Hachim El Ayoubi, secrétaire exécutif de la Comhafat : « Avec une part de 2 %, l’Afrique est en marge du développement de l’aquaculture »

Le secrétaire exécutif de la Conférence ministérielle sur la coopération halieutique entre les Etats africains riverains de l’Océan Atlantique  (Comhafat), Hachim El Ayoubi, a pris part à Rome à la 30ème session du Comité des pêches de la Fao  (9 - 13 juillet 2012). Il estime qu’il y a un enjeu commun qui est de dynamiser la participation de l’ensemble des parties prenantes pour mettre en place des politiques cohérentes de gestion.
La 30ème session du Comité des pêches de la Fao a été marquée par la participation des organisations de la société civile (Osc). Quelle est la part de la Comhafat dans cette responsabilité ?  
«La pêche représente une importance considérable pour nos pays. C’est même un produit stratégique du point de vue de la sécurité alimentaire. Dans certains pays comme le Sénégal, la pêche représente une importante source de devises et joue un rôle majeur dans le domaine socio-économique. La composante pêche artisanale est particulièrement importante et a besoin d’un encadrement important, il faut un suivi et mettre davantage l’accent sur la bonne gestion de manière à ce que ce secteur soit durable et efficient, au profit des populations et même au-delà. En plus de la production, le secteur de la pêche a aussi un rôle fédérateur. Mais c’est un secteur qui a aussi beaucoup de défis. Nous essayons, à notre niveau, d’apporter des éléments de réponse en appuyant les pays membres à mieux connaître leurs stocks, à mieux mettre en synergie leurs actions et à donner une visibilité sur la mise en commun des moyens. C’est comme cela que nous pourrons être utile et apporter des contributions efficaces.»

Quelle est le rôle et la mission de votre organisation dans la gestion des stocks pélagiques ?
«Nos pays ont besoin de beaucoup d’appui. D’abord la Fao qui est l’organisation mère a travaillé depuis un certain nombre d’années sur ces questions. Mais nous considérons que beaucoup plus d’initiatives et d’efforts restent à faire et notre organisation, la Comhafat qui regroupe 22 pays sur la façade Atlantique, essaye de réagir auprès d’organisations sœurs de manière à contribuer à une gestion et à appuyer les pays à différents niveaux. Cette contribution s’inscrit dans le cadre d’une logique de coopération internationale pour améliorer le cadre de gestion. Il s’agit de promouvoir et de renforcer la coopération régionale. La pêche est par nature régionale donc il faut l’appuyer en prenant bien en compte la dimension régionale. Pour développer, coordonner ou harmoniser les efforts, notre organisation joue un rôle important au niveau international. En même temps notre organisation contribue aussi à dynamiser l’ensemble des secteurs économiques nationaux sur la base des effets induits et qui peuvent résulter de l’exploitation des ressources halieutiques. Notre objectif, c’est de susciter une meilleure utilisation et la valorisation des ressources halieutiques.»

Les négociations pour les nouvelles directives sur la pêche artisanale et l’aquaculture sont en cours jusqu’en 2013. Quelles stratégies comptez-vous mettre en œuvre pour la promotion de ce secteur ?
«La région couverte par la Comhafat est composée de 22 pays bordés par l’Océan Atlantique, de la Namibie au Sud jusqu’au Nord du Maroc. La longueur de nos côtes a atteint 14 600 kilomètres pour une population de 353 millions. Et comme je l’ai dit tantôt, l’importance que représente la pêche en général, et la pêche artisanale en particulier, aussi bien sur le plan économique que social, n’est plus à démontrer. Concernant la pêche artisanale particulièrement, nous devons davantage mettre l’accent sur la gestion. Pour ce qui est de l’aquaculture, vous savez qu’il y a un défi en Afrique, dans notre zone en particulier, d’autosuffisance alimentaire. Donc notre organisation essaye de développer une stratégie compte tenu de l’importance de la population. Malheureusement, l’Afrique est restée en marge du développement de l’aquaculture puisqu’elle ne représente que 2%. C’était souvent un secteur de substitution qui vient en appui mais jamais un secteur développé en tant que tel. Par conséquent, il est évident que l’amélioration en termes d’approvisionnement des marchés passe par une production basée sur une pêche durable et une meilleure utilisation des captures.»

Les Osc étaient présentes au Comité des pêches pour revendiquer une participation active aux prises de décisions concernant leur secteur d’activité. Comment avez-vous apprécié cette présence ?
«Je vais effectivement faire le lien avec ce que je disais plus haut. C’est vrai que l’aquaculture africaine est encore à ses débuts, mais il y a un grand dynamisme dans le secteur de l’aquaculture dans la région, particulièrement dans certains pays de la Comhafat comme le Ghana et le Nigeria. Donc il y a encore un déficit en matière de production. Nous avons travaillé sur cette question depuis un certain temps et particulièrement ces deux dernières années. Il y a eu une rencontre à Libreville (Gabon) organisée par la Comhafat où la première action que nous avons faite est de changer même les attitudes et voir comment être en phase avec la réalité. Et la meilleure manière, c’était d’associer la société civile au processus. Une manière de faire en sorte qu’elle soit partie prenante non seulement dans la formulation des programmes de coopération, mais aussi dans les prises de décisions. Si l’implication des organisations professionnelles n’est pas garantie, ce serait difficile d’assurer des politiques cohérentes. Donc il y a un enjeu commun qui est de dynamiser la participation de l’ensemble des parties prenantes.»

Propos recueillis à Rome par Adama MBODJ

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