Manque de ressources humaines, d’équipements…Le centre de santé de Kanel face à ses urgences

Inauguré le 10 décembre 2011, le Centre de santé de référence de Kanel fait face à des urgences : manque de ressources humaines, complément d’équipements, absence d’indicateurs, crise nutritionnelle…

Le tableau clinique du Centre de santé de Kanel n’est pas très alarmant. N’empêche, des urgences se signalent : manque de ressources humaines, complément d’équipements, absence d’indicateurs, crise nutritionnelle… Pour une prise en charge sanitaire de proximité, la Banque africaine de développement (Bad), en collaboration avec l’Etat du Sénégal, a construit, en décembre 2011, le Centre de santé de Kanel. Erigé en Centre de référence, l’établissement dispose d’un bloc opératoire associé pour assister les femmes de la grossesse à l’accouchement. Par rapport à sa position géographique, le centre bénéficie d’un atout considérable. Il est situé à 35 km de la capitale régionale (Matam), sur la route nationale n°2. « Nous avons une capacité de 46 lits, dont 31 en hospitalisation, aussi bien pour les hommes, les femmes que les enfants, a expliqué le Dr Mamadou Diongue, médecin chef du district sanitaire de Kanel. « A la maternité, nous avons  une capacité de 15 lits », a-t-il dit. Les services offerts sont la médecine générale, la pédiatrie, la maternité. Nous disposons aussi d’un bloc opératoire qui n’est pas encore fonctionnel », a listé le médecin chef. Et selon le Dr Diongue, les gens sont en train d’être capacités pour démarrer les activités du bloc. Toujours est-il que le centre de santé rencontre des difficultés, notamment en ressources humaines. « Pour l’effectif, nous sommes 52, et pour tout le district, il n’y a qu’un seul médecin pour 235 556 habitants, un chirurgien  dentiste, un assistant social, deux infirmiers et une sage femme », a informé le médecin chef du district de Kanel qui polarise 34 postes de santé. Ce qui fait un total de 35 points de prestation de soin. Cette situation n’est pas sans conséquences pour la prise en charge des prestations. « Quand même, des mesures alternatives sont prises pour assurer la continuité du service », a indiqué M. Diongue. Un autre défi se pose également : la gestion du centre qui a besoin de mesures d’accompagnement pour un fonctionnement optimum. Il s’agira également, a jugé le médecin chef, de revoir le budget à la hausse avec les nouveaux services et compléter les équipements qui manquent. L’autre difficulté ressentie est liée à la rétention de l’information qui est observée par les membres du Sutsas, notamment par rapport aux indicateurs. Le Dr Mamadou Diongue pense que le pilotage à vue ne peut être fait et cela devient extrêmement important. « Nous avons besoin d’indicateurs exhaustifs pour bien manager le district », a-t-il dit. Par ailleurs, en cette période d’hivernage qui rime avec chaleur et certaines infections, les cas de diarrhée et de salmonelloses sont les pathologies qui font l’objet de plus de consultations, a souligné le Dr Diongue. « C’est lié des conditions d’hygiène. Nous y travaillons pour changer les comportements et l’environnement. En dehors de cela, le paludisme a beaucoup reculé », a-t-il assuré.

2 % de malnutrition sévère en 2011

Autre urgence signalée dans la zone, la crise nutritionnelle qui sévit. Le diagnostic a été fait. Un plan de riposte a été élaboré dans la région. « Ce plan de riposte est un plan intégré qui prend en compte toutes les spécificités des différents districts, renseigne le médecin chef Diongue. Nous avons eu à participer, sous la direction du médecin chef de région, à l’élaboration de ce plan », a-t-il affirmé. Cette riposte est déclinée sous la forme d’activités de communication de proximité et de masse, des activités de prise en charge, un suivi évaluation. Ce plan a été, en grande partie, financé par l’Unicef. « Nous avons reçu les intrants pour prendre en charge les enfants mal nourris. Ces intrants sont essentiellement composés d’une pâte déjà préparée pour les charges en besoins énergétiques de l’enfant. La malnutrition, de façon globale, est une maladie qui est due à une carence en nutriment. Et cette pâte va apporter ces nutriments déficients pour  permettre à l’enfant, au bout d’un certain temps, de récupérer et retrouver le poids normal par rapport à son âge et à sa taille », a expliqué Dr Diongue. Poursuivant, il a ajouté : « Même s’il n’y a pas eu une enquête spécifique au département de Kanel, une étude, en 2011, a montré un taux de malnutrition sévère de 2 %. Et quand on atteint ce pourcentage pour les enfants âgés de 0 à 5 ans, cela signifie que nous sommes en crise nutritionnelle », a alerté le médecin chef. Il a signalé que des enfants ont été dépistés et référés aux postes de santé, puis au centre. Un aperçu général donne à voir 14 % de malnutrition globale. Cela prend en compte la malnutrition aigue et celle modérée. « Si nous ne faisons rien pour les cas de malnutrition modérés, ils vont basculer pour devenir une malnutrition sévère », a averti le Dr Mamadou Diongue. Et pour mieux jauger l’impact de cette crise nutritionnelle, une enquête est en cours. Elle ciblera l’ensemble des départements du pays pour faire l’Etat des lieux.

La pilule contraceptive peine à passer

La planification familiale n’est pas encore dans les habitudes des populations du département de Kanel. De façon globale, le taux de prévalence est très faible dans la région de Matam. Selon les dernières statistiques, les chiffres tournent autour de 3 à 4 % de prévalence par rapport à la moyenne qui est de 12 %. « Nous avons beaucoup à faire par rapport à la planification familiale », reconnaît le médecin chef du district sanitaire de Kanel, le Dr Mamadou Diongue. C’est la raison pour laquelle le district a jugé important d’organiser récemment un atelier pour pouvoir contribuer à l’atteinte des Objectifs du millénaire pour le développement (Omd). Pour ce qui est de la santé maternelle, la planification familiale occupe une place très importante. En dehors de la santé de la mère, il y a aussi celle de l’enfant. La femme constitue l’élément central de la cellule familiale. Quand elle se porte bien, c’est toute la communauté qui y gagne. Nous avons intérêt à ce que la planification familiale soit disponible dans la pyramide sanitaire, pour permettre aux femmes de s’exprimer et participer à l’économie du pays, a suggéré le Dr Diongue.

E. Massiga FAYE

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