L’expert sénégalais en éducation à la retraite et directeur du Cabinet d’appui à la recherche en éducation et pour la formation (CAREF), Meissa Ndiaye Bèye, a revisité, dans une contribution parvenue jeudi à APA, les politiques linguistiques du Sénégal durant l’ère coloniale.
M. Beye qui intervenait dans le cadre du programme Jangandoo (apprendre ensemble en langue wolof) initié par le Laboratoire de recherche sur les transformations économiques et sociales (LARTES) de l’IFAN Cheikh Anta Diop, estime que « la conquête coloniale parachevée en octobre 1886, avec la disparition du dernier des paladins, Lat-Dior, avait permis à l’Empire colonial français d’asseoir son influence sur la Colonie du Sénégal d’alors ».
Dès lors, ajoute-il, au-delà de la pacification, l’Empire colonial devait y faire prospérer sa culture, dans le cadre de la « mission civilisatrice » de la France, par le biais de l’école.
L’occupation territoriale s’accompagna ainsi d’un choc culturel et d’un bouleversement des valeurs et d’un travestissement des cultures traditionnelles.
« Aussi, toute la politique linguistique consistait en une marginalisation des langues, dans une optique d’acculturation et d’assimilation », soutient M. Bèye.
Pour lui, c’est dans cette perspective que l’on comprend mieux l’usage des concepts de « dialectes », de « langues indigènes » et de « langues vernaculaires » inaptes à promouvoir une dynamique de développement endogène.
La politique linguistique de l’époque, consistait donc en une marginalisation, au confinement des langues nationales et au ravalement de la langue arabe à un statut purement symbolique.
« Il aura fallu que s’opèrent des mutations intellectuelles et sociales, après la première guerre mondiale, à travers les mouvements d’émancipation, avec la figure de proue de Lamine Senghor pour que, pour la première fois, soit posé le droit à une éducation pour tous et même le recours aux langues nationales comme moyens d’instruction et d’éducation », affirme M. Bèye.
Avec la nécessité de structurer le secteur de l’enseignement, le Gouvernement de l’AOF (Afrique occidentale française) prit un arrêté en 1903, organisant l’enseignement au Sénégal avec la décision majeure, de faire du Français, l’unique médium d’enseignement-apprentissage.
Ainsi, soutient M. Bèye, tous les programmes du Sénégal furent les pâles copies des programmes, conformes à ceux de la Métropole « et, à l’école primaire, il était absolument interdit l’usage de toute langue locale, avec la présence du "symbole" et celle du "bonnet d’âne" pour tout élève surpris à parler une autre langue que le Français ».
De l’avis toujours de cet expert en éducation, « aucune politique d’émergence de nos langues ne fut promue malgré l’éloquent plaidoyer du député Léopold Sédar Senghor au Palais Bourbon, en 1946, prolongé plus tard, par le remarquable travail des étudiants sénégalais du groupe de Grenoble, en France, parmi lesquels, il y a lieu de magnifier, le rôle et la place stratégique d’un Cheikh Anta Diop ».
Il en fut ainsi en matière de politique linguistique, jusqu’à l’accession du Sénégal à l’indépendance.
Source: APAnews








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