Le Pr. Boucar Diouf, chef du service néphrologie à l’Hôpital Aristide Le Dantec, affirme que la gratuité de l’hémodialyse est effective, même si tous les malades ne peuvent pas en bénéficier à cause de déficit d’appareil. Il révèle qu’un autre centre sera ouvert à Dakar pour prendre en charge deux groupes de 20 malades. D’autres unités seront également implantées à l’Hôpital général de Grand Yoff, à Touba, Kaolack, Ziguinchor et Tambacounda.
La gratuité de l’hémodialyse est-elle réellement effective ?
« La mesure est effective. Depuis le 2 juillet dernier, dans le service public, l’hémodialyse est gratuite aussi bien à l’Hôpital Le Dantec qu’à l’Hôpital de Saint-Louis ou encore à l’Hôpital Principal. Les malades peuvent confirmer ces informations ».
Comment vos services gèrent-ils cette nouvelle mesure ?
« Il n’y a pas eu de souci particulier, parce qu’il y a une continuité dans le travail. Nous avons juste eu à faire des réadaptations administratives par rapport à l’hôpital pour revoir un peu l’accès et la traçabilité des actes. Car il faut que l’on sache exactement ce que nous faisons. Nous nous sommes réadaptés. Nous n’avons pas de problème particulier ».
La gratuité a-t-elle entraîné une ruée des malades ?
« Le seul gros problème, en ce moment, c’est le rush. Il faut que les personnes comprennent que l’hémodialyse nécessite des machines. Le nombre d’appareils est limité. En plus de cela, il y a des patients qui font la dialyse 3 fois par semaine. Il y a deux groupes : l’un du lundi, qui revient mercredi et vendredi et l’autre du mardi, qui revient jeudi et samedi. Donc, si on réunit les deux groupes, le centre est plein. Dans ce cas, il faut attendre après la fin d’une séance d’un malade pour recevoir un autre. Pour guérir de la maladie, il faut une transplantation rénale. Les malades sont transplantés en Afrique, en Europe ou ailleurs. Normalement, si l’Assemblée nationale vote la loi et nous donne l’autorisation, la transplantation pourrait se faire. Tant qu’un malade n’a pas terminé sa séance, nous ne pouvons pas mettre un autre à sa place. Nous avons actuellement un centre de 14 postes. Nous sommes en train de mettre en marche un deuxième centre qui a, à peu près, 10 postes et qui prendra deux groupes de 20 personnes. Il y a déjà deux machines qui fonctionnent. Il nous reste à acquérir les huit machines pour pouvoir le faire marcher. La gratuité est donc entrée en vigueur pour les malades qui sont dans le public. Et dans les centres de dialyse, le nombre de patient est limité. Je crois que la décision du gouvernement de mettre en œuvre d’autres centres est salutaire ».
Qu’est-ce qu’il vous faut comme mesures d’accompagnement ?
« La chance que nous avons dans ce programme, c’est que la concertation est permanente. Les professionnels de la santé, le ministère de la Santé, l’association, en général, prennent les décisions de manière collégiale. Dans un futur proche, c’est-à-dire, d’ici à la fin de l’année 2012, l’on assistera à la création d’autres centres de dialyse. Le marché a été attribué. Le marché du génie civil et de l’équipement a aussi été attribué avant les élections. Ces centres concernent l’annexe de l’Hôpital Aristide Le Dantec, l’Hôpital général de Grand-Yoff ainsi que les hôpitaux de Touba, Kaolack, Ziguinchor et Tambacounda. Il faut savoir que la composition du budget a été modifiée au ministère de la Santé et de l’Action sociale de telle sorte que, dès que le projet de loi sera voté par l’Assemblée nationale, nous pourrons démarrer les travaux d’ici à la fin du mois, et ouvrir les centres d’ici à la fin de l’année. Toutefois, une dialyse n’est pas une perfusion. L’on devrait se donner un délai de 5 mois pour voir comment les choses évoluent. Au bout d’un mois, nous ne pouvons pas changer, ni juger la situation de l’hémodialyse ».
Travaillez-vous à renforcer la prévention ?
« Nous célébrons la Journée mondiale du rein qui est une occasion pour sensibiliser. Malheureusement, nous n’avons pas pu le faire. L’autre chose que nous faisons, c’est que nous formons des techniciens supérieurs en néphrologie. Ces techniciens sortent de l’Ecole nationale de développement social et sanitaire (Endss), mais la formation se fait ici. Nous affectons les formés dans différentes régions, afin qu’ils servent déjà de veille pour les recueils de demain. Dans le budget de 2013, il est prévu la réalisation d’une enquête nationale sur l’insuffisance. Il est important de savoir le nombre d’insuffisants rénaux au Sénégal. Les chiffres que nous avons sont basés sur l’extrapolation à partir du nombre de malades de la Tunisie et aussi sur sa population. Nous sommes en train d’élaborer un livre qui s’appellera « le recueil des normes et protocoles ». Cela signifie qu’à chaque niveau de la pyramide sanitaire du Sénégal, nous allons donner des directives de détection et de prévention depuis l’agent de santé communautaire, jusqu’à l’hôpital de grand niveau. Nous espérons le valider d’ici à la fin de l’année ».
Propos recueillis par Nima DAFF (stagiaire)








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