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Par Exemple (68)

Le leader du parti le Front national de salut public « Mome saa rew » ne fait pas dans la langue de bois. Il se dit nationaliste et l’assume pleinement autant dans sa démarche, ses actes que son propos. Malick est décidément un père Noël qui n’aime pas distribuer des cadeaux.

À la perspective d’une rencontre avec « Malick Noël Seck », quelques idées reçues d’avance sur le caractère fougueux de notre hôte nous avaient laissé dubitatif. Nous nous sommes laissé, comme pour la plupart, entrainer dans un flot de préjugés rien qu’à y penser. Ce père Noël qui, dit-on, ne distribue point de jouets à tout bout de champ, nous avait-on prévenu. Pour faire court, disons-le, il est l’opposé de ce que nous pensions. Il affiche une apparence assez stricte certes et le port léger en ce dimanche, jour de repos. Un sous-vêtement blanc assorti d’un jean noir quelconque. Relaxe donc ! Côté gabarit ? Ce n’est pas un colosse à véritablement dire, mais il n’est pas petit non plus. Il tient bien dans son corps.

Une grande maison précieusement décorée par des fleurs minutieusement choisies et amoureusement entretenues. « C’est une des passions de ma mère. Elle adore prendre soin de ses fleurs qui contribuent à embellir sa vie », note Malick dans un brin de sourire. Le père est un ancien diplomate qui a servi au Sénégal et à l’étranger.

« Réfléchir pour soi-même, essayer de comprendre, remettre en cause le point de vue dominant tant que celui-ci ne constitue pas le meilleur », voilà les devises qui animent Malick Noël Seck. Il aime briser les résistances, les positions établies. Avec cet acharnement, aucune difficulté ne le décourage. Pas d’esprit de revanche cependant ni d’ambition mondaine, non plus, assure-t-il. C’est autre chose. « La passion du challenger plutôt que du trophée. L’amour de la défense de la « patrie » est un perpétuel défi chez lui. Une jolie rage donc. « C’est juste que j’ai mes convictions qui diffèrent de celles de la plupart des gens », relève-t-il. « Il y a du militaire chez cet homme politique. Il est exigeant, rigoureux, pénible à la limite dès lors qu’il s’agit d’aller au front afin de mener des combats de principe », note un de ses anciens compagnons du Parti socialiste. Malick, malgré l’apparence, traine la réputation d’avoir « un grand respect des personnes et un sens aigu des relations humaines ». Il compte beaucoup d’amis et entretient des relations fraternelles. Il est plutôt taquin de nature et aime détendre l’atmosphère. C’est quand il s’agit de défendre des principes que Malick manifeste une rigueur à friser l’insolence pour certains », note cette connaissance qui exige l’anonymat. Ceux qui le décrivent sous les traits d’un homme violent ne connaissent vraiment pas l’homme, souligne-t-il.

Malick Noël s’exprime avec aisance, dénonce sans notes. Il maîtrise son sujet et dégage une cohérence dans sa ligne de conduite.

Un combattant dans les idées
Il a très tôt compris qu’il ne fallait pas se perdre dans les dissensions internes et qu’il valait mieux s’exprimer à l’extérieur, si « on arrive plus à accorder les violons dans la même organisation politique ». La liberté de ton en bandoulière, il n’hésite pas à couper les ponts. Traditionnellement rangé dans la bande de ceux qui critiquent avec la dernière énergie, Malick traine le comportement du cogneur idéologique. Lui dit être plutôt adepte de l’échange contradictoire.

Malick a douze ans lorsque son papa est affecté en France, à l’Unesco plus précisément. Toute la famille plie bagages, destination le pays de Marianne. Le gamin qui vient alors de débarquer ne mettra pas beaucoup de temps à trouver ses marques. « Tout de suite, je me suis fait des amis. Les enfants de mon âge m’avaient très bien accueilli. Vous savez, à cet âge, l’être humain ne connaît pas encore la méchanceté, les préjugés et le racisme. On accepte autrui comme il est », souligne-t-il, le visage serein.

Il a fait l’école du Plateau puis les Maristes jusqu’en sixième secondaire. Le collège se déroule en France, puis le lycée, ensuite les études supérieures. Il est titulaire d’un baccalauréat B option économie. Malick apprend la gestion et se spécialise en comptabilité. Il a travaillé en Autriche dans une boite spécialisée dans les montages de grands projets. Dès que l’occasion se présente, il ne se fait guère prier pour rejoindre les siens au Sénégal, nous sommes en 1997. « J’avais besoin de maintenir ce contact fusionnel avec autant les membres de ma famille que mes amis d’enfance. Au fond, je crois que cela m’a beaucoup aidé à ne point oublier d’où je venais », souligne-t-il.

Découvert par le grand public en 2012, Malick Noël Seck assure s’être engagé en politique, bien avant cette date, en 2003 plus exactement. « D’ailleurs, j’ai été pour la première fois en taule en 2008 pour avoir osé marcher contre les coupures d’électricité devenues récurrentes à cette période », se souvient-il. Lui et quatre de ses autres camarades socialistes sont ainsi arrêtés. L’affaire était passée presqu’inaperçue dans les médias. « Juste un média de la presse écrite avait relaté l’affaire évoquant l’incarcération de cinq jeunes socialistes », se rappelle Malick.

Le politique engagé
Il finit par jeter son dévolu sur le Parti socialiste qui venait, deux ans plus tôt, de perdre le pouvoir. « Le choix n’était point hasardeux. Cette formation venait de perdre le pouvoir après l’avoir contrôlé quarante années durant. Son intégration sera non seulement facilitée par son engagement mais également son compagnonnage d’avec son ami d’enfance Barthélemy Dias, actuel maire de Mermoz Sacré-Cœur. « Avec Barth, nous avons grandi ensemble, notre amitié date de l’enfance. Lui était déjà très tôt dans la perspective de se lancer un jour dans la politique, l’influence paternelle aidant certainement », note-t-il. Le duo fera très mal au pouvoir en place de l’époque. Leur posture radicale leur vaudra d’ailleurs, à deux reprises, des séjours carcéraux. Le duo « Barth-Noël » est né au grand dam du pouvoir libéral. Des « incompréhensions » auront raison de ce compagnonnage.

« Nous n’avions plus la même vision politique des choses. Chacun est parti de son côté. Mais, cela n’a, en aucun cas, mit en péril notre fraternité. Barthélemy reste et demeurera à jamais un frère », note Malick Noël. Sans rancœur aucune donc ? Il sourit et répond : « Non, la rancœur appartient aux faibles. Toutefois, nous sommes des hommes et devons rester libres ».

Par Oumar BA

On a l’habitude de dire que le travail scientifique est une réalisation commune et non pas l'œuvre d'un cavalier seul. A lui seul, il a su adapter la science à son milieu. N’est-ce pas lui qui a traduit les mathématiques en wolof pour plus d’accessibilité. Sakhir Thiam, une vie, un combat, l’enseignement. Mathématicien, linguiste et musicien, il se consacre aujourd’hui à la gestion de son Université Dakar-Bourguiba en dehors de son sport-business, l’hippisme.

« Ne demandez jamais quelle est l’origine d’un homme, interrogez plutôt sa vie et vous saurez ce qu’il est ». Cet adage servirait bien à celui qui veut revisiter sa trajectoire pour mieux le connaître et le faire connaître au grand public. Des mathématiques à la linguistique en passant par la musique, Professeur Sakhir Thiam aime maîtriser son sujet. Autre qualité de ce poète et musicien, la communication. C’est un homme au verbe facile avec une bonne maîtrise de la langue de « Kocc », mais également celle de Molière. D’où une parfaite adresse. D’ailleurs, le rencontrer vous fait courir le risque d’être séduit à tel point d’en oublier l’essentiel. Dans l’ombre de cet innovateur qui a fait bouger les lignes dans tous les domaines, on a toujours de la matière pour remplir de longues pages de notions scientifiques, linguistiques et musicales.

Son vaste bureau, avec quelques box, s’accorderait parfaitement à son écurie de chevaux située à la périphérie de Dakar. Trophées, instruments musicaux et supports pédagogiques y rivalisent d’éclat. Une sorte de fourre-tout qui fait ressortir nombre de ses qualités.

Une vie au service de l’enseignement
Le professeur Sakhir Thiam est un innovateur animé par l’envie de faire bouger les choses. Il fait partie des premiers à envisager l’enseignement à distance avant qu’il ne soit devenu une tendance. Ses cours filmés, agrémentés de musique puis projetés dans des salles de cinéma sont un bel hommage à la technologie. Son esprit sémillant lui permet, parfois, de trouver des idées géniales qui, malheureusement, se retrouvent entre d’autres mains ? L’Université virtuelle africaine (Uva), une de ses idées majeures, s’est retrouvée dans l’escarcelle d’autres investisseurs.

Agrégé de mathématiques  de l'Université de Paris, puis Docteur en économie théorique des Universités Paris VI et Paris IX, cet ancien ministre de l’Enseignement supérieur a été au début et à la fin des bouleversements notés dans l’enseignement supérieur au Sénégal. Après son vaste chantier de traduction des sciences exactes, notamment les mathématiques en Wolof, il a été à la base de l’intégration des langues nationales dans l’enseignement supérieur au Sénégal et en Afrique. Directeur de l’Institut national d’étude et d’action pour le développement de l’éducation (Ineade), il crée dans les années 1995 sa propre université.

Président de l’Université Dakar-Bourguiba, il a voulu en faire une alternative pour répondre au problème lancinant du chômage des diplômés de l’enseignement supérieur et à leur massification à travers un enseignement supérieur professionnel. En effet, il a créé de rapports clairs avec le monde du travail en promouvant des filières qui répondent aux besoins de ce dernier. L’Udb est aujourd’hui un carrefour d’étudiants venus d’horizons différents à la recherche d’une formation qualifiante.

Science et musique, la parfaite harmonie
Si sa casquette de scientifique est la plus apparente, le professeur Thiam garde des cordes moins connues à son arc. Il est, en effet, un grand musicien. Auteur, compositeur, cet artiste est l’auteur de l’hymne de la Coupe d’Afrique des nations (Can) de 1992, intitulé « Bukkuw » et interprété par les Ouzettes.
Un des fondateurs et chef d’orchestre de Xalam I créé dans les années 1960, il avait interprété musicalement et en wolof, en 2012, les réformes du code électoral qui avaient, selon les autorités compétentes, subi l’usure du temps. Des aptitudes acquises après un passage à l’école des beaux arts.

Hippisme rentable
Ayant grandi dans l’environnent des chevaux, ce linguiste s’enrichit du wolof authentique parlé par les palefreniers venus de l’intérieur du pays. Des capacités linguistiques renforcées après son passage au Daara Mor Cissé Mbaye de Diourbel. A côté de ces derniers, il a appris à monter au cheval même s’il n’a « jamais été brillant à cause de ses longues jambes ». Son amour pour la race équine s’est renforcé depuis, encouragé par les exploits de ses chevaux qui en sont à leur 18ème grand prix du chef de l’Etat. L’hippisme pour ce passionné est un sport-business qui appelle une privatisation de la société hippique.

Par Marame Coumba SECK

Le journalisme mène, décidément, à tout. Jadis journaliste, Madior Sylla est parti de la presse pour épouser une carrière diplomatique. De l’information, il passe à la Communication avant d’atterrir, aujourd’hui, à la gestion des carrières et des compétences à la Bceao Sénégal.

Quand on le rencontre seize années après, il vous ramène toujours au journalisme, notamment à la présentation du journal télévisé. S’il n’est plus l’homme des plateaux de 20 h de la Radio télévision sénégalaise (Rts), il n’en est pas moins élégant. Dans un costume gris assorti d’une cravate rouge, il a une démarche de playboy. Vif, plein d’entrain, le milieu des affaires semble l’avoir rajeuni. Ceux qui croient à un Madior Sylla rattrapé par le temps, avec des cheveux grisonnants seront surpris par l’éternelle jeunesse de ce journaliste qui crevait l’écran, il n’y a guère. Présentateur vedette dans les années 90 à la Rts qui, jusqu’en 2000, avait le monopole de l’information, par conséquent du débat « fécond », il est depuis juillet 2012, à la direction de gestion des carrières et des compétences de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Bceao) dont il était le chargé de la Communication de 2000 à 2005.

Du journalisme à la communication, la frontière est mince. La différence réside dans le fait que la communication, bien qu’informative, vise à convaincre un public. La pratique des deux fait de lui un interlocuteur expressif et convaincant à la fois. Le risque de le rencontrer, c’est d’être hypnotisé par sa voix captivante au point d’en oublier l’essentiel. Une belle voix qui, pourtant, n’a pas pu faire une longue carrière à la radio. Il était devenu, peu d’années après son intégration à la Rts, le présentateur vedette du Jt de 20h, grâce à la confiance et l’encadrement de sa hiérarchie qui avait vu en lui quelques prédispositions d’un bon présentateur. La mise, toujours correcte, ne l’a pas emporté sur son souhait de ressembler à des voix célèbres comme Ibrahima Ndiaye, Mbaye Sidy Mbaye, Ahmad Bachir Kounta, Sokhna Dieng, entre autres.

Sauter le pas pour changer de voie
S’il fait fantasmer, le travail de présentateur n’est pourtant pas de tout repos. En effet, ce sortant du Centre d’études des Sciences et Techniques de l’Information et de la Communication (Cesti) s’est reconverti, après une dizaine d’année d’exercice journalistique. « En toute liberté » il en est venu, « sans détour », il en est sorti. Ces deux intitulés d’émissions qu’il a animées jadis, résument en quelque sorte sa carrière. Face à une profession prenante où l’on s’épanouit à peine, une passion qui se partage, de nouvelles ambitions professionnelles qui ressurgissent, l’ancien directeur de la coopération du Sénégal pour l’Asie et le Moyen Orient songea à se reconvertir. Une reconversion mûrie dans le temps. Une spécialisation en Relations internationales dans un premier temps, un diplôme d’études approfondies (Dea) en diplomatie ensuite. De quoi épouser un autre corps de métier. « Journaliste, les questions internationales étaient au cœur de mes préoccupations. Lorsqu’il a fallu donner une autre tournure à ma carrière, il était tout a fait naturel d’épouser ce corps de métier », déduit-il.

De nouvelles aptitudes, de nouvelles ambitions et de nouvelles possibilités. Par un heureux concours de circonstances, son nouveau plan de carrière avait coïncidé avec une période où la Bceao procédait à un concours pour recruter des spécialistes en communication. Depuis mars 2000, il est devenu agent de cette structure financière. En détachement auprès du gouvernement du Sénégal en septembre 2005, il a été successivement chargé de la Communication de l’Agence nationale de l’Organisation de la Conférence islamique (Anoci) puis, plus tard, du ministère de la Coopération internationale et de l’Aménagement du territoire auprès du ministre d’Etat Karim Wade. Le départ de ce dernier à son poste le fait retourner à la Bceao. « Quand on est journaliste, on le reste pour toute la vie », soutient le journaliste-diplomate. Une impression pour revisiter un passé qui, grâce à quelques supports audiovisuels, retrace une dizaine d’années à la télévision. D’ailleurs, M. Sylla n’exclut pas, après sa retraite, de faire une tranche d’informations, mais en radio, sa passion de toujours.

Journaliste pour un jour, journaliste pour toujours
Bien qu’il ne soit plus dans ce métier, il s’intéresse à ce qui se passe de près et se désole du fait que le traitement de l’information devient de plus en plus accessoire. «Pour rester positif, le métier s’est amélioré. Le paysage médiatique s’est enrichi avec l’arrivée de nouvelles télévisons, des radios et des journaux. Mais, dans le traitement de l’information, on met plus l’accent sur des polémiques stériles », se désole cet ancien animateur d’émissions politiques.

Dans un contexte où est présentateur qui veut, cette voix célèbre dans une époque de monopolisation de l’information avec une seule chaine, la Rts, résume ses mots en la modestie et l’humilité. Quelques lettres salvatrices pour ses confrères pour bien exercer la profession.

Par Marame Coumba Seck

Adossé à un des fauteuils devant la porte de sa maison qui donne sur un balcon, il prend de l’air. Les rastas rabattus sur le visage, c’est un Awadi abattu par la fatigue que l’on retrouve cet après-midi à Sicap Amitié II. En période d’enregistrement, l’artiste n’a point de sommeil.

Une porte qui s’ouvre et se referme aussitôt. Un autre Awadi en sort cette fois avec les dreadlocks bien organisés, laissant découvrir son visage qui aussi, devient plus radieux. Du café et quelques boulets de cigarettes pour dominer cette lassitude. 

Les mêmes dominants, les mêmes dominés. Les mêmes fils de dominants dominent les fils des mêmes dominés. Ces paroles extraites de « Bourreau noir » le ramènent une vingtaine d’années ans en arrière. Leur sens est à chercher dans les événements de 1988 caractérisés essentiellement par une année scolaire invalide. 1994-2016, des années passent, la jeunesse n’y est plus, mais l’engagement politique demeure. Awadi, une vie, un destin, le rap engagé. En contact avec un autre rappeur, notamment Duggy Tee, leurs idéologies et leurs principes de vie prennent forme et donne le Positive Black Soul (Pbs), en 1989.

Pionnier du mouvement rap au Sénégal et plus largement en Afrique de l'Ouest, son premier succès avec ce groupe sera l’album « Boul Faalé », une expression de la rue sortie en 1994. Le contenu qu’il en donnait, « prends-toi en charge ». « Dans nos principes de vie que nous nous sommes donnés, c’est de croire à soi-même. Il peut se réaliser tout seul et pousser le groupe », soutient le Didier des Sicap.

Du fun à l’engagement
« Au début, le rap était pour nous une passion. On le faisait pour s’amuser. Autrement, se faire voir, avoir des copines, être les stars du collège », renseigne l’artiste. En contact avec de grands hommes de gauche, en lisant les discours de Thomas Sankara, de Cheikh Anta Diop, est née une conscience politique. Le discours change. Pourtant, Didier Awadi estime que le rap ne rime pas forcément avec l’engagement. « Il y a ceux qui ne sont pas engagés et je respecte leur position. C’est un devoir pour moi de m’engager. Je ne peux pas avoir le grand luxe, de lire des livres, d’aller à l’école, de pouvoir avoir une télévision, une radio. Bref, de savoir l’impact de tout ce qui se passe dans le monde dans ma vie. Comment mon pays et mon continent sont pris à la gorge. Et ne pas réagir, ce serai lâche et irresponsable », juge l’auteur du « Président d’Afrique ».

Même en solo, il fait bonheur à ses idéologies nationalistes. En octobre 2005, il sort sur le marché français l’album « Un autre monde est possible » qui est un vibrant plaidoyer pour des politiques plus humaines et une plus grande considération du tiers-monde. En novembre 2012, un autre titre « Ma Révolution » paraît au Sénégal et dans le monde.

Défenseur du panafricanisme
Né d’un père Béninois et d’une mère Cap-Verdienne, il se considère comme un Africain d’origine avec un visa sénégalais car la création Sénégal est presque française. Une manière d’alimenter son rêve des Etats-Unis d’Afrique. Comme il le disait dans son titre « Président d’Afrique », dans son rêve, on annule les visas, tous les pays d’Afrique sans ces derniers. L’Afrique avec ou sans visas, lui, il a déjà fait 42 pays de ce vaste et diversifié continent.
Défenseur du panafricanisme, il s’identifie à des figures emblématiques comme Thomas Sankara. « C’est tout ce qu’il a dit, c’est tout ce qu’il a fait, qui fait qu’on l’aime. Il s’est battu pour l’Afrique. Produire africain, manger africain et s’habille africain », défend cet animateur.
La plupart de ses modèles n’étant plus de ce monde, il porte le combat à travers un discours tranché avec quelques codes culturels qui viennent bousculer les limites entrainant peut-être une incompréhension entre l’élite politique et les autres rappeurs pour ne pas dire lui seul.

L’illusion « du fils à papa »
Tout le monde pensait que c’est un fils à papa. D’autres ont ravivé des rumeurs comme l’animateur est un fils de diplomate. Pourtant, il est né de deux parents enseignants et a grandi dans le pays. Ses études, il les a faites également au Sénégal. « C’est l’image que les gens ont des Sicap. Alors que pour moi, les Sicap, c’est vraiment la classe moyenne.
A l’âge de quatorze ans, il perd son papa. Mais, comme l’échec, dit-il, ne fait pas partie de son vocabulaire, il développa très tôt un esprit d’entrepreneur. Déjà au collège Sacré- Cœur, il était dans les affaires culturelles. D’ailleurs, ces premiers spectacles commencent dans cette école. Les tickets d’entrée à 300 FCfa, de quoi assurer son argent de poche pour ne pas fatiguer sa mère qui les a accompagnés lui et ses deux sœurs dans leurs choix.

Le style de son rap, il l’ignore. Pour lui, c’est juste un cri du cœur. Il n’est ni esclave de la rime ni des figures de style. « Ce que me dicte mon cœur est plus important que la règle grammaticale », lance-t-il. Le rap pour lui, c’est un outil très démocratique car c’est une musique révolutionnaire qui est là pour bousculer les codes.

Un album mbalakh en cours
En effet, il considère qu’on peut rapper même avec le mbalakh. D’ailleurs, l’artiste annonce la prochaine sortie de son album cent pour cent mbalakh qui est en cours d’enregistrement. Une nouveauté qu’il qualifie de Kef et non pas d’un virement. « Je suis né dedans, j’ai grandi dedans et j’ai envi de le faire », conclut l’artiste-producteur.

Amoureux de ce genre musical de par sa persécution, sa syncope, il rêva de faire un jour son « tassou ». Fruit d’un délire, il ne sera pas un mbalakh révolutionnaire mais « bou saf sap », chahute ce dernier. Awadi sous le tempo mbalakh, ça va surprendre, faire rire ou même choquer. Mais, les plus réfractaires, rassure-t-il, vont danser. Un autre album reggae en studio va sortir au mois d’octobre. Ce sera un concentré de reggae et de rap. Ce style, il l’appelle reggae up. Prix Découvertes Rfi 2003, avec l’album « Un autre monde est possible », d’autres horizons s’ouvrent à lui. Propriétaire d’une maison de disque internationale, l’homme d’affaires travaille avec Universal et désormais, avec le groupe Canal.

Il va y animer des émissions qui tournent autour de la musique et de la culture. Un autre projet est en cours, un film sur la vie Doudou Ndiaye Coumba Rose, commencé de son vivant et qu’il souhaite terminer bientôt.

Par Marame Coumba SECK

Last modified on mercredi, 20 juillet 2016 14:08

Va-t-on l’appeler confrère ou autre chose ? Car il s’est autoproclamé journaliste qui use de l’humour pour rendre digeste l’information, aussi dramatique qu’elle soit. Le journalisme peut-être mène à tout. Mais tout mène-t-il au journalisme ? En tout cas Samba Sine alias Kouthia est devenu par la force des choses incontournable dans le paysage audiovisuel. Sacré lauréat aux « Sédars » puis au « micro d’or », il se définit comme le Roi de l’Humour au Sénégal.

Il est, de 18 heures à 19 heures, dans ses déguisements qui varient suivant les personnes et l’actualité. Aussi à l’aise dans une toge, dans une « marinière » que dans un costume « politique », il gesticule, danse, moque ses cibles du jour. L’objectif, informer les gens en les faisant rire.

Il n’est pas de l’époque classique où Molière se moque de tout pour corriger tout. Mais, il comprend le sens du rire aussi bien que celui-ci. La différence entre les deux, c’est que le premier use de la dérision pour corriger les mœurs, l’autre pour informer. D’ailleurs, on peut le nommer le journaliste-humoriste. En effet, il passe en revue l’actualité nationale en la dépouillant de son aspect sérieux pour lui donner une autre valeur, la subtilité.

Hommes politiques, acteurs sociaux, musiciens, lutteurs, juristes sont passés à la moulinette de son one-man-show télévisuel. Même les chefs religieux ne sont pas épargnés. Abbé Jean ne nous démentira pas. Pareil pour l’ex-Premier ministre Aminata Touré avec sa fameuse : « On accélère, on recule pas ». Le comédien se lance dans une danse frénétique, faite de petits pas rapides, en cercle, inspirée du slogan choc.

Mobilité ou instabilité : le combat pour le rire
Autres personnes qu’il tourne en dérision, la famille de l’ex-président Abdoulaye Wade. S’humectant du talc sur la peau, il reproduit le teint clair de Viviane Wade avec son fameux « lahou », todial, Karim depuis sa petite cellule de la prison de Reubeuss, Sindiély, le petit cœur à conquérir. Animant depuis 2011, l’émission « Kouthia Show », « le phénomène » des temps nouveaux est devenu une icône de la télévision sénégalaise.

L’humoriste a fait ses premiers pas dans les années 1990 à la Radiodiffusion télévision sénégalaise (RTS). Dans l’émission « Le Petit Théâtre », il caricature des célébrités locales. Dans sa conquête du public, il se lance dans des aventures caractérisées par une mobilité professionnelle qu’on peut qualifier d’instable.
En effet, en 2002, une autre aventure resurgit, cette fois-ci, à la chaine de télévision Walfadjri. De la matière pour Samba Sine qui, depuis, a lancé « le concept du show ». Après neuf années d’exercices dans celle-ci, en 2011, il signe un contrat avec la Télévision Futurs Médias (TFM).
Le nom d’Abou Bilal, dit-il, m’a été attribué lors de mon voyage en Arabie Saoudite pour le pèlerinage à la Mecque.

L’oiseau baptiseur
« Ce jour-là, à Médine, je marchais sur le chemin où tous les grands soufis musulmans sont enterrés, j’ai ensuite entendu un oiseau qui m’a soufflé à l’oreille une directive : Quand tu retournes au Sénégal, il faut tout faire pour qu’on t’appelle par le nom d’Abou Bilal », avait-il confié à un journal de la place.

2014-2015 ont été des années de succès pour Samba Sine alias Kouthia. Ce qui lui a permis d’être une vedette incontestable à la Tfm. Hélas ! Satan est venu mettre du sable dans le couscous en pleine période de ramadan. A-t-il desserré l’étau divin qui l’empêche d’agiter les relations interindividuelles ?

En conflit avec son directeur de programme, il s’en va emportant toute la saveur du soir avec lui. Qui des téléspectateurs de cette chaîne n’a pas regretté les soirées animées par ce fils du Fouta où le rire est toujours sur les lèvres ? Ils le réclament et lui dénonce son traitement.

Last modified on lundi, 18 juillet 2016 14:35

Le costume sur le bout des doigts

11 Juil 2016
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Lamine Diassé est le porte-étendard du costume au Sénégal. Spécialisé dans l’habillement européen, particulièrement dans le vêtement masculin, ce jeune couturier, styliste-créateur a fait de la qualité son credo et de la connaissance sa devise.

« Ce que je fais, c’est le sur-mesure ». Tout Lamine Diassé est dans ce souffle. S’émanciper de la facilité. Sortir de l’ordinaire sénégalais. Porter presque tout seul le fardeau de la perfection. Le stylisme sénégalais fonctionne en trompe l’œil. Dakar certes est une place forte de la mode africaine, mais les stylistes sénégalais aiment renifler le doux parfum de la facilité. Des défilés occasionnels, des médias complaisants, un public peu averti. Suffisant pour certains noms ronflants de la mode sénégalaise. Trop peu pour Lamine Diassé. L’ambition est le carburant qui chauffe ce cérébral de la mode.

Très jeune, Lamine Diassé a appris le métier de tailleur dans le tas. Il fera quelques piges chez le maître couturier Laye Diarra où il fait la connaissance du costume. Il y apprend à mesurer, à tracer, à couper. Responsable de production, il y réalise des costumes sur-mesure pour nombre de personnalités sénégalaises. Mais à force de ciseler l’étoffe, de dessiner des formes et de s’enfermer dans des mesures, le jeune Diassé est pris dans ce tourbillon de questions qui a façonné, avant lui, nombre de grands créateurs. Pourquoi la mode sénégalaise n’est pas normée comme en Europe ? Pourquoi le costume Smalto ou la chemise Hugo Boss sont si parfaits ? Quelles logiques se cachent derrière la production industrielle de vêtements ?
Pour trouver des réponses et donner plus d’amplitude à sa prometteuse carrière, Lamine Diassé décide de reprendre par là où il devait commencer : la formation. Il part en France pour approfondir ses connaissances dans le domaine de la mode, du stylisme et de l’industrie vestimentaire. Il suit une formation à la Fenaph avec des experts de l’Académie internationale de coupe de Paris (Aicp). Il rencontre ensuite à Paris Jean-Pierre Houée, expert de l’Aicp, qui lui apprend la conception du produit, les tracés de base et les secrets de la fabrication française. Ce dernier croit en son talent et le prend sous son aile protectrice.

Le chemin de la réussite
Il fait, en outre, plusieurs stages dans des maisons de couture réputées en France. C’est le chemin de la réussite. Le plus difficile certes, mais le meilleur. « Mon credo, c’est de comprendre tout de cette activité que j’ai choisie. Aujourd’hui, Dieu merci, j’ai compris », confie Diassé. Et d’expliquer sa démarche : « Si nous voulons aller à la conquête du monde, nous devons comprendre tout ce qu’il y a derrière le vêtement. Il y a des normes à respecter, des méthodes à appréhender, des techniques à assimiler ».
A la différence de nombre de stylistes qui consacrent leurs créations à la femme, Lamine Diassé n’a pas choisi la simplicité. Le costume est, en effet, différent de l’habit traditionnel parce qu’il requiert de la haute technicité. Tracés de base, patronages, gradations (évolution d’une taille par rapport à d’autres) répondent à des normes qui ne s’apprennent pas dans la rue. « Ces techniques ne sont pas enseignées en Afrique. C’est pourquoi j’ai dû faire plusieurs voyages et stages en Europe pour les assimiler. Le costume est un habit européen et l’Europe est jaloux de son savoir-faire », raconte Lamine.

C’est fort de son savoir que le styliste lance son label en 2005. « Dans un premier temps, je ne voulais pas ouvrir un atelier, j’étais plus attiré par la connaissance ». Lamine Diassé passait, en effet, tout son temps entre les livres, qu’il commandait à Paris, et le Net pour débusquer les secrets des grands créateurs européens. « Même dans ma famille, on a cru que je ne voulais pas travailler », confie-t-il. Pourtant, c’est une chose de comprendre, c’en est une autre d’expliquer. Lamine Diassé doit se battre avec des méthodes formelles dans un mode informel. En Afrique, avec un crayon et des ciseaux, on se proclame très vite styliste. « Il est extrêmement difficile d’expliquer à mes collègues que le vêtement, c’est de la géométrie, des formules, des fractions ». Du chinois dans un milieu où, le plus souvent, on se contente de découper des carrés pour en faire des boubous.

Incompréhension
Au début de l’aventure de Lamine Diassé couture (Ldc), la mécanique est grippée par l’incompréhension. Les gens sont dubitatifs. Pourquoi acheter un costume à partir de 200.000 francs alors qu’on peut se le procurer dans le prêt-à-porter à moins de 100.000 francs ? Même ceux qui en ont les moyens préfèrent, le plus souvent, passer leurs commandes à l’étranger. « Nous sommes des complexés qui préfèrent les produits étrangers. Nos dirigeants, pas tous heureusement, ont le complexe de s’habiller chez moi, d’aider un jeune qui a préféré la difficulté plutôt que l’immigration. J’ai souvent partagé des podiums de niveau mondial avec les plus grands stylistes africains, tels que Collé Sow Ardo, Alphadi, Diouma Diakhaté, et Laye Diarra qui respectent beaucoup la qualité de mon travail et la ligne de vêtements que je développe », regrette le styliste. Pour noyer son spleen, le jeune créateur s’enferme dans son monde intérieur. Il travaille chez lui, toutes les nuits, sur les tracés de base. « J’adore tracer », sourit-il. La principale difficulté, c’est que le costume sur-mesure cible l’élite. Pas le peuple.

« Je n’ai pas choisi le costume par hasard », consent Lamine, « c’est le produit le plus respecté au monde, qui ouvre toutes les portes. Dans la plus grande école de France, il faut payer six millions cinq cent mille francs Cfa pour devenir costumier. Dans les grandes maisons de couture en Europe, ce produit se réalise à 5000 ou 6000 euros la pièce ». Lamine Diassé qui possède le même savoir-faire, qui exploite les mêmes matières premières que ces grandes maisons de couture européennes est, pourtant, une aubaine pour tous ces gens qui dépensent des fortunes à l’étranger pour s’habiller. Certains ministres l’ont bien compris et commencent, timidement, à s’approvisionner chez lui. Le premier à s’approprier sa démarche est Abdoulaye Makhtar Diop.

Nommé ministre par Wade, l’actuel Grand serigne de Dakar qui a bien écouté le jeune styliste, lui commande quelques costumes pour le tester. Satisfait par la qualité de ses acquisitions, le ministre lui confie sa garde-robe pendant deux ans. « Je n’achèterai plus mes costumes à Londres », lui glisse-t-il entre deux essayages, le sourire ravi. Avant cette rencontre, le couturier fait la connaissance de Mansour Dieng, le patron d’Icône magazine et communicant bien introduit dans le club sélect des personnalités qui comptent dans ce pays. « Il a cru en moi et n’a pas hésité à m’encadrer dans ma communication et à me prodiguer des conseils très utiles. Il est devenu aujourd’hui mon manager », explique Lamine Diassé.

Partager son savoir
Pour Lamine Diassé, Abdoulaye Makhtar Diop a montré la voie : « Nous n’avons pas besoin de milliards comme cela se voit en politique, nous n’avons besoin que des commandes de l’Etat pour agrandir nos activités. Cela nous permettrait de participer à l’effort de développement en créant des emplois. Pourquoi ne pas nous permettre d’habiller le gouvernement, par exemple ? »

Au rayon des perspectives, le jeune styliste souhaite ouvrir une grande boutique en ville où les Sénégalais pourront acheter ses produits. Mais son rêve est d’ouvrir à Dakar une grande école de mode. « Si j’avais les grands moyens, je n’achèterais pas des immeubles ou de belles voitures pour m’enrichir davantage, j’ouvrirais un établissement de mode, une filière française, pour permettre à des jeunes de se former et aux professionnels de se perfectionner ». Il en est convaincu, pour révolutionner la mode sénégalaise et africaine, « il nous faut de grandes écoles pour enseigner les normes aux stylistes, les fondamentaux de l’industrie vestimentaire, la gestion de la production, les tailles (les normes conventionnelles du vêtement), etc. ». C’est le prix à payer pour être compétitif sur le marché mondial. Lamine Diassé en est conscient : « J’ai peur de mourir sans transmettre mes connaissances ».

Par Sidy DIOP

Peu connu dans les médias sénégalais, Ameth Amar fait la fierté des entrepreneurs sénégalais. Ce milliardaire à la discrétion légendaire règne sur un empire qui fait près de 40 milliards F Cfa de chiffre d’affaires par an. Son entreprise Nma Sanders étend ses tentacules en rachetant les Moulins Sentenac.

Ameth Amar est un homme pressé. Le temps passe très vite et les tâches sont multiples. Il n’est pas rare de le voir peupler les mondanités dakaroises, mais sa disponibilité cache un emploi du temps « surbooké ». Grand de taille, présence imposante, Ameth se dissimule derrière un corps qu’il voudrait soustraire au public qui l’oblige pourtant à s’afficher. De fait, le temps d’Ameth, c’est le temps du travail. Plus que la naissance, c’est à force de travail que l’homme s’impose aujourd’hui comme l’un des capitaines d’industrie les plus en vue de notre pays. On ne devient pas président directeur général de Nma Sanders, spécialiste dans les aliments de bétail et de minoterie, Pastami une usine de pâtes alimentaires sans ambition.

L’histoire commence dans les années 80 avec l’investissement d’Ameth Amar dans le transport maritime. L’homme aime investir et le retour sur investissement n’est pas maigrelet. Loin s’en faut. Les financements ne courent pourtant pas les rues. Il réussit, malgré les difficultés, à inaugurer en février 2001 l’unité industrielle de la Nouvelle Minoterie Africaine à Dakar pour produire de la farine panifiable et des aliments pour bovins et volailles. La route fut pourtant longue. C’est un ami qui lui vend l’usine à… 13 millions de nos francs. Un « tas de ferraille » qu’Ameth transforme en véritable bijou industriel. Pour ce faire, il s’adresse aux banques en quête de 500 millions. Niet des institutions financières en rogne contre les hommes d’affaires sénégalais plus préoccupés à se la couler douce qu’à bâtir de véritables entreprises performantes. Il parviendra, malgré tout, à trouver les financements nécessaires au lancement des activités de son usine.

Né à Mbacké, dans la région de Diourbel, il grandit à Dakar. A 22 ans, il fait des cours du soir en compabilité à l’Ecole Nationale Universitaire de Technologie (Ensut) de 18 h à 22 h, employé à L’Oncad pendant la matinée pour pouvoir payer ses études. Sa famille était loin d’être pauvre, mais les études n’y étaient pas la priorité. Le commerce l’emportait sur tout le reste. Le jeune Amar se découvre pourtant une fibre pour le gain. Ameth loue son vélo à ses petits camarades, et reverse les bénéfices dans l’achat de pigeons qu’il revendra par la suite.

Vient l’adolescence. Le Baol-baol emploie son temps libre en tenant la boutique de son oncle. Le soir, il écume les boîtes de nuit de la capitale, roule en R5, fréquente Thione Seck…la belle vie quoi ! Il dit : « à l’époque où le groupe Baobab était à la rue Jules Ferry, je sortais tout le temps. Cela m’empêchait de faire des économies. » Armé de son bagout et d’un culot d’enfer, le jeune homme se fait repérer par une société de pêche qui en fait son chef comptable en 1979. Capitaine dans l’âme, il démissionne de son poste, achète une vedette qui fait la navette entre le quai et les bateaux. En 1985, il achète deux camions qui transportent des containers, puis une grue pour faire des prestations de services. L’activité rapporte, mais le jeune homme d’affaires, comme nombre de personnes de son âge, aime la fête. Il roule en R5, sort tous les soirs, fréquente Thione Seck et s’éclate avec le « Baobab ». Résultat : toutes ses économies flambent.

Mais il faut croire que ce n’était là que péché de jeunesse. Aujourd’hui, le patron de la Nma emploie 350 personnes et pèse 32 milliards de FCfa. Un patron exemplaire qui, pour fidéliser ses employés, ne lésinent pas avec les moyens pour leur réussite sociale : formation continue pour les cadres en plus d’un pécule de 40 millions pour qu’ils s’achètent une maison, projet de construction d’une cité des ouvriers, etc.

Des pâtes, oui mais des Pastami
Spécialisée dans les farines boulangères et les aliments pour animaux, l’entreprise produit aujourd’hui 200 tonnes de farine de blé par jour. Il est loin, le temps où son Pdg était un petit opérateur sur le port de Dakar… Ameth Amar a aujourd’hui de nouvelles ambitions. Lancée il y a un an, sa nouvelle usine de pâtes alimentaires – Pastami –, dotée de machines italiennes, produit déjà 40 t de pâtes par jour, qui ont investi toutes les grandes surfaces de la capitale. Objectif ? Devenir aussi le fabricant de marques de grandes enseignes comme Casino. Où s’arrêtera-t-il ? Comme le groupe Glon, son partenaire français leader en nutrition animale, la Nouvelle Minoterie Africaine est concessionnaire Sanders pour toute l’Afrique de l’Ouest. Son ambition est de devenir une référence en Afrique afin d’occuper une grande place dans le marché national et de l’Uemoa (Union monétaire et économique ouest africaine).

Self made man au sens américain de l’expression, l’homme d’affaire qui a été porté à la tête de l’Association des industries meunières ouest-africaines (Aim- Uemoa) étale ses ambitions en rachetant Nma Sanders. Pour le moment, on ignore le montant de la transaction mais, il est sûr que Nma Sanders a mis sur la table une belle somme qui se compte en milliards FCfa. 

Par Sidy DIOP                                                                                                                                                                 Portrait rédigé grâce à une documentation sur le Web

 

Last modified on mercredi, 29 juin 2016 12:52

La profession de journaliste cite son nom parmi les exemples. Jean Meissa Diop est un des plus grands chroniqueurs de la presse sénégalaise. Ancien directeur de publication de « Walf Grand-Place », un quotidien du groupe Walfadjri dont il est le concepteur, il est également un des pionniers de la presse culturelle au Sénégal.

« Danouy nox Damel dogga dem reeri wala danouy reer dogga dem nox Damel », (on va tuer le Damel avant d’aller prendre le dîner, ou bien ce sera le contraire), une devinette pour montrer qu’il acceptait de se joindre à ses confrères du quotidien national « Le Soleil » qui s’apprêtent à couper leur jeûne avant d’accorder à un des leurs un entretien. Son interlocuteur, aussi humoristique, lui répond : « Nanou reer ba paré doga nox Damel », sinon on peut en être privé.

Rire de tout jusqu’à l’excès, voilà un caractère qui se dégage au premier contact de Jean Meissa Diop, un des pionniers des journalistes culturels de la presse sénégalaise. Un humour qui transparaît bien, de manière subtile, dans les écrits de ce passionné des chroniques. De jungle qui a donné par la suite Post écoute dans Walf Quotidien, on peut le reconnaître à l’absence de toute signature à travers sa plume au style ironique recherché.

N’est-ce pas lui l’auteur des chroniques « Ce français si malmené dans les médias », une manière d’évaluer le niveau de cette langue qui, selon lui, se parle, s’écrit mais se porte mal dans les médias. Ce professionnel des médias est également l’auteur du « Journalisme mène vraiment à tout », une autre chronique qui montre comment ce métier aussi palpitant peut mener à la gloire, comme à la déchéance. À la promotion des causes nobles ou à celle du diable pour reprendre ses mots pour des maux.

Cette belle plume est un homme aux vocations contrariées. Son rêve de lycéen, c’était d’être un professeur de français. Mais, au contact avec la philosophie, cet ancien lauréat au concours général de philosophie révise ses ambitions.

Orienté contre son gré à la faculté de droit, un autre rêve ressurgit, la magistrature. Mais l’homme est incapable de changer le chemin que lui impose le destin. Ce destin qui parfois est une accumulation de paradoxes, l’a amené dans le fleuve d’un passé enfoui. Et finit par lui imposer le journalisme.

Mais, comme le disait Matias Malzieu, deux chemins peuvent mener au même château. Le magistrat n’est-ce pas celui qui se base sur la loi et une petite marge d’interprétation que lui confère celle-ci pour organiser la société, par conséquent la départir de tout ce qui peut mener à sa perte.

Gardien du temple
De même pour le journaliste qui, pour reprendre Albert Londres, journaliste français, porte la plume dans la plaie. Plume au sens de lumière et la plaie à celui des maux. Issu de la treizième promotion du Centre d’études des sciences et techniques de l’information et de la communication (Cesti), option presse écrite, l’animateur d’"Avis d’expert" sur « Walfadjri » fait partie de ces journalistes qui sont sortis à une période où l’Etat, principal employeur des journalistes, ne recrutait plus. Six mois sans travail, la création d’« Afrique nouvelle » vient à sa rescousse.

Mais, cet hebdomadaire catholique dura le temps d’un feu de paille et disparut après dix mois de parution. Ainsi, il tenta l’aventure à « Walfadjri » qui, en cette période de 1987, était encore hebdomadaire, puis paraît trois fois par semaine en 1993, avant de devenir quotidien en 1994. Resté fidèle à la ligne de ce dernier malgré une vague de départs à la recherche de bons salaires et d’autres expériences, Jean Meissa Diop y passe l’essentiel de sa carrière professionnelle.

26 ans dans cette boîte qu’il trouvait passionnante et professionnellement enrichissante. « Le reproche qu’on nous faisait, c’était de rester dans cette boîte à ne rien gagner au moment où il y avait les bons salaires et les bonnes expériences ailleurs », témoigne ce journaliste qui dit être attaché à la valeur des personnes qui y étaient. Au plan professionnel, il a aussi fait « Le Soleil ».

Comme les bons élèves font les bons maîtres, il se consacre actuellement à l’enseignement. Un des produits du Cesti, il a formé deux promotions sortantes de cette école. Il a également initié au journalisme des étudiants d’autres écoles comme l’Institut supérieur d’entreprenariat et de gestion (Iseg), l’Institut supérieur d’information (Isi) qui n’existe plus et, depuis 2011, l’Institut supérieur de l’information et de la communication (Isicom) où il dispense un cours de Collecte et de traitement de l’information.

Soucieux d’un journalisme bien fait, ses chroniques et ses analyses ont souvent porté sur la profession de journaliste, sa responsabilité morale et juridique, sa formation, ses dérives. Cet enseignant en éthique et déontologie reprend ainsi la formule célèbre du chroniqueur français Jean-Claude Guillebaud, qui enseigne à ses étudiants que « pour bien pratiquer le journalisme, il faut le haïr » ; le haïr quand il peut vous mener à des activités annexes de maître-chanteur, de concussionnaire… Toutes ses valeurs défendues lui ont valu de figurer parmi les neuf conseillers du Conseil national de régulation de l’audiovisuel (Cnra).

Par Marame Coumba SECK

Last modified on vendredi, 24 juin 2016 13:34

Il est le directeur et fondateur d’icône Magazine qui vient de fêter ses dix ans. Diplômé en industrie, polygraphie et sciences éditoriales, Mansour Dieng fait partie des pionniers de la presse people au Sénégal. L’ancien directeur de « Thiof » magazine intervient également dans la consultance.

Du flair, il n’en manque pas. Depuis le fauteuil où il est assis, le pouce et l’index tantôt autour de la bouche, tantôt entre les deux tempes, cet habitué des lieux de fréquentation des célébrités lance tout sourire : « Renard passe l’Euro à la Terrasse ». Le sens caché de ce bout de mot est à chercher dans la direction de son regard. Ce regard discret qui guettait Hervé Renard, l’entraineur playboy et une Sénégalaise sous-entendu qui jouent la coupe d’Europe au restaurant la « Terrasse ». A la recherche perpétuelle de l’inédit pour un contenu buzz, de quoi servir sur un plateau doré les fidèles lecteurs d’icône magazine, fans de football. Le buzz, principale matière nourricière d’Icône qui, au début, était cent pour cent people. Le journalisme est d’homme, le flair est de Dieu, car relevant d’intuition qui ne s’apprend pas. Le fondateur d’Icône Magazine n’est pas journaliste de formation. Mais, en contact avec ces professionnels, il finit par en avoir des aptitudes.

Diplômé en industrie polygraphique, notamment en édition et livre, il fait partie de la première génération des monteurs sur ordinateur. Ce qui lui permet d’intégrer Soleil Nis après un passage au service technique. « Par le biais d’une coopération internationale, j’ai obtenu une bourse italienne me permettant de bénéficier d’une formation en édition et livre avant d’aller faire une formation en science éditoriale à l’Université Eib de Bordeaux », renseigne ce pensionné de l’édition qui soutient n’être que quand il écrit. Comme à tout seigneur, tout honneur, il signe, à chaque numéro, un éditorial, à la troisième page de son magazine. Des éditoriaux à travers lesquels, on sent nettement ses positions par rapport à l’actualité « dominante ». Les deux derniers ont porté successivement sur le blocus de la route transgambienne dont il salue la pertinence comme punition du régime de l’homme de Kanilay, Yaya Jammeh, et sur les accords de partenariat économique (Ape) qui, selon lui, pourraient mettre notre pays dans une situation inconfortable.

La passion de l’édition
Ecrivant dans « Yaya, le petit Dakarois » de Dakar matin déjà à l’école primaire puis dans « Bai des flashs », un journal lycéen de Blaise Diagne, il était tombé sous le charme, à 13 ans, de Paris match, un magazine people footballistique et nourrit l’ambition d’en créer un, un jour, à Dakar. Une ambition qui, plus tard, va être orientée vers la presse people après s’y être imprégné. « Lors de mon séjour en Italie, j’avais intégré le département français de « Vogue », un grand magazine people international. Et là, j’ai piqué le virus du journalisme people », explique l’ancien directeur de « Thiof » Magazine de Laye Bamba Diallo. Une influence qui l’a poussé à créer un médiapeople, le mannequinat. De son Italie où il était parti pour renforcer son expertise en édition, il investit ce milieu pour subvenir, dit-il, à ses besoins. Considérant ce premier comme n’étant pas vraiment people, il avait décidé de mettre en jour son propre magazine « Icône ».

L’ancien patron de techno édit, un cabinet de consultance en communication d’entreprise, a accompagné beaucoup d’entreprises sénégalaises pour concevoir de journaux d’entreprises. Directeur de publication de « Sucre contemporain » de la compagnie sucrière sénégalaise (Css), « Main courante », du ministère de l’Intérieur, il a édité également ceux du port autonome de Dakar, de l’Ecole nationale d’administration (Ena) etc.

Virement vers la presse politique
Flair journalistique certes, mais aussi, d’affaire. A la création d’Icône magazine, l’âge d’or de la presse people au Sénégal, Mansour Dieng avait opté pour un contenu cent pour cent people. D’ailleurs, c’est elle qui l’a fait connaître. Depuis l’histoire du mariage homosexuel de Mbao, les photos sont parues dans une de ses publications, son nom a même traversé des frontières. « J’ai reçu beaucoup de médias occidentaux qui ont pensé que c’était de l’inédit dans un pays musulman », témoigne cet éditorialiste qui informe avoir tiré 25.000 exemplaires grâce à cette information.

Les nouvelles buzz du showbiz, il en a toujours. Mais, de plus en plus, il y associe la politique. Un souci d’équilibre, son argument. Les derniers numéros en sont de parfaites illustrations. « Un produit a un cycle de vie, si vous faites les mêmes choses, ça va lasser les gens », soutient le patron de Senemédia. La politique, un monde qui a ses réalités. Il suffit de toucher à un homme « puissant » pour en payer le prix. En l’en croire, il a failli en être victime. « Un homme politique m’avait menacé de fermer mon magazine parce que j’avais écrit quelque chose sur lui. Pourtant, il parait jusqu’à présent sauf qu’il a essayé de m’asphyxier sur la plan économique », se rassure-t-il. A la banque, avoue-t-il, on lui avait refusé des découverts sur certaines choses. « Idem à l’imprimerie où l’on me demande également de payer 50% de la commande à la livraison et puis soldé », poursuit M. Dieng

Défenseur du « people clean »
Pour ce qui ont la bonne mémoire, ses premiers mots dans le premier numéro d’Icône était« je veux du people clean », c'est-à-dire un magazine qui parle de la réussite des gens et créer l’émulation chez les lecteurs. « Contrairement à la presse poubelle française dont s’inspirait celle qui était déjà en place », déclinait sa ligne éditoriale.

Ethique, il en parle tellement, peut être à l’excès. En l’entendre parler, on croit qu’on a un membre du tribunal des pairs. C’est l’auteur de cet éditorial au titre suivant : Sénégal : il faut déparasiter la presse.

Mais que devient cette « éthique » face à la logique marchande des journaux ? Bien qu’ayant brisé l’étau sur les sujets tabous, l’histoire des homosexuels de Mbao, le traitement des informations relatives à la vie privée (même si elles sont vraies) dans son magazine suscite une contradiction entre sa vision de l’éthique et le contenu de son journal.

Entre érosion des ventes et cherté de l’impression, il soutient qu’il ne reste que la publicité pour respirer. A défaut, c’est une presse loin d’être libre car enchaînée par des lobbies. Ceci ajouté au développement des technologies nouvelles de l’information et de la Communication, il dresse le constat suivant : «Chaque fois que Icône sort, je perds de l’argent ».

Par Marame Coumba SECK

Last modified on mercredi, 22 juin 2016 14:59

Elu meilleur chef d’entreprise du Sénégal en 2006, récipiendaire du prix Cauris d’Or 2008, Cauris de l’intégration, Meissa Ngom dirige le groupe Chaka présent dans plusieurs pays d’Afrique et d’Europe avec plus de 600 collaborateurs. Une belle réussite pour cet ancien consultant en poste en France, rentré au Sénégal en 1994 pour fonder son groupe.

L’homme est discret. Ses amis confient que Meïssa Déguène Ngom n’aime pas faire briller sa tronche. Travailleur acharné, accroché à ses rêves comme un adolescent qui brode les fils de son avenir, le président fondateur du groupe Chaka préfère laisser parler ses œuvres. Et il y a à entendre pour qui sait écouter. Le film de son parcours est d’une éloquence qui confine à l’exaltation de la témérité. Titulaire d’un diplôme d’ingénieur en informatique-électronique obtenu en France, il se fabrique une carapace dans les affaires en évoluant pendant quatre années dans le domaine du conseil au sein du Groupe Steria. Mais ce n’était pas la vie à laquelle il se prédestinait. Cela ne correspond pas à ses rêves. Non, ce qu’il veut, c’est bâtir. Confronter ses utopies à la réalité de leur temps. Il décide alors de rentrer à Dakar pour donner corps à sa vision de la vie ; de sa vie.

Chaka Computer, première marque du groupe, voit le jour en 1994, à Dakar. Mais ce premier jalon peine à contenir toute l’ambition de Meïssa Ngom qui, treize ans après l’installation de Vocalia, le premier serveur vocal dans le secteur bancaire d’Afrique de l’Ouest, fait du groupe Chaka le leader dans le domaine de l’informatique vocale dans toute la sous-région. Et s’impose sur le marché du transfert d’argent. Quelques mois après le lancement de Vocalia au Sénégal, puis dans la sous-région, les postes et les caisses d’épargne, convaincues de l’efficacité de ce nouveau système permettant aux clients de recueillir diverses informations sans être contraints de se déplacer, firent également appel à l’expertise de Chaka. L’évolution de l’entreprise prit alors un nouveau tournant. Mais ce n’est qu’à partir de 1997 que Chaka s’imposa réellement, après avoir remporté un appel d’offres international lancé par la Sonatel (Société nationale des télécommunications) face à deux concurrents de taille, Alcatel et Siemens, pour la mise en service d’une plateforme vocale servant à corriger les erreurs de numérotation. Quelques années plus tard, en 2002, après avoir été sollicité par Sentel (groupe Millicom International Cellular, deuxième opérateur de téléphonie mobile au Sénégal) pour l’installation d’un centre d’appel permettant la gestion des clients à distance, Meïssa Ngom crée Call Me. L’externalisation de la gestion des clients venait d’être introduite au Sénégal. Spécialisé dans l'outsourcing, la relation client à distance, le télémarketing et le conseil en CRM. Call Me, réussite continentale, s'exporte dans plusieurs pays africains (Côte d'Ivoire, Guinée, Bénin, Mali, Mauritanie). Aujourd’hui, Call Me compte dans son portefeuille quelques-unes des plus grandes entreprises sénégalaises (Société nationale des télécommunications, Société nationale d’électricité, Office national pour l’assainissement, Société des eaux, etc.) et sous-régionales, ainsi que quelques industries agroalimentaires et des opérateurs télécoms européens. Call Me est actuellement installée dans cinq pays (Sénégal, Mauritanie, Guinée, Côte d’Ivoire et Mali) et emploie des dizaines d’opérateurs multilingues (français, arabe, wolof, bambara…) spécialisés notamment dans le télémarketing, la télévente et l’accueil de clients.

Transfert d’argent
La troisième marque du groupe Chaka est née pratiquement à la même période que Call Me. Money Express opère dans le transfert d’argent. C’est, en effet, en 2002 que le Groupe Chaka conçoit le logiciel de transfert d’argent destiné aux réseaux de caisses d’épargne de l’Union Economique et Monétaire Ouest-africaine. En 2004, la société Money Express est juridiquement créée. Opérateur incontournable du transfert d’argent sur le continent africain, Money Express a acquis une expérience de près de dix ans qui lui a valu une accréditation auprès des autorités financières européennes. Fort d’une présence dans plus de 50 pays dont 24 en Afrique, Money Express est le premier réseau panafricain indépendant pour le transfert d’argent. L’activité de Money Express repose sur l’exploitation d’un logiciel développé en interne, dont elle est pleinement propriétaire. La société exploite un système de transfert électronique d’argent utilisant un Intranet sécurisé et se présente comme un « fournisseur, intermédiateur et intégrateur de solutions de transfert de fonds panafricain ». L’application Money Express effectue tous types de transactions : domestiques et internationales, en FCFA ou en devises, de cash à cash, de compte à cash, de cash à compte, de compte à compte et de carte à cash (transfert en ligne à l’aide d’une carte bancaire).

Money Express a été mise sur pied pour répondre à une demande de l’association des postes et caisses d’épargne de l’Uemoa, soucieuse de faire face à l’informel en sécurisant les transferts d’argent. Money Express est aujourd’hui établie dans une quarantaine de pays sur les cinq continents.

Elle compte parmi ses partenaires plusieurs établissements financiers dont la Banque islamique du Sénégal (BIS), la Banque de l’habitat du Sénégal (BHS), la Banque d’escompte et certaines sociétés internationales spécialisées dans le transfert d’argent (Coinstar Money Transfer, Ria Envia, Money Exchange, etc.). En 2002, le montant des transactions effectuées s’élevait à 500 millions de FCfa. En 2006, il était de 40 milliards de FCfa pour plus de 250 000 opérations. Actuellement, la base de données de Money Express est logée en France, mais un « back-up » sera prochainement placé dans un autre pays européen afin de parer tout incident susceptible de nuire au bon fonctionnement de la société. Le groupe Chaka a aujourd’hui un capital de 300 millions de FCfa. Il emploie environ 400 personnes dans différents pays. Toutes ses activités reposent sur l’ingénierie informatique et l’expertise d’une vingtaine d’ingénieurs africains qui conçoivent les logiciels et les installent. Le groupe Chaka propose des solutions bancaires, assure la sécurité des systèmes d’information et le couplage téléphonie-informatique. Dernier développement du groupe, Chaka Card Systems, centre de personnalisation moderne basé en Côte d'Ivoire, spécialisé dans le domaine de la monétique avec les solutions cartes bancaires.

Vive la Bourse !
Selon Samuel Maréchal, PDG de M&A Finance qui a accompagné l’introduction en bourse de la société, cette entrée en bourse lui permettra d’accéder à des outils de financements moins coûteux. Parallèlement à cette cotation, une augmentation de capital d’un montant de 2,8 millions d’euros dotera l’entreprise de moyens nécessaires à son ambition.

L’introduction en bourse de Money Express permettra à l’entreprise d’accéder, dans sa politique de développement, à des outils de financements moins coûteux. Il faut rappeler que les fonds d’investissements ne peuvent investir dans une entreprise que lorsqu’elle est cotée en bourse.

*Portrait rédigé grâce à
une abondante documentation
sur le Web.
Par Sidy DIOP

« Je vous ai envoyé le chargé des revendications et mon chauffeur, ils sont en route », une telle phrase dans la bouche d’un syndicaliste ne surprend personne. Gora Khouma, un homme, une vie pleine d’engagement syndical. Dans son bureau, les affiches d’images et les distinctions témoignent plus d’une vingtaine d’années de lutte dans le secteur du transport routier.

Une photo parmi tant d’autres attire l’attention, celle d’un car rapide jaune-bleu bien cadrée et soigneusement nettoyée. Est-ce un hasard si la prise même est valorisante parce qu’étant en contreplongée? Ce n’est point un hasard. Elle n’est que la représentation du réel. Après un départ négocié aux Industries chimiques du Sénégal (ICS) où il travaillait en 1992 comme machiniste, il a investi dans le secteur des transports en achetant ce dernier. Connu dans la circulation du fait de ses accrochages avec les policiers qui le mettait derrière les grilles bien que temporairement pour outrage à un agent en exercice, il commençait à se faire un nom dans le cercle restreints des transporteurs belliqueux de la route. « Je ne pouvais même pas concevoir de payer des amendes sans effraction », dit-il

Du siège conducteur au fauteuil syndical
Depuis son élection à la tête du Cntfc en 2005, Gora Khouma n’a jamais cessé de faire du bruit pour défendre les intérêts des transporteurs du Sénégal. Cet infatigable syndicaliste a été derrière beaucoup de grèves ou de préavis de grève lancés dans le but d’ « améliorer » les conditions de travail des transporteurs routiers. Un engagement syndical qui a le plus souvent porté ses fruits.

Si les transporteurs ont bénéficié d’une baisse de 5 FCfa sous le régime libéral puis de 100 FCfa sur le prix du gasoil sous l’actuel pouvoir, ils le doivent bien à cet homme dont l’engagement, dit-il lui-même, est inné. N’est-ce pas lui qui était chargé des revendications dans les mouvements de jeunes lycéens à Abdoulaye Sadji. Cet ancien chauffeur d’origine Lébou a également beaucoup contribué au renouvellement du parc automobile. Un autre combat, une autre réalisation : la création de Transvie, une mutuelle de santé financée par la Banque internationale du travail (BIT) pour tous les transporteurs routiers du Sénégal qui s’acquittent de leurs cotisations.

Cet activiste à la carrure de bûcheron ne recule devant rien. Une satisfaction ou rien. A un syndicat, celui de la Confédération nationale des transporteurs du Sénégal (CNTS) jusqu’à la fin des années 90, il nourrit une ambition de le révolutionner.

Il pose les premiers jalons pour un changement à la tête de cette centrale syndicale en organisant des rassemblements clandestins parce que n’étant pas autorisés. Parmi ces manifestations, un qui avait mal tourné lui a valu un emprisonnement de deux mois six jours.

Après une longue bataille, il y a eu les élections au sein de la centrale syndicale. Alassane Ndoye, son candidat qu’il a défendu avec beaucoup de courage, remporte les élections avec 34 voix d’écart. Il est nommé aussitôt chargé de l’administration centrale. Un compagnonnage qui va durer le temps d’une chandelle. En 2004, fin du mandat du bureau en place. Une autre ambition resurgit chez M. Khouma, une volonté d’occuper le poste de secrétariat. Son allié d’hier devient ainsi son adversaire d’aujourd’hui. Mais, à cause d’une rumeur faisant état de trente millions reçus du Président Wade pour remporter les élections syndicales, le congrès est reporté. Ne pouvant pas partager le même bureau avec son adversaire, l’ancien transporteur routier crée parallèlement en 2005 le Syndicat des travailleurs des transporteurs routiers du Sénégal (Sttrs) affilié à la CNTS dont il est le secrétaire général jusqu’à aujourd’hui. A trois mandats, il soutient qu’il est à son dernier et il va se retirer en 2019.

Au plan international, il occupe également des positions syndicales. Il est le coordonnateur de la Fédération internationale des transporteurs au Sénégal (ITF) et le vice-président de la Confédération des conducteurs routiers de l’Afrique de l’Ouest (Cescrao).

Par Marame Coumba SECK

Fallou Diop est un homme d’affaires qui prospère sur les bords de la lagune Ebrié. Son restaurant qui propose des spécialités sénégalaises et africaines est le plus couru à Abidjan.

Difficile de le rater à Treichville. Son nom est connu de tous dans ce quartier fortement habité par les ressortissants sénégalais. Fallou Diop est un restaurateur de renom à Abidjan. Son restaurant, « La Téranga », est un must pour nombre de cadres ivoiriens qui s’y retrouvent à la mi-journée pour recharger les accus. « Il vaut mieux appeler avant de venir », explique un jeune cadre d’une société de téléphonie de la place. A défaut, il faut prendre son mal en patience, en attendant que des places se libèrent. A 13 heures, impossible de trouver une table libre. C’est comme si tout Abidjan s’est passé le mot. Il faut dire qu’à « La Téranga », on en a pour son argent. Les spécialités sénégalaises et africaines qui y sont servies valent bien le détour. « Mon souci, c’est que tous mes clients sortent d’ici rassasiés », confie Fallou. Il n’est pas rare qu’une assiette vide repasse entre les mains des serveurs pour un second service. « Quand un client ne mange pas à sa faim dans un restaurant, cela laisse une mauvaise impression. Or, le but est qu’il revienne un autre jour », théorise ce gérant que rien, pourtant, ne destinait à la restauration.

Né à Mbacké-Baol, c’est dans un daara que le jeune Fallou a fait ses premières armes. Issu d’une famille de bijoutiers, c’est naturellement qu’il s’oriente vers ce métier après une formation diplômante. « J’ai commencé par travailler chez un parent bijoutier sans être payé. Mais comme je faisais bien mon travail, on me confiait des travaux rémunérés. Des parents établis en Côte d’Ivoire le convainquent alors à venir s’y établir. « Je voulais aller en Italie, mais on m’a encouragé à venir ici pratiquer mon métier », confie-t-il. On est en 1984. Il débarque à Treichville avec seulement 8.000 FCfa en poche et commence à travailler dans la bijouterie d’un proche parent. Un guêpier social dans lequel il ne gagne que des miettes. Mais le souvenir de sa famille restée dans son Baol natal est, pour lui, le carburant de son ambition. A force de travail, il parvient à s’installer à propre son compte. Il ouvre alors une bijouterie qui marche bien et commence à voyager pour acheter de l’or à revendre. C’est au cours de ces voyages qu’il se familiarise avec la restauration. « C’est en mangeant dans des restaurants au cours de mes voyages que l’idée m’est venue de me lancer dans ce domaine », lâche-t-il.

Aujourd’hui, Fallou est une personnalité bien connue sur les bords de la lagune Ebrié. Son restaurant est très prisé par bon nombre de Vip abidjanais. « Je dis un grand merci à la Côte d’Ivoire qui m’a accueilli, les bras ouverts, et m’a permis de me réaliser », dit-il, très bien introduit dans ce pays où il compte des relations bien placées dans toutes les couches de la société. A midi, la plupart de ses clients, des cadres et Vip, quittent le Plateau, traversent le pont pour venir manger à « La Téranga », à l’entrée de Treichville, à la sortie du pont qui le relie au Plateau, le quartier des affaires.

Pour mettre sa clientèle dans de meilleures conditions, Fallou a agrandi le local et l’a bien réaménagé. Des investissements qui lui ont coûté près de 80 millions de FCfa. Un investissement réalisé sur fonds propres. « Je n’ai jamais demandé un prêt à une banque ». Alors que c’est l’offre qui manque le moins, avec tous ces financiers qui viennent manger chez lui… « Je n’ai jamais tendu la main, je ne crois qu’au travail. Aux jeunes qui veulent me prendre comme modèle, je demande de ne jamais baisser les bras, de rester honnête, de ne pas voler, de persévérer dans l’effort. Inchallah, la réussite sera au rendez-vous ! ». Fervent mouride, le patron du restaurant sénégalais le plus réputé d’Abidjan n’a jamais coupé les ponts avec le Sénégal où il se rend plusieurs fois dans l’année, particulièrement à l’occasion de certains événements religieux à Touba. « Mon objectif est d’ouvrir un restaurant similaire à Dakar ». Un défi dans ses cordes.

Par Sidy DIOP


Décidément, un Modou Lô peut en cacher un autre. Si le chouchou des Parcelles assainies s’est fait un nom grâce à ses kilos de muscles à force de s’empoigner et de cogner dans l’arène, l’autre Modou Lô, lui, est champion dans un tout autre domaine : la culture du riz. Dans tout le Walo, ses performances agricoles et rizicoles retentissement à l’image des victoires du gladiateur de l’arène nationale.

En fond sonore, le ronronnement d’une pompe irrigant les périmètres rizicoles se fait entendre. Des hommes aux muscles saillants s’affairent autour de la pompe. Ils sont chargés de l’irrigation d’un immense champ étendu sur plus de 100 hectares. Une propriété qu’exploite Modou Lo. Né en 1952 à Gaya, le village d’Elhadji Malick Sy, localité située à la sortie de Dagana, il a quitté son patelin à l’âge de 22 ans, après le décès de son père. Modou Lo a fait le tour du Sénégal, muni d’une détermination indéfectible, travaillant à la sueur de son front. « Je venais souvent à Ross Béthio, mais c’est en 1989 que je m’y suis installé de manière permanente. A l’époque, j’étais établi à Nder près du Lac de Guiers, où je faisais de la pêche et de l’agriculture », souligne-t-il, sur un brin nostalgique.

Modou a longtemps cherché sa voie, ce qui l’a amené à être un « touche à tout ». Il a été tour à tour transporteur, pêcheur pendant presque 35 ans dans le lac de Guiers, et commerçant. C’est en 1989 qu’il se lance dans la riziculture. A l’époque, il faisait également office de prestataire de service, car louant du matériel agricole (tracteurs, moissonneuses-batteuses, niveleuses etc.). Tous les domaines de l’agriculture l’intéressent. « Puisque nous n’avons pas des diplômes nous permettant d’avoir un travail salarié bien rémunéré, nous n’avons que la force de nos bras pour tirer notre épingle du jeu et se faire une place dans la société. C’est pourquoi nous faisons tous les boulots », se justifie-t-il. S’il est bien connu dans les autres domaines, aujourd’hui, c’est grâce à la culture du riz que Modo Lô s’est fait un nom. Considéré comme un bienfaiteur ici, notamment par les femmes qui ne manquent jamais l’occasion de lui rendre hommage, pour tout ce qu’il fait. « Peut-être qu’aujourd’hui, Dieu a fait que j’ai plus de chances qu’elles et de moyens, donc il est tout a fait normal que je leur apporte mon aide, je cherche la félicité », sert-il comme toute réponse, face à la reconnaissance des femmes.

De 7 à 300 ha
Les choses ont bien évolué depuis 1989. A l’époque, il avait commencé avec un champ de 7 ha. Il procède alors à la mise en valeur de l’exploitation, avec ses économies. Modou avait hérité le champ de son oncle qui était atteint par le poids de l’âge. « Chaque année, j’étends le périmètre jusqu’au jour où le Cnca a accepté de me financer, je suis resté longtemps sans avoir de financement parce que cette banque n’avait pas trop confiance aux Gie qui ne remboursaient pas toujours les prêts qu’on leur accordait », se souvient-il. Heureusement pour lui, en venant au Cnca, il disposait d’une garantie et a pu bénéficier d’un prêt de 4 millions pour démarrer. Depuis, chaque année, la confiance entre lui et cet établissement bancaire s’agrandit. Modou Lo exploite actuellement 300 ha. La Cnca lui a financé l’exploitation des 200 ha, les 100 ha sont financés par ses propres moyens. En contre-saison, les rendements sont plus importants, on note, au minimum, entre 7 et 8 tonnes ou 9 à l’hectare, en hivernage, ça retombe jusqu’à 5 à 6, c’est selon, souligne-t-il.

Qui pouvait alors imaginer que la riziculture se développerait à ce point et qu’il y aura cet engouement, qu’on lui connaît aujourd’hui. Modou est resté constant. Il a toujours cru au travail. « J’ai toujours cru que l’homme ne s’accomplit que par et dans le travail et quel que soit le métier, on aura toujours ce que Dieu nous a réservé », souligne-t-il.

Certes tout le monde ne connaît pas le même succès que Modou, mais l’agriculture est en train de nourrir certains de ses hommes. « Dire qu’on est agriculteur est devenu une fierté », avoue-t-il. En plus de nourrir son homme, la riziculture a des effets économiques qui se font également sentir chez de nombreux travailleurs. Des emplois, Modou Lo en a créés des dizaines. «Nous faisons appel au service de presque 30 personnes, des emplois permanents. Ces jeunes habitent dans les périmètres rizicoles : ils nettoient, font les semis. Durant la récolte, on prend quelques saisonniers pour les renforcer », informe-t-il.

Ses enfants et ses neveux sont tous dans l’agriculture, son fils aîné notamment. Au fort moment de l’émigration clandestine, l’idée leur avait effleuré la tête d’embarquer dans des pirogues, mais ils ont renoncé. « En voyant aujourd’hui que ceux qui étaient partis n’avaient pas plus réussi qu’eux, ils n’ont pas regretté leur choix de rester au Sénégal et d’exploiter la terre et d’en tirer une richesse. Ils croient tous en l’agriculture. Je les encadre, les accompagne et chacun a son périmètre rizicole », se targue-t-il. Ne dit-on pas qu’aux âmes bien nées, la valeur n’attend point le nombre d’années ? Aux hommes voués à la réussite, peu importe le parcours… «Je n’ai jamais fait les bancs », relève fièrement Modou Lo comme pour confirmer l’adage.

De nos envoyés spéciaux El Hadj Ibrahima THIAM, Oumar BA (textes)

Journaliste-critique d’art, documentariste, scénariste, de son vrai nom Ababacar Diop fait partie des rares journalistes spécialisés en culture notamment en ethnomusicologie. Au beau milieu de Bordeaux, ce pensionné du l’art, ancien rédacteur en chef de l’hebdomadaire « Warango », découvre le cinéma africain. De là est née sa passion pour l’art, en particulier le cinéma.

Baba et son chapeau, c’est comme l’homme et son ombre. Il s’en sépare rarement. D’ailleurs, en le confondant à un des collègues de l’Institut supérieur des sciences de l’information et de la communication (Issic). Tout sourire, ce dernier répond dans un style taquin : «  Je ne suis pas Baba mais si vous voyez un homme avec son chapeau sachez bien que c’est le signal de son arrivée ».

Du couloir sombre des locaux qui abrite cet institut, une silhouette moyenne, le chapeau rabattu sur le visage, s’apprête à s’y engouffrer. Quand on parle de Baba, on voit son chapeau. Mais, quand on parle de ce journaliste, on pense également à la critique d’art.

Un des pionniers de la crique d’art après Ali Kheury Ndao et ponctuellement Bara Diouf, sa vocation de toujours est d’évaluer des films. Avec sa sensibilité d’ethnographe, il en dégage des sens mêmes cachés. Président sortant de la Fédération africaine de la critique littéraire (Facc), il a toujours milité pour le renforcement de la critique cinématographique sur le continent africain qu’il considère balbutiante ou inexistante dans certains pays.

Dans son bureau exigu, on a une revue de l’art sénégalais, surtout du cinéma. Que de documents sur l’actualité culturelle. Baba, un homme, deux passions : le journalisme et le cinéma.

Par un concours de circonstances, il rencontre le cinéma africain à Bordeaux où il était parti pour des études de droit. Travaillant dans les années 70 sur son mémoire de maîtrise « Cinéma et la société », il s’est imprégné du septième art. Au festival du cinéma africain qui se déroulait près de la banlieue bordelaise, il découvre les figures emblématiques du cinéma africain à l’instar de Sembène Ousmane. Dans cette industrie du cinéma, est né un journaliste-critique d’art. Le premier festival mondial du cinéma sur l’île de Madère en 1983, avec les réalisateurs de la planète chez lui. Dans un contexte où le journalisme politique dominait dans le paysage médiatique, il a choisi la presse culturelle et en fait son domaine de prédilection. Il accentue ainsi ses travaux universitaires sur la culture.

« L’art nous permet de voir le beau là où les gens y voient de laid »
Audacieux ou indécent ? Non, il voit le beau là où les gens y voient de laid. « Une femme nue ne me gène pas car je n’y vois pas l’élément sexuel mais une esthétique », atteste ce scénariste qui est à la base de plusieurs films : « Maël » d’Amadou Thior, « Picc mi » de Mansour Sora Wade, etc. Loin du sensationnel, il pousse des réflexions sur ce que représente ce corps féminin par rapport à ceux des hommes qui croient le dominer alors qu’ils ne dominent que son enveloppe. « Warango », un hebdomadaire dont il était le rédacteur en chef, s’est inscrit sous cet angle.

Jadis, contemplateur du corps féminin, aujourd’hui, il s’intéresse aux rapports entre la ville et ceux qui l’habitent. Autrement, comment les cinéastes perçoivent la ville. Un projet qui l’amène à accentuer ses recherches sur la sociologie linguistique du bâtiment. Spécialisé en ethnomusicologie, il a animé sur les ondes de la Sud Fm des émissions comme « Café des arts », « Le temps de vivre », la chronique « Le ramadan de Tons ».

Pour la presse écrite, il a fait presque tous les journaux. De son stage au « Soleil » à ses expériences de journaliste à « Afrique nouvelle », « Africa », « Souka magazine », « 52 l’hebdo »,  quotidien « Sud », en passant par la rédaction du journal de la Biennale de Dakar, il signe des critiques sur « Senciné », un magazine qui sort tous les trois mois.

Ce journaliste au sourire facile est également un documentariste. Il dispense des cours en Histoire du cinéma et documentaire à l’Université Gaston Berger (UGB). Son autre talent caché, c’est son sens de l’humour et de la caricature.

Marame Coumba Seck

S’il est vrai que le travail permet à l’homme de s’enrichir, il lui permet également de tenir tête au temps. A 56 ans, Mansour Mbaye Madiaga paraît encore jeune. Il reste toujours le bel homme au teint noir qui faisait rêver les dames dans les pièces théâtrales. Ce qui a changé, c’est les rôles qu’il incarnait. « Soro », bon père, bon mari élégant et éloquent devient subitement un père « Zora », cynique et autoritaire. En tournage, il soutient que ses deux prochaines séries en cours resteront dans la logique de départ.

Se levant automatiquement de la chaise où il était assis, il sort de la salle les larmes aux yeux.Quel contraste entre ce qu’il est et ce qu’il incarne. « Père Zora », un homme cynique, audacieux et menaçant, capable de tout pour arriver à tout dans « wiri wiri ». Ces traits de caractère transposés dans la réalité donnent un homme sensible qui aborde quelques événements de sa vie avec beaucoup d’émotion. Ce qui en reste est peut-être la fougue dans son parler. « Les rôles que je joue, je les emprunte pour la plupart à mon vécu, dans le passé comme dans le présent », avoue cet artiste qui a fait une grande partie de sa carrière à « Daray Kocc ». Mais comme le disait le poète libanais Khalil Gibrane, nul ne peut atteindre l'aube sans passer par le chemin de la nuit. Aube ensoleillé pour Madiaga qui se dévoile au beau milieu de ces rabatteurs et de vigiles plus vigilants de la Société de gestion des abattoirs du Sénégal (Sogas) à cette période où les rumeurs sur la vente de la viande d’âne sur le marché grossissent comme un ânon qui est en âge de croissance. Voué à dépister le mal de cœur des téléspectateurs qui ont peut-être les mêmes penchants que lui par le rire où il les ravitaille également en viande.

Connu plus sous sa veste d’artiste comédien, son principale activité est la boucherie. Dans sa tenue de travail, Mansour Mbaye Madiaga dit Soro aborde son parcours avec beaucoup de fierté. Tambour major, puis rabatteur, il s’est converti en artiste et finit par trouver une place auprès du scénariste sénégalais Cheikh Tidiane Diop à qui il doit son succès

« Tout ce que j’ai, je le dois au théâtre »
A-t-on l’habitude de dire que le tambour peut raconter l’histoire des hommes de génération à génération, en l’absence de tout support d’écritures. S’il en est ainsi, il est aussi capable de changer le cours d’un destin. « J’ai été un bon tambour major jusqu’au jour où Cheikh Tidiane Diop m’a remarqué et a décidé de me mettre à la tête du ballet », rappelle cet éminent artiste qui apparaît pour la première fois dans la pièce théâtrale « Sama allumette » de la troupe « Daraay Cocc ». La première leçon qu’il a apprise dans cette école est le culte du travail.

« Cheikh posait une condition pour rester dans sa formation : un boulot d’abord. En effet, je suis venu faire le rabattage devant les portes de cette société », renseigne ce chevillard qui est aujourd’hui actionnaire dans cette structure d’autorégulation.

Autre chose que son métier d’artiste lui a apporté dans sa vie, la marche de ses activités de boucher. « Les clients, en me voyant, venaient toujours acheter auprès de moi », s’en glorifie-t-il. D’ailleurs, c’est grâce à cet art qu’il a pu également accéder à la Sogas et en devenir un des actionnaires. « Les enfants du directeur de la Sogas à l’époque m’avaient reconnu en tant qu’artiste. En effet, il avait demandé à leur père me de donner une autorisation pour pouvoir y travailler. C’était dans les années 1980. Ainsi, le directeur m’avait appelé avant de me demander de lui apporter mes pièces d’identité », témoigne cet artiste.

Acteur principal de la pièce « une Sénégalaise à Paris », une série qui parle des conditions difficiles des femmes en dehors de leur pays puis dans « Minetou » traitant la question des castes, il commence à se faire une place dans le cœur des Sénégalais qui, tous les mardis, se retrouvaient devant le petit écran. Après le décès du fondateur de Daraay Kocc, il décide de former la troupe « Diam » de Pikine, son lieu d’habitation. De cette formation sont nées « Borom Keur » et « Kou diay sa ker yendou ci naathie bi », des pièces qui s’inscrivent sur la même logique des thématiques abordées par son maître : corriger les mœurs par le rire.

Par Marame Coumba Seck

Last modified on lundi, 30 mai 2016 17:01

Président de l’Alliance pour le développement et l’amélioration des races (Adam), qui regroupe près d’un millier de membres et sympathisants, Abou Kâne a une vision globale et une ambition pour l’élevage : exporter le Ladoum hors de nos frontières.

Une scène détonante. C’était lors du dernier Salon de l’agriculture tenu à Paris Expo Porte de Versailles, en France, du 25 février au 5 mars derniers. Alors que nombre de visiteurs sont occupés à contempler les 360 races animales, les vaches charolaises ou montbéliardes, les moutons, chèvres et autres volailles de l’Hexagone, une affiche suscite la curiosité.

Fièrement fixé dans le stand du ministère de l’Elevage et des Productions animales, le poster de « Boy sérère » accroche les regards. La foule se presse autour de la photo pour scruter, examiner et comparer ce mouton aux mensurations impressionnantes. Emerveillement non dissimulé. Roulement de questions sur cette race de mouton qui n’envie rien aux races à viande de la France. « Le Ladoum est d’autant plus extraordinaire que les Français ou Européens n’auraient jamais accepté qu’une race africaine puisse atteindre ces performances  zootechniques et génétiques. Ici, il n’y a pas de moutons d’une telle envergure », confiait alors Abou Kâne, le propriétaire du bélier.

« Boy sérère » est un super bélier de race « ladoum » qui a été le champion du concours « Khar bi » en 2012. Ses étonnantes mensurations (une hauteur de 110 cm au garrot et une longueur de 153 cm) et ses capacités de reproducteur ont bouleversé l’élevage ovin au Sénégal. Il a été, pendant de longues années, la vitrine du travail d’amélioration de la race ovine réalisée par El Hadj Omar Kâne dit Abou.  Gestionnaire comptable de formation, opérateur économique et éleveur, Abou est, aujourd’hui, une référence dans le milieu de l’élevage. A Sicap Mbao, dans la bergerie Galoya qu’il a créée en 1999, les visiteurs ne se lassent jamais de contempler ses bêtes à la stature imposante. Ici, le slogan de la bergerie « Belle bête » n’est pas usurpée. Ses jeunes employés ont des journées bien remplies : tamisage du sol pour enlever les excréments des bêtes, alimentation, lavage… Des journées de dur labeur qui donnent des résultats appréciables. « J’ai atteint mes premiers objectifs en créant une souche et en améliorant ce que j’avais en 1999 pour disposer, aujourd’hui, de ma propre lignée qui est fortement prisée et donne, aujourd’hui, les meilleurs résultats », se félicite Abou Kâne.

L’histoire de cet éleveur de moutons avec ces bêtes prisées démarre très tôt dans le cercle familial. En bons Halpulaars, ses parents ont toujours élevé des moutons dans la maison.

Mais c’est en 1997 qu’il se lance dans l’aventure de l’élevage avec une brebis métisse « touabir » et « bali-bali » offerte par sa mère. Il achète sa première brebis « ladoum » la même année et acquiert une trentaine de sujets métis qu’il garde dans son champ de Keur Ndiaye Lô. Le sort s’acharne alors sur son projet, car ses moutons lui sont volés. La passion est pourtant plus forte que la résignation. Il repart du bon pied en 1999 avec un couple offert par son frère et une brebis encore mise à sa disposition par sa mère. C’est l’année où il aménage à Mbao pour sécuriser son projet. C’est le début de l’aventure de la bergerie Galoya.

Dès le début, Abou Kâne opte pour l’amélioration de nos races locales. « J’ai une approche scientifique de l’élevage », confie-t-il. Le premier jalon est un travail de documentation pour faire des croisements génétiques. « Car », reconnait-il, « le Ladoum, au début, est du Touabir amélioré ». Il opte alors pour le métissage, malgré les critiques  des « puristes » qui lui reprochent de « souiller » le Ladoum. Il se bouche les oreilles et introduit des « Bali-Bali », de grosses bêtes au potentiel génétique très appréciable. Un travail de longue haleine qui finit par donner des résultats reconnus par l’ensemble de la communauté des éleveurs de Ladoum. « La lignée de mes moutons actuels englobe, aujourd’hui, une bonne partie des champions au Sénégal. Ils sont pourtant d’origine bali-bali », se réjouit-il. Comme pour confirmer ses dires, l’essentiel des champions primés lors de la neuvième édition du Salon international de l’élevage (Saladam), tenu au Cices, en janvier dernier, sont issus de sa bergerie. « Je me suis beaucoup investi dans l’élevage, au point de négliger parfois ma famille. Je peux donc vous dire que ces résultats sont le fruit d’un travail difficile », assure le propriétaire de la bergerie Galoya.

Président de l’Alliance pour le développement et l’amélioration des races (Adam), qui regroupe près d’un millier de membres et sympathisants, Abou Kâne a une vision globale de l’élevage. Il sait que le problème de ce secteur, au Sénégal, est que nos races locales ont des mensurations modestes et ne produisent pas beaucoup de viande. D’où la nécessité de les croiser avec les « Ladoum » pour améliorer leurs performances. C’est son combat à la tête de son association qui est parvenue à convaincre les autorités d’acheter des géniteurs pour les mettre à la disposition des éleveurs aux quatre coins du Sénégal. Avec l’Adam, l’organisation des foires régulières et des concours, grâce au soutien des autorités étatiques, alliées à une forte médiatisation de l’élevage « ladoum », un grand engouement est suscité pour cette race de mouton. Quelques spécimens s’échangent, aujourd’hui, à coups de dizaines de millions de nos francs. « Le mouton ladoum n’est pas comme les autres. Ce n’est pas une question de viande mais de semence. Nos moutons sont des améliorateurs génétiques. C’est ce qui explique le renchérissement des prix des grands reproducteurs », explique M. Kâne. Il tient cependant à tempérer : « Les Ladoum qui sont chers à ce niveau ne représentent qu’1 %. La mévente est d’ailleurs le principal danger qui guette le Ladoum ».

Il reste, aujourd’hui, à exporter le « Ladoum ». Déjà Maliens et Mauritaniens viennent en acheter au Sénégal pour améliorer leur cheptel. Abou Kâne souhaite pourtant aller plus loin dans ce domaine. Il espère profiter de la vitrine du Salon de l’agriculture à Paris pour exposer et vendre le label sénégalais du « ladoum ». « Nous espérons pouvoir y participer l’année prochaine par la grâce de Dieu ».

En attendant, Abou n’est pas peu fier de ses sujets. Sa bergerie est, à elle seule, un salon de l’élevage. Et avec c’est le sourire aux lèvres qu’il évoque les sujets qui lui ont le plus donné satisfaction. Sa grande femelle Aïcha, qui porte le nom de sa fille. « L’essentiel des champions primés, aujourd’hui, sont ses descendants », lâche-t-il. « Boy sérère », qu’il surnomme « le Yékini des moutons ». « C’est le meilleur mâle jamais produit au Sénégal.

Des gens ont gagné des millions rien qu’en faisant saillir leurs femelles par ce champion », sourit-il. Enfin, « Magistrat », le dernier champion primée au Salon international de l’élevage.

« C’est l’un des rares mâles au Sénégal qui présente toutes les caractéristiques d’un bon géniteur ». Assis dans une salle attenante aux box de sa bergerie, son téléphone ne cesse de sonner. La demande pour ses produits est très forte.

Par Sidy DIOP

Last modified on vendredi, 27 mai 2016 15:40

La quarantaine entamée, Abdoulaye Seydou Sow est l’un des hommes politiques les plus en vue dans la capitale du Ndoucoumane. Cette notoriété, il le doit, en partie, à son engagement précoce dans le mouvement sportif, associatif et politique. Cet administrateur civil sorti en 2015 de l’Ecole nationale d’administration a, dès l’âge de 17 ans, commencé son militantisme politique au Pds.

Abdoulaye Seydou Sow est un homme politique qui compte dans la capitale du Ndoucoumane. Né au début des années 70 à Kaffrine, ce leader très populaire dans son fief, a très tôt chopé le virus de la politique. C’est à l’âge de 17 ans qu’il intègre les rangs du Parti démocratique sénégalais alors que beaucoup de jeunes prenaient la carte du parti au pouvoir de l’époque, le Ps. Lui, il était déjà fasciné par le leader de la formation libérale. Son entrée dans ce parti a été facilitée par l’ancien député de la localité, Oumar Diouf. «J’ai intégré le Pds en 1987 sous la houlette de l’ancien député Oumar Diouf. A l’époque, il y avait un désir profond de changement. On courait derrière le cortège de Me Wade », confie cette frêle silhouette qui a récemment rejoint les rangs de l’Alliance pour la République (Apr). La politique, une activité qui le fascine.

«Kaffrine était une localité pauvre. On était obligé de se battre, chaque jour, pour changer le cours de la vie. Il fallait un engagement pour renverser l’ordre préétabli. Les jeunes avaient besoin de stade, on s’est battu. On a organisé une marche en août 88 », rappelle-t-il. Les secousses intervenues au sein du Pds vers la fin des années 90 avec le départ de quelques responsables comme Ousmane Ngom ont poussé le longiligne administrateur civil à se rapprocher du Ps. Courtisé par le puissant premier secrétaire du Ps de l’époque, il quitte le parti de Me Wade et crée un mouvement de soutien à Ousmane Tanor Dieng. «Ousmane Tanor Dieng m’avait demandé de l’accompagner. C’est dans ce cadre que j’ai créé un mouvement dénommé Jeunesse sursaut. J’ai refusé de rejoindre le Parti libéral sénégalais (créé par Ousmane Ngom)», martèle M. Sow tout en précisant qu’il n’était pas un militant du Ps.  Son compagnonnage avec l’homme fort du Ps ne sera que de courte durée ; car avec l’arrivée du Pds au pouvoir en 2000, il retourne dans la maison du pape du Sopi. Modou Diagne Fada, responsable des jeunesses libérales de l’époque, l’avait convaincu de reprendre ses activités au sein du parti. « Avec quelques responsables, nous avons implanté le Pds à Kaffrine puisqu’il ne représentait pas 10% de l’électorat à l’époque dans cette partie. En 2007, nous avons été la première formation politique dans la région en termes de poids», renseigne celui que certains proches appellent affectueusement Laye Sow. Avant d’embrasser la carrière d’administrateur civil, Abdoulaye Sow a enseigné, pendant dix ans. Après son bac A3 obtenu en 1991 au Lycée technique Cheikh Ahmadou Bamba de Diourbel, il intègre la Faculté des sciences juridiques et politiques de l’Ucad. Mais pour des raisons familiales, en deuxième année, il décide de se lancer dans l’enseignement. Il réussit le concours de l’Ecole de formation des instituteurs (Efi) et fut affecté à Kolda pour la formation. Son parchemin en poche, il est envoyé dans le département de Kaffrine.

Engagement précoce
Par la suite, il est chargé de cours de Français au Cem Babacar Cobar Ndao de Kaffrine entre 1993 et 2002. Avec l’avènement de la première Alternance politique en 2000, il quitte les classes en 2002 pour devenir attaché de cabinet du ministre de la Jeunesse de l’époque, Aliou Sow. Après avoir fait le cycle B de l’Ena, M. Sow est affecté au ministère de l’Assainissement puis au département de la Jeunesse où il coordonne le projet «Asc jeunes». Malgré la chute de Me Wade en 2012, il a continué à défendre le parti jusqu’au jour où, avec des responsables comme Fada, ils ont réclamé la réorganisation du Pds. Se sentant marginalisé, il met ses activités en veilleuse dans la formation libérale avant de se décider à répondre favorablement aux appels du président Macky Sall. Après avoir consulté sa base et reçu son aval, il rejoint l’Apr à la veille du Référendum de mars dernier. D’ailleurs, le chouchou des Kaffrinois dit avoir largement contribué à la victoire du Oui dans le Ndoucoumane. Aujourd’hui, il n’a qu’une ambition : faire de l’Apr, la première formation politique dans la région. «J’ai reçu l’aval de ma base. C’est pourquoi, j’ai décidé de rejoindre l’Apr. Je compte travailler pour faire du parti, la première force politique dans la commune, le département», dit-il.

Abdoulaye Sow, c’est également un engagement dans le mouvement associatif et sportif local puis national. Il a été président de l’Orcav de Kaolack (jusqu’en 2008, Kaffrine faisait partie de cette région) et premier délégué de Kaffrine à l’Oncav. Avec des amis comme le pharmacien Moustapha Diop, il est parvenu à faire renaître l’Asc Kaffrine en la faisant progresser jusqu’en ligue 2. Premier président de la ligue de Kaffrine, membre du Comité exécutif de la Fédération sénégalaise de football, Abdoulaye Sow dirige actuellement la ligue de football amateur. Eloquent,  Abdoulaye Sow, un des vice-présidents de la Fsf,  dit avoir chopé le virus de la politique et ne pense pas arrêter un jour. «J’ai chopé le virus de la politique. Je suis un passionné. C’est pourquoi, j’ai évité soigneusement de faire administration territoriale à l’Ena.

La vie est une lutte permanente pour changer les conditions de vie des populations. Je ne pense pas arrêter un jour», précise-t-il non sans dire qu’il ne fait pas partie de ceux qui vivent de la politique. Abdoulaye Sow est retourné en 2013 à l’Ena après avoir été recalé en 2011. Sorti en 2015 comme administrateur civil, le Kaffrinois est, depuis, mis à la disposition de la présidence de la République. «C’est  un homme de défis, compétent, ouvert, très engagé pour la cause de son terroir, un amoureux du sport», confie Bourama Sadio, un professeur d’anglais qui chemine depuis 1994 avec ce monogame, père de trois enfants. « Abdoulaye Sow est généreux, il aime sa ville. Il ne pense que pour le développement de Kaffrine», renchérit El Hadji Ndiaye, le président des communicateurs traditionnels de Kaffrine. Très apprécié par la jeunesse, il est régulièrement sollicité pour parrainer des activités sportives et culturelles organisées dans son terroir.

Par Aliou KANDE

Last modified on mercredi, 25 mai 2016 13:08

Les autres s’attendrissent davantage sur son sort que lui n’en fait état. La fatalité pour Madiagne Fall, non-voyant plein de vie, n’est ni une prédestination, ni une fragilité qui inhibe et étouffe les esprits portés par leur seule volonté de conquérir leur dignité d’être humain. Sa vie en est une poignante illustration. Jeune élève, il s’est battu pour gagner le respect de ses camarades et de ses encadreurs. En France, pour poursuivre ses études, le Thiéssois s’est armé de courage pour que l’investissement de l’Etat du Sénégal sur sa personne ne soit vain. A la Direction de l’enseignement élémentaire du ministère de l’Education nationale depuis 2014, l’expert en administration s’échine à lui être utile.

Qu’il peut être insolite de se faire guider par un handicapé visuel déboulant un escalier ! Madiagne Fall est d’une exquise sensibilité. La longue canne qu’il trimbale languit d’oisiveté. Lui sert-elle juste, chaque matin, de « fidèle compagnon » de chemin pour se rendre au ministère de l’Education nationale où se trouve son bureau au premier étage d’un des bâtiments. C’est ici, éclairé par un esprit alerte et une détermination touchante, que le bonhomme ébauche ses projets, nourrit ses ambitions pour son pays et ensoleille une vie loin de la paralysante bulle embuée dans laquelle on confine les corps affligés par la nature.

Madiagne fait fi de son infortune pour ne pas être objet de compassion et d’exutoire pour des âmes en quête de repentance et de grâce. Cette foi viscérale en son étoile ne découle pas d’un orgueil –peut-être un tout petit peu- mais d’une intime conviction : « On n’est handicapé que par soi-même. Je ne ferai jamais partie d’une association de handicapés qui entonne l’hymne de la misère, de l’indignité ».

Expert en administration
A l’Institut national d’éducation et de formation des jeunes aveugles de Thiès où il a fait ses premières « humanités », le jeune garçon montre déjà des aptitudes particulières qui lui ouvrent un horizon moins embrumé que celui-là des mains en quête de pitance quotidienne, de pitié. Il n’en demande pas plus au Cem Amadou Coly Diop. Ici, il est le seul handicapé visuel grâce à la méthode braille. « Le petit chouchou » du collège y fait bonne impression grâce à ses résultats scolaires. Il remporte le prix du concours de la langue française organisé par l’Association des enseignants de lettres et s’engage dans l’équipe de génie en herbe de son établissement. Mais le jeune homme aux savoureuses anecdotes ne se fait pas trop d’illusions. Il doit fournir plus d’efforts que ses camarades pour exister en tant qu’élève. Autrement, il serait le petit intrus dans le monde des « voyants » en attendant que la rue soit plus clémente.

Malgré les petites flatteries des « cancres » de la classe, principalement de quelques filles, pour s’attirer sa sympathie, Big Madj, comme elles se plaisaient à l’appeler, se concentre sur ses études. « J’avais peur d’échouer et de rester toute ma vie à invoquer la fatalité. Aujourd’hui, j’aurai certainement été un peu plus attentionné », raille-t-il,  la paume de sa main « flânant » sur un visage gai. Au Lycée Malick Sy de Thiès où les adolescentes ont été moins pressantes, le potache s’ouvre les portes de la France après l’obtention de son baccalauréat en 2005.

Il s’inscrit à l’Université Aix-Marseille et en sort avec un diplôme d'études universitaires générales, option administration juridique. Malgré le dépaysement, il obtient sa licence en administration économique à l’Université de Nancy. C’est à celle de Saint-Etienne qu’il décroche une maîtrise en économie et management et un master en administration et entreprises avec la mention bien. « C’est le plus beau jour de ma vie. Ils n’étaient pas nombreux ceux qui y croyaient », se souvient-il, heureux d’avoir étouffé quelques voix sceptiques.

En France, Madiagne ravive sa foi pour faire honneur à son vieux père, un religieux, et une mère très soucieuse de l’éducation de son fils et anxieuse à l’idée de le voir aller sous d’autres cieux poursuivre son rêve : exister en tant qu’être humain simplement. Il se lie d’amitié avec la communauté maghrébine qui « respecte la personne en fonction des valeurs qu’elle véhicule ». Bien que s’y plaisant, Madiagne, contrairement à d’autres camarades, décide de rentrer au Sénégal « pour, dit-il, servir mon pays et montrer une image plus reluisante de la personne handicapée ». En 2014, il est recruté à la Direction de l’enseignement élémentaire du ministère de l’Education nationale. Sa qualité d’expert en administration des systèmes de l’éducation et de la formation, des structures d’éducation pour déficients visuels et des instituts pour personnes handicapées lui confère « la légitimité de faire des propositions et de participer au débat », indique-t-il.

Un homme frustré
L’expérience accumulée à travers des voyages professionnels et interuniversitaires effectués au Canada, en Tunisie, en Suisse, au Maroc…, l’homme veut la mettre au service de l’Etat qui a financé ses études. « Hélas, je suis confiné dans un bureau comme un objet de vitrine pour peut-être servir d’emblème à l’éducation inclusive tant louée. J’utilise mes propres moyens pour trouver des informations me permettant de produire des documents dans le domaine de l’éducation ordinaire, inclusive et spéciale ». Madiagne ne quémande pas une place au soleil, ni ne convoite les honneurs. Exige-t-il juste la même considération dont jouissent ses collègues pour que l’équité professionnelle ne soit pas seulement une douce ritournelle pour enjoliver les discours. « Depuis deux ans, je ne participe à aucun projet intéressant en dehors du Cerpe en éducation inclusive. Alors que je pourrai être utile dans le Programme d’amélioration de l’apprentissage des mathématiques dans l’élémentaire par exemple », s’offusque-t-il. Le non-voyant ne tire aucune fierté à toucher sa paye sans la conscience d’avoir servi la communauté.

Pour ne pas plonger dans la mélancolie, le bonhomme, la trentaine dépassée, s’échine à produire des documents dont le plus récent porte cet intitulé : « Plan de promotion de l’éducation inclusive au Sénégal, 2016-2025 ». Il est articulé autour du Programme d’amélioration de la qualité, de l’équité et de la transparence (Paquet). Madiagne bouillonne d’idées et d’initiatives mais il a besoin « d’être outillé pour tirer parti de son expertise car il est au fait de l’évolution des problématiques de l’éducation », témoigne un de ses collègues. Si ce témoignage éloquent ne dissipe pas son amertume, Big Maj peut se laisser choir dans les bras de sa brave et prévenante épouse en lui distillant certainement les notes d’Omar Pène et de Youssou Ndour dont il est féru.

Par Alassane Aliou MBAYE


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