Retenue pour représenter le Sénégal aux prochains Jeux de la Francophonie prévus en décembre prochain à Niamey, dans la catégorie littérature et sélectionnée pour le spécial « Plumes Emergentes » de la revue Notre Librairie, Nafissatou Dia Diouf est l’auteur, entre autres, du livre de jeunesse « Le fabuleux tour du monde de Raby », du recueil de poésie « Primeur » et de « Retour d’un si long exil et autres nouvelles ». Publiée aussi dans des ouvrages collectifs, Nafissatou Dia Diouf, par ailleurs cadre dans une société de télécommunications, compte éditer tout prochainement « Cytor & Tic Tic », une collection de huit livres de Jeunesse sur la vulgarisation des TICs, « La maison des épices », un roman en deuxième lecture aux Editions Serpents à Plumes, « Le fabuleux tour du monde de Raby II, III, IV » aux NEAS, etc. À 32 ans, ce jeune écrivain, lauréat du Prix du Jeune Ecrivain Francophone à Muret (France) en 1999 et du 1er Prix international du concours Radio Canada, nouvelle illustrée sur site web la même année, entre autres, est présenté par ses illustres prédécesseurs comme une relève sûre de la littérature sénégalaise
LE SOLEIL : Est-il facile d’être cité parmi la relève dans la littérature sénégalaise ?
NAFISSATOU DIA DIOUF : « Je dirais oui et non. Oui, la relève sera difficile parce que nous avons d’illustres aînées en ce qui concerne la littérature féminine. Je pense à Aminata Sow Fall et autres qui nous ont ouvert la voie, certes, mais d’une très belle manière. Donc nous, aujourd’hui, nous venons peut-être avec des thèmes nouveaux, un autre style. Mais, c’est un héritage que nous ne devons pas trahir.
Non, la relève ne sera pas difficile, parce que, justement, les femmes ne sont pas très nombreuses dans la littérature. Et, aujourd’hui, il y a un renouveau aussi bien dans le style que dans le nombre. On trouve de plus en plus de femmes qui s’essaient à la littérature avec bonheur. Et je pense qu’il y a cette diversité à apporter avec des écrits de très belle facture. Je pense que c’est une chance que nous avons. »
Qu’en est-il d’être femme et écrivain...
« Oh, je ne pense pas particulièrement dans cet ordre d’idée... C’est vrai que quand on est femme et professionnelle, avec notamment des tâches ménagères très pesantes, on a peut-être moins de recul pour s’adonner à la littérature, qui est avant tout une activité solitaire. Une activité qui demande de la concentration et du travail de suivi.
Moi, je dirais que c’est une question d’organisation. C’est vrai qu’aujourd’hui, je travaille et je suis cadre dans une société, en même temps je suis obligée de gérer, un temps soit peut, ma famille, mon foyer. Nous avons beau avoir un mari compréhensif, il y a quand même un minimum à faire à la maison. Mais, je crois que la littérature, c’est quelque chose qui nous habite. Et qui, en tout cas pour ma part, nous permet de vivre. Donc, même si c’est difficile, si je prends ma part d’activités sociales, entre guillemets, qui ne me pèsent pas beaucoup, même si sommeillent en moi d’autres loisirs, c’est quelque chose dont je ne pourrais pas me passer. J’essaie de m’organiser. C’est peut-être une vie un peu mécanique qui ne donne pas beaucoup de place à l’improvisation, mais c’est le prix à payer. »
Vous voyez-vous, cadre de société avant l’écrivain ou le contraire ?
« (rire). J’aime bien l’analogie de la pièce de Molière avec les deux faces. Je ne suis pas l’un sans l’autre. Aujourd’hui, je n’ai pas choisi de ne faire que ça dans ma vie écrire ou de ne faire que travailler et réussir une carrière professionnelle. J’essaie d’allier les deux et les deux sont indispensables. J’envisage peut-être, dans plusieurs années, de ne m’adonner qu’à la littérature. Quand vraiment je serai lancée et que cela pourrait, d’une part, me faire vivre. Mais aujourd’hui, il paraît important de pouvoir montrer ce que j’ai étudié. Et pouvoir rencontrer des gens, des clients, des partenaires, participer à des débats, à des échanges d’idées. Cela me paraît indispensable aussi à ma vie d’écrivain. Donc, les deux (littérature et vie professionnelle - ndlr) se nourrissent l’un et l’autre et je dirais que c’est comme des vases communicants.
Comment vous est venue la passion pour l’écriture ?
« Je pense que ça vient d’abord de la passion pour la lecture. Je lis beaucoup. Je lisais déjà toute petite. Dans mon environnement familial, ma maman lisait beaucoup, donc je prenais souvent ses livres qui traînaient. Pendant les vacances, quand je m’ennuyais, je lisais. Je dirais aussi que j’ai l’imagination très fertile et j’aimais bien leur raconter des histoires, des choses... C’est peut-être, la combinaison des deux qui a fait que je suis devenue écrivain. Je pense que dans toute œuvre artistique il y a une part de dieu. Dieu est un créateur et il nous a donné une infime partie de son pouvoir de créer. Et, aujourd’hui, quand je couche quelque chose sur du papier, je ne sais pas d’où il vient. Je me dis que c’est une part de dieu... »
Et vos premières expériences dans la littérature...
« Mes toutes premières expériences, je dirais que c’était des essais. J’écrivais pour moi sans penser que cela pourrait intéresser quelqu’un . La première fois, je pense, j’ai envoyé une nouvelle à un magazine. Après, j’ai commencé à envoyer des nouvelles à des concours. J’ai commencé à prendre confiance en moi quand j’ai été lauréate de concours, notamment en France et au Canada, tout en vivant au Sénégal. Cela m’a donné l’idée que je pouvais être écrivain. Pendant longtemps, je n’ai pas pu me qualifier ainsi, mais vraiment ce sont ces jalons-là dans ma vie qui m’ont poussé à me demander pourquoi ne pas le faire. Écrire un livre, un roman, un recueil de nouvelles ou quelque chose comme ça... »
Est-il facile de faire un bon roman et de se faire publier au Sénégal ?
« Quand on attaque l’édition ça devient déjà beaucoup plus difficile. Je suis très impressionnée par le nombre de personnes qui écrivent au Sénégal. Il y a beaucoup de gens, de jeunes et de moins jeunes qui me disent « Moi aussi j’écris, j’ai beaucoup de choses dans mes tiroirs, comment faire ? ». Ce comment faire là, c’est très très difficile. Moi en fait, j’ai eu beaucoup de chance. Le premier manuscrit que j’ai proposé à une maison d’édition a été accepté. Je n’ai pas vraiment connu le parcours du combattant. Mais, en moyenne, le livre peut faire deux ans ou trois ans avant d’être publié. C’est assez pénible pour quelqu’un qui veut voir son travail se matérialiser. Et d’autres écrivent et l’envoient à des maisons d’édition qui, faute de moyens, même si le texte est bon, n’arrivent pas à faire l’essentiel . Ils demandent alors de l’argent à l’auteur pour pouvoir le publier. Et je pense, aujourd’hui, que l’environnement n’est pas là pour favoriser la création et le renouveau littéraire. »
On constate que vous êtes plutôt versée dans la littérature pour jeunesse...
« C’est une littérature que j’ai découverte sur le tard. Disons en tout cas, après mes premières amours de roman, de nouvelles, etc. Mais que j’apprécie beaucoup parce que, d’abord, ce n’est pas facile d’écrire pour les enfants. C’est un public très exigeant, qui ne sait mentir. Quand il n’apprécie pas, il ne fait pas d’effort pour lire. Un enfant est vraiment un lecteur qu’on doit amener à nous. Aujourd’hui, cette expérience m’a vraiment beaucoup enrichie. C’est vraiment une expérience que j’ai beaucoup appréciée. Le livre (Le fabuleux tour du monde de Raby, publié aux NEAS en 2004 - ndlr ), quand il est sorti, a été, je pense, très bien accueilli.
Aujourd’hui, c’est un créneau que je j’explore beaucoup, à part ce livre, j’en ai écrit quatre ou six autres. Donc, je me suis lancée dans un assez grand projet littéraire. L’écriture de livres sur les nouvelles technologies et les enfants. Je travaille dans les télécoms et quand je vois comment les enfants sont attirés par ces nouvelles technologies, l’Internet, etc, je me dis, il y a quelque chose à faire pour les enfants africains. Au lieu de les laisser se débrouiller devant les machines, etc, leur expliquer de manière assez didactique, avec des textes illustrés. Aujourd’hui, mon combat est de leur dire attention : tout n’est pas bon à prendre dans ces nouveaux médiums. Il faut savoir faire des discernements dans ce grand méli-mélo culturel. Il y a beaucoup à prendre, mais il y aussi beaucoup à éviter. On est très influencé par la culture occidentale et anglo-saxonne qui dominent sur le Net, mais la culture africaine a aussi son rôle à jouer. C’est une collection de huit livres que je suis entrain de mettre en place, en écriture et en édition. C’est réellement mon nouveau combat. Peut-être ne ferais-je pas que ça. Par exemple, j’ai un roman normalement qui doit sortir l’année prochaine en France. »
On dit que, de nos jours, les enfants ne lisent pas souvent...
« Je pense que maintenant les jeunes lisent beaucoup moins. C’est vraiment très regrettable. Je crois que c’est lié à l’essor de la télévision, aux différentes chaînes que nous avons. Mais, aussi il y a un peu la responsabilité de nous, éducateurs et parents. Moi, personnellement, j’ai deux petites filles et j’ai du mal à les tirer de la télé et leur mettre dans les mains un livre. Je pense qu’on ne doit pas s’avouer vaincu. Parce que déjà nous ne maîtrisons pas tout ce qu’ils regardent à la télé et cela peut paraître très dangereux. Ce sont souvent des programmes assez loin culturellement de nos valeurs et sur lesquels nous n’avons pas d’emprise. Et je crois qu’il faut donner aux enfants ce goût de l’effort. Aller vers le plaisir de la lecture, par l’effort de lire. Alors que devant la télé, on n’a pas d’effort à faire. Elle est là, allumée, même si on n’en connaît pas le programme. Je crois que notre rôle est aussi de ne pas constater. Face à cette concurrence qu’est la télé, c’est à nous de trouver d’autres loisirs aux enfants, comme leur acheter des livres et les faire lire. C’est aux parents de lire les livres, de les commenter avec eux et de leur donner ce goût de la lecture jusqu’à ce qu’ils deviennent autonomes... » |