Mardi soir, l’Institut français de Dakar, dans son programme « Ciné-rencontre », a projeté le film Yoolé (Le Sacrifice) suivi d’une discussion sur le film, en présence de son réalisateur, Moussa Sène Absa. À la différence de ses films précédents, Tableau ferraille (1996) ou Teranga blues (1997), le cinéaste a choisi de se servir du genre documentaire pour parler de ce qui constitue un leitmotiv dans le cinéma, l’émigration.
À partir de la catastrophe qui s’est passée le 29 avril 2006 à la Barbade. Une pirogue qui était partie du Sénégal, contenant 54 passagers, a échoué sur une plage avec 11 cadavres, Moussa Sène Absa a ainsi trouver son sujet.
Sous un angle sophistiqué d’utilisation du montage, on assiste à la poétisation du drame, l’émigration vécu par les familles. Le calme de la mer se remplit d’un émouvant contenu avec la lecture de la lettre d’un jeune émigré à sa mère. Ce rythme change soudainement, lorsque la musique en « crescendo » accompagne des images d’archives des nombreux discours des années de la présidence d’Abdoulaye Wade. Son discours s’oppose aux témoignages des familles qui ont perdu leurs enfants et maris émigrés.
Les spectateurs, lors de cette projection, ont réagi de manière positive par rapport à l’objectif éducatif. En fait, Moussa Sène Absa se proclame un défenseur de l’éducation, qu’il considère comme le principal facteur vers la vraie renaissance africaine. Cet accent atteint son plus haut niveau avec les témoignages des filles à la fin du documentaire. Leurs idées sur l’avenir du Sénégal et le lien au travail sont éloquentes à ce sujet. L’importance du film est irréfutable. Mais il faut noter l’excès de personnification de l’émigration dans le personnage d’Abdoulaye Wade. Cela au détriment d’autres aspects de la réalité de ce sujet. La parole n’est pas donnée à tous les types d’émigrants, d’où la question que l’on peut se poser de savoir : Est-ce que le réalisateur comprend vraiment l’émigration ?
En même temps qu’il a une critique du rôle du gouvernement, et « l’autisme politique » qui caractérise le Sénégal, est-ce que le problème était le Président Abdoulaye Wade ? Qu’est-ce qui se passe avec les émigrants qui ont « réussi » ce « voyage sans retour » dont on parle ? Comment leur expérience est différente de ces émigrants qui n’ont pas pris de pirogue pour aller en Espagne ?
En tout cas, l’abondance de sujets intégrés dans le film ouvre un débat très pertinent à l’intérêt de tous les Sénégalais, qui ne devraient pas rater l’opportunité de voir cette belle œuvre du réalisateur Moussa Sène Absa.
Estrella SENDRA FERNÁNDEZ (stagiaire)








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