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La religion du foot

24 Mai 2018
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Des filles voilées qui tapent sur un ballon. Des hommes enturbannés qui jouent à la baballe. Un public tout étonné qui se demande s’il ne s’est pas trompé de stade. Rassurez-vous, ce n’est pas de la science fiction, c’est l’avenir du foot. La Fifa, en effet, a autorisé le port du voile ou du turban lors des matches de foot. Dorénavant, on ne portera plus seulement les couleurs ou l’emblème de son club ou encore le logo de son sponsor. Non, c’est la préhistoire du football. Le soccer, comme l’appelle les Américains, entre en religion.

C’est à croire que les officiels de l'International football association board (Ifab), l'organe garant des lois du ballon rond, ont décidé de mettre plus de piquant dans un sport où, en dehors de CR7, de Messi et d’Ibrahimovic, il n’y a que des figurants qui peinent décidément à en assurer l’intérêt. Imaginons nos terrains de foot avec des joueurs en kippa, des ombres en burqa, des gardiens de but en soutane ou encore des arbitres qui arborent fièrement le shamtab des moines tibétains. Il ne manquerait qu’un public en Izâr (l’habit du pèlerin musulman) pour faire exploser les audiences des chaines de télévision sportives.

Par Sidy DIOP

Destruction massive

07 Mai 2018
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« Bonne nuit », « Parfum de minuit », « Dors bien », « Ndatt Teuy ». Des noms bien exotiques qui viennent s’ajouter à l’arsenal meurtrier des femmes qui ne reculent devant rien pour « tuer » leur mari. Le verbe « tuer » a été utilisé par Ngoné Ndiaye Guéwel, lors d’une émission dans une télévision de la place. Il faut dire qu’elle n’a pas froid aux yeux. En direct, sous les yeux médusés des caméras et des cadreurs qui se cachent derrière, la danseuse aux formes généreuses a exhibé petits pagnes, grosses perles et noms affriolants pour montrer de quel carburant elle se chauffe.

Sacré Ngoné ! La reine du popotin en vrille nous donne une indication précieuse sur le nombre de veuves en permanente croissance. Si après une dure journée de labeur, l’homme en est réduit à subir les assauts de ces guerrières en pagnes courtes et au regard assassin, il y a vraiment de quoi se blinder la carcasse. La dame, qui vient de convoler en troisièmes noces, est si persuasive qu’elle a fait fuir ses deux premiers maris. Il faut être franchement suicidaire pour se faire passer dessus par cette arme de destruction massive. Il y a des chemins plus simples pour se rendre au Paradis, pardi !

Par Sidy DIOP

Le coupable joint

03 Mai 2018
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Plusieurs études scientifiques suggèrent que le cannabis pourrait être responsable d'une schizophrénie chez certaines personnes prédisposées. C'est ainsi qu'une enquête suédoise, menée sur 50 000 conscrits pendant une période de 25 ans, souligne que le risque de schizophrénie est multiplié par deux chez les consommateurs occasionnels. Chez les fumeurs réguliers et/ou ayant commencé à fumer jeunes, ce risque augmente proportionnellement à l’âge et à la consommation. Le raisonnement est le suivant : le cannabis, en agissant sur les récepteurs du cerveau, trouble le traitement de l'information du fumeur. Or la schizophrénie repose sur l'incapacité du malade à traiter les informations de son environnement réel. Comme toute question liée au haschich, cette hypothèse, ni confirmée ni infirmée, est sujette à débat dans la communauté scientifique. C'est la vieille histoire de l'œuf et de la poule. Ainsi, selon une autre hypothèse, le haschich ne sert qu'à calmer les signes précurseurs de la maladie (angoisse, insomnie, etc.) qui existent déjà chez le patient. Il n'y aurait donc pas de causalité entre haschich et schizophrénie. Chez nous, nombre de personnes sont convaincus, sans s’appuyer sur la science, que le joint fait péter les plombs. Pas besoin de leur faire un dessin : la schizo est un trouble psychique, un parent si proche de la folie.

Par Sidy DIOP

Le sabre de l’argent

09 Avr 2018
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Une histoire. Dans un village du Sénégal, un père de famille jaloux et ronchon comme pas deux, misait beaucoup sur sa fille pour lisser les rugosités de son époque. Une fille d’une beauté rare qui nourrit les fantasmes les plus fous dans son entourage. Surveillée comme du lait sur le feu, elle finit cependant par tomber dans les filets d’un richissime commerçant. Et ce qui devait arriver… arriva. La belle tomba enceinte des œuvres subreptices d’un grand négociant du village. Le père en rogne jura d’avoir la peau de ce malotru qui a osé lui voler ses rêves. Sabre tranchant bien en évidence, le père passa au peigne fin le village pour débusquer le bourreau de sa fille.

Informé des intentions du papa de sa belle, le commerçant usa de tout son tact pour remettre la goupille dans la grenade. Il alla le trouver pour lui tenir ce langage :
Mon père, je sais que j’ai fauté en engrossant ta fille. Ce n’était guère mon intention, mais Dieu l’a voulu ainsi. Je prends l’engagement ici, devant tout le village, de l’épouser dès qu’elle aura accouché. Je t’enverrai à La Mecque, je t’offrirai une maison, une voiture et beaucoup d’argent. La seule condition que je pose, c’est que tu prennes bien soin d’elle pour qu’elle n’avorte pas. Si elle perd l’enfant qu’elle porte, ma proposition ne tient plus.

Le père écarquilla les yeux et visionna la belle vie qui s’annonçait pour lui. Il se racla la gorge et, d’une voix décidée lança au commerçant :
Mon fils, rassure toi, même si elle avorte, tu l’engrosseras à nouveau.

Par Sidy DIOP

Ils s’appelaient Idy Diène, Cheikh Tidiane Diol, Mame Mbaye Ndiaye, Ousseynou Mbaye. Ils vivaient respectivement à Florence (Italie), à Caxias do Sul (Brésil) et à Madrid (Espagne) pour les deux derniers cités. Ils ont tous subi le même sort que César, assassiné en mars. On tue les Sénégalais en mars. On les tue également les onze autres mois de l’année. Dans un passé pas si lointain, il y a eu des meurtres de Sénégalais en France, aux Etats-Unis, en Côte d’Ivoire, au Gabon, en Argentine ou encore au Maroc. Est longue la liste des pays où la tête du Sénégalais est une hure pour les chasseurs d’immigrés. Leurs hallalis jouissifs résonnent sauvagement d’ignominie, de barbarie, de manque de tolérance et d’humanité. Alors que – pour poursuivre de filer la métaphore animalière – les immigrés sont comme des pinsons, ces oiseaux migrateurs qui cherchent une meilleure vie en quittant les zones froides de la Scandinavie et de la Sibérie pour rejoindre les climats plus cléments de la mer Méditerranée. La migration est, en partie, la source de leur bonheur. En effet, les pinsons sont des oiseaux qui chantent à tel point qu’ils sont à l’origine d’une expression française : « Joyeux comme un pinson ». Survivre n’est pas un délit. Autant pour les oiseaux que pour les humains.

• Par Moussa DIOP

En 2007, Nicolas Sarkozy, alors président de la République française, avait, à l’occasion de son premier déplacement en Afrique subsaharienne, suscité une vive émotion en évoquant notamment le drame de l’Afrique ainsi présenté : « L’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire », disait-il. « Le paysan africain qui, depuis des millénaires, vit avec les saisons, dont l’idéal de vie est d’être en harmonie avec la nature, ne connaît que l’éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles ».

Il l’avait dit sans sourciller et avec condescendance. Ironie du sort, c’est en Afrique, pas suffisamment entrée dans l’histoire, que la sienne risque de s’écrire. Il aurait été de connivence avec une âme qu’il vouait aux gémonies et qui désormais le hante et saborde ses entreprises politiques. Le président sénégalais Abdoulaye Wade avait, à l’époque, fustigé ce discours. Il l’avait même raillé en ces termes : « Sarkozy vient d’arriver au pouvoir, il a beaucoup à apprendre ». Quelques années plus tard, une enquête sur un supposé financement libyen de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy, en 2007, s’est accélérée et a causé son placement en garde à vue avant sa mise en examen. Le juge suspecte de possibles flux financiers impliquant des protagonistes liés au régime de l'ancien guide libyen Mouammar Kadhafi et l’entourage de Nicolas Sarkozy plus que jamais accablé par le sarcasme du temps.

Par Oumar Ba

Nos illusions

22 Mar 2018
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Les enlèvements d’enfants, dont certains subissent un sort atroce comme dernièrement avec cette âme innocente de Rufisque, Serigne Fallou Diop, ont fini de créer une psychose collective. Il y a des créatures que la violence émoustille et que la tendresse répugne. Ces individus de conduite infamante, que la conscience, pour ceux qui en ont, n’assaille point, que le remords ne hante et que les geôles ne dissuadent, ne tirent jouissance que dans la vilenie, l’horreur dont ils sont capables. Mais, il y a à dire sur cette fameuse société sénégalaise de « vertus » et sur ce qu’elle est devenue (à moins qu’elle n’ait jamais été autre chose) sans vouloir admettre ces souillures ou justifier le mal. Nous ne sommes plus ce que nous prétendons être. Nous nous gargarisons de l’héritage des aïeux et des vénérables figures religieuses d’un autre temps pour trouver un accotoir à nos égarements et inconséquences. Nous entretenons l’illusion sur notre être profond. Il suffit d’évaluer le lien affectif avec notre entourage immédiat pour se rendre compte de la désarticulation de la société. Cela n’arrive pas qu’aux autres. Le patient est devenu pour le toubib un vulgaire client. Le dévot, une vache à lait pour le marabout avide de privilèges ; la mosquée, une gentilhommière de recyclage pour vieux flemmards. Le politicien s’octroie le droit de « pigeonner », de mystifier de manière éhontée et l’on dira que « dafa mana polotik » ! Quand les institutions pourvoyeuses de sens se délitent sous l’effet des convoitises, de la cupidité, il ne faut pas s’étonner que ceux que le vice excite sortent de leur cabane pour « faire ripaille ». Car les discours verbeux exaltant nos « valeurs » sont devenus si éloignés de la funeste réalité... Gardez bien vos enfants. Le mal est en nous…dans nos illusions.

Par Alassane Aliou MBAYE

Les nouveaux loups

12 Mar 2018
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Le cas avait fait grand bruit. Un grand jet setteur rendu célèbre par une chanson non moins connue de Thione Seck était tombé dans les filets d’une bande de fillettes en jupes courtes et aux manières adolescentes. Il connut la prison et la disgrâce pour « détournement de mineur ». Un confrère, récemment rappelé à Dieu, qui jouissait d’une excellente réputation fut traîné à la gendarmerie et massacré dans la presse pour avoir tendu une main paternelle à une adolescente en errance devant sa maison. Ils ne sont pas, loin s’en faut, les seules victimes de l’innocence.

De plus en plus, de jeunes adolescentes à peine sevrées du biberon, dessinent des plans machiavéliques pour ferrer des hommes beaucoup plus âgés. Elles gonflent leur âge, exhibent une précocité sournoise et bandent leurs formes généreuses pour tromper la méfiance des adultes. Les célébrités, les hommes mariés et tous ceux qui ont une réputation à préserver sont leurs cibles préférées. Ces derniers, pensent-elles à juste titre, préféreront toujours éteindre un début de scandale en transigeant généreusement. Le plus souvent, elles enfarinent de vieux cougars en quête de chair fraîche. Parfois, malheureusement, leurs mailles se referment sur des pères de familles charitables qui ne sont guidés que par la volonté d’aider. Les loups ne sont plus ceux que l’on croit.

Gare à la meute en tenues raccourcies et aux formes ensorceleuses !

Par Sidy DIOP

Politesse raffinée

08 Mar 2018
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Un forum très animé sur un site de rencontres. Le thème : où est passée la galanterie ? Courbettes, baisemains, mots doux, cadeaux, bref l’attention masculine est traitée d’idiotie par des jeunes qui, décidément, bousculent toutes les convenances. La galanterie, une sincérité douteuse ? Allons ! Le dictionnaire nous renseigne que celle-ci est « l’art de plaire en société, par une allure élégante, une politesse raffinée, des procédés obligeants, etc. ». Mais il faut croire que les temps ont bien changé.

Il faut cependant concéder que face à des femmes libérées, modernes et qui réclament l’égalité à outrance, cette belle urbanité peut faire désordre. « Une survivance de l’esprit supérieur des hommes qui distribuent des gentillesses au sexe dit faible », commente une jeune fille qui ne doit avoir besoin d’un mâle compagnon que pour lui servir des grossièretés.

A une époque où le moindre sourire peut être interprété comme du harcèlement, il vaut mieux faire comme ce jeune homme à qui une demoiselle reprochait de ne pas être du tout galant. La faute du garçon : avoir trouvé une place assise dans un bus alors que nombre de filles étaient obligées de se tenir debout. La réprimande faisait plutôt rigoler le jeune homme : « ma génération connaît l’égalité, pas la galanterie ». Une réponse bien de son époque.

Par Sidy DIOP

Sauveurs des temps modernes

05 Mar 2018
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Des célébrités de renommée planétaire comme Madonna ou Angelina Jolie, des politiciens à la retraite qui ont fini de servir leur pays, se sont fixé pour mission d’apporter « l’éclat » au continent «noir ». Ces «sauveurs» ont ceci de commun, ils sont occidentaux.

Ces « mécènes » des temps modernes arrivent en avion ou en jet, spécialement affrété, pour aider l’éducation à marcher sur le bon pied, Rihanna. Sinon, elles viennent pour adopter des enfants africains, Madonna et Angelina se sont déjà illustrées dans ce registre adoptif. Comme qui dirait, des remparts contre cette misère, à laquelle risquent d’être confrontés, ces enfants africains, à l’image de millions d’autres. Il est également question de publier sur les réseaux sociaux des images avec au premier plan des célébrités et de pauvres Africains en arrière-plan. Peu importe si souvent les stars dépêchées pour venir en aide aux indigènes ont un parcours ambigu. Ces hommes et femmes devenus riches, parce qu’ils disposent de belles voix ou encore s’illustrent dans le septième art, s’érigent en modèle, pour une génération, à la recherche d’inspiration. Même si on leur accorde un crédit de bonne intention, ces campagnes parviennent également à propager l’image d'une Afrique offerte à l’échec, plongée dans une misère inéluctable. On est tenté de se demander si cette aide n’est pas faite dans l'idée d'affirmer une supériorité culturelle ? Il est temps de mettre en avant un partenariat équitable. Une reconnaissance mutuelle. Ce serait un gage de crédit démontrant la croyance de l’occident, en une Afrique pouvant effectivement prendre son destin en main.

Par Oumar BA

Boules puantes

26 Fév 2018
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Le terrorisme fait sa mue. On a connu, jusqu’ici ces « s’en fout la mort » appelés « Jihadistes » qui ont réécrit le Coran et privatisé le paradis céleste. Ils tuent au nom de Dieu, réinventent une façon de vivre en société islamique et multiplient les « fatwas » pour tous les mauvais musulmans qui osent penser que l’Islam est synonyme de paix. Ils utilisent des gilets explosifs, déroutent des avions sur des cibles humaines et enlèvent des milliers de jeunes filles pour les marier de force après les avoir « convertis » à cette nouvelle religion sans prophète et sans apôtre.

Pourtant, cette forme de terrorisme, aussi violent soit-il, n’est rien comparé à celle qui s’installe, progressivement, dans nos sociétés. Ce terrorisme 2.0 est psychologique, moral. Ses bombes de destruction massive sont des mots. Des boules si puantes que des vies entières se retrouvent concassées, détruites à jamais. Il célèbre la pensée unique, abhorre la critique et n’hésite pas à inventer d’innommables infamies pour couler à jamais les têtes brûlées qui voient la réalité avec des lunettes moins colorées. Il suffit de se brancher sur les réseaux sociaux pour voir cette nouvelle armée terroriste à l’œuvre. On y diffuse des enregistrements privés, on y dévoile des secrets intimes, on y invente des histoires salaces pour démolir des réputations ou faire chanter d’honorables pères et mères de famille. La parole est source de vie, mais elle tue tout autant. Combien de personnes ont dû recourir au suicide après avoir été confrontées aux mots qui tuent ?

Par Sidy DIOP

Bug phallique

22 Fév 2018
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La réussite sociale est un chemin pavé d'écueils pour les femmes. Les femmes cadres le savent bien, elles qui peinent le plus souvent à trouver chaussures à leurs pieds tant les préjugés sont tenaces et les hommes… craintifs.  Paradoxe. Une jeune femme belle et aisée doit normalement attirer une foule de charmeurs. On sait, cependant, depuis la publication du livre de Jean Cornut (Pourquoi les hommes ont peur des femmes, Paris, PUF, 2001) que le sexe dit fort entretient des relations ambiguës avec les femmes. Tout fonctionne chez nous comme s'il y avait une sorte de pouvoir misogyne qui incline les hommes à se priver de ces femmes d'un autre standing. Comme si elles étaient des fruits défendus. Une « gynophobia » qui laisse perplexe. Est-ce que parce qu’elles font perdre leur assurance aux hommes ? Ont-ils peur de se retrouver avec une femme chef d’entreprise qui confond le foyer et le bureau ? Ont-ils peur de perdre leur autorité ? Des foules de questions qui n’appellent qu’une suggestion : il faut être ouvert à l’évolution du monde pour franchir le pas. Les femmes seront de plus en plus éduquées puisque les filles sont aujourd’hui meilleures à l’école, elles occuperont plus de responsabilités dans l’espace public et dans l’entreprise. Il faudra faire avec. Et, au rythme où va le monde, c’est le contraire qui sera, dans un avenir très proche, fort difficile : trouver une servante, aimante et très peu spirituelle comme épouse pour perpétuer l’ordre masculin en voie de déshérence sociale. Il faut, certainement, mettre à jour le logiciel sentimental des hommes pour surmonter le grand bug phallique qui s’annonce.

Par Sidy DIOP

Terrorisme insidieux

12 Fév 2018
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Le Sénégal est, décidément, un pays de paradoxe. La venue de la star américaine Rihanna a provoqué l’ire de la nouvelle congrégation des Ayatollah de notre pays. « Persona non grata », ont-ils défendu à longueur d’émissions sur la FM, le menton tremblant. La pauvre est ainsi mise au ban de notre société pour sa capacité supposée à pervertir la jeunesse. Pays du « Guddi town », du popotin en vrille et des grandes agapes du Grand théâtre, il y a sûrement des sujets plus enthousiasmants pour le Sénégal et pour ces « porte-parole de Dieu » que le déhanché de Rihanna.

Il ne faut pas croire que le terrorisme dit « jihadiste » consiste seulement à se faire exploser au milieu d’innocents ou à vider sa kalachnikov sur de paisibles passants. Non, il y a un autre type de terrorisme plus insidieux qui empêche les gens de vivre par des fatwas sans prise sur le réel. Il faut refuser la privatisation de l’islam.

Par Sidy DIOP

Le producteur de cinéma Harvey Weinstein est tombé aux Etats-Unis, victime de souvenirs tardifs d’actrices dont beaucoup ont certainement cherché ses faveurs pour faire avancer leur carrière.

En France, le brillant prêcheur musulman Tariq Ramadan, terreur des médias mainstream, a été mis en examen pour « viol » sur des femmes au récit bien flou et peu convaincant. Et tant d’autres encore. Cette vague puritaine qui a quitté les rivages de l’Amérique portée par le hashtag Me Too, a frappé les côtes de l’Europe (en devenant Dénonce ton porc, en France), risque de briser la relation naturelle qui a toujours existé entre les hommes et les femmes. L’homme est sur le point d’être un gibier de chasse à courre dont le moindre regard posé sur une femme peut déclencher la sonnerie du cor. Si le viol est un acte indigne qui doit être sévèrement puni, la notion d’ « agression sexuelle » qui est le plus souvent utilisée par les accusatrices pour tourmenter leurs bourreaux désignés est des plus extensibles. Cela va du regard insistant à la conjonction sexuelle imposée, en passant des seins effleurés, des fesses pincées ou un baiser refusé sans compter les affabulations. Et le plus grave dans tout cela, point n’est besoin de faits irréfragables, mais une simple accusation suffit pour couvrir un homme d’opprobre et même briser sa carrière.

L’adolescente timide et mal dans sa peau, devenue femme peut puiser dans cette période lointaine de sa vie et accuser un professeur qui lui donnait de mauvaises notes. Tout comme une postulante à un emploi dont le dossier a été rejeté peut dire que l’employeur a cherché à bénéficier de ses faveurs sexuelles.

Dans ces sociétés, un système dystopique est en train de se mettre en place en créant un champ de mines dans les relations sentimentales entres hommes et femmes. Un pays scandinave exige même la signature des deux partenaires comme preuve de leur acceptation pour éviter une accusation de viol après coup. C’est pour condamner ces dérives ridicules qu’une centaine de femmes françaises dont Catherine Deneuve et Brigitte Bardot ont signé une tribune. Mme Deneuve défend même « la liberté d’importuner » des hommes. Chez nous, cette nouvelle Inquisition dont les hommes sont au ban des sorcières n’a pas encore cours même si mimétisme aidant, cela n’est pas à exclure. Nous devons protéger les femmes et filles de notre pays contre les prédateurs sexuels mais gardons de déclencher une guerre des sexes, étrangère à notre culture africaine.

Par Ibrahima MBODJ

C’est reparti !

01 Fév 2018
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Après quelques mois d’une pause réparatrice, le Soleil renoue avec le grand air. Notre palette informationnelle, en cette occasion, s’élargit. Nos reporters désertent les lieux cossus de Dakar pour prendre le large, arpenter les routes de l’intérieur, faire découvrir les mille et une richesses de notre pays, ses histoires, ses légendes, ses visages.

« Grand air » est un havre de fraîcheur dans le tumulte de l’actualité politique, économique et sociale. C’est une autre information qui s’écrit sans costume et sans cravate, sous le chaud soleil de l’hinterland sénégalais ou sous un coucher de soleil apaisant de la grande côte sénégalaise. Notre pays est un arc en ciel de destins, de parcours, de contrées, de rencontres et d’espérances qui se découvriront au fil de nos éditions.

C’est notre pari.

Bonne lecture !

Par Sidy DIOP

Du pacte matrimonial

03 Juil 2017
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Nous partageons, ici, cette convention collective sur le mariage conclue entre des habitants de Rufisque, parue dans l’édition du 05 janvier 1957 du premier quotidien sénégalais « Paris-Dakar » (n°6376). Elle est ainsi titrée : « Le pacte matrimonial : nouveaux tarifs à Rufisque ».

« Las de parler sans résultats, les habitants du quartier Santhiaba de Rufisque viennent de prendre des décisions importantes concernant le pacte matrimonial. Sur l’insistance des femmes et jeunes filles, les notables et imams de Santhiaba se sont donc réunis, sous le patronage des chefs de quartiers Ndiobène et Thiarène, pour arrêter un pacte collectif de mariage signé de tous ces notables. Les tarifs appliqués seront les suivants :

Premier don - jeune fille : 3000 frs ; femme : 1500 frs. Droit des parents paternels - jeune fille : 250 frs ; femme : 150 frs. Droit des parents maternels - jeune fille : 250 frs ; femme : 150 frs. Argent dit colas de la maison - jeune fille : 150 frs ; femme : 100 frs. Argent des jeunes filles (mbakhal) - jeune fille : 250 frs ; femme : 150 frs. Argent des compères - jeune fille : 100 frs ; femme : 100 frs. Argent des camarades circoncis (mboke mbar) - jeune fille : 100 frs ; femme : 100 frs. Argent de la mosquée du village - jeune fille : 200 frs ; femme : 200 frs. Dot - jeune fille 2000 frs ; femme : 1000 frs. Chambre et lit –j-Jeune fille : 1500 frs ; femme : 600 frs. Repas de cavalerie (waral) - jeune fille : 600 frs ; femme : 300 frs. Levée nuptiale (m’beuranti) - jeune fille : 500 frs ; femme : 300 frs. Khokhanti - jeune fille : 300 frs ; femme : 200 frs. Suite réception demeure conjugale (la suite que forment les personnes qui accompagnent la fille ou la femme à la demeure conjugale ne dure qu’un seul jour chez le marié) - jeune fille : 300 frs ; femme : 150 frs. Total des taux appliqués - Jeune fille : 10.000 frs ; femme : 5.000 frs.

Pour veiller à l’application de ces décisions, un membre du quartier sera désigné. Il devra assister aux cérémonies. Il est désormais interdit de faire publier par voie de tam-tams ou de griots parcourant les rues le « labane » ou coucher nuptial. Et le mari est autorisé à emmener sa femme à son domicile dès que le mariage a été célébré selon la loi musulmane. Toute personne qui ne se conformerait pas à la convention serait passible d’une amende de 5.000 frs à payer séance tenante. En cas de refus de paiement, il est entendu que solidairement tout le quartier s’abstiendra de porter aide et assistance à ladite personne. C’est dans un accord complet et unanime que les habitants du quartier de Santhiaba ont discuté et rédigé la convention nouvelle. Et maintenant que les parents ont fait l’effort souhaitable, espérons que les jeunes célibataires sauront y répondre ».

Les législations non écrites en Afrique, au Sénégal particulièrement, renseignent sur l’existence d’une vraie organisation sociale. Leurs modalités d’application témoignent également de l’importance accordée aux vertus dont se paraît la société traditionnelle quoique la pertinence de certains codes, comme toute œuvre humaine, peut être soumise à un examen. Ce texte est plus que d’actualité. Seuls les montants ont évolué. Les convenances sociales continuent d’être accablantes pour la plupart d’entre nous. Et la parfaite intelligence observée entre autorités coutumières et religieuses montre que les pratiques endogènes et celles islamiques ne sont pas totalement antagonistes. Le syncrétisme religieux est, ici, davantage un vécu qu’une perspective aérienne de certains esprits « brillants ». Ceux qui se sont offusqués de l’appellation « islam noir » de certains auteurs ont certainement omis de prendre en considération le cheminement collectif qui nous distingue et prône à la fois cette tolérance dans la pratique et cette acceptation de l’autre.

Par Alassane Aliou Fèré MBAYE

Le mois de ramadan, période d’abstinence et de transcendance, est pourtant devenu un moment de surconsommation. Il rime bien souvent avec une hausse considérable des dépenses. Une consommation effrénée qui prend parfois des relents de gaspillage. Cette période unique de l’année constitue en effet pour les enseignes une occasion pour inciter les individus à consommer davantage. Même le jeûne du mois de ramadan, acte de dévotion, de transcendance  et de dépassement de nos instincts, est désormais pris au piège par le marché de la consommation. Il est devenu un rendez-vous majeur dans l’agenda des plans marketing des grandes enseignes commerciales, particulièrement de l’industrie alimentaire. Ce qui est déplorable, c’est qu’on n’arrive pas à épuiser tous les aliments. Tous les soirs, on se voit obliger de jeter une partie à la poubelle pour reprendre de plus bel le lendemain. Dans les grandes artères de Dakar et à travers le petit écran, difficile durant cette période d’échapper au matraquage publicitaire de ces entreprises, affichant ostensiblement des produits alimentaires (bouillons, laits, beurre, chocolat, boissons…) avec l’estampillage d’usage «Ramadan Moubarak! » Ces annonces commerciales conçues spécialement pour le ramadan semblent avoir la résonnance escomptée auprès de la population. En fait, le sentiment de faim occasionné par le jeûne aiguise les appétits et rend les jeûneurs plus audibles aux messages des annonceurs. Il est vrai que durant ce mois, l’élan de générosité et de partage est plus marqué ; ce qui peut occasionner un surplus de dépenses qui se comprend parfaitement. Mais, ce qui est en cause ici, c’est cette tendance consumériste de nos sociétés qui s’accentue durant le ramadan et qui occasionne souvent des gaspillages très importants.

Par Oumar BA

Les vieilles habitudes

23 Jui 2017
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Mois d’absolution de tous les péchés, le Ramadan touche à sa fin. Une occasion saisie, par des hommes et femmes bien de chez nous, pour se consacrer pleinement aux dévotions dans le dessein de refaire, pendant 29 ou 30 jours, une nouvelle virginité… au plan comportemental. Durant ces journées de jeûne, de nombreux mâles avaient déserté « mbed u naari » (le chemin vers le temple de Bacchus) pour emprunter, chapelet à la main, « mbed u jakka » (la voie de la mosquée).

Des gonzesses, célibataires ou divorcées avaient réfréné leur ardeur de croqueuses d’hommes, en rangeant, dans le placard, leurs légères et transparentes étoffes comme les tongs, shorts, décolletés profonds, mini et robes fendues. Ces néo-saintes nitouches du Ramadan, emmitouflées dans des « jelabas », ces manteaux de la chasteté les couvrant de pied à cap ont torturé leurs admirateurs en les empêchant, pendant un mois, de se rincer l’œil sur leur joli teint, mais aussi leurs fesses bombées, ongles, tresses et cheveux parfaits. Mais, les vieilles habitudes ont la vie dure.

Donc, ne soyez pas surpris, dès l’apparition, samedi ou dimanche prochain, du croissant lunaire annonçant la fête de Korité, de voir des foules de bonnes gens retourner à leurs vieilles amours, à leurs vieilles habitudes pour (re)faire plaisir à leurs sens et donner du tonus à leur corps en manque. Dans la masse, des donzelles pressées de retrouver leurs hommes et des gus impatients d’aller lever le coude chez Bacchus. Leur prochaine pause ou cure, ce sera au Ramadan 2018, dans 11 mois.

Par Cheikh Aliou AMATH

Prime à l’accessoire

19 Jui 2017
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« Monsieur untel a tout dit, je vais juste placer un mot » ! Combien de fois on a entendu cette phrase dans nos assemblées où il faut se répandre en éloges sur l’âme munificente pour lui rendre grâce et quelquefois sangloter afin que l’effusion soit bien poignante. Et puis, le quidam déblatère et oublie sa promesse d’un « mot ». Il s’épanche sous les ovations de quelques excités friands de saillies divertissantes, à la manière des groupies, et ne se prive pas de lancer quelques piques mesquines aux grippe-sous ; espèce favorisant peu les « représentations théâtrales ».

Ne faisant pas partie de la « haute société » et n’ayant rien à dire à part « machiner » sa prochaine sollicitation qu’il a du mal à dissimuler, on n’aura aucune gêne à arrêter ses tendresses intéressées. Il faut bien que les autres quémandeurs aient, eux aussi, leur temps de mise en scène, de parole comme cela se passe dans les assemblées politiques où on loue le génie et la vision éclairée de sa majesté ; ces moments pendant lesquels on dévoile notre fourberie et notre sens du spectacle. Sa majesté et les aspirants au trône n’auront finalement pas besoin de nous dessiner le « réel du lendemain ».

Les chantonneront avec nous, âmes jouisseuses sans répit. Combles d’inconséquences, nous nous offusquerons de leur légèreté. C’est nous qui favorisons cet abêtissement bien fructueux pour cette coterie ! Nous nous plaisons dans le « négligeable », le folklore. Le folklore, nous dit-on, c’est l’ensemble des traditions populaires d’un pays. Il est donc une utopie de vouloir nous en départir. Toutefois, quand nous ne parvenons plus à distinguer l’essentiel de l’accessoire, c’est qu’il y a rupture de sens, d’un équilibre. La capacité de discernement est un signe d’intelligence d’un peuple, une manifestation d’une « volonté de… ».

Il nous arrive souvent de nous rendre à des cérémonies de présentation de livres censées être des moments d’échanges sur diverses questions de grande importance qui nous interpellent. Hélas, elles sont devenues, au grand dam des âmes férues de ces réceptacles d’idées, de triviales parades de saltimbanques où le louangeur a pris le pas sur l’érudit, le poulain sur le critique. On n’hésite pas à se faire escorter par une pléthore d’amuseurs encombrants, de chanteurs, de son vénéré et curieux guide religieux (la nouvelle vague bien sûr) et ses accompagnateurs zélés qui indisposent l’assistance parce que sa dignité requiert qu’il soit à la bonne place. Les sièges, le protocole… tout est fichu. Le pauvre « intello » (si on l’écoute) commence à ennuyer les bonnes dames, les séducteurs à l’esbroufe, les chiqués désormais passés d’auditeurs à animateurs ! Et les sermons inappropriés de l’Imam, venu témoigner de la grandeur d’âme de l’auteur, puent « facturou jakk ji faya gounou ko » (la facture de la mosquée encore impayée). C’est pire que la chienlit de nos parodies de combats de lutte. Le tintamarre est désormais un élément de la jouissance auditive. Tout cela a fini par nous paraître si normal, si anodin, si juste.

Entre les petites prévenances dont on entoure les « yax bu rey », les divagations, les « chants en l’honneur de… », on oublie qu’il faut parler du livre, objet de la rencontre. Il y en a qui achèteront l’ouvrage en guise de reconnaissance, arborant ainsi une humanité de circonstance. C’est peut-être la seule action louable d’un jour festif. Le livre aura trouvé acquéreur. Et un lecteur ? C’est moins sûr. C’est juste un élément du décor contribuant à l’harmonie des couleurs dans une salle surchauffée.
A suivre…

Par Alassane Aliou Fèré MBAYE

Jeûneurs en piste

16 Jui 2017
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Un quotidien de la place révèle qu’à Dakar « l’on ne sent le ramadan que durant les 10 premiers jours ». Son constat est que l’effectif des fidèles -après quelques journées de jeûne- se réduit comme peau de chagrin. C’est vrai que les mosquées, reconnaissons-le, ne refusent plus du monde comme lors des premières séances de « nafilas » (prières surérogatoires). L’on raconte même qu’ils sont très nombreux à avoir déjà renoué avec l’ambiance de la bouffe en mi-journée.

Manque de résistance à l’effort ? Le ramadan est comme une course de fond. Dès que le départ est donné, l’on doit être un croyant qui a du coffre plein d’énergie spirituelle pour passer les « haies » de la faim, de la soif, etc. jalonnant le parcours. Il n’est donc pas l’affaire du « croyant-sprinter », c’est-à-dire ce gus qui, sans aucune préparation dans la pénitence, se lance dans une course de vitesse alors que la distance est longue et est parsemée d’obstacles. Un tel individu file vers la sortie de piste, loin de la ligne d’arrivée. Et vite, il déclare forfait pour ce qui reste de cette « compétition » qu’est le ramadan.

Les bons fidèles qui savent que le jeûne est un excellent moyen de nettoyer leur organisme, d’éliminer les toxines, de déstocker des protéines et dépôts de graisse superflus, sont, eux, en piste et espèrent, dans une dizaine de jours, franchir la ligne d’arrivée et être pris dans l’aile protectrice de Dieu.

Par Cheikh Aliou AMATH

Errance « domestiquée »

12 Jui 2017
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Dakar, terre d’espoirs et de déboires. Ville lumière, de torpeur, de tortuosité où viennent s’inhumer les âmes en peine. Dakar a, à la fois, des airs d’une luxueuse métropole et d’un vaste cloaque humain où l’opulence et la misère ont signé une clause d’indifférence. On se croise, on s’épie dédaigneusement. On foule la patte du chien comme on le ferait avec la jambe d’un « malfamé » en pleine divagation. Est-il d’ailleurs en errance ? Il est dans sa vaste cour ; la cour du roi où on trimbale cinq sachets d’eau pour trouver fortune, où on glande chaque matin à la quête de la « bonne affaire ». Une bonne dame étourdie laissera peut-être tomber son sac à main ou un gadget électronique que son « errant international », à l’autre bout du monde, s’est tué à lui dégotter. L’errance, ce n’est plus « aller çà et là ». Elle est devenue une résultante des espoirs immenses, de notre façon d’envisager la réussite et de nous en targuer et, de manière globale, de la désarticulation des relations humaines. 

Le vieil homme laissé à lui-même, à sa sénilité – parce que nous n’avons pas su « tropicaliser » l’hospice –, le fou – l’asile ne lui convenant pas –, l’ivrogne – pour s’accorder du répit –, le gueux, le chat et le chien – comme une souris évitant la tapette –, cherchent à se poser quelque part dans leurs masures, ces rues publiques, à avaler leur pitance. Où ? Nulle part ailleurs que dans les espaces de morosité espérant quelquefois susciter la compassion des « âmes sédentaires » trop souvent pressées et elles-mêmes dans une éternelle et profonde errance dans leur « aventure » intime.

L’errance n’est pas forcément en mouvement. Elle est dans l’espérance, dans une quête incertaine. Dakar offre, dans ce sens, à voir un monceau d’images de « petites gens » pour ainsi reprendre le cinéaste Djibril Diop Mambety, d’animaux et parfois de choses qui cherchent (ou se cherchent) à rencontrer la fortune, la quiétude. Le petit talibé est-il en errance ? Il habite la rue. Le fou l’est-il davantage ou moins que lui ? Le chien ou le maître ? C’est le maître parce que sa femme lui mène la vie dure ? Sait-il seulement où il va ? L’humeur routinière du maître a peut-être fait connaître au clébard sa destination finale ? Au cours du trajet, il rencontrera le chiot sans maître ou son « grognon » rival, lui aussi sans seigneur. C’est le maître et son chien qui sont en errance ou ceux qu’ils rencontrent dans la « pègre », dans le « taudis à ciel ouvert ». C’est leur demeure. Ils sont à l’étroit chez eux. Ici, ils peuvent se shooter avec de la came à mort. On les regardera dédaigneusement mais on ne les délogera point parce qu’ils sont chez eux.

Le contraste de nos rues en constante métamorphose met en scène des « errants de luxe » et des « errants domestiques ». Dakar, à défaut de devenir comme Paris, met en lumière cette ambivalence. Le drame est qu’elle est devenue refuge de toutes les aspirations parce que tout le monde veut y arriver et la seule allée mène à la capitale sénégalaise. Le valeureux et jeune agriculteur n’envisage la réussite que dans une « promenade » avec quelques camelotes dans la capitale. La poursuite du rêve de grandeur ressemble fort à une aventure incertaine qui l’installe dans une errance à travers un désert, dans un sentiment de devoir rempli parce qu’il faut bûcher, s’accomplir là où on ramasse des billets de banque et les distribue ensuite dans les soirées mondaines. Et ainsi donner à ses rêveries une couverture honorable, « beugg teki rek ».
Ps : passez-moi mon errance

Par Alassane Aliou Mbaye

Les ex-ami(e)s fêtard(e)s

09 Jui 2017
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Bientôt deux semaines que l’on jeûne à Dakar. Un constat : une nouvelle spiritualité a pénétré l’âme de beaucoup de mes ami(e)s. Ceux et celles qui, avant le début du Ramadan, peuplaient « mbed u naari » (le chemin de l’enfer) où avaient cours, à côté des rivières d’eau de feu, une musique non-stop, des scènes d’amour illégitimes et des bagarres sanglantes, manquent, aujourd’hui, à l’appel du bataillon des « kafr » (infidèles).

Pour votre information, mes ami(e)s, des néo-converti(e)s, ont un autre chemin de passage : « mbed u neeg u Yalla » (voie menant à la mosquée). Ces hommes et femmes, de mes connaissances, sont entrés dans une nouvelle vie et se sont engagés à réformer leurs mœurs en s’accrochant aux fondamentaux religieux. Ces néo-convertis dont l’âme n’a jamais été scellée autour de Dieu ont, depuis l’entame du mois de Ramadan, décidé de s’échapper de ces chaudes nuits dakaroises qui, il y a peu, les enveloppaient, de tourner le dos aux plages qui, il n’y a guère longtemps, se déroulaient devant eux, et aux dancings qui, récemment, s'ouvraient à eux.

Mes ami(e)s ont incendié leur « nid d’amour » où, dans un passé récent, il n'y avait plus de réalité à certaines heures. C’était ces heures pendant lesquelles il n’y avait que le plaisir, le rêve, la poésie, le charme et la folie des sens. En ce mois béni de Ramadan, ils ont enterré leur vie de fêtard(e)s. Est-ce pour de bon ?

Par Cheikh Aliou AMATH

« Les victimes du Net »

02 Jui 2017
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« Les victimes du Net ». C’est une initiative lancée, ces derniers jours, par des tiers déterminés à « faire cesser, sur internet et les réseaux sociaux, les insultes, calomnies, diffusions de fausses nouvelles, etc. » dont le but manifeste est de salir de bonnes gens. Leur idée est bonne. Le combat qu’ils comptent mener doit mobiliser beaucoup d’entre nous. En effet, nous devons nous impliquer et, à leurs côtés, rappeler à ceux qui l’ont oublié et apprendre à ceux qui ne le savent pas que le Net n’est pas un « repaire » où des mal éduqués se retranchent pour ne débiter, à partir de leur clavier, que des insanités, des obscénités et des vulgarités. 

Des nouvelles salaces sur une mère de famille, des racontars sur un couple célèbre, des contre-vérités sur le voyage d’un chef religieux, des propos irrespectueux sur nos hommes et femmes politiques, sont l’œuvre d’esprits malfaisants que « Les victimes du Net » et ceux qui les soutiennent se proposent de mettre à l’index et de combattre. Les mauvais utilisateurs du Net et des réseaux sociaux ont, aujourd’hui, un sacré « client » qui va désormais leur apprendre à réfléchir sur leurs propos concernant la vie privée de personnes qui leur sont, souvent, totalement inconnues. Totalement dégoûté par cette façon de clouer au pilori certains compatriotes pour un oui ou un non, j’invite ceux qui s’en gaussent à aller fouiller dans les catacombes de leur propre vie. C’est sûr qu’ils y trouveront quelques faits, gestes et images personnels qu’ils refuseront, pour tout l’or du monde, d’étaler sur la toile.

Comme moi, vous avez certainement constaté que ces mal éduqués du Net sont trop portés sur des futilités : sexe, sang, déballage. Ne comprennent-ils pas, ces mauvais utilisateurs du Net, qu’ils doivent s’élever par l’esprit ? Au Sénégal, l’on doit s’échiner à développer l’agriculture, à défendre et à sauvegarder l’environnement, à prodiguer des soins de santé de qualité, à instruire et à éduquer les jeunes, à créer des richesses et des emplois… Vaste programme devant nous éloigner des insanités, obscénités et vulgarités !

Par Cheikh Aliou AMATH

Nous ne sommes plus en sécurité (les armes physiques sont moins périlleuses) ! Le dire est une lapalissade. On se couvre presque de ridicule à le ressasser. Le tumulte est devenu un élément du décor. Il nous cause une certaine appréhension et légitime beaucoup de nos actes. Cette insécurité, source de notre angoisse existentielle en ces temps fiévreux, redéfinit nos rapports et ouvre des brèches à tous les « doctrinaires ambulants » prompts à nous annoncer l’apocalypse et le début de leur « gloire éternelle » enivrant les âmes égarées et désespérés et ceux-là, particulièrement faciles à embrigader, qui larmoient sempiternellement sur leurs sorts. Il suffit de leur faire miroiter les lambris dorés. Ils sont les seuls dignes d’en jouir ! Ils étaient là quand le Seigneur s’est laissé aller à la confidence ! Les rebuts de « leur » société, en plus de l’opprobre dont ils seront couverts, seront soumis au supplice des âmes damnées. Il n’y a qu’une voie pour y échapper. La leur.

Le drame aujourd’hui, c’est que ces individus, grands rhétoriciens, pullulent dans l’univers du sacré et des promesses. L’insécurité est là. Nous n’avons plus d’emprise réelle sur l’éducation de notre progéniture. Les intrus produisent des interférences. Les ondes de « formatage » s’entremêlent. Qui ne s’est pas plaint, un jour, de ne plus reconnaître son fils, son neveu et le taciturne et déférent garçon du quartier qui adoptent subitement un langage ésotérique les poussant à s’abstraire. Le géniteur devient, pour le rejeton subjugué par le discours mystificateur, « cet homme qui n’a rien compris » au sens de nos petites existences. « Xamoul Yalla » (Il ne connaît pas Dieu). Le doux et sage garçon imagine son géniteur dans les ténèbres de l’enfer ! Il faut alors le sauver. Car, pour son gourou, qui lui a construit de nouveaux paradigmes, croupit dans l’ignorance celui-là qui est différent, qui a emprunté une autre allée pour raviver sa foi. La vie familiale devient une persécution quotidienne pour le nouvel illuminé au grand dam de ceux qui se sont toujours échinés à lui fabriquer un destin « normal », à l’entretenir, à le combler de leurs prévenances devenues encombrantes. Il s’isole parce qu’il faut « sauver la planète » ! C’est l’exaltante mission du môme dont le lait maternel n’a pas encore fini de cailler dans sa « panse » ! L’esprit formaté, il devient l’exécuteur des toquades de son nouveau mentor (Qui sait, celui-ci voudra peut-être un jour faire pâlir certains d’horreur).

Quelques (faux) dévots se plaisent à dessiner un monde qui les rendrait eux-mêmes moins sûrs de leurs étranges absurdités. Ils envahissent les foyers de leur présence encombrante en appâtant les crédules gens par de belles promesses. Ils détruisent des vies pour construire une zone d’influence emplie de leur ego et de leur inhumanité. Il n’y a, en effet, pire cruauté que celle-là qui détourne le fils de ses géniteurs désarmés. Sur cette terre, on s'offre, se soumet pour vivre d’espoirs entretenus par la « vénérable personnalité » qui n’ouvre la bouche que pour cracher sur des paumes moites et percluses d’admiration et de mysticité monnayée ; celle qui leur donne cette douce illusion de voir au-delà de la munificence de la nature et des étoiles (qu’ils sont les seuls à voir scintiller !), de pouvoir s’abstenir de « vivre ». Car ce monde, admettant la souillure, est indigne d’eux pour qu’ils en jouissent ! Il faut le regarder avec dédain ; ceux qui s’en entichent, avec plus de mépris encore. Ce n’est là qu’un leurre simulant leur goût du pouvoir et des honneurs. Le « confident » du Seigneur, l’intercesseur auprès de celui-ci, messie de quelques impies et autres libertins, est un épicurien (dans son espèce) aimant s’entourer de crédules gens qui ensemencent le champ de son égotisme. La désillusion sera leur moisson.

Par Alassane Aliou Fèré MBAYE

Ramadan oblige

26 Mai 2017
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Demain, démarre le ramadan. Pendant ce mois béni, c’est une nouvelle spiritualité qui pénètre l’âme de beaucoup de Sénégalaises. Des amies, leurs 100 kilogrammes de féminité et de tendresse avec, optent de s’effacer devant leurs admirateurs. Mes cousines, grandes, claires et très bien faites, troquent leurs jupes et robes hyper courtes contre les djellabas.

Elles, qui sept jours sur sept, prenaient possession de nos rues et avenues, rôdaient autour des points-argent, squattaient les restaurants et donnaient le tournis aux hommes, décident de ranger, dans le placard, leurs légères et transparentes étoffes comme les tongs, shorts, décolletés profonds, minis et robes fendues. Bref, une subite spiritualité est née chez des milliers de Sénégalaises, les faisant entrer dans une nouvelle vie religieuse. Pendant ces prochaines 29 ou 30 longues journées de jeûne que dure ce court mois de ramadan, les demoiselles et jeunes dames, célibataires ou divorcées, réfrènent donc leur ardeur de croqueuses d’hommes.

Mois d’absolution de tous les péchés, mes cousines dévergondées soutiennent vouloir se consacrer pleinement aux dévotions pour se refaire une nouvelle virginité… au plan comportemental. Elles qui ne manquaient pas de culot et déclenchaient de fortes sensations qui faisaient se retourner les hommes quand elles les croisaient, vont devenir, provisoirement, de saintes nitouches. En s’emmitouflant dans les manteaux de la chasteté, elles sont parties pour nous cacher, d’ici à fin juin prochain, leur joli teint, mais aussi leurs fesses bombées, ongles, tresses et cheveux parfaits.

Par Cheikh Aliou AMATH


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