Les grands projets agricoles de la steppe ont changé le visage de Djelfa

Visiter des expériences réussies dans le cadre du renouveau rural agricole de l’Algérie dans la Wilaya de Djelfa n’a pas été de tout repos. Huit sites visités durant huit heures permettent à peine de se faire une idée de l’énorme travail abattu pour un mieux-être des populations rurales.
L’Institut moyen de technologies agricoles, qui est l’équivalent de l’Institut des cadres ruraux de Bambey au Sénégal, forme des techniciens et cadres de l’agriculture. Dans ce centre qui a été ouvert en 1973, on y forme des techniciens et cadres. On y recrute des agents pour la formation initiale dans le cadre du programme national de développement agricole. Une visite du laboratoire, des tests et autres essais de plantations expérimentales ont sanctionné le passage à l’Itma. A quelques encablures des lieux, c’est le projet du « barrage vert » qui a été la seconde étape de la visite guidée. C’est le fruit des chantiers populaires de reboisement en 1966 avec le soutien du Pam. Le lancement effectif du « barrage vert » a été effectué en 1974. 3 millions d’ha de terres ont été plantées d’arbres sur une longueur de 1200 kilomètres sur 5 à 20 kilomètres de large.

Stockage des eaux, dérivation et irrigation
L’objectif recherché était le reboisement et la reconstitution des massifs forestiers dégradés, la création d’une barrière contre l’avancée du désert, la mobilisation des ressources en eau, la lutte contre l’érosion, assurer à terme la production de bois et l’amélioration des conditions de vie des populations. Sur un point qui surplombe une partie de la Vilaya, nous avons pu mesurer le travail de reboisement effectué dans le cadre du « barrage vert ». Dans la seule localité de Djelfa, 30 548 ha ont été reboisés ; 4900 ha ont été plantés d’espèces  qui  ont aidé à la fixation des dunes ; 2563 ha ont servi à l’amélioration pastorale ; 65 km et 300 km ont été préparés dans le cadre de l’ouverture et l’aménagement de pistes. La commune de Moudjebara a reboisé un volume de 20 349 ha en introduisant une espèce appelée « Pin d’alep ». La densité des plants est de 2000 arbres à l’hectare.
La troisième étape de la visite guidée nous a menés vers les ouvrages de dérivation des eaux de crue de l’Oued Mellah. C’est une des expériences réussies de l’approche du Hcds en matière de mobilisation et de valorisation des eaux de surface. Dans ce site, l’ouvrage construit a permis de stocker et de dériver les eaux sur une superficie irriguée de 1400 hectares. En se référant sur les chiffres donnés par les responsables de l’ouvrage, la superficie du bassin versant est de 2412 km2. Le volume reçu par l’ouvrage est de 723 600 000 m3/an pour des besoins en eau par ha et par an estimés à 3000 m3. Le volume d’eau mobilisé est de 4 200 000 m3/an. Pour M. Amedjkouh Noureddine, ingénieur en ressources au Hcds, l’ouvrage a été amorti dès la première année. Ledit ouvrage, construit en 2001, a permis d’accroître les rendements des terres (la production d’un ha de terres est devenue aujourd’hui, grâce au système mis en place, l’équivalent de 100 ha de terres dégradées). La démarche du Hcds a consisté à impliquer et à faire participer la population bénéficiaire, à mettre en place des technologies facilement reproductibles par les populations et à réduire les coûts de l’utilisation de la main d’œuvre et des matériaux locaux.  La production fourragère par la valorisation des eaux de ruissellement a boosté le développement de l’élevage qui est une activité ancestrale en Algérie et qui fournit près de 42 % de valeur ajoutée et près de 80 % des revenus. A en croire les explications des agents du Hcds, le système de production qui est extensif à semi extensif est en train de changer dans certaines localités. D’autant que les potentialités d’épandage sont de 1,1 million d’ha de terres pour 2,5 milliards de m3 d’eaux superficielles. L’impact d’une telle politique à terme va faciliter, du côté de la production animale, l’amélioration du taux d’agnelage de 70 à 90 %, l’amélioration du taux de prolificité de 08 à 2.
Il en est de même de l’amélioration de la fertilité,  de  la production laitière (0,5 litre à 1 litre par vache et par jour) et du développement de la vitesse de croissance des agneaux. Ben Chérif Abdelkader est un  fermier que nous avons rencontré dans une des fermes visitées.
Les habitations sont entourées de vastes superficies vertes qui  se profilent à  perte de vue, du fait de la dérivation des ouvrages de stockage  d’eau. « Au  début », note-t-il, « il n’y avait rien. Aujourd’hui, avec le système  mis  en place, les terres sont fertiles, sans compter les cultures fourragères qui nous permettent de doubler notre production dans le domaine de l’élevage », renseigne-t-il. Tout autour, il est aisé de voir des troupeaux sur des prairies vertes. « Le système a permis d’améliorer la vie de plus de 200 personnes issues de six à sept ménages »,  poursuit-il. Sur ces prairies vertes, il  est loisible de compter les bottes de paille, d’admirer les cultures d’orge, de blé, d’avoine en début de floraison et l’embouche d’ovins, de caprins et de bovins compte tenu de la gratuité de l’aliment.

Lutte contre l’ensablement
Un peu plus loin de la ferme de Ben Chérif Abdelkader, à une trentaine de minutes à bord d’un véhicule, se dresse des propriétés privées. Des  privés algériens ont  fait le pari de se battre contre l’avancée du cordon dunaire. Sur une superficie de 130 000 ha, la famille Harrane mène un combat qui, apparemment, est en train d’être gagné. Sa stratégie est la fixation des dunes avec des espèces du milieu et la valorisation du potentiel existant. Des plantations sont faites sur des dunes après l’intervention agricole à travers l’épandage des crues, puis l’exploitation. Sur cet espace privé, des dérivations d’eau ont été faites sur  une surface de 23 104  ha, dont  8120 ha en partenariat avec les agro-éleveurs privés. L’exploitation familiale de Harrane a été créée en 1996 sur une  superficie de 1080 ha. 140 ha de plantes ont été faites pour fixer  les dunes  et permettre la culture irriguée. Ainsi, 140 ha ont servi à la culture de l’orge, dont 16 ha en irrigation, 33 ha de fourrage (avoine), 06 ha d’oléiculture grâce à l’irrigation du goutte à goutte, 02 ha de plantations fruitières. Une partie de l’exploitation très modernisée sert à l’élevage d’ovins (700 têtes). L’on compte, dans ce complexe, une bergerie, un hangar de stockage et un petit élevage de ferme. Ce qu’il y a lieu de retenir dans cette ferme est l’impressionnant dispositif de protection contre le cordon dunaire. Ce dispositif a permis la restauration de 440 ha de terres dégradées par la fixation des dunes de sable et la plantation d’arbustes fourragers et oléicoles. La preuve de la stratégie payante est la plantation oléicole sur des terres ensablées fixées et restaurées sur une surface de 100 ha d’un cordon dunaire brut de la propriété familiale. En condensé, ce sont 24 000 plants qui ont été mis à terre en 2006 (olive de table appelée « sigoise » et de production d’huile « chemlal ») dont les premières récoltes ont été faites en 2011. La réussite de ces privés algériens est en partie l’œuvre d’instituts, comme l’Inrf (Institut nationale de recherches forestières).
Ce dernier a mené des recherches qui ont abouti à des approches méthodologiques et des moyens de lutte contre le phénomène de l’ensablement. Sur un site expérimental que nous avons visité sur la route, de retour vers Alger, dans la Vilaya de Djelfa, un cordon dunaire sur une longueur de 200 kms sur 5 à 7 kms de large a été fixé à travers les approches de fixation mécanique et biologique.
Sur un espace de la commune de Bouirat Lahdab, un des derniers sites visités, les travaux de restauration et de gestion durable des terres de parcours de bétail ont été entamés en 2001 sur une superficie de 1479 ha. L’Atriplex est l’espèce planté sur un espace naturel dominé une nappe alfatière. Un puits équipé en pompe solaire et une mare facilite l’abreuvement des pâturages. La mise en valeur de cette espace et sa gestion rentrent dans le cadre de la loi portant sur les redevances de parcage. L’impact de la gestion sur le milieu a permis une croissance de production annuelle agricole, une préservation de la biodiversité et la création d’emplois.

Valeur ajoutée dans la gestion des terres
Modifier la compréhension globale sur la valeur des terres et créer une prise de conscience à travers des arguments économiques pour une meilleure gestion des terres, c’est le crédo de l’Economie de la dégradation des terres.
L’Economie de la dégradation des terres (Eld), autrement dit la science au service de la lutte contre la désertification, la dégradation des terres et la sècheresse (ddts), est une nouvelle problématique introduite lors de l’atelier d’information des journalistes environnementaux par Youssef Brahimi, coordonateur pour l’Afrique du nord de la Convention des Nations  Unies pour la lutte contre la désertification. L’objectif d’une telle stratégie est d’aller vers une approche globale qui permettra de chiffrer les coûts sociaux et économiques de la désertification, de la dégradation des terres et de la sècheresse sur les pays, afin d’arriver à un rapport mondial sur la dégradation des terres. Il s’agit, selon Youssef Brahimi, d’agir au niveau local et national, comme sur la problématique du changement climatique, en vue d’influer sur les politiques.
La mission de l’Economie de la dégradation des terres (Eld), à en croire ses propos, se résume à travers un cadre de travail holistique, la réunion de cas d’études économiques, l’estimation des coûts économiques résultant de la dégradation des terres comparés aux coûts de la protection, le renforcement de la prise de conscience sur la valeur de la terre et des services économiques qu’elle fournit et proposer des solutions, des politiques et des activités pour la réduction de la Désertification, la dégradation des terres et la sècheresse (Ddts).
Les résultats attendus, à travers une telle démarche, qui est le fruit de la rencontre de partenariat à Bonn, au mois de décembre 2010, en Allemagne, portent sur plusieurs points. Il s’agira d’obtenir le soutien et l’appel des communautés pour une initiative mondiale, d’effectuer une première analyse du contexte, de mettre en place le secrétariat de l’Eld auprès de la Giz (un projet de la convention de lutte contre la désertification), d’arriver à un partenariat conjoint avec l’Eld. Cela, juste pour couvrir le problème de la dégradation des terres dans les zones arides et justifier la valeur ajoutée d’une gestion des terres. Pour ce faire, l’Eld compte sur un partenariat inclusif et vise sur l’engagement de groupes cibles, tels  que la communauté scientifique, les décideurs politiques internationaux, les décideurs régionaux et locaux, les professionnels et le secteur privé.

De notre envoyé spécial Babacar Bachir SANE

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