A la place des discours sur la gravité de la situation au Mali, le président de la République, Macky Sall, est pour des actions concrètes et immédiates. Devant ses homologues africains réunis au Sommet de l’Ua à Addis-Abeba, il a proposé une opération militaire rapide sous mandat de l’Onu pour la libération du Nord du Mali et la lutte contre les groupes terroristes.
Addis-Abeba (Ethiopie) - « Il nous faut la mise en place rapide d’une opération militaire sous mandat onusien qui collaborera avec l’armée malienne pour libérer le nord et lutter contre les groupes terroristes », a déclaré hier, à Addis-Abeba, le président de la République, Macky Sall. Le chef de l’Etat réagissait sur le rapport présenté à la conférence des chefs d’Etat par le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine sur la situation au Mali. Le président Sall a estimé que le règlement pacifique, dans le respect de l’unité et de l’intégrité du territoire du Mali, est préférable, mais, a-t-il précisé, « nous devons absolument et sans tarder nous tenir prêt pour recourir aux moyens conformément au chapitre 7 de la charte des Nations Unis ». Le chef de l’Etat a ajouté que la paix et la sécurité internationale sont menacées dans le nord Mali.
Il a appuyé l’idée du président Idriss Deby du Tchad qui propose la mise en place d’un groupe de contact pour l’adoption d’une décision exprimant la volonté commune des chefs d’Etat de faire face à la crise malienne. « Nous devons agir vite. On ne le dira jamais assez, chaque jour que nous perdons est un jour de gagné pour les forces sans Loi qui veulent imposer à notre continent le règne de la terreur », a averti le président Sall.
Pour le chef de l’Etat, les milices d’occupation du nord Mali ne peuvent être stoppées par de simples déclarations non suivies d’effets. « Autant la médiation du président Faso doit être encouragée et appuyée, autant il faut l’appuyer avec des moyens militaires à même de faire face aux milices surarmées », a lancé le président de la République qui estime que le président sud-africain, Jacob Zuma a raison de dire que la crise en Libye a été l’une des causes du développement de la situation au Mali.
C’est pourquoi, Macky Sall a demandé aux présidents d’Afrique d’agir immédiatement. « Il nous faut une résolution ferme, claire et précise soutenant la Cedeao dans sa décision de faire une intervention militaire. Monter la force n’empêche pas de privilégier le dialogue avec les Touaregs », a-t-il estimé.
Analysant la complexité de la situation au Mali, le président Sall a dit que l’Afrique fait face à un cas unique où se superposent, à la fois, une crise institutionnelle à travers le coup d’Etat, une rébellion séparatiste, des activités terroristes savamment organisées et des trafics de drogue avec des armes de toute sorte. « Chacun de ces aspects est un sujet de grave préoccupation. Nous devons, à présent, dépasser les discours sur le constat de la gravité et nous orienter vers l’action par la prise de mesures immédiates visant notamment l’élargissement de la composition du gouvernement de transition », a indiqué M. Sall. Pour le président de la République, l’élargissement du gouvernement de transition est « un impératif qui pourrait être réalisé dans les meilleurs délais ». « Un gouvernement de transition plus inclusif qui puisse avoir la légitimité d’engager la reconquête du nord. Il nous faut assurer la reconquête du nord en rapport avec l’armée malienne et les institutions de la transition », a-t-il laissé entendre. Le président Sall a poursuivi : « il faut exiger le retrait des militaires de la scène politique de façon nette et poursuivre les règles de gouvernance civile ».
De notre envoyé spécial Babacar DIONE
Marathon diplomatique
Les premiers pas du président Macky Sall à l’Union africaine se sont faits à un rythme soutenu à Addis-Abeba où s’est tenu le 19ème sommet de l’Ua.
Dès le lendemain de son arrivée, samedi dernier, le chef de l’Etat, Macky Sall, a présidé deux réunions en présence de certains de ses homologues africains. En dirigeant les travaux du 17ème Forum des chefs d’Etat et de gouvernement du Mécanisme africain d’évaluation par les pairs (Maep), il a salué le rôle éminent dans l’alerte et la prévention des crises en ces temps de tumultes et de soubresauts. En ces lieux d’histoire africaine où Diori, Senghor, Nkrumah, Mohamed V, Nasser, Nyerere, Sékou Touré, Modibo Keïta, Hailé Sélassié…. ont posé les jalons de l’unité du continent le 25 mai 1963, Macky Sall a appelé ses pairs à unir les efforts pour faire face à la persistance de la crise économique qui risque d’annihiler les efforts de développement.
En présence du dernier survivant des pères fondateurs de l’organisation, Keneth Kaunda, le chef de l’Etat a annoncé que le Sénégal recevra prochainement le Maep pour lancer le processus d’évaluation de notre pays. C’est le début de sa marque personnelle dans cet espace d’échanges diplomatiques. Devant Jacob Zuma, Hélène Johnson Sireleaf, Boni Yayi et autres, il a invité ses homologues à mettre l’accent sur le suivi post-évaluation qui permettra de veiller sur les recommandations.
Après le Maep, le président Macky Sall a présidé, le 27ème sommet du Comité d’orientation des chefs d’Etat et de gouvernements du Nepad. Le Sénégal assurant la vice-présidence et en l’indisponibilité du Premier ministre éthiopien, Mêlés Zenawi, le chef de l’Etat, accompagné du ministre des Affaires étrangères, Alioune Badara Cissé, et de celui de l’Economie et des Finances, Amadou Kane, a accompli son rôle avec autorité, efficacité et amabilité. Le même jour, ce fut au tour de la rencontre de haut niveau des commissions économiques régionales sur le commerce intra-africain d’accueillir Macky Sall.
Il en sortira pour prendre part à la réunion du Comité des 10 chefs d’Etat sur la réforme du système des Nations unies. Le continent réclame au reste du monde deux sièges de membres permanents du Conseil de sécurité et, pour cela, a besoin d’harmoniser les efforts de tous les pays membres de l’Union africaine qui célèbre, cette année, ses dix ans d’existence. Depuis dix ans que le passage du relais s’est fait entre la vocation d’une « unité » et celle plus ambitieuse d’une « union », l’organisation continentale ressent le besoin de se doter d’un véritable parlement, avec un réel pouvoir pour légiférer. Une construction qui ne serait efficace qu’avec la mise en place d’un exécutif régional.
Pour cela, faut-il passer à la création d’une (Haute) autorité ou s’en tenir à l’actuelle Commission dont la présidence était l’un des enjeux forts de ce sommet ? Entre le rempilant Jean Ping du Gabon et Nkosazana Dlamini-Zuma, soutenue par la puissante Afrique du Sud, le coude à coude serré a été tranché au terme d’un marathon diplomatique durant lequel les efforts n’ont pas été ménagés.
Correspondance particulière de Abou Abel THIAM








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