Diplômé de l’Institut de Film et de Télévision de Purne en Inde, à 200 kilomètres de Bombay, Modibo Diawara, cinéaste et réalisateur sénégalais, a été directeur des études du Forum média centre de Dakar. Nous l’avons interrogé sur le succès des films hindous
Etes-vous surpris par le succès et l’engouement que le public sénégalais éprouve pour les séries hindoues à la télévision?
« L’Inde a la particularité de démarrer ses premières productions cinématographiques en mettant l’accent sur le mélodrame, la mythologie et le rêve. Ensuite, elle s’est intéressée très rapidement à la dimension commerciale cinématographique. Dans cette perspective, ces dix dernières années, l’Inde a atteint un standard hollywoodien de la production cinématographique et télévisuelle.
En dehors du nombre de productions, 1.000 à 1.500 par an, cet Etat a réussi à créer des produits qui respectent les standards hollywoodiens du point de vue de la valeur de la production, du son, du mixage, des lumières et de la facture du produit fini, lancé sur le marché international.
Aujourd’hui, il y a des acteurs de grandes villes cinématographiques comme Hollywood, Londres et Paris qui participent dans de grandes productions hindoues. Il y a une culture de plus en plus globale qui harmonise les différences du point de vue de la recevabilité et des valeurs qui régissent notre acceptabilité des contenus culturels. Tous les créateurs sont très faits de l’existante d’un espace transnational, global où une certaine qualité régit les produits. Si vous respectez cela, tout le monde va accepter votre produit. On part d’un marché microscopique à un macro-marché de plus de 500 millions de téléspectateurs ou de cinéphiles. La façon dont sont faits les films hindous et la qualité de production de ces contenus en déterminent le succès chez nous. Il y a déjà un substrat codifié et analysé au départ. Cet attachement aux valeurs qui nous font rêver, à la mythologie hindoue et aussi la beauté plastique des acteurs qui sont présentés dans les téléfilms, sont autant de facteurs qui jouent. Aujourd’hui, en parcourant les marchés de Dakar, on trouve des boutiques hindoues. Cela participe à la dynamique de ce substrat culturel qui nous permet d’harmoniser avec tout ce qui est production et culture hindoue ».
Après les longs métrages, la production des séries télévisées est-elle une nouvelle caractéristique du cinéma hindou ?
« L’Inde a développé les arts cinématographiques, parallèlement à la télévision. Ce pays a une diversité culturelle extraordinaire. La télévision était le premier réceptacle pour mettre en forme toutes ses richesses culturelles à travers les Etats de l’Inde. C’est ainsi qu’il y a eu aussi une sorte d’émulation avec tous les Etats de l’Inde dans la production télévisuelle. Dans la réalité des faits, il y a ce qu’on appelle des téléfilms de catégories 1 et 2. Vaidehi fait partie des films de catégorie 2. Ce film n’a pas de grande poussée publicitaire en Inde. Imaginez-vous un pays qui fait près d’un milliard et quelques millions d’habitants avec plusieurs Etats, chaque Etat a sa spécificité culturelle.
Si vous prenez le cas de Calcutta, qui en 1994 faisait 12 millions d’habitants, on peut y trouver des centaines de télévisons ou même plus. Toutes ses télévisions produisent des films du genre Vaidehi. Ce ne sont pas des productions à l’échelle nationale. Il faut que cela soit exceptionnel pour l’être. Il y a aussi une dépendance des réseaux de distribution. Un téléfilm produit à Bombay peut avoir un réseau de distribution qui s’étend des Emirats jusqu’en Afrique de l’ouest. Les films que nous suivons au Sénégal viennent généralement de Bombay, parce que là bas, il y a un grand réseau de distribution. Les plus prééminents sont Ouest Tv et Alsanah qui sont basés à Abidjan en Côte d’Ivoire.»
Propos recueillis par Oumar NDIAYE








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