grandair

Grand Air (36)

Érigé en chef-lieu administratif depuis le début du 20e siècle, Gossas ne s’est jamais paré d’un caractère véritablement urbain. Traversée par la route nationale n°3, cette ville carrefour, qui a connu une épopée glorieuse avec les chemins de fer et la commercialisation de l’arachide, a complètement manqué le virage du développement. Les différents maires qui se sont succédé à la tête de la commune ont essayé, au-delà de leurs capacités, d’insuffler un nouveau dynamisme à Gossas qui ne parvient toujours pas à retrouver son âge d’or.

L’évocation de Gossas laisse penser aux nostalgiques de la période de la prospérité, quand le chemin de fer était à son apogée. Gossas était alors une étape obligée pour le train Dakar-Bamako qui y faisait une halte. Ville cosmopolite très en vue à l’époque, Gossas vivait et respirait la prospérité. Zone tampon entre le Sine et le Saloum, Gossas était alors un important pôle commercial et rivalisait avec les grandes villes comme Diourbel, Fatick et Kaolack. Mais le déclin du trafic ferroviaire a sonné le glas de l’activité commerciale. Et Gossas n’est jamais parvenu à se relever de ce coup de massue. Aujourd’hui, Gossas offre un visage désolant et ressemble, par bien des aspects, à un gros village. Certains de ses quartiers ne parviennent toujours pas à s’extirper de leurs anciens décors qui portent jusqu’à l’heure les marques de l’époque coloniale. Au cœur de cette ville au passé riche qui incite à la découverte, les vieilles bâtisses laissent conter leur histoire. Gossas a été fondé en 1906. Cette ville, selon le notable Amadoune Mar Ndiaye, qui fut le premier adjoint au maire Seyni Ndiaye de 1975 à 2002, a été érigée en commune de premier degré en 1926 avant d’avoir un statut de plein exercice en 1960. À en croire cet octogénaire, le vrai Gossas se trouve à l’emplacement du marigot Njaluk, le site où se trouve l’Hôtel de ville. « Quand on a voulu construire le chemin de fer qui devait rallier Kaolack, ceux qui l’avaient construit en premier se sont trompés. Ils sont partis de Patar pour rallier directement Kaolack. Quand les ingénieurs sont venus, ils ont dit que le chemin de fer devait passer là où il y a le marigot, c’est-à-dire le Njaluk. C’est ensuite que la ligne a été rectifiée ; ce qui a fait que le train passe par Gossas qui est sorti de l’anonymat », précise-t-il.

Gossas a connu un rayonnement grâce à l’agriculture, l’élevage, mais aussi au chemin de fer. « Par le passé, Gossas était une ville très rurale. L’agriculture et l’élevage occupaient une place importante dans l’économie locale », explique Amadoune Mar Ndiaye. Selon lui, le vrai bassin arachidier, ce n’est ni Kaolack, ni Kaffrine, encore moins Fatick, mais bien Gossas.

Rayonnement et déclin d’une ville
« Au siècle dernier, Gossas faisait partie des localités les plus reconnues dans la production et la commercialisation de l’arachide. C’était un vrai point de ralliement pendant la traite. Avec tous les âniers, les chameliers et les charretiers conduisant les graines, on ne pouvait pas se rendre compte que tout ceci venait de Gossas », indique-t-il. La gare ferroviaire, soutient-il, a aussi joué un rôle très important dans la vie économique de Gossas, avec les nombreux mouvements qui y étaient notés. Pendant la traite, explique l’ancien adjoint au maire, les Lébous affluaient vers Gossas. « Gossas était devenu un important point de convergence. Les gens venaient de partout. Ils étaient tailleurs, commerçants, manœuvres, vendeurs de poissons. Ils s’installaient dans le village, on leur donnait des femmes et ils restaient », fait savoir l’octogénaire, témoin de l’évolution de cette ville.

Situé au quartier Escale, la gare de Gossas, qui était sur l’axe du chemin de fer Dakar-Bamako, était très stratégique. En plus de sortir plusieurs localités de la zone de l’isolement, le chemin de fer a contribué à faire de Gossas une ville très dynamique et animée. Mieux, il a été, pendant longtemps, le moteur de développement socio-économique de cette ville et toutes ces localités que traversait le train. « À l’époque où la traite de l’arachide était à son apogée, Gossas représentait un point de passage obligé pour le train ; ce qui fait que la ville a connu un développement fulgurant », indique le notable. Malheureusement, la suppression du trafic, dans les années 1980, a complètement déstabilisé le réseau marchand qui en dépendait et porté un sacré coup aux activités commerciales qui occupaient la majeure partie de la population. Depuis cette date, le train express Dakar-Bamako ne siffle plus à Gossas. Une situation que regrette Mme Marième Ndiaye et beaucoup d’habitants de Gossas qui ont vécu cette époque glorieuse. « Notre ville n’est plus desservie par le train. Cet état de fait a porté un sacré coup à l’économie locale. Quand j’étais plus jeune, j’allais à la gare aider ma mère qui achetait de la marchandise qu’elle revendait. C’était une époque de prospérité pour bon nombre de familles », se remémore cette commerçante. Selon elle, le chemin de fer a eu un impact très positif sur l’économie de Gossas et a permis la création d’emplois pour les populations locales et d’améliorer leurs conditions de vie. « Des gens sont venus de partout pour tenter leur chance. Gossas, devenu un point de convergence, débordait d’activités tous les jours ». Mais aujourd’hui, cette gare qui a joué un rôle non négligeable dans le transport des personnes et des marchandises est devenue un champ de ruines. Ces périodes fastes, les populations l’évoquent avec nostalgie.

En plus de la mort du chemin de fer, le vieux Amadoune Mar Ndiaye estime que l’avènement de l’indépendance a beaucoup contribué au déclin économique de Gossas. « Alors qu’il était en tournée à Gossas, quelqu’un a interpellé le président Senghor pour lui demander à quand la fin de l’indépendance », ironise-t-il. Gossas ne décolle pas, indique M. Ndiaye. « Tout ça, c’est une question de mentalité. Il n’y a pas de moyens, pas de ressources à Gossas. Les gens ont fui. Ils ont abandonné la ville pour aller chercher d’autres débouchés », explique-t-il. Aujourd’hui, reconnait le vieux Amadoune Ndiaye, la commune de Gossas souffre encore d’un exode rural des plus spectaculaires et qui reste difficilement maîtrisable. « Des familles entières sont parties pour s’installer ailleurs et ont jugé meilleur d’investir là-bas », note-t-il.

Un redécollage très timide
L’âge d’or de Gossas, c’est aujourd’hui de l’histoire ancienne et son redécollage s’avère pénible. Pis, cette ville qui couvre une superficie de 2,69 km² pour une population de plus de 15.000 habitants enregistre des retards en équipements qui entravent son développement. Tout ou presque reste à faire à Gossas qui garde toujours son urbanité coloniale. De vieux bâtiments, héritage du passé de la localité, meublent toujours le décor du centre-ville. Selon le maire Madiagne Seck, ces bâtisses d’un autre âge montrent le passage des Occidentaux dans la commune. « Ces bâtiments sont des titres privés et la commune n’y peut grand-chose. Certains bâtiments sont de la propriété privée de l’État », note le maire de Gossas.

Toutefois, Gossas a beaucoup de défis à relever pour assurer un cadre de vie des plus agréables à ses populations qui soulèvent l’insuffisance d’infrastructures. « Ici, il n’y a aucune perspective qui s’offre aux jeunes qui se battent avec leurs propres moyens pour sortir de la misère. C’est ce qui explique le recours massif au commerce informel devenu un moyen incontournable qui nous permet de subvenir aux besoins de nos familles », explique le jeune Ndiaga Diop. Ce dernier, comme beaucoup d’autres jeunes, invite les pouvoirs publics à accorder plus de considération à leur commune. « Quand on vient à Gossas, on croirait que le pouvoir central n’a jamais beaucoup aidé la ville à se développer ou qu’elle a manqué de dirigeant d’envergure pour la ramener au premier plan », se désole Mame Ibra Diagne, un étudiant.

Pourtant, les maires qui se sont succédé à la tête de la municipalité ont œuvré pour que Gossas redevienne un carrefour économique et un espace d’opportunités d’emplois, mais le manque de ressources a freiné leurs ambitions.

Selon le maire Madiagne Seck, plusieurs projets réalisés ou en cours de réalisation sont à mettre à l’actif de son équipe. « En plus de l’extension électrique et hydraulique, il y a la réhabilitation du stade municipal avec gazon naturel en cours, la construction d’un théâtre de verdure, d’un cyber municipal, d’une case de santé, d’un lycée, d’un Cem. Nous prévoyons la réhabilitation de l’Hôtel de ville, la construction de toilettes au marché hebdomadaire et à la gare routière, de même qu’un abri pour les Jakarta et les marchands, ainsi qu’un hangar pour les corps de métiers et une usine de décorticage d’arachide », indique-t-il. Selon lui, les projets imminents concernent la construction d’une gare routière et d’un abattoir et la mise en place d’un Pôle internet et services associés (Pisa).

Malgré toutes ces réalisations et projets, les attentes restent nombreuses. Et le maire Madiagne Seck dit en être bien conscient. « Il nous reste beaucoup à faire surtout pour l’emploi de la jeunesse et l’accès des femmes au crédit », soutient-il.

Gossas se bat pour opérer une rupture avec son statut de ville rurale. Les autorités locales ambitionnent de réussir la mutation économique, socioculturelle et politique de leur cité. Mais, selon l’édile de la ville, l’émergence de Gossas passe forcément par l’engagement indéfectible et sans faille de toutes les forces vives de la commune aux côtés de Mahammed Boun Abdallah Dionne, actuel chef du gouvernement et originaire de la localité.
Comme dans beaucoup de localités, Gossas a aussi son marché hebdomadaire. Le louma de 106, qui se tient chaque samedi, est le point fort de l’animation commerciale de toute la zone.

Un marché hebdomadaire à rentabiliser
Très fréquenté par les populations des villages environnants, ce lieu de rencontres, d’échanges commerciaux et de mixité sociale ouvert à tous les types de commerces fait la part belle aux produits locaux, agricoles, artisanaux, phytosanitaires, vêtements, friperies, vaisselles, ustensiles, accessoires. Tout se vend et tout s’y achète. Il suffit de négocier le prix. Selon le vieux Amadoune Mar Ndiaye, ce marché est une création de Seyni Ndiaye vers les années 1985. « Cet espace commercial a donné un boom économique à la commune. On voyait des marchandises qu’on ne voyait pas à Gossas. Des gens venaient de partout. Chaque samedi, on assistait à un défilé ininterrompu de charrettes et d’ânes pour faire des échanges. L’importance de ce marché n’est plus à démontrer à Gossas qui vivait, revivait même avec l’affluence qui était notée », explique-t-il. « Au bon vieux temps comme aujourd’hui, ce marché constitue un lieu de rencontres et de palabres pour les différents villageois qui viennent pour faire leurs emplettes à des prix défiant toute concurrence », ajoute-t-il.

Ce marché n’a pas perdu sa vocation et continue de grouiller de monde affluant des villages et localités avoisinants. Malheureusement, regrettent certains usagers, il est caractérisé par son sous-équipement. En plus du manque d’organisation, l’insalubrité qui y sévit est décriée. De même que l’absence d’un système adapté de collecte et de transfert des ordures. D’autres déplorent les conditions de travail, la promiscuité et l’absence d’électricité.

« Ce marché gagnerait à être organisé, car il contribue fortement à l’économie locale, mais les conditions de travail ne sont pas encourageantes », indique Kiné Sarr qui y tient un commerce depuis plus de dix ans. « Une ville comme Gossas mérite un marché beaucoup plus moderne. Ces étals doivent être dépassés et l’espace est devenu exigu avec l’augmentation des commerçants. Nous interpelons donc la municipalité qui gagnerait à nous mettre dans de meilleures conditions puisque nous nous acquittons chaque samedi de nos taxes », soutient-elle. Pour le maire de Gossas, le marché 106 joue un rôle essentiel dans l’économie de la ville. « Le marché hebdomadaire a un impact réel sur les ressources financières de la commune. C’est un marché qui reçoit des centaines de personnes provenant de tout le Sénégal », indique-t-il. L’ambition de la municipalité, note-t-il, est de le moderniser, de le réorganiser, pour le rendre beaucoup plus attractif et permettre un bon épanouissement des commerçants et des clients. « Nous allons sous peu réhabiliter les souks, doter le marché de halls et mettre en place un système de collecte et de transfert des ordures », assure M. Seck.

Ville carrefour depuis longtemps, Gossas est aussi confronté à un problème de mobilité urbaine. Cette ville ne dispose même pas d’une gare routière digne de ce nom. Une gare routière mal équipée avec un parc automobile d’un autre âge. Le transport à Gossas est loin d’être développé et, en l’absence de taxi urbain pour assurer la desserte à l’intérieur de la commune, ce sont les véhicules hippomobiles et les vélos taxis qui assurent le déplacement des populations.

Par Samba Oumar FALL (textes)
et Ndèye Seyni SAMB (photos)

A Sophia-Antipolis, Orange va tester ses antennes 5G avant une mise en service dès 2020…

Une cage coupée du monde pour mieux le connecter dans les années à venir. Ce vendredi après-midi, Orange et l’université Côte d’Azur, par le biais du Centre de recherche mutualisé sur les antennes, vont inaugurer à Sophia Antipolis (Alpes-Maritimes), une chambre anéchoïque – ses parois absorbent les ondes électromagnétiques – « unique en France », annonce l’opérateur.
La nouvelle norme proposera « un débit jusqu’à 30 fois supérieur à celui de la 4G », promet Orange. Les données pourront être reçues à une vitesse allant jusqu’à 10 Gb/s et avec une latence (le délai entre l’envoi d’une requête et la réception de l’information) raccourcie de 25 à 5 millisecondes. Autre avantage : en plus de proposer davantage de données à la seconde, la 5G devrait utiliser la même consommation d’énergie que la 4G. La future technologie « devrait relier non seulement les smartphones et les tablettes mais aussi des objets connectés aussi variés que des vêtements, de l’électroménager, des voitures, du mobilier urbain ou même des végétaux », prédit également Orange.

« On n’en est qu’au début, indique-t-on du côté de l’Arcep, l’autorité de régulation des communications électroniques et des postes. Cette technologie n’est pas encore normalisée. Des tests qui nous sont demandés par les opérateurs et les équipementiers sont accordés mais la priorité reste encore le développement de la 4G. » Cette révolution numérique se prépare en tout cas. Dans la technopole azuréenne, mais pas seulement.

A Rennes, B Com a également obtenu « l’autorisation d’émettre des fréquences pour tester les composants de la future 5G », indique Michel Corriou, directeur réseaux et sécurité de cet Institut de recherche technologique (IRT).

Alors, c’est pour quand ?
Pas avant 2020, pour les premières commercialisations. Des tests grandeur nature sont programmés d’ici là. Et notamment en 2018, à l’occasion des Jeux Olympiques d’hiver en Corée du Sud. Le Japon devrait être le premier à dégainer des abonnements 5G, au moment des Jeux olympiques d’été de Tokyo, en 2020.

Dans la foulée, « l’Amérique du Nord connaîtra un déploiement rapide et massif », prédit l’institut B Com. Et alors quid de l’Europe ? « Avec l’absence d’opérateur dominant, des marchés nationaux disparates et une gestion des fréquences à allouer plus contrainte, elle sera à la traîne », annonce-t-il également. Dommage…

L’un des premiers postes de débarquement de crevettes est en marée basse prolongée. Aussi bien dans le village qu’au rivage, les pêcheurs se laissent emportés par des flots de souvenirs des périodes fastes de la pêche de crevettes, à Adéane, situé dans l’arrondissement de Niaguiss à l’est de Ziguinchor.

La commune d’Adéane est à 32 km de Ziguinchor sur la route du sud, en pays Baïnouk. Des habitats sont répartis pêle-mêle à l’entrée. Au centre, un plan en damier est bien visible sur cette route descendante vers le quai. Les maisons modernes se concentrent au centre. Des antennes paraboliques apparaissent sur les toits comme des touffes sur la coiffure des afro-africaines. Il y a un embryon d’organisation de l’espace. A la grande place du village. Une mosquée est attenante aux habitations. Non loin de là, des personnes âgées conversent sur le mirador de la coopérative des pêcheurs d’Adéane. Les années passent. Elles ne rassemblent pas pour ces vieux usagers du fleuve. Leurs discours sentent la nostalgie des périodes fastes de la pêche. « Il serait très injuste de comparer les activités de pêche des années passées, 1980-90, à celles d’aujourd’hui. Actuellement, c’est à peine qu’un pêcheur parvient à avoir 1 kilogramme de crevettes. Dans le passé, un pêcheur peut avoir jusqu’à 15 kg à 30 kg par jour », se souvient Demba Fall. Les échanges intéressent le reste du groupe des usagers du fleuve Casamance. Djiby Sy se retourne et ajoute : « Tout dépend des périodes. Parfois un pêcheur peut avoir 5 kilogrammes de crevettes comme il peut se retrouver avec un demi-kilogramme ». Sur le mirador, le passé est un présent. Tous parlent avec enthousiasme. Le bourg n’avait pas usurpé son nom. Adéane, un dérivé du mot mandingue « Adiyata » qui signifie « c’est agréable » même si une autre version porte sur le nom de l’un des premiers habitants Baïnouk qui s’appelait Adéane Mané. « Vers les années 1974, la production de crevettes était abondante. Ceux qui étaient dans le secteur ont fait fortune dans la pêche et la vente des crevettes. L’activité était plus fleurissante. Ce n’est plus le cas, même si nous avons de quoi couvrir nos besoins », admet Birame Ndiaye.

En tout état de cause, en ce moment, l’épicentre de la pêche de crevettes avait attiré des Sénégalais des régions du nord, du centre et des Maliens. La pêche des crevettes a des incidences sur le brassage culturel, ethnique et religieux du village. « Nous avons une population cosmopolite. On y retrouve des mandingues, des toucouleurs, des diolas, des bambaras, des balantes », énumère Birame Ndiaye qui a vu le jour à Adéane.

De la place publique, on regagne le quai de débarquement. Un piroguier attend les clients. Des pirogues flottent sur le virage. Elles couvrent plus de 200 mètres des deux côtés. Une nuée de nuages adoucit les températures. Le ciel est bleu. En contrebas, Idrissa Koné répand du goudron sur la cale de sa pirogue. Lui attend que le ciel se dégage. Il a quitté la région de Matam en 1993 pour s’établir à Adéane. Depuis lors, sa vie est liée au fleuve Casamance. « Auparavant, lorsque vous effectuiez une sortie, vous pouviez revenir avec 10 kg de crevettes.

Il était facile pour nous d’avoir beaucoup d’argent », confesse Idrissa Koné. Ici, on connaît la cause de l’effondrement des ressources halieutiques. Ce dernier embarque tous les pêcheurs dans la même barque. Ils sont à ses yeux les premiers responsables de la chute des débarquements. « Il y a toute sorte de filets. Certains utilisent des mono filaments, des filets de petites mailles. C’est difficile d’organiser ce secteur ici », estime Idrissa Koné.

Le visage émacié, Moussa Badji supervise le remodelage d’une vieille pirogue par deux garçons. Ces derniers sectionnent des morceaux et colmatent les flancs. D’autres planches servent de traverses. Pour ce vieux pêcheur, il faut s’accrocher. La vingtaine de pirogues tanguant au large au gré du vent l’inspire. « Je suis dans la pêche depuis 30 ans. Nous avons beaucoup de Maliens.

Il y a beaucoup de pirogues. Il y a une pression extrême sur la ressource », se désole Moussa Badji. Cette version est balayée par le président de la coopérative des pêcheurs. Pour ce dernier, l’effondrement des ressources a entraîné des flux migratoires des pêcheurs. L’ancien poste de pêche est en quête d’un nouveau souffle.

Ecoulement des produits halieutiques : Les mareyeurs à la quête d’un meilleur avenir
Adeane Quai PecheIls font partie de la chaîne de l’activité halieutique à Adéane, mais les mareyeurs vivent des périodes difficiles, compte tenu de la non-disponibilité des véhicules leur permettant d’acheminer leur marchandise à Ziguinchor.

A Doumassou, un des neuf quartiers d’Adéane, les mareyeurs se rassemblent chaque jour pour trier la capture débarquée par les pêcheurs. En cette mi-journée ensoleillée, le rituel est respecté par Aïssata Kébé, Diarra Ndong et les autres femmes mareyeuses trouvées en train de sélectionner les crevettes qu’elles doivent acheminer à Ziguinchor. « Aujourd’hui, j’ai réussi à avoir 45 kilos. Il ne me reste plus qu’à prendre la route pour les revendre à Ziguinchor », souligne Aïssata Kébé, l’une des mareyeurs. Cédé entre 1.300 et 2.000 FCfa le kilogramme, le commerce des crevettes reste une spécialité des femmes d’Adéane.

Diarra Ndong, une halpulaar originaire de Fanaye Diéry dans le département de Podor, s’active dans ce commerce depuis une dizaine d’années. Aujourd’hui, cette Adéeanoise d’adoption se frotte les mains. « Avec cette activité, j’entretiens ma maison et je paie la scolarité de mes enfants », nous confie Diarra. En même temps qu’elle fait son travail de collecte des crevettes, Diarra marchande un drap de couleur rouge avec un commerçant ambulant « baol-baol » qui est venu leur proposer une panoplie de produits. Après un marchandage qui n’a duré que quelques minutes, elle tombe d’accord avec le bonhomme et met la main dans sa tirelire et lui tend un billet vert de 5.000 FCfa. Non loin de ces femmes, un camion frigorifique est stationné pour ramasser les caisses de crevettes collectionnées par les femmes mareyeuses. Comparée aux autres périodes, la capture de ce matin est maigre, voire insignifiante, selon le convoyeur Lamine Ndaw. « Si ça marche réellement, nous pouvons aller jusqu’à 150 caisses par jour », souligne Lamine.

Seulement, ce n’est pas tous les jours que les femmes mareyeuses arrivent à trouver un véhicule pour acheminer leur marchandise à Ziguinchor. Cela reste d’ailleurs la principale préoccupation de ces commerçantes. « L’autre jour, j’avais 300 kg de crevettes entre les mains, mais je suis resté longtemps au quai de débarquement à attendre un véhicule, en vain.

Comme la crevette est un produit périssable, elle a commencé à changer de couleur et j’étais obligée de les griller pour ne pas les perdre », renseigne Diarra Ndong. La dizaine de mareyeurs de cette zone de pêche de la Casamance ne dispose que de 3 à 4 camions frigorifiques pour ramasser la capture quotidienne. Il arrive souvent que ces véhicules tombent en panne ou fassent faux bond. Ce qui ne rend guère la tâche facile aux mareyeurs. Moussa Touré, le chef de village d’Adéane, rappelle l’importance de l’activité halieutique dans sa localité.

« La pêche est un pilier important de l’économie locale. Une grande partie de la population évolue dans le secteur et chaque jour, ils sont nombreux à partir à Ziguinchor où elles acheminent la capture », explique le chef de village. Seulement, aussi bien les pêcheurs que les mareyeurs, ils n’arrivent pas à disposer de suffisamment de moyens leur permettant de mener à bien leur travail. Même si la pêche demeure leur principal moyen de subsistance à l’heure actuelle.

Un réel brassage ethnique
La Casamance en miniature. On pourrait qualifier ainsi Adéane, un village traditionnel qui a le mérite d’abriter une forte concentration ethnique. Toutes les ethnies de la Casamance, ou presque, sont présentes à Adéane. On y trouve des bambaras, des peuls, mandingues, balantes, mancagnes, diolas, sérères et même des pépèles. Si certains, comme les peuls et les bambaras s’y sont installés depuis plusieurs années, en y pratiquant la pêche, d’autres comme les balantes et les mandingues sont arrivés ici à la faveur de la guerre en Guinée-Bissau.

Pour autant, toutes ces ethnies cohabitent dans les neuf quartiers de manière harmonieuse. Ici, il n’existe pas de quartier peul, diola ou mandingue. Les populations vivent dans une parfaite symbiose. Mais surtout dans le respect et la tolérance quasi-quotidienne.

De nos envoyés spéciaux Idrissa SANE, Maguette NDONG (textes)
et Ndèye Seyni SAMB (photos)

Pour admirer les cases à impluvium, il faut se rendre dans des villages du royaume Bandial à Enampor, à Séléky, en Basse Casamance au sud de la ville de Ziguinchor. De rares bâtisses en terre bâtie pointent leurs deux toitures superposées vers le ciel. A partir de la cour intérieure, une autre toiture en forme d’entonnoir inversée est inclinée vers un bassin recueillant les eaux de pluie.

Le captage des eaux de pluies, c’est la vocation la plus connue de ces habitations typiques en pays Bandial. Mais lorsque l’on visite et revisite ces cases, on se rend compte qu’elles ont eu d’autres vocations depuis la nuit des temps.

La case à impluvium d’Enampor est érigée au milieu d’une clairière. Elle est bordée de toutes parts par des arbres. Elle est surmontée par deux toitures en paille. Un pourtour d’aération sépare les deux toitures. Cette ouverture séparant les deux toitures a aussi une fonction d’éclairage. La porte principale porte deux cornes. C’est les reliques de richesse du propriétaire ou disons des propriétaires. La porte principale est délimitée par des pieux en terre bâtie. A gauche de l’entrée principale, de vieilles mères sont dans une courette. Elles sont isolées par une clôture de feuilles de rônier. Elles accèdent à la cour avant par la chambre à deux portes. « Voici la chambre à deux portes. Elle était réservée aux femmes qui sont en période de menstruation. Dans notre coutume, on ne doit pas voir une femme qui voit ses règles », rapporte Idrissa Manga. Lorsque nous pénétrons à travers une porte de moins de deux mères de hauteur, une lampe à pétrole, une baguette perlée et couverte par du coton tissé sont accrochés çà et là. L’intérieur des chambres est une vraie galerie d’exposition de la culture ancestrale. Au-dessus du lit, des bottes centenaires de riz encombrent le mirador. Des couchettes font office de grenier. A l’origine, c’est dans la chambre noire que les récoltes étaient stockées. « La chambre noire est celle du chef de famille qui y passe la nuit avec des enfants. Il veille aussi sur le riz », explique Idrissa Manga.

Les chambres sans fenêtre sont séparées par un petit couloir donnant à la fois à l’intérieur et à l’extérieur. La case à impluvium est une succession de concessions dans une grande case. Les chambres carrées ou rectangulaires se suivent dans un ensemble circulaire. Chaque chambre, en plus de servir de couchette, assume d’autres vocations. La porte de la chambre des jeunes donne sur l’extérieur. Ils ont une responsabilité dans la protection de la famille. « La case à impluvium avait pour rôle de protéger la famille contre les ennemis. Le royaume Bandial était à côté du royaume Baïnouk qui se trouve à Brin. Nos ancêtres avaient conçu cette architecture pour sécuriser à la fois les personnes, le bétail et les récoltes », rapporte Idrissa Manga. Une toiture de forme d’entonnoir inversée est soutenue par des piquets fixés sur les margelles du système de récupération des eaux de pluie.

Le ciment de la vie en communauté
Le système de captage des eaux dans ces cases a été le plus connu. Pourtant, dans le pays Bandial, on se garde de donner du poids à cette fonction. « Lorsqu’on parle de la case à impluvium. On pense de façon systématique à la récupération des eaux. Cela est vrai. Mais le stockage est moindre par rapport à la protection et aux autres fonctions », précise Idrissa Manga. A Enampor, on y retrouve 6 familles au sens européen qui correspond à une famille africaine dans la Case la plus ancienne de l’une des deux capitales du Royaume Bandial. « Vous avez des personnes qui vivent avec des oncles, des cousins, en plus de leur père et de leur mère. La case à impluvium prônait un système de vie en communauté et une solidarité », dévoile un des conservateurs. D’habitude deux enclos se regardent de part et d’autre de l’entrée principale dans un couloir convexe. Cette architecture n’existe que dans cette partie du monde. Elle attire de plus en plus de visiteurs et de touristes. Mais jusqu’à quand sera-t-elle un atout touristique pour le pays Bandial ? Il n’en reste que trois cases authentiques à Enampor et autant à Séléky.

De nos envoyés spéciaux Idrissa SANE, Maguette NDONG (textes)
et Ndèye Seyni SAMB (photos)


En bordure de la route qui mène à Gandiol, dans la région de Saint-Louis, un tableau indicatif de la « Reserve spéciale de Guembeul », passe presque inaperçu. De l’extérieur, l’endroit ne se démarque guère de l’ordinaire. Que d’illusion ! En effet, une fois à l’intérieur, on découvre une réserve de 720 ha abritant essentiellement des oiseaux, des gazelles, des tortues et des singes.

C’est vers 17h que nous foulons l’entrée de la Reserve spéciale de Geumbeul. De jeunes filles à peine sorties de la puberté s’amusent à regarder le spectacle qu’offre le ballet incessant de va-et-vient des véhicules qui empruntent à vive allure cette bretelle qui conduit au centre de Gandiol. Leur attention est captée par le mouvement incessant des bolides.

Et pourtant, derrière elles, se cachent une Réserve fabuleuse qui offre un paysage à couper le souffle. Ce site écologique se distingue par de fortes concentrations d’oiseaux. Situé dans la région Saint-Louis, il couvre une superficie de 720 ha. La Reserve de Geumbeul abrite, entre autres, la gazelle Dama Mhorr, celle-là même qui traîne la réputation d’être la plus belle des gazelles sahélo-sahariennes. On y trouve également des singes rouges et la Sulcata Geochelone qui demeure la plus grosse des tortues africaines.

Dans la grande cour, de jeunes tortues âgées de 30 ans sont regroupées dans un enclos dédié, tandis que les gros spécimens bénéficient davantage d’espace. Toutes appartiennent à la même espèce, la « Tortue sillonnée », aussi appelée « Tortue de savane ».

Cette espèce est, mine de rien, la troisième plus grosse au monde, avec des mâles pouvant atteindre les 100 kg et une espérance de vie estimée à 150 ans. Sa spécificité anatomique lui confère une carapace aplatie. Autrefois commune au Sénégal, elle serait à présent devenue très rare.

Un peu plus loin, nous progressons à bord de la voiture du commandant Thialaw Sarr qui, pour la circonstance, fait également office de guide. Dans les alentours de l’étang, un groupe de singes s’enfuit à notre approche, mais deux jeunes individus décident de rester sur place.

Ils se camouflent derrière les salicornes, nous permettant d’observer de plus près leurs visages mutins. « Cette réserve privée est une zone classée Ramsar en raison du stationnement en fin d’hiver de plusieurs milliers d’Avocettes, mais c’est aussi une zone où sont élevées, dans le but d’être réintroduits dans leur environnement, différentes espèces « animales », informe le Commandant Sarr, Vétérinaire conservateur des Parcs nationaux. 

La Reserve de Guembeul a été créée le 30 mai 1980. Elle est étendue sur une superficie totale de 720 ha. Les autorités s’étaient alors fixé trois objectifs. Il s’agissait d’abord de la mise en défens, (terme forestier qui veut dire clôturer un espace tout en laissant la végétation s’y remettre naturellement).

Le deuxième objectif consistait à la protection de la cuvette, qui joue à la fois un rôle économique et écologique. Le troisième objectif est relatif à la réintroduction des animaux sahélo-sahéliens qui existaient déjà dans la sous région et qui, malheureusement, avaient, en un moment donné, disparu.

«Nous procédons à l’élevage en semi captivité et parfois en captivité. Nous surveillons aussi le processus de reproduction de ces animaux, pour qu’au moins, d’ici à un ou deux ans, qu’on puisse les transférer vers les autres Parcs et Réserves de la sous-région. Ce n’est pas seulement le Sénégal qui est concerné », note le commandant Thialaw Sarr.

Particularité de la Réserve Guembeul
Depuis l’ouverture de la Reserve, les trois objectifs ont été largement atteints, assure le commandant des lieux. Preuve à l’appui, nous indique t-il, le bois qui était voué à la mort s’est suffisamment remis. « D’ailleurs, nous tendons à diminuer les arbres en autorisant les populations riveraines à couper le bois mort.

Le taux de couverture végétale a été largement dépassé. La protection de la cuvette a également été atteinte. Les ressources naturelles qui entourent la cuvette sont également bien conservées. Des ponts ont été, dans ce sens, aménagés avec le soutien des populations locales », assure-t-il. 

En ce qui concerne le troisième objectif qui a trait à l’élevage de l’animale gazelle sahélo- sahélien, là aussi, les résultats obtenus sont satisfaisants. « Nous pouvons dire qu’il est atteint, dans la mesure où, si un animal quitte un lieu pour un autre et commence à se reproduire, l’objectif est touché.

Cependant, nous assistons, parfois, à des problèmes d’avortement, de prédations. Cela va de pair avec l’élevage. Nous essayons d’y apporter des solutions, d’autant plus que le programme renferme un volet d’acclimatation », souligne le vétérinaire.

La particularité, à Guembeul, est que les animaux ne doivent pas sortir des enclos. La Reserve reste exiguë pour ces bêtes qui avaient l’habitude de faire, en état de liberté, 30 à 40 Km de rayon de divagation.

De fait, des enclos de 150 m sur 10 ont été confectionnés, ce qui permet de facilement capturer les animaux en cas de soins vétérinaires. L’acclimatation a des normes. L’animal est certes laissé à lui-même, mais il est toujours capturé en cas de besoin de soins vétérinaires. Au total, 200 sujets seraient réunis dans cette Réserve.

Quatre sortes d’espèces sont regroupées à Guembeul. La gazelle d’Amamore est venue au Sénégal en 1984 en acclimatation. Elle existe toujours. Elle a été libérée dans les années 2000 dans cette enceinte de 720 hectares. Elle a vécu et s’est reproduite de 1984 à nos jours. Sa durée de vie est de 25 ans.

« Si nous parvenons à toujours observer l’espèce, cela veut dire que l’objectif a été atteint», note le commandant. Il y a aussi l’Oryx Al gazelle, arrivée en 1999. C’est l’animal qui s’est le mieux acclimaté. Un certain noyau a d’ailleurs été transféré dans le Ferlo. Les animaux sont envoyés dans ce site en conformité avec la phase d’acclimatation. 

L’acclimatation n’est pas assujettie à un nombre d’années défini d’avance. Quand l’animal arrive vivant sur les lieux, cela constitue déjà un acquis. Cet acquis est encore meilleur quand il parvient à se reproduire.

« Quand l’animal parvient à se reproduire jusqu’au nombre de 50 sujets, nous sommes tenus, par l’obligation, de désengorger le site. Sinon, il risque de se poser des difficultés», souligne le commandant Sarr. Les animaux sont alors transférés au Ferlo ou dans d’autres pays qui ont signé des conventions dans ce sens avec l’Etat du Sénégal. 

L’intérêt de protéger les cuvettes d’eau est avéré. Les gérants sont parvenus à trouver un cadre climatologique adapté pour permettre aux animaux qui ont quitté l’Afrique pendant des années d’y revenir. Cette transition confère à la cuvette un rôle très important.

« Nous parvenons aussi à capter tout ce qui est oiseau d’eau. Ce qui rend la cuvette très riche concernant tout ce qui est aquatique et cela impacte sur les oiseaux piscivores », note le commandant Sarr. 

La seule espèce qui rencontre, cependant, quelques gênes d’adaptation, est l’addax Namoclatus. Une politique d’insémination est en gestation dans le sens de procéder à sa réintroduction. La gazelle d’Ocrisasse demeure, elle, l’illustration la plus expressive d’une procédure d’acclimatation réussie.

Des touristes qui se font désirer
A bien des égards, l’apparence peut parfois s’avérer trompeuse. Malgré ses multiples charmes, le tourisme ne se porte pas bien dans ce merveilleux site réservé. Toutefois, la particularité du site réside sur le fait qu’il n’est pas saisonnier. En effet, le Parc est praticable à n’importe quelle période de l’année.

En plus de renfermer des animaux, le site demeure une surface à eau. «Alors que les autres parcs regorgent essentiellement d’oiseaux. Nous, nous élevons également des ruminants, ce qui constitue un atout », se glorifie le commandant des lieux.

Le paysage vaut bien le détour. Bienvenue dans le grand étang de la réserve de Guembeul où se concentrent les oiseaux migrateurs lorsqu’ils arrivent d’Europe.

Aujourd’hui, ils ne sont pas très nombreux. Il y a surtout des bécasseaux sur les vasières. Seuls des tours de jumelles permettent d’ailleurs de mieux les apercevoir. Les Gazelles dorcas sont également visibles. Elles sont enfermées dans des enclos, un milieu désertique et pré-désertique qui leur permet de divaguer librement.

« La Dorcas occupait aussi les zones sahéliennes du Sénégal d’où elle a disparu suite à une chasse intensive. Classée comme vulnérable, l’espèce a été, après acclimatation à Guembeul, relâchée dans le Ferlo en 2009.

En collaboration avec les habitants de la région, 23 individus y ont retrouvés leur liberté », informe le vétérinaire. Il précise que les individus présents ici peuvent servir dans tout programme de réintroduction au Sénégal et dans les pays voisins.

Autre espèce emblématique de cette réserve, l’Addax dont un adulte se tient près de l’étang. Il s’agit d’une espèce d’antilope en voie de disparition. Son aire de répartition a fondu comme neige au soleil, au cours des 50 dernières années.

Pourtant, cette gazelle peut s’adapter aux rudes conditions des ergs sahariens, ce qui lui permettait de couvrir les zones les plus arides allant de la Mauritanie au Soudan. Aujourd’hui, il ne reste que de très petites populations isolées dans les zones les plus reculées du nord du Mali et au Niger.

« Cette espèce très farouche a subi, et continue de subir dans les zones non protégées, une importante pression de chasse. Il est à présent très rare de pouvoir l’observer dans la nature et la plupart des mentions proviennent d’observations indirectes, notamment de traces dans le sable », informe le commandant.

C’est vers 17h que nous foulons l’entrée de la Reserve spéciale de Geumbeul. De jeunes filles à peine sorties de la puberté s’amusent à regarder le spectacle qu’offre le ballet incessant de va-et-vient des véhicules qui empruntent à vive allure cette bretelle qui conduit au centre de Gandiol.

Leur attention est captée par le mouvement incessant des bolides. Et pourtant, derrière elles, se cachent une Réserve fabuleuse qui offre un paysage à couper le souffle. Ce site écologique se distingue par de fortes concentrations d’oiseaux.

Situé dans la région Saint-Louis, il couvre une superficie de 720 ha. La Reserve de Geumbeul abrite, entre autres, la gazelle Dama Mhorr, celle-là même qui traîne la réputation d’être la plus belle des gazelles sahélo-sahariennes. On y trouve également des singes rouges et la Sulcata Geochelone qui demeure la plus grosse des tortues africaines. 

Dans la grande cour, de jeunes tortues âgées de 30 ans sont regroupées dans un enclos dédié, tandis que les gros spécimens bénéficient davantage d’espace. Toutes appartiennent à la même espèce, la « Tortue sillonnée », aussi appelée « Tortue de savane ».

Cette espèce est, mine de rien, la troisième plus grosse au monde, avec des mâles pouvant atteindre les 100 kg et une espérance de vie estimée à 150 ans. Sa spécificité anatomique lui confère une carapace aplatie. Autrefois commune au Sénégal, elle serait à présent devenue très rare. 

Un peu plus loin, nous progressons à bord de la voiture du commandant Thialaw Sarr qui, pour la circonstance, fait également office de guide. Dans les alentours de l’étang, un groupe de singes s’enfuit à notre approche, mais deux jeunes individus décident de rester sur place.

Ils se camouflent derrière les salicornes, nous permettant d’observer de plus près leurs visages mutins. « Cette réserve privée est une zone classée Ramsar en raison du stationnement en fin d’hiver de plusieurs milliers d’Avocettes, mais c’est aussi une zone où sont élevées, dans le but d’être réintroduits dans leur environnement, différentes espèces « animales », informe le Commandant Sarr, Vétérinaire conservateur des Parcs nationaux. 

La Reserve de Guembeul a été créée le 30 mai 1980. Elle est étendue sur une superficie totale de 720 ha. Les autorités s’étaient alors fixé trois objectifs. Il s’agissait d’abord de la mise en défens, (terme forestier qui veut dire clôturer un espace tout en laissant la végétation s’y remettre naturellement).

Le deuxième objectif consistait à la protection de la cuvette, qui joue à la fois un rôle économique et écologique. Le troisième objectif est relatif à la réintroduction des animaux sahélo-sahéliens qui existaient déjà dans la sous région et qui, malheureusement, avaient, en un moment donné, disparu.

«Nous procédons à l’élevage en semi captivité et parfois en captivité. Nous surveillons aussi le processus de reproduction de ces animaux, pour qu’au moins, d’ici à un ou deux ans, qu’on puisse les transférer vers les autres Parcs et Réserves de la sous-région. Ce n’est pas seulement le Sénégal qui est concerné », note le commandant Thialaw Sarr.

Particularité de la Réserve Guembeul
Depuis l’ouverture de la Reserve, les trois objectifs ont été largement atteints, assure le commandant des lieux. Preuve à l’appui, nous indique t-il, le bois qui était voué à la mort s’est suffisamment remis. « D’ailleurs, nous tendons à diminuer les arbres en autorisant les populations riveraines à couper le bois mort.

Le taux de couverture végétale a été largement dépassé. La protection de la cuvette a également été atteinte. Les ressources naturelles qui entourent la cuvette sont également bien conservées. Des ponts ont été, dans ce sens, aménagés avec le soutien des populations locales », assure-t-il. 

En ce qui concerne le troisième objectif qui a trait à l’élevage de l’animale gazelle sahélo- sahélien, là aussi, les résultats obtenus sont satisfaisants. « Nous pouvons dire qu’il est atteint, dans la mesure où, si un animal quitte un lieu pour un autre et commence à se reproduire, l’objectif est touché.

Cependant, nous assistons, parfois, à des problèmes d’avortement, de prédations. Cela va de pair avec l’élevage. Nous essayons d’y apporter des solutions, d’autant plus que le programme renferme un volet d’acclimatation », souligne le vétérinaire. 

La particularité, à Guembeul, est que les animaux ne doivent pas sortir des enclos. La Reserve reste exiguë pour ces bêtes qui avaient l’habitude de faire, en état de liberté, 30 à 40 Km de rayon de divagation.

De fait, des enclos de 150 m sur 10 ont été confectionnés, ce qui permet de facilement capturer les animaux en cas de soins vétérinaires. L’acclimatation a des normes. L’animal est certes laissé à lui-même, mais il est toujours capturé en cas de besoin de soins vétérinaires. Au total, 200 sujets seraient réunis dans cette Réserve. 

Quatre sortes d’espèces sont regroupées à Guembeul. La gazelle d’Amamore est venue au Sénégal en 1984 en acclimatation. Elle existe toujours. Elle a été libérée dans les années 2000 dans cette enceinte de 720 hectares.

Elle a vécu et s’est reproduite de 1984 à nos jours. Sa durée de vie est de 25 ans. « Si nous parvenons à toujours observer l’espèce, cela veut dire que l’objectif a été atteint», note le commandant. Il y a aussi l’Oryx Al gazelle, arrivée en 1999.

C’est l’animal qui s’est le mieux acclimaté. Un certain noyau a d’ailleurs été transféré dans le Ferlo. Les animaux sont envoyés dans ce site en conformité avec la phase d’acclimatation. 

L’acclimatation n’est pas assujettie à un nombre d’années défini d’avance. Quand l’animal arrive vivant sur les lieux, cela constitue déjà un acquis. Cet acquis est encore meilleur quand il parvient à se reproduire.

« Quand l’animal parvient à se reproduire jusqu’au nombre de 50 sujets, nous sommes tenus, par l’obligation, de désengorger le site. Sinon, il risque de se poser des difficultés», souligne le commandant Sarr. Les animaux sont alors transférés au Ferlo ou dans d’autres pays qui ont signé des conventions dans ce sens avec l’Etat du Sénégal. 

L’intérêt de protéger les cuvettes d’eau est avéré. Les gérants sont parvenus à trouver un cadre climatologique adapté pour permettre aux animaux qui ont quitté l’Afrique pendant des années d’y revenir. Cette transition confère à la cuvette un rôle très important.

« Nous parvenons aussi à capter tout ce qui est oiseau d’eau. Ce qui rend la cuvette très riche concernant tout ce qui est aquatique et cela impacte sur les oiseaux piscivores », note le commandant Sarr. 

La seule espèce qui rencontre, cependant, quelques gênes d’adaptation, est l’addax Namoclatus. Une politique d’insémination est en gestation dans le sens de procéder à sa réintroduction. La gazelle d’Ocrisasse demeure, elle, l’illustration la plus expressive d’une procédure d’acclimatation réussie.

Des touristes qui se font désirer

A bien des égards, l’apparence peut parfois s’avérer trompeuse. Malgré ses multiples charmes, le tourisme ne se porte pas bien dans ce merveilleux site réservé. Toutefois, la particularité du site réside sur le fait qu’il n’est pas saisonnier.

En effet, le Parc est praticable à n’importe quelle période de l’année. En plus de renfermer des animaux, le site demeure une surface à eau. «Alors que les autres parcs regorgent essentiellement d’oiseaux.

Nous, nous élevons également des ruminants, ce qui constitue un atout », se glorifie le commandant des lieux. Le paysage vaut bien le détour. Bienvenue dans le grand étang de la réserve de Guembeul où se concentrent les oiseaux migrateurs lorsqu’ils arrivent d’Europe.

Aujourd’hui, ils ne sont pas très nombreux. Il y a surtout des bécasseaux sur les vasières. Seuls des tours de jumelles permettent d’ailleurs de mieux les apercevoir. Les Gazelles dorcas sont également visibles.

Elles sont enfermées dans des enclos, un milieu désertique et pré-désertique qui leur permet de divaguer librement. « La Dorcas occupait aussi les zones sahéliennes du Sénégal d’où elle a disparu suite à une chasse intensive.

Classée comme vulnérable, l’espèce a été, après acclimatation à Guembeul, relâchée dans le Ferlo en 2009. En collaboration avec les habitants de la région, 23 individus y ont retrouvés leur liberté », informe le vétérinaire. Il précise que les individus présents ici peuvent servir dans tout programme de réintroduction au Sénégal et dans les pays voisins.

Autre espèce emblématique de cette réserve, l’Addax dont un adulte se tient près de l’étang. Il s’agit d’une espèce d’antilope en voie de disparition. Son aire de répartition a fondu comme neige au soleil, au cours des 50 dernières années.

Pourtant, cette gazelle peut s’adapter aux rudes conditions des ergs sahariens, ce qui lui permettait de couvrir les zones les plus arides allant de la Mauritanie au Soudan.

Aujourd’hui, il ne reste que de très petites populations isolées dans les zones les plus reculées du nord du Mali et au Niger. « Cette espèce très farouche a subi, et continue de subir dans les zones non protégées, une importante pression de chasse.

Il est à présent très rare de pouvoir l’observer dans la nature et la plupart des mentions proviennent d’observations indirectes, notamment de traces dans le sable », informe le commandant.

De nos envoyés spéciaux El Hadj Ibrahima THIAM, Oumar BA (textes) et Mbacké BA (Photos)

 

Last modified on mercredi, 22 juin 2016 11:06

Situé dans la périphérie de Saint-Louis, le Parc national de la Langue de Barbarie permet aux visiteurs de faire une excursion écologique. Cette étroite bande de terre qui sépare le fleuve Sénégal de l’océan Atlantique sur plusieurs kilomètres et pourtant méconnue du grand public, constitue un véritable îlot aux relents naturels à couper le souffle.

Tel un oasis à la lisière de la brousse, le Parc national de la Langue de Barbarie joue de ses couleurs et de ses charmes. Au-delà des arbres denses et impénétrables, les palmiers s'inclinent au vent. Sous leurs ombrages, dans la blancheur des dunes, s’offre au visiteur un spectacle naturel à la fois époustouflant et captivant. Un spectacle qui ne fait guère regretter à un citadin de Dakar de braver les 255 km qui le séparent de Saint-Louis. Le jeu en vaut la chandelle.

Le Parc de la Langue de Barbarie a été créé en 1976 pour principalement deux raisons. Il s’agissait d’abord de préserver des sites de ponte de tortues marines qui sont au nombre de quatre espèces, mais aussi de préserver un îlot de reproduction d’oiseaux d’eau, des oiseaux migrateurs pour l’essentiel, que le Sénégal partage avec le reste du monde. Le Parc s’étend sur 2000 hectares avec une partie continentale. Nous nous trouvons, en cette après midi de jeudi, dans la partie du fleuve du Sénégal, long de 15 km. La Langue de Barbarie est longue de 30 km. Elle quitte la Mauritanie, passe par la région de Saint-Louis et chute sur Louga.

Pourquoi Langue de Barbarie ? Deux versions se bousculent. La première voudrait que ce nom provienne du figuier de Barbarie, qu’on appelle « Gargua Mbossé » en wolof. En effet, un peuplement très dense du figuier de Barbarie est encore présent dans la zone. L’autre version, c’est que ce sont les Berbères qui venaient de la Mauritanie qui l’auraient surnommé langue des Berbères. A force de déformation, on en est arrivé à « langue de Barbarie ». Quelle est la bonne version ? On donne notre langue au chat, à l’image du commandant Moussa Fall, conservateur des lieux.

Trêve d’équivoque sur la véritable origine du nom du parc. Ce qui demeure constant est que les lieux renferment des charmes naturels qui restent intacts. En effet, la Langue de Barbarie constitue un site de ponte de tortues marines. Qui connait la tortue marine, sait qu’elle va toujours revenir pondre là où elle est née. De fait, cette bande de sable sert aux tortues de lieu de ponte par excellence. Si cette langue venait à « se ravaler », c’est toute une espèce qui serait menacée, car les tortues courent alors le risque de perdre leur lieu de ponte.

« L’ensemble des sept espèces de tortues marines qui existent dans le monde sont soient menacées ou très menacées. Des efforts de conservation sont entrepris, la Langue de Barbarie contribue à cet élan », informe le commandant Moussa Fall. L’autre spécificité est qu’il y a à peu près quatre à cinq espèces d’oiseaux appartenant principalement à la famille des labridés qui utilisent le site comme lieu de ponte et de reproduction. « Ils viennent pendant l’hiver européen, séjournent ici, avant de se reproduire. Elles accompagnent leurs progénitures pour leur apprendre à nager et à voler, et à la fin de l’hiver, elles retournent », informe le commandant. Effectivement, la menace plane toujours. La brèche a dépassé la limite Nord du parc. De quatre mètres de large, cette ouverture qui avait été faite pour sauver l’Île de Saint-Louis des inondations, s’est élargie jusqu’à atteindre 5,2 km selon les dernières estimations. Un gouffre qui, tel un cancer qui se métastase, est en train conquérir une bonne partie du parc.

Depuis que la brèche de Saint-Louis est ouverte, le parc est menacé
C’est ainsi que 300 mètres de plage ont été déjà engloutis par les eaux marines. « Cette brèche ne cesse de s’élargir. Elle est passée de quatre mètres à plus de cinq km de largeur, avalant 300 mètres de plage. Qu’est-ce que ce sera l’année prochaine ? 600, 400 mètres ? On ne sait pas encore. Cela signifie que nous perdons de la plage sur un site de ponte de tortues marines », se désole le commandant Fall.

Quand la brèche fera face à l’ilot, le risque de le perdre en sera d’autant plus avéré. Ce qui était même l’essence du parc va, dès lors, complètement disparaître. On verra alors un parc avec un nouvel équilibre, un parc marin en principe, si rien n’est fait pour bloquer cet agrandissement et ce déplacement. « Si la brèche continue vers le Sud, c’est l’îlot de reproduction des oiseaux qui sera enseveli par les eaux », informe t-il.

Toutefois, les autorités sont en train de réfléchir sur « un projet du brèche ». Un comité de pilotage est à cet égard logé à la Primature. Il regroupe l’ensemble des ministères concernés : la Pêche, l’Environnement, l’Intérieur et l’Agriculture. Tous ceux qui œuvrent dans le développent rural sont représentés au niveau de ce comité de pilotage. « Ce comité réfléchit sur différents scénarii, notamment sur comment prendre en compte les différentes problématiques », rassure le commandant.

Ce qui intéresse l’écologiste n’est pas cependant ce qui captive forcement le pêcheur. Le commandant Fall donne un exemple très illustratif de ce conflit d’intérêt à double tranchant. « Les pêcheurs de Guet Ndar, quand ils allaient en mer, prenaient le fleuve Sénégal. Ils faisaient deux fois trente kilomètres. A partir de Saint-Louis, ils longeaient la Langue de Barbarie jusqu’à Louga pour rentrer sur le fleuve et revenir sur Saint-Louis. Maintenant, ils font maximum juste dix kilomètres pour rentrer sur Saint-Louis. Pour ce pêcheur, il est hors de question qu’on ferme cette brèche », alerte t-il.

L’ancienne embouchure s’est colmatée. Du coup, c’est la brèche qui est devenue la nouvelle embouchure artificielle du fleuve Sénégal. Pour le pêcheur, il faut que la brèche reste parce que constituant un passage qui lui permet de faire le plus d’économie en carburant et en temps. Il s’impose, dès lors, un arbitrage de tous ces enjeux liés à cette problématique, pour ceux qui s’adonnent à l’agriculture, au maraichage. Avec les entrées massives d’eau de mer sur cinq kilomètres, l’eau devient de plus en plus saumâtre. L’embouchure qui était au Sud est maintenant au Nord du parc.

Un fleuve qui devient salé
Cette partie du fleuve ne fonctionne même plus comme un fleuve. « C’est à la limite une lagune qui est trop saumâtre ; ce qui, quelque part, engendre des effets positifs. Parce qu’il y a une prolifération des coquillages, notamment des arches (pagne en wolof) exploités par des femmes de la zone », souligne le commandant.
Le risque de voir des villages disparaitre était cependant avéré en un moment donné. Le village de Doun Baba Dièye avait d’ailleurs été rayé de la carte, mais il commence à réapparaitre.

« Vous savez, la mer, quand elle enlève du sable quelque part, elle le met ailleurs. Quand la brèche a dépassé le village de Doun Baba Dièye, elle s’est reconstruite. Aujourd’hui, les villageois sont en train de se réinstaller. Maintenant, il y a d’autres villages qui sont en face de ce canal. Si rien n’est fait, toutes ces localités sont vouées à disparaitre », alerte le commandant.

Ainsi, un réseau a été créé en 2007 pour essayer d’harmoniser les outils de gestion et les approches en Afrique de l’Ouest. Sur ce, l’ensemble des sites se trouvant sur le littoral et constituant des aires marines protégées ont fédéré leur énergie pour créer un cadre de concertation, d’échanges et de dialogue. Ces Etats ont la particularité de partager des ressources, des espèces migratrices en particulier, des oiseaux qui quittent l’Europe en général, arrivent dans leur quarter d’hiver et remontent la Mauritanie, le Cap-Vert et la Sierra Leone.

Ces oiseaux utilisent toute cet espace comme lieu de niche. « Si nous n’avons pas les mêmes politiques en matière de conservation, les efforts seront vains. Il faut rappeler que les oiseaux ne sont pas capturés et mis en cage, ils circulent là où Ils veulent. Nous sommes là pour que les conditions soient réunies. Nous sommes des gestionnaires de l’habitat de la faune aviaire et des tortues », rappelle le commandant Fall.

Les touristes viennent-ils suffisamment ?
Comme toutes les zones protégées du Sénégal, le parc reçoit des touristes. C’est une de ses vocations. En plus de la conservation, le parc promeut des activités de recréation et d’éducation environnementale. « Nous accueillons des touristes ; ce qui constitue des rentrées de devises pour le pays », note le commandant du parc. Tous ceux qui sont intéressés par les aires protégées y viennent, munis d’un permis de visite, en plus du ticket pour la balade en pirogue. La principale attraction du parc demeure l’îlot des oiseaux.

Après avoir été menacé par la montée des eaux, il recommence à gagner en superficie. Cela, grâce à des digues de protection réalisées avec le concours des bailleurs de fonds. « Quand la brèche a été ouverte, nous avons constaté une remontée des eaux au niveau du fleuve. Si rien n’était fait, l’îlot allait être enseveli. Nous avons réfléchi avec des partenaires techniques afin de voir comment l’endiguer. Dans ce cadre, des financements ont été octroyés à travers le Programme de micro financement du Fonds de l’environnement mondial. La dernière étape, c’était à travers le Programme de renforcement et de consolidation des acquis (Pcra) », explique Moussa Fall. 

Autre effet positif, des emplois « verts » sont créés à travers le guidage offert par les populations riveraines et qui ont été formées à ces techniques. Elles font office de guides touristiques. Globalement, l’îlot se porte bien aujourd’hui. La seule menace est que la brèche continue de progresser vers le Sud. Les visiteurs peuvent donc toujours observer les nids de reproduction d’oiseaux.

« C’est attrayant pour un touriste, c’est un spectacle impressionnant. En hivernage aussi, les tortues remontent », s’extasie le commandant. Une tortue qui remonte la plage n’a cependant pas intérêt à rencontrer un individu, sinon elle peut retourner en mer. « Nous évitons ainsi le phénomène de dérangement », note M. Fall.

Par ailleurs, le gestionnaire du parc envisage sous peu de mettre sur place une nurserie pour permettre aux bébés tortues d’avoir plus de chance de survie. Ce, à travers un aménagent artificiel. Ce site sera, à coup sûr, une attraction supplémentaire pour les touristes et les visiteurs.

Suite page 5
Tel un oasis à la lisière de la brousse, le Parc national de la Langue de Barbarie joue de ses couleurs et de ses charmes. Au-delà des arbres denses et impénétrables, les palmiers s'inclinent au vent. Sous leurs ombrages, dans la blancheur des dunes, s’offre au visiteur un spectacle naturel à la fois époustouflant et captivant. Un spectacle qui ne fait guère regretter à un citadin de Dakar de braver les 255 km qui le séparent de Saint-Louis. Le jeu en vaut la chandelle.

Le Parc de la Langue de Barbarie a été créé en 1976 pour principalement deux raisons. Il s’agissait d’abord de préserver des sites de ponte de tortues marines qui sont au nombre de quatre espèces, mais aussi de préserver un îlot de reproduction d’oiseaux d’eau, des oiseaux migrateurs pour l’essentiel, que le Sénégal partage avec le reste du monde. Le Parc s’étend sur 2000 hectares avec une partie continentale. Nous nous trouvons, en cette après midi de jeudi, dans la partie du fleuve du Sénégal, long de 15 km. La Langue de Barbarie est longue de 30 km. Elle quitte la Mauritanie, passe par la région de Saint-Louis et chute sur Louga.


Pourquoi Langue de Barbarie ? Deux versions se bousculent. La première voudrait que ce nom provienne du figuier de Barbarie, qu’on appelle « Gargua Mbossé » en wolof. En effet, un peuplement très dense du figuier de Barbarie est encore présent dans la zone. L’autre version, c’est que ce sont les Berbères qui venaient de la Mauritanie qui l’auraient surnommé langue des Berbères. A force de déformation, on en est arrivé à « langue de Barbarie ». Quelle est la bonne version ? On donne notre langue au chat, à l’image du commandant Moussa Fall, conservateur des lieux.

Trêve d’équivoque sur la véritable origine du nom du parc. Ce qui demeure constant est que les lieux renferment des charmes naturels qui restent intacts. En effet, la Langue de Barbarie constitue un site de ponte de tortues marines. Qui connait la tortue marine, sait qu’elle va toujours revenir pondre là où elle est née. De fait, cette bande de sable sert aux tortues de lieu de ponte par excellence.

Si cette langue venait à « se ravaler », c’est toute une espèce qui serait menacée, car les tortues courent alors le risque de perdre leur lieu de ponte. « L’ensemble des sept espèces de tortues marines qui existent dans le monde sont soient menacées ou très menacées. Des efforts de conservation sont entrepris, la Langue de Barbarie contribue à cet élan », informe le commandant Moussa Fall. L’autre spécificité est qu’il y a à peu près quatre à cinq espèces d’oiseaux appartenant principalement à la famille des labridés qui utilisent le site comme lieu de ponte et de reproduction.

« Ils viennent pendant l’hiver européen, séjournent ici, avant de se reproduire. Elles accompagnent leurs progénitures pour leur apprendre à nager et à voler, et à la fin de l’hiver, elles retournent », informe le commandant. Effectivement, la menace plane toujours. La brèche a dépassé la limite Nord du parc. De quatre mètres de large, cette ouverture qui avait été faite pour sauver l’Île de Saint-Louis des inondations, s’est élargie jusqu’à atteindre 5,2 km selon les dernières estimations. Un gouffre qui, tel un cancer qui se métastase, est en train conquérir une bonne partie du parc.

Depuis que la brèche de Saint-Louis
C’est ainsi que 300 mètres de plage ont été déjà engloutis par les eaux marines. « Cette brèche ne cesse de s’élargir. Elle est passée de quatre mètres à plus de cinq km de largeur, avalant 300 mètres de plage. Qu’est-ce que ce sera l’année prochaine ? 600, 400 mètres ? On ne sait pas encore. Cela signifie que nous perdons de la plage sur un site de ponte de tortues marines », se désole le commandant Fall.

Quand la brèche fera face à l’ilot, le risque de le perdre en sera d’autant plus avéré. Ce qui était même l’essence du parc va, dès lors, complètement disparaître. On verra alors un parc avec un nouvel équilibre, un parc marin en principe, si rien n’est fait pour bloquer cet agrandissement et ce déplacement. « Si la brèche continue vers le Sud, c’est l’îlot de reproduction des oiseaux qui sera enseveli par les eaux », informe t-il.

Toutefois, les autorités sont en train de réfléchir sur « un projet du brèche ». Un comité de pilotage est à cet égard logé à la Primature. Il regroupe l’ensemble des ministères concernés : la Pêche, l’Environnement, l’Intérieur et l’Agriculture. Tous ceux qui œuvrent dans le développent rural sont représentés au niveau de ce comité de pilotage. « Ce comité réfléchit sur différents scénarii, notamment sur comment prendre en compte les différentes problématiques », rassure le commandant.

Ce qui intéresse l’écologiste n’est pas cependant ce qui captive forcement le pêcheur. Le commandant Fall donne un exemple très illustratif de ce conflit d’intérêt à double tranchant. « Les pêcheurs de Guet Ndar, quand ils allaient en mer, prenaient le fleuve Sénégal. Ils faisaient deux fois trente kilomètres. A partir de Saint-Louis, ils longeaient la Langue de Barbarie jusqu’à Louga pour rentrer sur le fleuve et revenir sur Saint-Louis. Maintenant, ils font maximum juste dix kilomètres pour rentrer sur Saint-Louis. Pour ce pêcheur, il est hors de question qu’on ferme cette brèche », alerte t-il.

L’ancienne embouchure s’est colmatée. Du coup, c’est la brèche qui est devenue la nouvelle embouchure artificielle du fleuve Sénégal. Pour le pêcheur, il faut que la brèche reste parce que constituant un passage qui lui permet de faire le plus d’économie en carburant et en temps. Il s’impose, dès lors, un arbitrage de tous ces enjeux liés à cette problématique, pour ceux qui s’adonnent à l’agriculture, au maraichage. Avec les entrées massives d’eau de mer sur cinq kilomètres, l’eau devient de plus en plus saumâtre. L’embouchure qui était au Sud est maintenant au Nord du parc.

Un fleuve qui devient salé
Cette partie du fleuve ne fonctionne même plus comme un fleuve. « C’est à la limite une lagune qui est trop saumâtre ; ce qui, quelque part, engendre des effets positifs. Parce qu’il y a une prolifération des coquillages, notamment des arches (pagne en wolof) exploités par des femmes de la zone », souligne le commandant.
Le risque de voir des villages disparaitre était cependant avéré en un moment donné. Le village de Doun Baba Dièye avait d’ailleurs été rayé de la carte, mais il commence à réapparaitre.

« Vous savez, la mer, quand elle enlève du sable quelque part, elle le met ailleurs. Quand la brèche a dépassé le village de Doun Baba Dièye, elle s’est reconstruite. Aujourd’hui, les villageois sont en train de se réinstaller. Maintenant, il y a d’autres villages qui sont en face de ce canal. Si rien n’est fait, toutes ces localités sont vouées à disparaitre », alerte le commandant.

Ainsi, un réseau a été créé en 2007 pour essayer d’harmoniser les outils de gestion et les approches en Afrique de l’Ouest. Sur ce, l’ensemble des sites se trouvant sur le littoral et constituant des aires marines protégées ont fédéré leur énergie pour créer un cadre de concertation, d’échanges et de dialogue. Ces Etats ont la particularité de partager des ressources, des espèces migratrices en particulier, des oiseaux qui quittent l’Europe en général, arrivent dans leur quarter d’hiver et remontent la Mauritanie, le Cap-Vert et la Sierra Leone. Ces oiseaux utilisent toute cet espace comme lieu de niche.

« Si nous n’avons pas les mêmes politiques en matière de conservation, les efforts seront vains. Il faut rappeler que les oiseaux ne sont pas capturés et mis en cage, ils circulent là où Ils veulent. Nous sommes là pour que les conditions soient réunies. Nous sommes des gestionnaires de l’habitat de la faune aviaire et des tortues », rappelle le commandant Fall.

Les touristes viennent-ils suffisamment ?
Comme toutes les zones protégées du Sénégal, le parc reçoit des touristes. C’est une de ses vocations. En plus de la conservation, le parc promeut des activités de recréation et d’éducation environnementale. « Nous accueillons des touristes ; ce qui constitue des rentrées de devises pour le pays », note le commandant du parc. Tous ceux qui sont intéressés par les aires protégées y viennent, munis d’un permis de visite, en plus du ticket pour la balade en pirogue. La principale attraction du parc demeure l’îlot des oiseaux. Après avoir été menacé par la montée des eaux, il recommence à gagner en superficie. Cela, grâce à des digues de protection réalisées avec le concours des bailleurs de fonds.

« Quand la brèche a été ouverte, nous avons constaté une remontée des eaux au niveau du fleuve. Si rien n’était fait, l’îlot allait être enseveli. Nous avons réfléchi avec des partenaires techniques afin de voir comment l’endiguer. Dans ce cadre, des financements ont été octroyés à travers le Programme de micro financement du Fonds de l’environnement mondial. La dernière étape, c’était à travers le Programme de renforcement et de consolidation des acquis (Pcra) », explique Moussa Fall.

Autre effet positif, des emplois « verts » sont créés à travers le guidage offert par les populations riveraines et qui ont été formées à ces techniques. Elles font office de guides touristiques. Globalement, l’îlot se porte bien aujourd’hui. La seule menace est que la brèche continue de progresser vers le Sud. Les visiteurs peuvent donc toujours observer les nids de reproduction d’oiseaux. « C’est attrayant pour un touriste, c’est un spectacle impressionnant. En hivernage aussi, les tortues remontent », s’extasie le commandant. Une tortue qui remonte la plage n’a cependant pas intérêt à rencontrer un individu, sinon elle peut retourner en mer. « Nous évitons ainsi le phénomène de dérangement », note M. Fall.

Par ailleurs, le gestionnaire du parc envisage sous peu de mettre sur place une nurserie pour permettre aux bébés tortues d’avoir plus de chance de survie. Ce, à travers un aménagent artificiel. Ce site sera, à coup sûr, une attraction supplémentaire pour les touristes et les visiteurs.

De nos envoyés spéciaux :
El Hadji Ibrahima THIAM et Oumar BA (textes) et Mbacké BA (photos)

Last modified on vendredi, 17 juin 2016 15:35

Un hacker russe a piraté 272 millions d’adresses mail pour les revendre au marché noir, accompagnées des données personnelles des titulaires des comptes. Il s’agirait d’un des plus grands détournements de données de ce type. Parmi les services de messagerie concernée par cette faille de sécurité, on trouve des plateformes utilisées dans le monde entier, comme Yahoo ou Gmail. Vendus pour un euro symbolique.

C’est la société Hold Security qui a repéré le piratage, raconte Reuters. Sur des forums spécialisés, le pirate se vantait en effet d’avoir à sa disposition près d’un milliard de comptes mail à vendre, qui lui avaient au passage permis de voler des milliers de données personnelles. Plus intéressé par la gloire que par le profit, le hacker proposait l’ensemble pour un euro.

Hold Security aurait alors réussi à récupérer une grande partie des informations volées en flattant le Russe à travers des messages admiratifs sur les forums fréquentés par le voleur. En effet, la société de sécurité informatique refuse par principe toute transaction avec les hackers.

Par le surfeur

Un modèle de main artificielle développé par le Darpa (Agence américaine des projets de recherche avancés sur la défense) a été présenté, ce mercredi, au Pentagone (États-Unis). Johnny Matheny, le porteur de la prothèse, contrôle cette dernière avec son cerveau, qui envoie un message à ses nerfs puis au membre artificiel. Après des débuts difficiles, le blessé maîtrise maintenant beaucoup mieux l’engin noir et métallique. « Au début, il faut penser assez fort pour réussir chaque mouvement mais maintenant ça me vient naturellement, je n’ai même pas à y penser », explique Johnny Matheny.

Avec plus de 1.600 soldats américains amputés pendant les guerres d’Irak et d’Afghanistan, le département de la Défense américain et son agence de recherche se sont logiquement investis dans le développement de projets pour aider les mutilés. Dont des prothèses innovantes, comme celles permettant de retrouver le sens du toucher.

Le modèle utilisé par Johnny Matheny, lui, s’accroche directement sur un socle métallique placé chirurgicalement sur l’os du bras, là où il a été coupé. Toujours à l’état expérimental, la prothèse n’a pas encore reçu toutes les autorisations réglementaires.

Par le surfeur

Les 5 alliés de votre transit

20 Mai 2016
1506 times

Quinze à 35 % des adultes seraient régulièrement sujets à la constipation, les femmes étant les premières touchées. Pour venir à bout de ce désagrément, des aliments adaptés et un minimum d'activité physique suffisent souvent. Voici cinq conseils pour restaurer le transit intestinal.

La digestion n'est pas toujours un long fleuve tranquille. Le stress, les changements de mode de vie ou d'alimentation, ainsi que certaines périodes de la vie (grossesse, ménopause), peuvent perturber le transit intestinal. Avec pour conséquences inconfort abdominal, ballonnements et constipation, surtout chez les femmes… Heureusement dans la plupart des cas, quelques mesures simples permettent de tout remettre en ordre.

Diversifiez les sources de fibres
En plus de contrôler l'appétit, les fibres augmentent le volume des selles en retenant l'eau dans l'intestin, ce qui accélère le transit. Or, notre alimentation contient généralement trop peu de fibres : en moyenne, nous en consommons 6 à 20 g par jour, alors que les apports recommandés sont de 30 g au moins.

Pour corriger le tir, il est conseillé d'augmenter la consommation de céréales complètes, par exemple en choisissant du pain complet, qui apporte trois fois plus de fibres que le pain blanc.
Autre source majeure de fibres : les légumes secs, dont la consommation a été divisée par dix en un siècle ! Lentilles, haricots blancs ou rouges, pois chiches contiennent 10 à 15 % de fibres végétales (contre 9 % pour le pain complet) en plus d'une forte teneur en protéines. Les noix et fruits secs (abricots, pruneaux, figues) sont aussi de bonnes options.

Mais si les fibres sont un bon remède à la constipation passagère, il faut toutefois augmenter leur consommation de façon graduelle, car leur fermentation dans le tube digestif risque d'entraîner des ballonnements.

Des fruits et légumes frais tous les jours
On ne le dira jamais assez, il faut manger cinq  fruits et légumes par jour ! Outre leurs apports en vitamines et minéraux, les fruits et surtout les légumes frais sont une bonne source de fibres. Ils facilitent également le transit intestinal grâce à leur teneur en eau et en éléments naturellement « laxatifs », comme le sorbitol. En cas de constipation, mangez donc sans compter salades, melon, agrumes, légumes verts (courgettes, épinards, poireaux…).
Mais attention aux crudités ! En cas de ballonnements, privilégiez les légumes cuits, plus faciles à digérer.

L'hydratation, alliée incontournable du transit
En cas de constipation, il ne faut pas hésiter à boire encore plus que d'habitude. Une bonne hydratation permet d'augmenter le volume du contenu intestinal et de favoriser la régularité des selles.

En plus des fruits et légumes frais, qui contiennent entre 80 et 95 % d'eau, il est conseillé de boire chaque jour un à deux litres de boissons non sucrées et non gazeuses : eau, tisanes, soupes… Les eaux de source riches en magnésium sont également à privilégier pour leur effet laxatif naturel.

Les probiotiques ont fait leur preuve
Les gastro-entérologues parlent de plus en plus des bienfaits des probiotiques. Ces micro-organismes vivants ont un effet bénéfique sur le système digestif, puisqu'ils viennent renforcer la flore déjà présente dans notre intestin, constituée de quelques 100 000 milliards de bactéries indispensables à la digestion ! Chaque probiotique a son action propre, certains ayant prouvé leur efficacité contre la diarrhée, les allergies, l' intolérance au lactose… D'autres ont fait leurs preuves dans le traitement du syndrome de l'intestin irritable, caractérisé par des maux de ventre et des troubles du transit. Au quotidien, on trouve des probiotiques dans les produits laitiers, les plus "célèbres" étant les lactobacillus et les bifidobactéries. Ainsi, pour faciliter le transit, la consommation régulière de yaourts et de laits fermentés est une habitude à prendre.

Faites travailler les abdos !
Si une bonne alimentation est nécessaire pour lutter contre la constipation, il ne faut pas pour autant négliger le sport. C'est prouvé : l'activité physique stimule le transit intestinal, en particulier lorsque les muscles abdominaux sont sollicités. En pratique, il est conseillé de faire chaque jour au minimum l'équivalent de 30  minutes de marche rapide. Tous les choix sont possibles, à commencer par le jogging, la natation et tout ce qui renforce la sangle abdominale.
Sources :

http://www.doctissimo.fr/

Abdoul Mbaye : un ACT amer

20 Mai 2016
1482 times

Abdoul Mbaye, 63 ans, a lancé l’Alliance pour la citoyenneté et le travail (Act) afin de conquérir le pouvoir. Pour 2019, c’est le candidat que l’on n’attendait certainement pas. Et pour cause ! Invité de l’émission « Les Affaires de la cité » de la Tfm alors qu’il était encore Premier ministre, il avait confié sur le ton de la certitude : «Ce que je sais, c’est que je suis au service d’une ambition présidentielle : il s’agit de Son Excellence le Président Macky Sall. Il est là pour cinq ans. Premier ministre ou pas – prenez bonne note de ce que je vous dis –, je l’aiderai à se faire réélire et à rester dix ans. Alors au bout de dix ans, moi, je serai suffisamment vieux pour aller cette fois définitivement à la retraite dont on m’a tiré il y a quelques années ». On avait pris bonne note, mais le voilà qui nous oblige à défiler les pages de notre bloc-notes pour retrouver les mots de son engagement en faveur du président Macky Sall.

C’est pourquoi on ne lui pardonne pas, dans les cercles du pouvoir, d’avoir défié l’APR et son patron ? Les attaques contre l’ancien Premier ministre sont rudes. Au beffroi. Une manière, sans doute, de lui signifier que le monde de la politique est très éloigné des salons feutrés de la finance. Un homme averti… Abdoul Mbaye, né le 13 avril 1953 à Dakar, est un homme d'affaires, banquier et désormais homme politique sénégalais qui a occupé les fonctions de directeur général de la Banque de l'habitat du Sénégal (BHS), de la Banque sénégalo-tunisienne (BST) et d'Attijari Bank du Sénégal avant d'être nommé Premier ministre par le président de la République Macky Sall le 3 avril 2012. Il est limogé le 1er septembre 2013.

Par Sidy DIOP

Ce brillant chercheur, la quarantaine, Agrégé de parasitologie et mycologie, ancien interne des hôpitaux de Dakar, est le co-inventeur de « Illumigene Malaria », un test révolutionnaire permettant de traquer le plus plasmodium et de confirmer les cas de paludisme en moins d’une heure.

En voilà un exemple de chercheur sénégalais qui trouve. En mettant au point « Illumigene Malaria », un test rapide de diagnostic du paludisme, le Pr Daouda Ndiaye fait mentir cette boutade qui veut qu’au Sénégal, des chercheurs qui cherchent, on en trouve, mais des chercheurs qui trouvent, on en cherche. Il a fallu dix ans de labeur et de recherche à ce natif de Guinaw-Rail, dans le département de Pikine, pour mettre au point ce test qui, à coup sûr, va révolutionner le traitement du paludisme qui continue de faire des millions de morts à travers le monde. « Ce test a été mis au point en collaboration avec la compagnie Meridian By Science basée à Cincinnati aux Etats-Unis et le Cdc Atlanta. Reposant sur la biologie moléculaire, il permet d’avoir un résultat confirmatif à 100% en détectant la présence ou non de la plus petite parasite dans le sang et sans risques d’erreurs », explique-t-il.

Contre la fuite des cerveaux
Trouvé dans son bureau au Laboratoire parasitologie et mycologie de l’hôpital Aristide le Dantec dont il est le chef, l’homme dégage une intelligence et une humilité dont on ne peut être qu’admiratif. Son CV, aussi long que le bras, qui tient sur une cinquantaine de pages, en donne une idée. Le local est à l’image de son occupant : tout y respire sérénité. La toge universitaire rouge pourpre fièrement accrochée par-là, des tableaux avec des écritures coraniques par-ci, des photos personnelles de l’autre côté, sans oublier cette table de bureau qui croupit sous le poids des livres et des documents bien rangés, bref le décor de l’antre de cette bête de travail ne manque pas d’interpeler le visiteur. Rasé de près, le débit rapide, le gestuel mesuré, ce Professeur titulaire à l’Université Cheikh Anta Diop, au moment où certains universitaires et chercheurs sénégalais prennent le chemin des pays occidentaux pour monnayer leur savoir, a préféré emprunter la voie inverse pour mettre ses compétences au service de son pays. Ce, alors qu’un juteux poste lui tendait les bras à l’université de Harvard aux Etats-Unis. « En termes d’avantages financiers, sociaux et économiques entre les Etats-Unis et le Sénégal, c’est le pays de l’Oncle Sam qui l’emporte de loin. Mais rester aux Etats Unis aurait signifié trahir mes idéaux et mes principes et probablement passer à côté de mon destin. Quand je partais, c’était pour revenir au Sénégal et contribuer à la lutte contre le paludisme », dit-il la voix ferme. Malgré l’insistance de l’université de Harvard pour le retenir, le Pr Ndiaye a donc refusé de céder. En fait, même tout l’or du monde ne lui aurait pas fait changer d’avis. Lui, l’originaire de la banlieue de Dakar où le paludisme, jusqu’à une certaine époque, tuait à grand trait, maladie dont lui-même a failli mouriren l’ayant plongé dans le coma pendant quelques heures, ce n’est pas donc lui qui va gonfler le rang de ces compatriotes partis sous des cieux plus cléments. « Je ne suis pas adepte de la fuite des cerveaux. J’estime que quand on connaît son métier, on a le boulot qu’on veut. Avec mes compétences et mon expertise, je suis plus utile aux Sénégalais qu’aux Américains», renchérit-il.

Dès le début, l’ambition du Pr Daouda Ndiaye était claire. Il en a fixé le cap et s’est donné les moyens de la réaliser : devenir médecin, avoir ainsi les arguments scientifiques et médicaux qui lui permettent de lutter contre ce parasite. « C’est peut-être prétentieux, mais abréger la souffrance des populations de Pikine était devenu ma préoccupation. Cet engagement m’a toujours guidé. Je me suis dit que le jour où je parviendrai à faire en sorte qu’aucun enfant né à Pikine ne meurt de paludisme, à travers un groupe de collaboration, un consortium, un groupe d’experts, j’aurais atteint mon objectif ». En voyant aujourd’hui son projet aboutir, le Pr Daouda Ndiaye a gagné son pari et c’est non sans fierté qu’il en parle. Et quand il le fait, on sent un homme qui a soif, un homme déterminé et prêt à aller toujours plus loin.

Né au début des années 1970 à Pikine, le Pr Ndiaye a un parcours qui fait honneur à sa grande taille. Le fait d’être issu d’une famille nombreuse et très modeste n’a jamais été un handicap pour celui qui, très tôt, a développé une précocité intellectuelle. Sa scolarité sans aspérités le prouve. De l’école 8 de Pikine à la Faculté de Médecine de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar en passant par le lycée Limamoulaye de Guédiawaye, Daouda Ndiaye a toujours squatté les premières places. C’est ainsi que de la première à la dernière année de la Fac, il a toujours validé son passage dès la session de juillet. Il sort major de sa promotion en 1997 et réussit dans la foulée le concours d’internat. Fait notable, il est le seul étudiant, cette année-là, à avoir été reçu. Malgré ce pedigree, Daouda Ndiaye se refuse à toute forfanterie. « Grâce à Dieu, je n’ai jamais eu d’anicroches dans mes études. Et Quand j’ai réussi à ce concours, j’ai compris la chance que j’avais entre mes mains. J’ai décidé de l’exploiter parce que les portes s’ouvraient devant moi. En effet, quand on est interne des hôpitaux, on peut choisir la discipline qu’on veut et on a la chance d’être un jour enseignant à l’université », confie-t-il.

Formation entre les Etats Unis et le Sénégal
 Soif de connaissances, Daouda, une fois son arrêté d’ancien Interne des hôpitaux reçu en 2000, s’inscrit en Dea à la Faculté des Sciences pour décrocher un diplôme de spécialisation en recherche qui n’existait pas encore à la Faculté de Médecine. Son parchemin en poche, il est sélectionné pour subir une formation entre les Etats-Unis et le Sénégal. En 2010, il est Agrégé et Professeur des universités depuis 2014. Ce parcours lisse, le Pr Daouda Ndiaye le met au crédit de sa maman, « une femme formidable », qui, en l’absence du père de famille disparu alors que Daouda n’avait que neuf ans, a, malgré son analphabétisme, très tôt compris l’importance des études. « Pour faire plaisir à notre maman, il fallait juste bien travailler à l’école. Nous étions dans le dénuement, mais elle n’a jamais demandé de l’aide, elle a fait de nous des personnes fières. C’est pourquoi je ne cesserai jamais de lui rendre hommage. Le meilleur atout pour un homme, c’est sa maman. Quand on s’y adosse, il y a de fortes chances qu’on réussisse dans la vie », confesse-t-il la voix émue. En tout cas, lui a su s’y adosser avec bonheur.

Par Elhadji Ibrahima THIAM


AVERTISSEMENT

La SSPP « Le Soleil » met en garde et interdit formellement aux responsables et gestionnaires de sites d’informations, établis au Sénégal ou ailleurs, de poster les articles publiés sur le portail Internet du « Soleil », à l’adresse www.lesoleil.sn. La SSPP « Le Soleil » ne tolérera aucune entorse à cette interdiction. Seule est permise la publication de liens directs pour rediriger l’internaute vers l’adresse www.lesoleil.sn

PARTENARIATS

Les gestionnaires de sites qui le souhaitent peuvent adresser une demande de partenariat avec la SSPP « Le Soleil » qui en définira les modalités et fixera les conditions d’utilisation des articles, photos, logos de son portail Internet. En cas de manquements, la SSPP « Le Soleil » se réserve le droit d’engager immédiatement des poursuites judiciaires envers les contrevenants, pour violation du respect des droits d’auteurs.