TAMARIN, JUJUBE, « soump »... : La domestication des fruits de la forêt peut améliorer les rendements

Jadis considérés comme de simples fruits sauvages, les espèces comme le tamarin, l’anacarde, le jujube, le « soump », etc., connaissent désormais un statut plus valorisant. Leur domestication fait nourrir une grande ambition aux chercheurs de l’Institut sénégalais de recherche agricole pour une amélioration des rendements et une meilleure exploitation de ces espèces.
Grâce aux résultats de la recherche, les arbres fruitiers de la forêt comme le tamarin, l’anacarde, le fruit du baobab, le jujube, le «soump», etc., peuvent avoir plus de rendements dans un cycle de maturation très court. Un atelier d’échanges et de partages a été organisé, hier, par l’Institut sénégalais de recherche agricole (Isra) pour justement faire connaître les résultats obtenus dans la valorisation de ces arbres fruitiers. Les trois thèmes sur lesquels les chercheurs et les techniciens ont échangé hier, ont porté sur la domestication des arbres fruitiers forestiers, la mise en place ou la promotion d’entreprises forestières, et l’écophysiologie du tamarinier (sa répartition géographique, l’état du peuplement au Sénégal, et les techniques de conservation ou de pérennisation de cette espèce). Il s’agit d’un nouveau processus qui, s’il est maîtrisé et bien connu à la base, peut jouer un rôle important dans la sécurité alimentaire, mais aussi dans la nutrition chez les populations notamment en milieu rural. Ainsi, l’ambition affichée de l’Isra (en collaboration avec les services de développement comme l’Ancar et la direction des Eaux et Forêts) est une vulgarisation à grande échelle de ces activités de recherche. «Nous avons vu que ces fruitiers forestiers présentent une richesse au plan organisationnel organoleptique, de leur composition physicochimique, et permettent de régler cette question de malnutrition donc assurer un équilibre nutritionnel en milieu rural», estime le directeur général de l’Isra, Dr. Macoumba Diouf.
Mais cet aspect nutritionnel est encore moins important que la rentabilité économique de ces fruitiers forestiers qui, avec la domestication, sont désormais maitrisés, et donc peuvent être pérennisés et surtout donner plus de fruits (amélioration des rendements et la génération de revenus). «C’est un ensemble de retombées sur la population sénégalaise qui nous encourage à vulgariser ces résultats importants que l’Isra a obtenu sur différentes espèces fruitières qui étaient uniquement sauvages mais qui sont maintenant domestiquées et cultivées», se réjouit le Dr. Macoumba Diouf.

Menaces  écologiques
C’est le cas du tamarinier, jujubier («sidèm»), le «mad» (saba senegalensis), le «ditakh» (paranitès), des espèces destinées à la cueillette et qui étaient accessibles à tout le monde mais pour des quantités limitées. L’objectif des chercheurs est donc de faire en sorte que ces quantités augmentent et qu’elles s’éternisent. Parce que, comme l’ont révélé les chercheurs, ces espèces font l’objet de menaces d’ordre écologique (les changements climatiques et le déficit pluviométrique) qui ont entraîné une forte régression de ces espèces dans certaines zones. Ces espèces font également l’objet d’une surexploitation exagérée et d’autres facteurs qui font que leur régénération est presque nulle. Si rien n’est fait, avertissent les chercheurs, dans quelques années, certaines d’entre elles vont disparaître, et cela va compromettre un certain nombre d’atouts (la plupart de ces espèces fruitières forestières jouent un rôle important dans la pharmacopée traditionnelle). Sachant leur rôle primordial dans la pérennisation et l’augmentation de la productivité de ces fruitiers sauvages domestiqués, les chercheurs sont disposés à accompagner les privés pour la transformation positive (en opportunités d’affaires) des résultats de la recherche. Des résultats qui ont été déjà finalisés et ne demandent qu’à être portés à la connaissance du grand public.
La Cellule de lutte contre la malnutrition, l’Usaid dans le cadre du Pce (programme de croissance économique) peuvent par exemple appuyer le Sénégal dans la vulgarisation de certaines chaînes de valeur. L’idée ainsi émise est de développer un partenariat entre l’Isra en tant que générateur de l’innovation et de la connaissance, l’Ancar en tant qu’agence de vulgarisation, et la direction des Eaux et forêts en tant que structure de développement pour, ensemble, élaborer un projet national à soumettre au gouvernement et aux partenaires afin que chaque producteur dans sa zone puisse disposer de ces résultats. La finalité est d’arriver à une généralisation de toutes ces connaissances qui s’appliquent à toutes les espèces.

Sélection de variétés améliorées
Pour la plupart des fruitiers forestiers, la recherche a permis une bonne réduction de leur cycle de fructification. Par exemple, pour le baobab le cycle a été réduit de 20 ans (son cycle normal) à 5 ans. C’est la même trouvaille avec le tamarin dont le délai de maturité a été ramené de 15 ans à 4 ans. De 4 ans, le cycle de maturation du jujubier peut être ramené à un an. «Il faut au niveau de ces espèces également sélectionner les variétés améliorées et nous le faisons en rapport avec les populations qui nous orientent sur le choix des espèces à améliorer», explique Habibou Gaye du Centre national de recherche forestière à l’Isra.
Selon ce dernier, le raccourcissement des cycles de fructification et la sélection de variétés améliorées permettent d’avoir maintenant des variétés performantes et productives qui intéressent les populations notamment en milieu rural. Il donne l’exemple du manguier que l’on considère plus comme une espèce forestière mais qui est horticole. «Il faut qu’on en arrive là avec les autres espèces comme le tamarinier, le jujubier, le baobab, etc. On réduit les cycles de fructification tout en maîtrisant les techniques  de multiplication grâce au greffage avec des sujets améliorés», explique M. Gaye.
L’amélioration permet d’obtenir des fruits de qualité, il faut procéder de la même façon pour sortir ces espèces-là de la forêt. Ces acquis peuvent, par exemple, booster davantage les revenus de l’anacarde qui est un produit d’exportation très important.

Adama MBODJ

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