à envier. Et son œuvre en cours, des humanités et des univers à envisager comme socle d’un devenir à se fabriquer pour une Afrique qui se réconcilie avec ses mythes et ses « utopies », n’en est pas moins digne d’éloges.

Alassane Aliou MBAYE

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