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Incipit (1)

Saint-Louis la belle…

24 Mai 2018
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Même si elle est aujourd’hui malmenée, défigurée, agressée de mille et une manières, au point d’en être devenue méconnaissable, Saint-Louis, ma ville natale, reste chère à mon cœur. Sans oser affirmer qu’elle est « la plus belle ville du monde », elle est quand même ma Cythère et mon Eldorado. Et malgré l’état peu reluisant dans lequel elle se trouve actuellement, je suis certain qu’elle retrouvera son lustre d’antan. C’est pourquoi, dans le sillage de la Journée mondiale du patrimoine, je lui dédie ce poème.

Lorsqu’on l’aborde par le flanc

En longeant cet interminable ruban d’asphalte qui pénètre en elle

Comme une couleuvre se glissant dans la verdure d’un jardin

L’on est d’emblée frappé par cette singulière fraîcheur aux relents d’alizé

Qui fait aussi partie de sa légende

Puis au détour d’une très belle courbe                                                         

Qui n’est pas sans rappeler celle d’un arc tendu

Voici qu’apparaît, dans toute sa majestueuse splendeur,

L’île de Saint-Louis, pareille à un joyau dans son écrin…

Saint-Louis ! Saint-Louis la belle ! Saint-Louis la gracieuse !

Je ne peux ni ne veux point évoquer ton nom

Sans invoquer les muses aux yeux ensorceleurs               

Car te voir étendue de tout ton long sur le fleuve aux eaux d’émeraude

Où tu reposes parée de tes atours, radieuse,

Auréolée de lumière et d’un charme irrésistible

Fais naître en moi des élans de lyrisme

Et vibrer jusqu’au plus profond de mon être la plus sensible de ses fibres

Pendant qu’un esprit aérien chuchote à mon âme ravie ce vers inoubliable :

« Poète, prends ton luth et me donne un baiser… »

Saint-Louis ! Belle endormie dans tes voiles blancs

Née du mariage de la terre et des eaux du fleuve et de l’océan

Tes allures d’élégante et ta silhouette de naïade

Inspirèrent plus d’un adorateur des muses

Et lorsqu’il abordèrent pour la première fois tes rivages

Ces hommes venus de l’autre côté de la mer

Te baptisèrent du nom de leur plus illustre souverain

En hommage à ta beauté étincelante et noble…

Tel un joyau des tropiques, Saint-Louis, toujours tu fus à la croisée des chemins

Au carrefour de l’Histoire, des races et des cultures

Berceau d’un chatoyant métissage dont les Signares

Ces belles dames au charme incomparable

Furent le plus éloquent des symboles…

Écoutez les langoureuses chansons des fanals

Évoquant les fastes d’antan dans l’atmosphère feutrée du crépuscule

Et vous serez à jamais convaincus qu’autrefois

Des sirènes aux yeux ensorceleurs habitèrent en ces lieux !

Fermez un instant les yeux, et des souterrains du temps s’élèveront

L’odeur des parfums musqués du gongo et les accents rythmés du sabar,

Se mêlant aux airs légers de la valse et du tango,

Au tempo nostalgique du jazz revenant au bercail

Fermez encore les yeux et vous verrez la face mythique de Mame Coumba Bang

La déesse tutélaire du fleuve qui veille sur le sommeil de l’île de Ndar

Et dont nul ne sait si elle est une Circé noire

Ou une incarnation de la reine de Saba…

Saint-Louis du Sénégal, carrefour de l’Orient et de l’Occident

En toi se rencontrent la sagesse orientale et la vitalité nègre

Mais aussi ce sens de l’équilibre auquel invite le Bouddha

Et quand dans la paix du soir résonnent à l’unisson

Le doux tintement de l’angélus et l’harmonieuse modulation des muezzins

L’on ne peut que croire que tu es une vivante fleur de spiritualité…

On a beaucoup médit de toi, île tranquille et sereine,

Te comparant presque à l’antique catin des fleurs du mal

Parce qu’abandonnée, délaissée, livrée à la décrépitude

Tu n'as pas su résister à l’implacable usure du temps

Mais Saint-Louis, ton lit reste fécond

Et tu souris des quolibets et des sarcasmes

car tu sais que cette lumière qui t’habite est éternelle

Tu sais que, pareille au phénix, tu renaîtras de tes cendres

Et que tous les amoureux de l’art

Tous ceux qui vouent un culte à la beauté viendront à ton chevet

Boire à la source vivifiante de l’inspiration créatrice…

Louis CAMARA, le conteur d’Ifa 
Grand prix du président de la république pour les lettres.


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