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Ils font l'Actu (1)

Réunis au centre de Malango le 4 juin dernier, les divinateurs sérères ont prédit un hivernage pluvieux et de bonnes récoltes. La prochaine élection présidentielle s’est invitée aux prédictions, non sans controverses.

Samedi 4 juin. Il est 22h au Centre Malango situé juste derrière le fleuve Mame Mindiss (Ndlr : totem de la ville de Fatick), de l’autre côté en allant vers Kaolack. En cette tombée de la nuit, les vagues du petit bras de mer se noient dans le bourdonnement ininterrompu des tambours. Par dizaine, les visiteurs convergent vers la mythique demeure des saltigués, hôte cette soirée du traditionnel « Khoy », cette fameuse cérémonie de divination en pays sérère. La presse nationale et étrangère, parmi laquelle un journaliste freelance hollandais, est présente, micros et caméras à l’affût ; toujours prête à se faire l’écho médiatique de cet événement dont la notoriété a fini de dépasser les frontières nationales.

Dans la vaste cour du centre, les invités prennent progressivement place, entourés d’arbres. Certains des hôtes dînent entre deux cases, dans la pénombre. Les voyants, eux, sont reconnaissables à leurs tenues particulières, leurs gris-gris et leurs bonnets à la couleur rouge. Ils se bousculent au portillon pour prendre la lance et se livrer à leurs prédictions, leur jeu favori. Comme s’ils étaient possédés par une force supérieure qui les fait agir selon son bon vouloir. Les saltigués se défient tels des lutteurs dans une arène qui s’apprêtent à en découdre. Accompagnés par le « ndakin », rythme propre au « khoy »,  ils se laissent parfois aller à quelques démonstrations, quelques pas de danse. Le public se régale. Ça promet ! D’autres, à travers leurs mouvements, donnent l’impression de vouloir se métamorphoser, voler dans l’espace, toucher le firmament. Tel que le faisait le « dieu » saltigué Guedjopale Mane Niane, du moins si l’on en croit la légende. Celle-ci raconte que ce dernier, proche du mythique roi Diomaye Niane qui a un temps gouverné le Sine, montait au ciel partager le repas avec « Roog Seen », le Dieu suprême. Et miracle, il revenait sur terre, les mains recouvertes de couscous et de lait caillé ! Mais c’était il y a bien longtemps.

Hivernage pluvieux
salA l’intérieur du cercle transformé presque en ring, c’est un vrai capharnaüm, malgré les nombreux rappels à l’ordre du maître de cérémonie Djiby Ndiaye. « Vous ne pouvez pas tous parler en même temps ; ce n’est pas possible, vous n’êtes pas des enfants ! », se fâche le journaliste de la radio communautaire « Ndef Leng » Fm. Finalement, après plusieurs tentatives ratées, il convainc les saltigués à regagner leurs places respectives, une liste ayant été confectionnée pour les appeler un à un. Les esprits finissent par se calmer. Enfin le défilé tant attendu des « madag » (Ndlr : équivalent de voyant en sérère) peut commencer, à la grande satisfaction des spectateurs dont l’impatience devenait de plus en plus perceptible. Et c’est le saltigué Guedj Guèye qui ouvre le bal. « Fakkam ! » (littéralement bats-moi le tam-tam), lâche-t-il aussitôt à l’endroit du tambour major qui s’exécute, sans crier gare. « Rang tanguindang, rang tanguindang, rangtanguindang… ». Après quelques démonstrations au son des tams-tams, le vieillard enfonce la lance de toutes ses forces dans les entrailles de la terre. C’est le moment de s’adresser au public. Le ton grave, il salue la foule suspendue à ses déclarations très attendues : « L’hivernage sera pluvieux et les récoltes seront très bonnes. Il y aura beaucoup de mil et d’arachide ».  « Amiine », rétorque en chœur l’assistance. Les paysans sont avertis. De la pluie, il y en aura. Le reste ne dépendra que d’eux.

Le voyant Ndiaw Diouf embouche la même trompette. Il prédit une saison des pluies généreuse mais s’empresse de recommander des prières pour éviter certains accidents qui, souligne-t-il, risquent de coûter la vie à bien de passagers. Le « Yal pangol » (Ndlr : celui qui est possédé par des compagnons invisibles), Ibrahima Ndong confirme les prédictions de ses prédécesseurs. L’homme prévient néanmoins sur un violent vent qui pourrait créer beaucoup de dommages dans le sud du pays. Le jeune voyant Omar Ndiaye entre en lice et met les pieds dans le plat. « J’avais dit ici que si l’élection présidentielle s’était tenue en 2017, le chef de l’Etat Macky Sall n’aurait pas de second mandat. Fort heureusement pour lui, le scrutin a été repoussé. Mais cette prédiction reste valable pour 2019 », martèle-t-il.

La nouvelle génération, sans complexe
 saltigue 2Selon ce divinateur qui révèle avoir une épouse djinn, à côté de ses deux femmes, le successeur de Me Abdoulaye Wade à la magistrature suprême ne peut en aucun cas rempiler. « Je suis catégorique », insiste-t-il. Une prédiction que balaie d’un revers de la main Khane Diouf. En dépit de l’âge, la saltigué de Diadiack garde encore son agressivité, son principal trait de caractère. Dans le milieu très macho de la divination en milieu sérère, cette dame octogénaire est l’une des rares à défier et contredire la gent masculine. Ses prédictions dont beaucoup se sont révélées justes ont fini par lui donner une aura locale voire nationale et internationale. « J’ai été la première à avoir prédit l’accession de Macky Sall au pouvoir », rafraîchit-elle d’emblée la mémoire des spectateurs sur un ton jubilatoire. Puis prenant le contrepied de son jeune camarade Omar Ndiaye, elle ajoute que le président de la République aura bel et bien un second mandat en 2019. « Que ça vous plaise ou pas, Macky Sall va rempiler. Personne n’y peut rien », dit-elle encore à l’endroit de son rival. Après les cadors Khane Diouf, Mahé Mathie, Guedj Wagni, Landiougane de Sanghaie, Amy Faye de Niakhar etc., place aux jeunes loups aux dents longues ! Il faut dire que la relève est bien assurée avec notamment une forte présence des jeunes voyants de Ndiaye-Ndiaye, le quartier traditionnel sérère de Fatick. Incarnée par le jeune Fodé Diouf, la jeune génération n’a pas froid aux yeux et n’a pas non plus de complexe d’infériorité. Elle dispute la parole aux ténors dont elle ose contredire les prédictions, à l’image de ce choc de génération entre Khane Diouf et le jeune Omar Ndiaye. Et c’est justement tous ces défis, toutes ces contradictions, toutes ces empoignades verbales qui font le charme du « Khoy ».

 

Last modified on lundi, 27 juin 2016 14:54


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