grandair

Les Gens (87)

Fidèle à sa réputation d’explorateur, Femi Kuti et son groupe, le Positive Force poussent « la recherche de l’afrobeat un peu plus loin ». Le saxophoniste joue également de la trompette. « À peine, même si c’est le premier instrument que mon père m’a mis entre les mains quand j’avais 8 ans », raconte-t-il. Un jour, il a arrêté d’en jouer et me l’a donnée. Je ne savais pas comment ça marchait, alors je l’ai mise sous mon lit et je n’y ai plus jamais touché. S’il avait joué de la trompette, j’aurais fait de la trompette. Mais il a choisi le saxophone et m’en a offert un à 16 ans. Alors, j’ai suivi ses pas».


Femi Kuti s’est petit à petit, fait un nom, en franchissant des frontières, notamment depuis le succès du morceau « Beng Beng Beng », mais dit attendre à chaque sortie d’album le tournant. Ce n’est pas toujours évident d’avoir un père comme le sien. » Forcément. Le référent en impose respect et notoriété. Fela Anikulapo Kuti, le génial et subversif inventeur de l’alchimie afrobeat.

Une vie exubérante dans les bas-fonds de Lagos des années 1970. Une vie de combat contre les affres des dictatures militaires. Bref, une icône dont on s’affranchit difficilement. Malgré le décès du maître, en 1997, et la pointe d’amertume qui va avec. « Il ne m’a pas parlé pendant six ans. Je suis toujours en colère contre lui pour certaines choses, mais mon enfance était stimulante, je n’ai aucun regret. » Pas un seul ? «Si, ne pas être allé à l’école, concède-t-il. Fela estimait que c’était un acte colonial. Il disait : « Je n’y suis pas allé et j’ai réussi. Difficile de s’opposer à lui. Il n’empêche.

Femi Kuti s’est quand même démarqué du paternel dans son style de vie « sans drogue, ni alcool ». Pour le reste, côté musique et engagement, il est bien l’héritier du « Black President ». Et il n’est pas le seul. Seun, le petit dernier, a emboîté le pas. «Vous savez, quand je vois notre pays, la pauvreté, la corruption, les coupures d’électricité en permanence… Le Nigeria, un riche pays producteur de pétrole ? On devrait avoir honte. Qu’est-ce qui cloche chez nous ? Pourquoi nos dirigeants sont-ils si mauvais ? Le problème, c’est qu’ils ne sont pas les seuls responsables. Les Nigérians aussi feraient n’importe quoi pour de l’argent». Le combat continue.

Par Oumar BA

Fine, légère et élancée, Hapsatou Sy n’en est pas moins un poids lourd dans son domaine. Battante et meneuse depuis son plus jeune âge, elle s’est lancée dans l’ouverture de salons de beauté, Ethnicia (rebaptisés aujourd’hui Hapsatou Sy). Elle n’avait alors que 24 ans. Depuis l’ouverture de son premier salon sur l’île Saint-Louis à Paris, en juillet 2005, et le deuxième prix du concours de l’innovation commerciale en 2007, seize autres espaces de beauté ont été ouverts.

Petite déjà, la gamine, native de Sèvres et qui a passé son enfance à Chaville (Hauts-de-Seine), gérait sa «petite entreprise familiale». «Dans l’immeuble où je vivais, il y avait une maison de retraite. J’allais rendre visite aux personnes âgées, je leur faisais des courses..., raconte-t-elle. J’étais une des gamines les plus riches de mon quartier! Du coup, je pouvais acheter les fournitures scolaires de toute la fratrie! » L’aînée de cette famille de quatre filles et quatre garçons a toujours joué « un rôle de leader».

Son père a quitté son village d’Orkadiéré (nord du Sénégal) pour «conquérir la France et faire en sorte que la famille ait un avenir meilleur ». Hapsatou, elle, s’apprête pour la première fois à se lancer sur le marché africain, avec l’ouverture, d’ici à la fin de l’année, d’une franchise à Luanda, la première sur le continent. Pour elle qui n’a découvert le Sénégal qu’à 18 ans, c’est le territoire de demain, celui des opportunités : « les Africains ont envie de consommer, d’exister », lance-t-elle.

À 31 ans, Hapsatou Sy débarque sur D8, la nouvelle chaîne gratuite du groupe Canal+, dans l’émission «Le Grand 8 » confiée à Laurence Ferrari, ancienne présentatrice vedette de TF1. Pour cette quotidienne de commentaires de l’actualité sous toutes ses coutures, où l’humour et l’engagement donnent le ton, elle rejoint des personnalités diverses au fort tempérament. «Je ne viens pas du monde de la télévision, donc je n’avais pas la prétention de venir me présenter. C’est l’équipe de Laurence Ferrari qui est venue me chercher», précise Hapsatou. Un goût de l’effort légué par ses parents. «Ma mère m’inspire, c’est une femme de décision. Elle a fait en sorte qu’on ne manque jamais de rien et, bien que j’aie grandi dans un milieu modeste, j’estime que je fais partie d’une des familles les plus riches de France!»

La jeune entrepreneuse, qui a posé le pied sur le continent africain en 1999, avait «l’impression de rentrer chez elle». Elle se dit «hallucinée de la vitesse à laquelle l’Afrique bouge». Pas question de négliger cette culture, au contraire. «Le Sénégal est mon pays, au même titre que la France», s’enorgueillit-elle, expliquant qu’elle «porte le pagne à la maison», «parle peul couramment », a même pris des cours et envisage de transmettre cet héritage à sa future progéniture. Un événement de plus, s’il en fallait encore, pour alimenter la devise d’Hapsatou Sy : «Vive l’Afrique! Croyons en nous!»

Par Oumar BA

Le poids de l’âge ne l’empêche point de s’adonner à sa passion. Passi pousse la chansonnette comme s’il avait encore dix-sept piges. Dans la lignée de l’aventure du collectif Bisso Na Bisso, il est impulsé au-devant de la scène en 1998, avec l’opus-carton « Racines, historique », venant de jeunes Mc issus de l’immigration. Celui qui est désormais considéré comme l’un des pères fondateurs du rap français, à l’instar de Ntm, Iam ou Mc Solaar, continue de mordre et de dénoncer «l’ambiguïté des médias, le néocolonialisme français en Afrique, l’inertie des politiques ». Normal, il n’a jamais cessé de le dire: «le rap n’est pas une musique de jeunes, c’est un mouvement, une culture à part entière».

L’homme grandit à Sarcelles, en banlieue parisienne. «Je me suis longtemps battu pour savoir qui j’étais. Je le sais maintenant : je suis un métis culturel, un franco-congolais. Mais il y a beaucoup de jeunes qui sont d’autant plus paumés que la France refuse de les intégrer», note-t-il. Passi se souvient de ses jours tranquilles d’enfance passée au Congo-Brazza, sa jeunesse de B-Boy à Sarcelles avec sa famille émigrée à partir de 1979. «À 15 ans, j’avais déjà un de ces appétits ! Les limitations de la cité stimulent ton imagination: faire des voyages, grimper dans l’échelle sociale, décrocher des diplômes ». Avec un père qui inspirait le respect et une mère enseignante, qui n’hésitait pas à les punir, Passi a reçu une éducation stricte.

Il comprend vite que l’argent était le nerf de la guerre. A 17 ans, il fonde alors une association, A.m.e.r. (Action, musique et rap), ce qui lui permettait d’obtenir des locaux de répétition. «On savait que le hip-hop était la seule culture qui disait la vérité», note-t-il. L’auteur de « Je zappe et je mate » publie parallèlement un livre, écrit à quatre mains, avec son frère Steeve. Au lieu d’opter pour une autobiographie, il a choisi de publier certains de ses textes de chanson qui prennent une tout autre force « dépouillés » de leur background musical. «Je suis sentimental, mais je le cache par pudeur. Mon éducation africaine probablement… Chez nous, on ne dit pas je t’aime, on le montre».

A ses yeux, l’exclusion sociale et économique dans les cités de banlieue, ne diminue pas, bien au contraire ! « Je dis donc qu’il ne faut pas laisser au Front national le monopole du drapeau tricolore et de La Marseillaise », alerte-t-il.

Par Oumar BA

Rokhaya Diallo est issue d’une famille sénégalaise immigrée en France dans les années 1970. Cette fille d’un mécanicien et d’un professeur de couture, née à Paris en 1978, a grandi à La Courneuve. Après son bac en 1996, elle décroche brillamment une maîtrise de droit international et européen puis un master en marketing et distribution dans l’industrie audiovisuelle, avant de travailler pendant huit ans dans la conception de programme jeunesse pour le petit écran. Elle est devenue journaliste, chroniqueuse à RTL, réalisatrice et écrivain.

Rokhaya Diallo se dit avant tout européenne et française dans une France qui n’est pas exclusivement composée de gens à la peau blanche ! « J’ai pourtant des reproches à faire à mon pays : il ne tient pas ses promesses de liberté, d’égalité et de fraternité envers tous ses enfants », note-t-elle. Je crois qu’il ne se console pas de sa puissance économique perdue, qu’il a une immense nostalgie de son empire colonial disparu, qu’il a peur de ces gens venus d’ailleurs, ajoute-t-elle.

Ses interventions font désormais polémiques. Elle passe pour la porte-parole d’une gauche new génération, constituée en partie de ces enfants d’immigrés exigeants envers la « mère patrie ». Son rêve voir enfin une nation véritablement « black-blanc-beur ». Telle cette bande de copines aux origines et religions diverses qu’elle a imaginée pour sa première BD, Pari(s) d’amies (Delcourt). Son but : «déconstruire» les préjugés d’une certaine France. Son association est à l’initiative, des « Y’a Bon Awards », sorte d’Oscars annuels des « meilleures phrases racistes » prononcées par des personnalités publiques et décernés avec humour.

Quand survient la tuerie par des « jihadistes » d’une partie de l’équipe de Charlie Hebdo, les médias se font un plaisir de rappeler qu’un incendie criminel avait ravagé les locaux de ce même journal quatre ans plus tôt, et qu’à cette occasion Rokhaya avait signé l’appel « Pour la défense de la liberté d’expression, contre le soutien à Charlie Hebdo! ». Un appel qualifiant la démarche comme relevant d’« un anticléricalisme primaire doublé d’une obsession islamophobe». Mais Charlie Hebdo a toujours été une des rares publications en France à avoir combattu toutes les formes de racisme, de ségrégation sociale ? «Certes, tout n’est pas à jeter dans ce journal. Mais je n’aime pas chez eux ces attaques contre le physique comme, par exemple, ce dessin de Marine Le Pen poilue sur une de leurs couvertures », note-t-elle. Evoquant son appartenance raciale, elle note « la négritude, c’est juste une communauté d’expérience construite dans la douleur. Et ça, je le refuse »! Elle se dit cependant reconnaissante à ses parents de l’avoir donné un prénom sénégalais, de l’avoir légué cette trace de ses origines. «Mais ce que je veux avant tout, c’est choisir comment je me définis et ne pas obéir à ce déterminisme de la peau», ajoute-t-elle.

Par Oumar BA

Yaya Diallo, le médiateur

06 Jui 2016
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Certains qui ont l’art de rester dans l’ombre, tout en mettant les autres en lumière, finissent toujours par s’en lasser. Alors, le besoin de sortir de l’anonymat jaillit. Il semblerait que ce soit le cas pour Yaya Diallo. Il a passé son enfance à Vélingara, en Haute-Casamance. Il est cependant né en Mauritanie, à Atar, en 1963. Ce père de trois enfants, dont un champion de France de judo, Alpha Diallo, s’accorde une influence forte au Sénégal où il envisage de s’engager après avoir roulé sa bosse en France. Son pater fut combattant dans l’armée française. Un jour, il a préféré rentrer au pays pour « s’occuper de ses vaches ». Il est juste âgé de 19 ans quand il est animé par l’envie de s’aventurer en l’Occident. En effet, des amis chasseurs, toubabs venus flinguer la pintade au Sénégal, lui font savoir que s’il venait en France, il pourrait réussir. « Va pour l’ancienne métropole », lui auraient-ils suggéré. Des cousins l’ont alors accueilli, il était mu par une vraie volonté d’appartenir à la « communauté ». ,Yaya Diallo assure être membre du Parti socialiste français. Sur ses fonctions, il reste toutefois un peu confus. Il se présente par ailleurs comme « membre fondateur de Sos racisme ». Il raconte avoir été « mis à la fédération par Claude Bartolone, pour aider les camarades socialistes » et déroule diverses fonctions au sein du conseil fédéral du Ps (commission des adhésions, commission des conflits, relations internationales, comité Afrique). En d’autres termes, il se targue d’être le pont entre le Ps et les dirigeants africains. « Je veux que les socialistes prennent en compte l’existence de l’Afrique, et je veux créer des liens », explique-t-il.

Par Oumar BA

En six albums et une flopée de collaborations, le guitariste concilie les couleurs musicales de son Bénin natal avec les prouesses techniques du jazz. « Son talent m’a été révélé à l’occasion d’un concert qu’il a donné à 15 ans, dans un grand hôtel de Cotonou », se souvient son père, Basile, enseignant à la retraite. C’est d’ailleurs à son frère aîné, Alexis, que Lionel doit ses premiers cours de guitare. Convaincus que le jeune homme entretient des rapports fusionnels avec l’instrument, ses parents l’envoient dès ses 17 ans au National institute of art d’Abidjan. Verdict des professeurs : enfant prodigieux ! Après un passage par Paris, il reçoit une bourse pour étudier au Berkeley college of music de Boston, aux États-Unis. Depuis, les récompenses, les tournées et les séances d’enregistrement s’enchaînent pour l’un des meilleurs guitaristes de jazz au monde.

Par Oumar BA

Last modified on lundi, 06 juin 2016 15:39

Il y a chez Jacqueline Moudeïna, 58 ans, coordinatrice du collectif des avocats des victimes du régime de Hissein Habré, un sourire qui contraste avec une raideur fière, dans un corps douloureux. Ce corps a, en effet, été tour à tour victime d’une tentative d’assassinat à la grenade (2001), puis la tentative d’exfiltration (2008), au motif que son nom aurait été couché sur «une liste noire» du régime de Déby. Depuis 1998, Moudeïna s’est en quelque sorte soustraite à la vie, car le dossier Habré tire en longueur. Elle s’y est engagée pour ne jamais en sortir. Un dossier comme celui-là, c’est surtout une succession d’échecs et de désillusions.

Il y a chez Jacqueline l’orgueil de ne rien devoir à personne et de lutter contre la toute puissante attraction des pouvoirs, quels qu’ils soient. Cette indépendance d’esprit, lui viendrait de son père qu’elle n’a pas connu. Jacques Moudeïna est mort en 1957. Il était le premier médecin tchadien issu d’une grande famille protestante. Jacqueline est alors confiée à sa grand-mère maternelle, elle aussi protestante. Sa mère se remarie. Naîtront de cette union quatre demi-sœurs et frères.

Elle est scolarisée chez les sœurs de Koumra, une petite ville dans la région du Moyen-Chari, non loin de la frontière avec la République centrafricaine. C’est là qu’elle se signale par sa toute première «révolte» contre ce qu’elle considère comme une injustice. En effet, elle estime que la note donnée «à une fille de militaire français» est surévaluée.

L’institutrice, «une française», lui répond : «reste donc à ta place, petite Négresse». Jacqueline la gifle. Elle est exclue un mois : «En fait, j’ai continué d’assister aux cours, mais par la fenêtre de la classe, et tout en répondant aux questions de l’institutrice que j’avais giflée. Une sœur, que j’aimais beaucoup, m’a dit : « Tu es une révoltée, une enfant devenue adulte un peu trop tôt. Va, retourne en classe ». Puis ce sera, à l’adolescence, le lycée Félix-Eboué de N’Djamena «seule fille parmi 32 garçons, j’ai dû montrer que j’étais plus intelligente et plus bosseuse qu’eux», souligne-t-elle dans Libération.

En 1978, son dossier pour rentrer à l’école d’interprétariat de Bordeaux est prêt. Mais, il se perd. Elle rentre alors en fac d’anglais à N’Djamena par défaut. Se marie la même année avec un journaliste tchadien. Ce dernier réalise une interview de Habré, pressenti pour être Premier ministre. Qui lui dit en le quittant : «Tenez, vous offrirez cette caisse de mangues à votre épouse». Elle : «Comment aurais-je pu un seul instant imaginer que cet homme allait occuper dix-sept ans de ma vie ?».

Divorce, exil à Brazzaville, au Congo, en 1982, au moment où Habré prend le pouvoir. Un oncle avocat lui suggère «de faire son droit» au Congo. Elle mène ses études sur place, qu’elle finance en occupant «un poste de vendeuse en pharmacie». Premier stage en 1995 et elle s’inscrit au barreau trois ans plus tard.

Par Oumar BA

Avec une fortune estimée à 10,1 milliards de dollars (7,7 milliards d’euros), Aliko Dangote est l’homme le plus riche d’Afrique. Inconnu du grand public, le Nigérian a construit un empire industriel dans son pays.

A 54 ans, Aliko Dangote est membre du cercle très fermé des milliardaires africains. En 30 ans de carrière, le businessman a développé un groupe qui, aujourd'hui, traverse les frontières. Retour sur le parcours de cet homme discret.

Un jeune entrepreneur ambitieux
Issu d’une famille commerçante de Kano, dans le nord du Nigeria, Aliko Dangote se lance dans les affaires dès l’âge de 20 ans, en 1977. Son oncle lui octroie un prêt de 500.000 naira (2.300 euros) et lui achète trois camions de 10 tonnes pour vendre du ciment.

Rapidement, les affaires sont fructueuses pour le jeune Nigérian. A la fin des années 70, le ciment coûte extrêmement cher. La matière étant rare, les clients paient plusieurs mois à l’avance. Ainsi, un camion de ciment peut rapporter 1.400 nairas par jour (6 euros par jour). Dangote n’a donc aucun problème à rembourser son prêt.

Fort de son succès, le jeune homme d’affaires décide de se diversifier. A l’étroit dans sa ville de Kano, il se lance à la conquête de la capitale de l’époque, Lagos. En mai 1981, le Dangote group est créé. Le ciment demeure l’unique activité de la compagnie. Le 31 décembre 1983, les militaires arrivent au pouvoir par un coup d’Etat. Accusés de corruption, nombre d’hommes d’affaires de la capitale sont arrêtés par le régime autoritaire. Dangote profite de la situation pour investir les marchés laissés vacants par les entrepreneurs emprisonnés. Le jeune Nigérian étend ses activités au secteur alimentaire (sucre, riz…). Curieux et soucieux de développer ses affaires, Dangote effectue un voyage au Brésil, en 1999:
« Je pensais que le Brésil et le Nigeria se situaient à peu près au même niveau, parce qu’à cette époque on entendait dire que le Brésil était une nation très endettée. Mais quand j’y suis allé, j’ai découvert une industrialisation massive. Incroyable. J’ai commencé à réfléchir en me disant ‘comment se fait-il qu’il y ait un tel développement de l’industrie au Brésil et pas au Nigeria. A mon retour, j’ai décidé de me lancer dans l’industrie.’»

Ce séjour s’avère décisif pour l’avenir de la société qui va changer de stratégie à la fin des années 90. Dangote Group, compagnie commerciale, va devenir un géant de l’industrie.

De retour au Nigeria, le groupe Dangote prend une nouvelle dimension. Le Pdg construit une raffinerie de sucre. Dangote décide également de construire des minoteries et une usine de pâtes. Aujourd’hui, Dangote Sugar Refinery est le plus grand fournisseur de sucre pour les compagnies de soda, les brasseries et les confiseurs au Nigeria. Devenu un conglomérat, le groupe compte 13 sociétés implantées dans divers secteurs, du textile au transport en passant par le gaz. Le Nigérian n’en a pas pour autant délaissé le secteur du ciment. En 2000, le gouvernement vend à la compagnie la Benue Cement Company Plc et trois ans plus tard, la Obajana Cement Plant, la plus grande usine de ciment d’Afrique subsaharienne est rachetée par le groupe. En 2007, deux de ses treize sociétés sont cotées à la Nigerian stock exchange (Nse), la bourse nigériane. La valeur des parts de sa société Dangote Cemente est évaluée à 10 milliards de dollars (7,7 milliards d'euros), c'est la plus grosse capitalisation boursière de la Nse.

Le groupe Dangote est dorénavant implanté dans plusieurs pays d’Afrique subsaharienne avec des usines en Zambie, au Sénégal, en Tanzanie et en Afrique du Sud. Et le Nigérian de Kano ne compte pas s’arrêter là. Dangote a obtenu, en août 2011, l’accord de la Banque centrale du Nigeria pour investir 4 milliards de dollars (3 milliards d’euros) dans la construction d'installations en Côte d’Ivoire consacrées à ses activités dans le ciment. Au Cameroun, les travaux d’une usine de ciment à 115 millions de dollars (88 millions d’euros) ont été entamés. Le milliardaire se sert également de sa fortune pour faire des dons.                                       Un donateur controversé.

Capitaine d’industrie
Aliko Dangote est réputé pour sa philanthropie, ce dernier a donné des millions de dollars en faveur de la santé et de l’éducation. En revanche, le soutien financier qu’il a apporté au People’s Democratic Party, formation politique au pouvoir depuis 1999, a fait polémique. The Economist rappelle que ses détracteurs n'hésitent pas à critiquer cette collusion douteuse. Lors de la présidentielle de 2003, l’homme d’affaires finance la campagne du président sortant, Olusegun Obasanjo. Dangote donne 200 millions de naira (945.550 euros) pour le projet de librairie présidentielle et 50 millions de naira (236.390 euros) à la mosquée nationale. Quatre ans plus tard, les rapports ambigus que Dangote entretient avec le pouvoir présidentiel sont, une nouvelle fois, sujets à controverse. En 2007, le groupe achète à l’Etat la raffinerie de Port-Harcourt, située dans le sud du pays.

Dix jours après cette acquisition, le 28 mai 2007, dernier jour de son mandat, Olusegun Obasanjo vend 51% des parts de la Kaduna Refining and Petrochemical Company, une autre raffinerie, à Bluestar Oil Services, consortium mené par l’homme d’affaires nigérian, pour 160 millions de dollars (123 millions d’euros). L’acquisition de deux des quatre raffineries d’Etat par le groupe Dangote est sévèrement condamnée. A tel point qu’une grève générale va paralyser le pays. Deux des principaux syndicats du pays, la Nigeria labor congress (la Nlc représente les ouvriers) et la Trade union congress (la Tuc défend les intérêts des cadres), exigent notamment l’annulation des ventes qu'ils qualifient de bradage. Au bout de quatre jours, ils obtiennent gain de cause.

Toutes ces affaires n’ont pas freiné l’ascension de Dangote. En mai 2010, son nom est évoqué pour entrer dans le capital d’Arsenal à hauteur de 16%. Le Nigérian est un grand fan du club anglais de football qui compte parmi les plus prestigieuses équipes européennes. Le principal intéressé a très vite démenti ces rumeurs. Le 14 novembre 2011, Aliko Dankote est fait Grand Commandeur de l’Ordre national du Nigeria par le président Goodluck Jonathan. Aujourd’hui, ce dernier compte développer ses activités dans le pétrole et le gaz sur les quatre prochaines années. Il souhaite investir 10 milliards de dollars (7,7 milliards d’euros) dans ce secteur. Aliko Dangote ne devrait pas disparaître de sitôt du classement des Africains les plus riches.

Par Sidy DIOP

Carlou D, de son vrai nom Ibrahima Loucard, est né le 13 décembre 1979 à Dakar. Il  est artiste musicien, rappeur, compositeur et guitariste.  

Doté d’une voix agréable, Carlou D est l'une des références de sa génération.  Né en 1979 à Dakar, Ibrahima Loucard se consacre,  dès 1995, à la musique. Parallèlement, il développe une passion pour la danse. Avec le groupe Navajo, Carlou D décroche le prix de la meilleure chorégraphie dans l’émission la plus suivie de l’époque : « Oscar des vacances ». Nous sommes  en 2002. Puis, c'est la rencontre avec Ass Malick et Seydiman,  avec lesquels il forme le groupe « Ska Blue ». Ibrahima Loucard  a passé son enfance dans les villes de l'intérieur du pays entre Kaolack, Diourbel, Mbour et Thiès. Mais parmi celles-ci, c'est particulièrement Kaolack, Mbour et le fin fond du Saloum, plus précisément à Kaffrine, qu'il  pratique l'école de la vie. En 2001, il fait un featuring avec Daby dans l'opus « Mbêguel dou trahison ». Le tube cartonne et le révèle au grand public. Carlou D gagne en aura et en estime  auprès des mélomanes et artistes.  La même année, il  intègre  le célèbre et mythique groupe de rap Positive Black soul (Pbs). De 2001 à 2004, il y joue comme danseur avec Baye Souley et rappeur au sein de Pbs radikal.  En 2003, Carlou D intègre le groupe Pbs et devient un des artistes les plus en vues du mouvement hip hop sénégalais. C'est ainsi qu'il sort « Séédé », son premier album solo, en 2004.  

     
La même année, Carlou D est nominé « Révélation » de l’année. Deux  ans plus tard, avec Sory Kandia Kouyaté, Kémokho Kondé, Ablaye Diabaté (Mali) et Fatoumata Diawara, sa candidature est acceptée à l'Opéra du Sahel. En 2009, Carlou D revient au-devant de la scène et gagne le prix de « Meilleur artiste et Album de variété de l'année » de Sunu music awards.  Il faut attendre 6 ans pour que le musicien sorte son deuxième opus, « Musikr », à la rentrée 2010.        

Carlou D compte, à son actif, une participation à plusieurs festivals de renommée internationale : le festival « Womex » à Copenhague, en 2010, celui du Bénin la même année, la participation, en 2013, lors de la remise du prix Polar Music à Youssou Ndour. 

L’artiste est à l'aise dans tous les registres musicaux. La musique constitue, pour lui, un véritable langage universel.     

Par Oumar BA 

Last modified on vendredi, 27 mai 2016 16:00

Omar Diawara

25 Mai 2016
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Malgré la soixantaine bien sonnée, toujours tiré à quatre épingles, le verbe lent et un ton rassurant, Omar est surnommé « le Sénateur » par son ami Pape Ndiaye, le couturier. On peut y ajouter « du Paris by night » tellement la vie et le personnage d’Omar sont intrinsèquement liés aux mondanités parisiennes. Depuis 43 ans, il y officie au plus haut niveau. Jusqu’aujourd’hui où il tient les manettes de « Albarino », un salon- bar- restaurant de spécialités afro-latines à…, tenez-vous bien, la rue Lekain, dans le 16e arrondissement de Paris. Ce doit être probablement le seul coin « black » de ce quartier de la haute bourgeoisie française.

Auparavant, Omar aura fait ses classes au Plaza Athénée, le célèbre palace de l’avenue Montaigne, dans le « triangle d’or de Paris ». Un job décroché deux semaines seulement après son arrivée en France en 1963. Pour un autodidacte, il y apprit très vite les bonnes manières, le goût du luxe et l’art du savoir- vivre et du savoir-être à la française. Au point d’être considéré comme faisant partie des piliers du Tout-Paris des affaires et de la politique. Du parti gaulliste en particulier. Ainsi, il est très proche de Charles Pasqua dont il considère le bureau « comme (son) salon ». Tout comme il connaît bien les Chirac, Juppé, Tibéri, Dominique Baudis et autres… Il est « à tu et à toi » avec des stars comme Guillaume Durand, Michel Durrey, le Monsieur tennis de Roland Garros, Alain Delon, Jean- Paul Belmondo, le footballeur Karembeu et son épouse Adriana, les fils Mitterand (Jean-Claude), de Tibéri et de Balladur. Un de ses proches dit que « Omar a un carnet d’adresses qui vaut des milliards ». Un entregent qu’il a tissé tout au long d’un parcours pour le moins « extraordinaire ». Après douze ans de Plaza Athénée, cap sur « Keur Samba » qui a été, pendant longtemps, le rendez- vous mondain de l’Afrique- sur-Seine. Le carrefour obligé des ambassadeurs et autres ministres africains de passage à Paris. C’est là où il a connu les Pierre Goudiaby Atépa, Diagna Ndiaye qualifié « d’ami intime ». Il lui a présenté Karim Wade au Plaza Athénée où Omar est toujours bien reçu et considéré comme un pilier de la maison. Ensuite, ce fut la direction du « Rubis », qui a eu également son heure de gloire.

Selon Monsieur Omar, « c’était un lieu privilégié de rencontre entre des personnalités de la Gauche et de la Droite françaises ».

Le plus remarquable, c’est qu’Omar, un Sarakholé originaire de la région de Matam, reste « authentiquement africain ». Avec des enfants éduqués suivant les préceptes de l’Islam. Ils ont appris le Coran, ne ratent aucune prière et viennent passer leurs vacances au Fouta. Soit une vraie gageure pour un homme de la trempe d’Omar. C’est parce que lui-même donne le bon exemple. La preuve, il a emmené six de ses parents à La Mecque. Avant d’y aller, avec son épouse, comme « invités du Roi ». « A mon arrivée, raconte-t-il, j’ai trouvé un garde du corps d’un prince et fils du Roi, un ami, venu me chercher à l’aéroport dans une Rolls Royce. » Comme quoi, Omar est un Vip. Même en Arabie Saoudite...

Par Oumar BA

Last modified on mercredi, 25 mai 2016 13:01

A la tête du groupe CCBM (Comptoir commercial Bara Mboup), référence sénégalaise en matière de commerce, Serigne Mboup est un personnage atypique du monde des affaires. Cet homme d’affaires est un « Ndongo daara » qui n’a pas été à l’école française. Sa formation professionnelle en matière de pratique entrepreneuriale et de gestion d’entreprise s’est exclusivement déroulée auprès de son père Bara Mboup qui fut un grand opérateur économique au sein de l’entreprise familiale qu’il a fondée depuis les années 1960.

A la tête du CCBM, référence en matière de commerce et d’industrie composée de dix filiales, Serigne Mboup est un homme d’affaires qui touche à tout. Président de la chambre de commerce et d’industrie et d’agriculture de Kaolack (CCIAK), président de l’union nationale des Chambres de commerce du Sénégal depuis main 2015, ce friand patron veut se mesurer aux candidats pour le fauteuil de la CCIA de Dakar. Des ambitions qui lui valent de nouveaux adversaires politiques.

Pour reprendre le magazine Jeune Afrique, il est également le chantre controversé du secteur sénégalais. Son comptoir commercial a été au milieu d’une affaire de falsification de spécifications techniques portant sur 97 véhicules destinés au ministère sénégalais de l’Education. Une autre mésaventure en 2014 de cette entreprise a tourné autour de l’attribution des marchés publics.

En effet, en partenariat avec des multinationales comme Samsung ou Volkswagen ou avec l’État sénégalais, la stratégie du Groupe a toujours été de mettre à la disposition de ses clients des produits de consommation aux prix les plus compétitifs.

Son crédo, la préférence nationale
Pour lui, le secteur privé national d’un pays sous-développé comme le Sénégal doit être protégé, soutenu et promu sans complexe par l’État. Car il est capable de créer suffisamment de richesse et d’emplois pour les Sénégalais. Ainsi, l’homme d’affaires préconise l’aménagement des mécanismes législatifs de partenariat entre le privé national et le privé étranger.

Née à partir d’un petit commerce en 1960, cette entreprise est, à l’origine, spécialisée dans l’importation de produits essentiellement alimentaires. Avec un flair aigu des affaires, le Saloum-Saloum (ressortissants de la région de Kaolack, sa ville natale) en a fait un holding très diversifié. CCBM est aujourd’hui présent dans des activités aussi variées que la distribution de produits alimentaires, l’automobile, l’immobilier, les centres commerciaux, l’électroménager, le transport, la microfinance, l’agriculture.

Mboup fils a investi également dans le secteur des médias. Le président fondateur du groupe CCBM holding et patron du groupe « Univers médias » présent dans le paysage médiatique depuis plus d’une décennie, est l’actuel propriétaire du groupe de presse « Siweul » qui détient deux fréquences radios, un quotidien et un site internet. Ainsi, il est le patron d’une agence de Communication, « Le point » et la radio Koum-koum sans oublier la télévision et la radio régionale du Sine saloum TVS qui émettent depuis juillet 2014.

(Source Magazine Jeune Afrique, les sites spécialisés et Léral.net).
Par Marame Coumba Seck

Elie Yaffa  dit Booba est né en 1976, à Sèvres. Son père est d’origine sénégalaise.  Il grandit à Meudon-la-Forêt et passe une partie de son enfance à Boulogne-Billancourt. Après le divorce de ses parents, vers 10 ans, il s’installe avec sa mère à Cagnes-sur-Mer.  L’été, il va au camping à la Colle-sur-Loup. «On prenait la voiture, pas l’avion, on n’allait pas à Chamonix dans les hôtels de luxe, et voilà.» C’était une «vie de base» : «On travaille, on prend notre salaire et avec ça on se démerde, on gratte les aides, tout ça quoi», confie t-il aux journalistes du quotidien français  Libération. Mentionner son nom fait souvent fuir le vis-à-vis, d'abord les filles effrayées par sa vulgarité, puis les  allergiques au hip hop, les bien-pensants qui méprisent son arrogance et ceux pour  qui le rap est mort, depuis longtemps.  Avec le sourire, il  apprécie  déplaire au plus grand nombre. Et pourtant,  depuis dix ans, le rappeur de Boulogne vend chaque album à une ou plusieurs centaines de milliers d'exemplaires,  à une époque où le disque d'or ne récompense plus que 50.000 galettes écoulées. Qu'on l'aime ou pas, Booba  s’impose.

Sa mère est blanche, elle travaille sur les bateaux. Elle est secrétaire. Le père est noir, il existe de loin en loin, c’est le monde de la nuit, on raconte qu’il a été mannequin, qu’il a fait de la musique, des percussions.  La  première est toujours présente, le second vit au Sénégal,  son pays d’origine.

Booba  est allé pour la première fois à Dakar à 10 ans, visiter l’île de Gorée. Il est rentre  du Sénégal avec un pseudo, diminutif du nom d’un cousin de là-bas, Boubacar. Au collège, c’est l’élève du fond, celui qui dort près du radiateur. Il n’écrit pas encore, sinon les rédactions imposées. «En français, j’étais pas très bon. Des fois je croyais que j’étais bon, mais non. Des fois tu crois que t’es bon et en fait t’as un onze», dit-il dans Libération.

Booba  découvre   les Etats-Unis à 14 ans, à l’occasion d’un séjour linguistique prolongé en année d’échanges dans une famille à Detroit. Le rêve est resté américain. S’il fait référence à Aimé Césaire, c’est qu’il sait que «c’est un bon». Son rapport à l’écriture, instinctif, immédiat, il l’a appris «en écoutant de la musique, en écoutant d’autres écrivains» - lapsus ? Il cite Bob Marley, Trenet, Renaud, Nas, Public Enemy, «des flashs, des univers, des ambiances». C’est ce qu’il cherche à créer, dans un français «pas du tout scolaire».

Entre chaque album, l'artiste publie en effet une mixtape officielle compilant  nouvelles versions et collaborations diverses. Soit une bonne occasion d'expliquer une fois pour toutes pourquoi Booba domine encore le rap,  mais surtout, reste  au royaume de la chanson française.

Par Oumar BA


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