Les populations apprécient, mais attendent de voir…
Le 2 avril dernier, Macky Sall a prêté serment et est devenu officiellement le 4e président du Sénégal. Le chef de l’Etat a dépassé le cap symbolique des 100 jours. Des Sénégalais ont analysé son action à la tête du pays. Même s’ils soulignent qu’il est tôt pour dresser un bilan.
En centre-ville, aux alentours de l’Hôpital le Dantec, le trottoir grouille de monde. Dans cette cohue, Absatou Diallo, vendeuse de cacahuètes se raidit. Elle hésite. Puis, elle se laisse aller au jeu des questions-réponses. « C’est tôt pour se prononcer sur un bilan. Il fallait attendre, au moins, un an », souffle-t-elle. La discussion est lancée. Absatou Diallo souligne que le chef de l’Etat a respecté sa promesse en réduisant les prix de certaines denrées de consommation courante, comme le riz, l’huile, le sucre. Toutefois, elle souhaite une baisse substantielle. « Le gouvernement doit diminuer davantage les prix. Nous sommes des mères de famille et la vie est trop dure », avance-t-elle. Pour Ibrahima Sylla, marchand ambulant, « Macky Sall a respecté les engagements qu’il avait tenus lors de la campagne présidentielle sur les questions relatives à la baisse des denrées et sur les audits ». A ses yeux, l’acte fort, c’est d’avoir ramené son mandat de 7 à 5 ans renouvelable une fois. Babacar Baldé estime que les actes que Macky a commencé a posé témoigne de son ambition pour le Sénégal. « Il reste beaucoup de choses à faire, mais je garde espoi r», lance-t-il. La plupart des personnes rencontrées sont rassurées par les premiers actes posés par le nouveau régime.
Toutefois, parmi elles, il y a des sceptiques. C’est le cas de Doudou Sy, militaire de son état. Il souligne que le président Macky Sall avait promis de réduire la taille du gouvernement, mais il a dépassé les 25 ministres avec ses ministres conseillers. « Il nous avait aussi promis des primes et, jusqu’à présent, nous n’avons rien vu », soutient ce militaire.
Balla Sall, responsable du marché Kermel, n’est pas du même avis. Il estime que le président Macky Sall a fait quasiment tout ce que la population attendait de lui. « Ce premier mandat ne sert qu’à redresser le Sénégal, au deuxième mandat, il pourra prouver ce dont il est capable », argumente-t-il. Maty Ndiaye, vendeuse, souligne que les audits sont la seule tâche noire dans l’action de Macky Sall. Elle invite aussi le président à laisser tomber les audits qui, à ses yeux, « ne font pas avancer le pays ». « Ces gens ne sont pas prêts pour rendre l’argent. L’heure est au travail et non pas au règlement de comptes », affirme-t-elle. Abdoulaye Faye, la trentaine, teint noir, apprécie positivement les premières actions du nouveau régime. « Nous voyons une différence nette entre ce gouvernement et celui d’avant », déclare-t-il. Evoquant la décentralisation du conseil des ministres, Maodo Ndao, commerçant au marché Kermel, apprécie positivement cette initiative. « La décentralisation du conseil des ministres permet aux autorités d’être en contact avec les réalités des terroirs et d’échanger directement avec les populations sur leurs problèmes », note-t-il. Ces Sénégalais interrogés pensent qu’on ne peut pas juger un régime en cent jours. Toutefois, ils suivent de près les moindres actions des nouvelles autorités.
Nima DAFF et Adja Magatte DIAL (stagiaires)
Rationaliser les dépenses et satisfaire la demande sociale
Les cent jours du régime de Macky Sall ont été caractérisés, sur le plan économique, principalement par la baisse des prix de certaines denrées alimentaires, la réduction du train de vie de l’Etat et de ses démembrements, l’appui au secteur agricole, etc.
Dans son premier message à la Nation, le 3 avril dernier, le président de la République avait particulièrement mis l’accent sur la réduction du train de vie de l’Etat et de ses démembrements « tout en restant performants », la rationalisation des dépenses budgétaires, mais surtout la prise en charge de la demande sociale.
Le nouveau régime a supprimé plusieurs agences pour réduire les dépenses publiques et s’est attelé à concrétiser une promesse électorale du candidat Macky Sall : baisser les prix des denrées de première nécessité afin de soulager les ménages. Ainsi, les prix du riz, du sucre cristallisé en poudre et de l’huile en fût ont connu une baisse sensible, avec la collaboration de l’Union nationale des commerçants et industriels du Sénégal (Unacois). La révision des prix a entrainé un manque à gagner annuel de 57,9 milliards de francs Cfa pour l’Etat, en ce qui concerne le riz parfumé et le riz ordinaire, l’huile en fût et l’essence, selon un calcul fait à partir du Tableau des prix officiels des produits de consommation, émanant du ministère du Budget. La baisse des prix des denrées courantes est une vieille revendication des Sénégalais, elle leur permet d’améliorer leur pouvoir d’achat qui était jusqu’ici confiné à des dépenses presque exclusivement alimentaires. Il faudra, pour le nouveau régime, aller à l’assaut des autres composantes de la demande sociale (chômage des jeunes, accès au logement, etc.). Sur le plan agricole, après une campagne 2011-2012 calamiteuse du fait de la mauvaise pluviométrie mais aussi des problèmes liés à la qualité et à la mise à disposition à temps des intrants, 2012-2013 s’annonce sous de bons auspices. « Transparence et efficacité » sont les maîtres mots du gouvernement d’Abdoul Mbaye, en matière de choix des fournisseurs d’intrants. La somme de 34 milliards de francs Cfa a été consacrée à l’acquisition d’intrants et de semences pour la présente campagne agricole. L’enjeu maintenant, c’est s’assurer que tous ces efforts de l’Etat pour l’agriculture iront à leurs vrais bénéficiaires, car il faudra combattre le trafic d’intrants à destination de pays limitrophes. Les subventions à l’agriculture n’ont de sens que si elles profitent à nos producteurs.
L’autre défi qui attend le régime de Macky Sall, c’est affranchir cette agriculture des aléas climatiques et s’inscrire dans l’atteinte de l’autosuffisance alimentaire, principalement en riz. La calamiteuse campagne agricole 2011-2012, du fait des pluies absentes au rendez-vous, a rappelé aux Sénégalais l’urgence de ce défi. Certes des acquis sont là (bassins de rétention, fermes Reva), mais il urge de généraliser la maîtrise de l’eau pour mettre fin à l’ennui du paysan qui dure neuf mois sur douze. Il en est de même pour le sous-secteur de l’élevage qui a souffert de la baisse de la pluviométrie. Le Sénégal a frôlé le spectre des années de sécheresse qui avaient décimé une bonne partie de son cheptel. L’Etat a su réagir vite face à l’insuffisance de la couverture herbacée en subventionnant l’aliment de bétail à hauteur de 50 % et en prônant la culture fourragère. Selon le ministre de l’Elevage, Aminata Mbengue Ndiaye, ce sont 14 000 tonnes d’aliment de bétail que l’Etat va acheter au profit des éleveurs. Dans la même veine, le Fonds d’appui à l’élevage est passé de 900 millions à près de 2 milliards de francs Cfa. A côté du bétail, les hommes ont aussi été affectés par la mauvaise saison des pluies de l’année dernière. Certaines localités étaient dans une situation de précarité alimentaire qui avait nécessité la réaction de l’Etat et de ses partenaires, les organisations internationales. Selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (Fao), près de 850 000 familles agricoles et pastorales sénégalaises sont sujettes à des crises alimentaires répétées. Depuis mai, des vivres de soudure sont distribués aux ayants-droit. Dans le domaine de la pêche, le régime de Macky Sall a pris une mesure salutaire en annulant 39 licences de pêche qui avaient été accordées à des chalutiers étrangers, suite à une longue polémique sur le pillage des ressources halieutiques du Sénégal. Jadis très poissonneuses, les eaux sénégalaises ont subi, au fil des ans, une surexploitation industrielle, plongeant les pêcheurs artisanaux dans le désarroi total. Maintenant, l’heure est à une vraie politique de repos biologique pour permettre aux espèces de se régénérer.
Malick CISS
Politiques énergétique : un nouvel espoir est permis
Le Sénégal souffrait d’un problème de vision dans un secteur aussi stratégique que l’énergie. Le président Macky Sall a l’ambition de lancer une politique de diversification des sources de production, avec un accent particulier sur les énergies propres telles que le gaz naturel et l’hydro-éléctricité.
Ingénieur en géologie, le Président Macky Sall a une haute idée de la question énergétique, facteur de croissance, de modernisation de l’économie et de développement social. Le chef de l’Etat est un fervent défenseur des thèses de l’ex Gouverneur de la réserve fédérale des Etats-Unis, Allan Greenspan. Ce dernier est convaincu que la résolution de la question énergétique passe indubitablement par la mise en place de grandes plates formes transfrontalières de production et de distribution de l’électricité. Pour le Sénégal, il s’agira de bâtir ce paradigme autour des organisations comme l’Organisation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal (Omvs) et l’Organisation pour la mise en valeur du fleuve Gambie (Omvg). Des pays comme le Mali l’ont expérimenté et réussi. Ce pays est souvent cité en exemple dans le cadre de son interconnexion avec la Côte-d’Ivoire.
Les énergies propres pour une gestion durable du secteur
C’est dire que des perspectives heureuses s’ouvrent pour le Sénégal avec la centrale de Félou en construction dans le cadre de l’Omvs. Idem pour la centrale au fil de l’eau de Gouina, quasiment prête de même que celles de Gourbassi, Koukoutamba et Boureya. Soit près de 1 500 mégawatts de puissance prévisibles. Par ailleurs, un accord doit être trouvé entre les Etats membres de l’Omvg pour la réalisation des centrales de Sambangalou et Kaléta, pour un cumul de 370 mégawatts. Le cas échéant, on créerait ainsi une vaste plate-forme qui réglera les sempiternels déficits structurels en matière d’électricité que connaît le Sénégal. L’avenir réside donc dans cette plate-forme de réseau interconnecté qui, outre la distribution de l’énergie produite, autorisera des échanges avec des pays comme la Mauritanie, le Mali et même la Côte-d’Ivoire. L’Afrique du nord pourrait aussi nous être d’un grand apport à partir de la ligne de réseau du barrage de Manantali, via le poste de Nouakchott. Autant dire que la construction de ces lignes haute tension sera, à coup sûr, un des piliers de la nouvelle stratégie de gestion durable de la crise énergétique au Sénégal et en Afrique de l’ouest. Les pouvoirs publics prônent aussi une gouvernance du secteur énergétique plus volontariste, rigoureuse, rationnelle et durable dans un pays où le taux de progression de la demande se situe entre 8 et 10 %.
Dans cette dynamique de restructuration du secteur, les énergies propres ou alternatives telles que le solaire, l’éolienne ou le gaz naturel occupent une place prépondérante et offrent d’intéressantes perspectives. C’est tout le sens des récentes découvertes de gaz naturel chez le voisin mauritanien. De sérieuses négociations avec la Mauritanie permettraient ainsi à notre pays d’accéder à cette énergie bon marché dans le cadre de la solidarité entre pays riverains.
Dans la même veine, la promotion de l’utilisation de l’énergie solaire dans les foyers est envisagée. Cela passera par une politique volontariste de détaxation des matériaux et équipements relatifs aux panneaux solaires. Autre innovation majeure, le projet du parc éolien Taïba Ndiaye S.A. Erigé dans le département de Tivaouane, il constitue une sérieuse alternative à la tyrannie de l’énergie thermique. D’un coût global de 213 milliards de francs CFA, ce grand projet apportera 150 mégawatts supplémentaires sur le réseau Senelec. Le contrat d’achat d’énergie sera d’ailleurs signé dans quelques jours entre la société d’électricité et le Groupe Vestas, premier groupe mondial de construction de centrales éoliennes. Le Groupe français Sarréole S.A étant le développeur du projet. D’autre part, les recherches sur le bassin sédimentaire se poursuivent et augurent de lendemains meilleurs.
Corriger les incohérences du Plan Takkal
La nouvelle politique énergétique va aussi repenser le cadre institutionnel et développer le partenariat public-privé(Ppp). A terme, pour une mise en place de solutions durables, la Senelec se concentrera sur les volets distribution et transport d’électricité. L’accélération de la réfection des vieilles centrales thermiques (Kahone, Boutoute, Cap des biches, etc.) est aussi à l’ordre du jour. D’autant plus qu’en attendant cette vaste promotion d’énergies propres dans le pays, les énergies fossiles constituent encore le seul recours. Aujourd’hui, l’Etat continue de supporter tout le poids du secteur en dépensant 6 milliards de francs CFA par mois pour acheter le combustible. Une situation pour le moins intenable à long terme. Petite lueur d’espoir, la production d’énergie via le charbon aura comme conséquence la cession du kilowatt heure à 60 francs CFA contre 125 francs CFA à l’heure actuelle. Une manière habile de contourner l’impopulaire mesure de hausse des prix de l’électricité, longtemps agitée par des spécialistes du secteur. Mieux, la nouvelle politique permettra aussi de pallier les nombreuses solutions de pis-aller tentées par le Plan Takkal et qui consistent à la location à des coûts onéreux de groupes électrogènes pour une production hypothétique de 280 mégawatts.
Mamadou Lamine DIATTA
Education : une année scolaire sauvée, mais…
L’année sauvée, les problèmes en suspens. Telle peut être résumée la situation actuelle du système éducatif sénégalais. Des discussions franches sur le devenir de l’école sont nécessaires. C’est dans ce cadre qu’est annoncée une concertation entre le gouvernement-syndicats d’enseignants.
L’année scolaire et universitaire 2011-2012 aura été l’une des plus agitées durant ces douze dernières années. A tous les niveaux du système – avec certes peu de perturbations dans l’élémentaire – la grève, particulièrement celle des enseignants du moyen secondaire, s’est étalée de décembre à avril, soit Cinq mois. Quant à ceux du supérieur, ils ont boudé les amphithéâtres durant quatre mois.
Les syndicats sont restés inflexibles sur leur position, particulièrement ceux de l’enseignement moyen secondaire, malgré les multiples démarches des bonnes volontés, des associations de parents d’élèves et des organisations de la société civile. Ce bras de fer a été favorisé par un contexte électoral aussi chargé que celui vécu par le Sénégal. Les conséquences sont nettes. Le quantum horaire est très faible, les élèves, les parents désorientés. La menace d’une année blanche se précisait au fur et à mesure que l’année avançait. Puis, Macky Sall est élu. Voulant tenir sa parole, il instruit son nouveau ministre de l’Education nationale, Ibrahima Sall, de discuter avec les syndicats sur cette question aussi majeure que constitue l’école. Ibrahima Sall bénéficie de la compréhension des syndicalistes. Un accord est vite trouvé (en 20 jours). Il porte sur la suspension des mots d’ordre de grève, le temps que le nouveau pouvoir s’imprègne des dossiers. Un nouveau calendrier scolaire établi par les services techniques du ministère de l’Education nationale, en collaboration avec les partenaires sociaux, est adopté.
L’année est prolongée, deux dates proposées pour les examens du Bfem et du Bac. Mais, l’accord est moral, car, n’étant basé que sur la confiance. Les parents sont un peu rassurés. Pour autant, la situation reste inquiétante. Des élèves de Dakar se mobilisent, font le tour du pays pour convaincre leurs camarades à aller vers une année blanche. Ils sont invités à calmer leurs ardeurs. Ils cèdent finalement. Un mois après, des syndicats exigent l’ouverture de négociations sur les accords signés en 2003, 2007 et 2009 auxquels viennent se greffer deux nouvelles revendications : l’augmentation de l’indemnité de logement et celle de surcharge de travail, communément appelée Ird (indemnité de recherche documentaire).
Se pencher sur l’avenir du système
La société civile comme tant d’autres Sénégalais appellent les deux parties à se pencher sur l’avenir du système à travers une large concertation que d’aucuns nomment Assises, d’autres états généraux ou forum. Dans tous les cas, tous sont d’accord (Etat comme syndicats) qu’un dialogue franc et sincère est nécessaire pour trouver un remède à une école malade de ses acteurs. Une refondation est impérative pour arrêter cette spirale de grève qui est en train d’annihiler tous les efforts d’un Etat qui consacre 40% de son budget de fonctionnement, hors dettes et hors dépenses communes, soit entre 26 et 27% de son budget national et entre 5 à 6% de son Pib à l’éducation, avec des résultats très mitigés. Le gouvernement a déjà harmonisé sa position et l’ouverture des négociations avec les syndicats d’enseignants démarre ce soir. Une belle perspective, peut-être. En tout cas, personne ne doit perdre de vue que l’éducation est un droit et la centralité de l’élève doit être au cœur des préoccupations, même si l’amélioration des conditions de travail est tout aussi légitime.
Daouda MANE
Conseil des ministres décentralisé, un concept porteur d’espoir
En optant de décentraliser le conseil des ministres dans les régions, le président de la République, Macky Sall, a voulu rapprocher l’exécutif de la population. Les trois premières rencontres tenues à Saint-Louis, Kaolack et Ziguinchor ont permis d’identifier 155 importants projets pour une enveloppe de 921,7 milliards de francs Cfa.
La décentralisation du conseil des ministres fait partie des innovations apportées par le président de la République, Macky Sall, dès son accession à la magistrature suprême. Cela, dans l’optique de tenir son engagement d’être à l’écoute et au contact de ses compatriotes, mais aussi de permettre aux Sénégalais résidant dans les régions d’avoir le sentiment d’être étroitement associés aux importantes mesures prises à l’issue de ces rencontres et qui changeraient le cours de leur existence. Ce concept novateur, comme l’a dit le chef de l’Etat, participe de son souci de rapprocher les administrés des gouvernants. « Il nous parait important que le président de la République, le Premier ministre et l’ensemble du gouvernement puissent parfois sortir de Dakar et voir de près les réalités des populations, échanger avec les collectivités locales, avec les autorités locales, les populations elles-mêmes », avait déclaré Macky Sall. Ces conseils des ministres délocalisés constituent ainsi, pour le gouvernement, un mode de travail en immersion contextuelle. Le Premier ministre préside, la veille, un conseil interministériel sur les questions de développement du terroir, de la capitale régionale qui abrite le conseil des ministres. Bref, de l’ensemble des problèmes de développement de la région. C’est aussi une opportunité, pour les ministres, de tâter le terrain, d’inspecter des réalisations de leur département, d’être à l’écoute des populations, de les sensibiliser à leur politique d’émergence.
Engouement
Les régions de Saint-Louis, Kaolack et Ziguinchor ont été les premières à abriter ces assises républicaines en attendant Diourbel et Louga. Pour bon nombre d’observateurs, l’organisation des conseils des ministres décentralisés n’est pas une simple innovation. Au plan de la symbolique, elle est bien plus. Partout, cette démarche favorisant le renforcement des échanges entre les gouvernants et les gouvernés a été fortement magnifiée. Ces conseils des ministres décentralisés revêtent, donc, une importance toute particulière car étant une occasion exceptionnelle, pour les populations et les autorités, de présenter les doléances de leurs villes respectives, les difficultés rencontrées qui freinent leur développement.
921, 7 milliards de francs Cfa pour 155 projets
De ce fait, cette délocalisation est porteuse d’espoir dans la mesure où elle pourrait permettre de redynamiser l’économie des régions ciblées et de relancer les différents projets qui souffrent d’un grand retard dans leur réalisation. A l’issue des trois premières éditions des conseils des ministres délocalisés, plusieurs mesures ont indéniablement marqué les esprits, parce que se rapportant à des questions pour lesquelles les populations attendaient des réponses.
Des programmes d’investissement prioritaire ont été dégagés, aussi bien à Saint-Louis qu’à Kaolack et Ziguinchor. Ils concernent quelques 155 projets majeurs pour un montant global de 921, 7 milliards de francs Cfa. A Saint-Louis, par exemple, 46 projets majeurs ont été ficelés pour un montant de 306,7 milliards de francs Cfa couvrant la période 2012-2014. A Kaolack, le gouvernement a envisagé de doter ladite région d’un budget de 255 milliards de francs Cfa destinés à financer une cinquantaine de projets structurants. A Ziguinchor, 360 milliards de francs Cfa seront injectés pour 54 projets. Autant de projets qui ne manqueront pas de booster des secteurs, comme l’agriculture, l’élevage, la pêche, l’assainissement, la santé, l’environnement, le tourisme, la culture, le transport, entre autres, pour un meilleur développement national. Toutes ces grandes décisions prises au cours de ces tournées républicaines révèlent la volonté affichée du président de la République de passer du discours aux actes.
Retombées
La tenue des conseils des ministres décentralisés constitue de véritables moteurs économiques pour les villes qui les abritent. Cet impact économique provient notamment de plusieurs secteurs, surtout celui de l’hôtellerie, de la restauration. Le séjour des membres du gouvernement et de leurs délégations coïncide avec une période de basse saison où les hôtels sont vides au quart. De ce fait, les hôtels affichent complet sur tout le périmètre communal. Donc, c’est pratiquement tous les hôteliers qui bénéficient des retombées. Idem pour les restaurateurs, qui affichent un beau sourire grâce au fort taux de fréquentation de leurs établissements durant ces deux ou trois jours. Les autres secteurs qui se frottent les mains sont, entre autres, le transport, le commerce. Avec ce nouveau concept, le président Macky Sall et son gouvernement seront sur le terrain pour constater de visu les réalités liées au vécu des populations. Cette démarche ambitieuse augure, aujourd’hui, des lendemains meilleurs et pourrait même amener les plus sceptiques à regarder l’avenir avec beaucoup plus d’optimisme.
Samba Oumar FALL
Initiatives, ruptures, promesses : le chantier de la nouvelle République
Le président Macky Sall avait promis d’être un président de rupture qui se passera des fastes sans découronner le pouvoir et qui s’attachera à redonner aux institutions leur crédibilité. Les premiers jours de sa présidence laissent espérer que son quinquennat sera tranquille.
Depuis le 25 mars, Macky Sall s’emploie, avec flegme, à démentir cette certitude qui voudrait que l'autoritarisme, le narcissisme et l'éruptivité soient des attributs consubstantiels au pouvoir. Candidat à la présidentielle, le patron de l’Alliance pour la République avait formulé le principe d’une quotidienneté politique tranquille et d’une présidence sereine. Le contexte qui mettait aux prises une flamboyance embarrassante du pouvoir aux poussées citoyennes pour une République égalitaire, était brûlant comme un feu de cheminée. Disputes politiques interminables, occupation quotidienne de la rue, répression policière, etc. Comme pour rompre avec cette angoisse bifide, les Sénégalais ont approuvé, de bonne foi, cet idéal proclamé d’un pouvoir serein et tourné vers la résolution de leurs vrais problèmes.
Les premiers jours de la présidence de Macky Sall laissent espérer que son quinquennat sera tranquille, malgré le bruit assourdissant des audits et des auditions surmédiatisés de personnalités de l’ancien régime, fera flotter un vent de fraicheur dans la pratique politique au Sénégal. Des voix se lèvent, pourtant, pour torpiller la faiblesse du nouvel homme fort du Sénégal, son indécision, son incapacité à arbitrer, comme dans l’actuel vaudeville qui se joue à l’Assemblée nationale pour le contrôle du Perchoir. Cependant, dans l’exercice du pouvoir, dans la gestion de l’Etat, dans la résolution des conflits qui naissent dans son camp politique ou dans l’espace public, dans l’articulation et l’arbitrage à opérer entre les devoirs et les droits, l’homme d’Etat ne doit se prévaloir que de la lucidité, seule apte à chasser l’abus et à conserver l’essentiel. Dans sa démarche, le chef de l’Etat sénégalais voudrait contredire Paul Valéry qui écrivait avec ironie que « le pouvoir sans l’abus n’offre aucun charme ». Contredire les mauvais usages n’est guère amoindrir l’Etat. La simplicité n'est pas moins créatrice d'élégance que la profusion. C'est d'être un homme parmi les hommes et de ne se sentir distingué que par l'élection qui est un honneur et non pas une licence.
Crédibilité, maître mot de la République
La nouvelle République en chantier se veut crédible. Une République vertueuses de citoyens qui bannit l’arrogance et les passe-droits. Une République dans laquelle le respect de la parole donnée est un instrument de bonne gouvernance. Maître d’œuvre de ce chantier fondateur, Macky Sall n’a pas voulu céder aux emportements des caciques de son parti qui le pressaient de revenir sur sa promesse d’écourter son mandat présidentiel. Il sait que l’avènement d’un homme à la tête de son pays lui ouvre une fenêtre pour s’engouffrer dans l’histoire. Seuls ses actes lui garantiront une place, enviée ou non, dans la mémoire de ses compatriotes. Cette quête de crédibilité est, sans doute, le moteur qui sous tend sa promesse de ne protéger personne, de promouvoir une justice impartiale au service de tous les citoyens. Rendre compte, désormais, devient un principe ordinaire dans notre démocratie.
Fin de la gestion solitaire du pouvoir
Le nouveau pouvoir qui s’est installé, il y a 100 jours, a ceci de particulier : il est un pouvoir partagé. Bien sûr, c’est un homme qui a été élu. Qui est seul responsable des destinées du Sénégal. Qui devra rendre compte. Mais la consanguinité d’intérêts entre forces politiques d’obédiences diverses est une marque de fabrique de ce nouveau pouvoir. Macky Sall est parvenu à bousculer un Parti démocratique sénégalais engoncé dans ses dogmes en tendant la main à d’autres forces. D’abord dans le cadre de la coalition « Macky 2012 », ensuite dans « Benno Bokk Yaakaar », le patron de l’Apr était un candidat rassembleur et perturbateur. Un présidentiable rassurant et discipliné. Le mercredi 21 mars à Thiès, en pleine campagne électorale pour le deuxième tour de la présidentielle du 25 mars, Macky Sall avait appelé ses alliés à « gagner ensemble et à gérer ensemble ». Depuis sa victoire, il a donné corps à sa promesse en mettant fin à la gestion solitaire du pouvoir. Idrissa Seck, Moustapha Niasse et Ousmane Tanor Dieng, d’abord ses concurrents, sont aujourd’hui dans le camp de la majorité où ministres et députés de leurs camps font légion. Impliqués dans l’entreprise de refondation de la République, ces leaders ne laissent pas entendre, pour chacun d’entre eux, la musique personnelle.
Sidy DIOP








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