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On a aimé... (1)

Au fil des ans, au détour de rencontres avec les griots dépositaires des traditions orales en Afrique de l'Ouest, Lilyan Kesteloot, arrachée à notre affection la semaine passée, a constitué, à partir de multiples enregistrements, une sonothèque précieuse, à la sauvegarde du patrimoine littéraire africain.

Lilyan Kesteloot fait partie de cette classe d’universitaires occidentaux qui ont élu domicile et vécu en Afrique. Toute son existence durant, elle a produit un travail à forte connotation africaine. Par concept, par choix et par destin, elle a migré sous nos cieux, pour ne plus les quitter. Seule cette vacuité abyssale que provoque la disparition physique a fini par prendre le dessus. Professeur Kesteloot a su montrer la modernité des textes des écrivains africains qui s’inspirent de leurs cultures d’origine. Son travail a essentiellement consisté à démontrer les capacités réelles des auteurs africains, illustrant, au passage, que la littérature occidentale n’est pas leur seule source d’inspiration. Spécialiste des littératures négro-africaines francophones, elle est décédée à Paris, mercredi. Elle était âgée de 87 ans. Professeur et critique littéraire, cette chercheuse belge née à Bruxelles en 1931 fait partie de cette génération pionnière qui s’est très tôt intéressée à la littérature francophone africaine. A force d’intérêt, elle a fini par en faire un objet d’étude. Cette approche a largement contribué à la reconnaissance de ses auteurs. C’est sa découverte en France dans les années 1950 du « Cahier d’un retour au pays natal » du Martiniquais Aimé Césaire qui a été le véritable point de départ, de son enthousiasme, pour les lettres africaines, soulignait-elle, en 2013, au site Rfi.fr Spécialiste du mouvement de la négritude, Kesteloot a côtoyé de très près ses principaux parodistes, dont Senghor et Césaire. Professeur à l'université Cheikh-Anta-Diop (Ucad), puis directrice de recherches à l'Institut fondamental d'Afrique noire (Ifan - fondé en 1936 par Théodore Monod), elle effectue des vas et viens des années durant, entre Dakar et Paris où elle est chargée de cours à l'université Paris Sorbonne (Paris IV). Elle est l’auteur d’une très riche biographie composée d’ouvrages de référence. En 1971, elle s'installe au Sénégal, sur invitation du président poète, Léopold Sédar Senghor, qui lui suggère d’aller à la Faculté des Lettres, où elle enseignera pendant une vingtaine d'années. Lilyan Kesteloot est mondialement reconnue pour ses travaux tournés sur Léopold Sédar Senghor et Aimé Césaire.

Une sonothèque de plus de 2000 enregistrements
Plus d’une fois, cette universitaire chevronnée a apporté sa contribution sur les écrits théoriques à travers notamment les épopées africaines. Une collaboration avait permis l’écriture du livre (Les Epopées d’Afrique noire, Karthala-Unesco, 1997, avec Bassirou Dieng). Elle s’est également illustrée à travers les traductions des aventures avec des récits initiatiques peuls en collaboration avec Amadou Hampâté Bâ (Kaïdara, Classiques africains, 1968). A l’Ifan où elle fut chargée d’assurer la collecte des traditions orales de l’ouest africain, elle prenait très au sérieux cette noble mission. Une approche de « cœur » doublée d’une expertise intellectuelle a produit un impressionnant résultat à travers les mécanismes du champ des contes, fables et légendes, mais aussi épopées et mythes. Un travail de récolte et d’enregistrements de textes oraux renforcé par une sonothèque regroupant plus de 2000 enregistrements. Ces enregistrements mettent les griots au devant de la scène. Ils démontrent leur véritable statut de vecteurs et gardiens de civilisation. Les amoureux de la littérature africaine doivent beaucoup à Lilyan Kesteloot. Elle a résolument su poser les premiers jalons démontrant combien ce champ littéraire est de qualité.

Oumar BA


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