Thierno BOCOUM, responsable de REWMI et député à l’assemblée nationale : « Le Sénat ne doit pas être un prolongement de l'Exécutif »

Responsable des jeunes de «Rewmi» (le parti de Idrissa Seck) et député à l’Assemblée nationale, Thierno Bocoum soutient que l’un des défis majeurs des nouvelles autorités est de continuer à faire rêver les Sénégalais qui fondent beaucoup d’espoirs en elles. En réussissant à changer le régime de Wade, le peuple a, selon lui, donné un signal fort aux politiques. En tout cas, souligne Thierno Bocoum, il ne sera pas question, à l’Assemblée nationale, de voter des lois scélérates. « Nous ne sommes pas des députés d’une coalition ou d’un parti politique, mais des députés du peuple », martèle-t-il, sans ambages.

La 12ème législature a été installée fin juillet. Quel commentaire en faites-vous ?
«C’est une très grande fierté en tant que Sénégalais de représenter  le peuple dans cette Assemblée nationale. Un peuple qui a connu  beaucoup  de luttes, qui a soif de changement et de rupture dans la démarche. Nous sommes les représentants de ce peuple. L’installation de la 12ème législature est un moment solennel qui devrait  plus tard montrer des signaux forts à l’endroit du peuple pour que tout ce que nous avons vécu en termes d’injustice, de recul démocratique puisse être derrière nous. Notre mission, c’est de maintenir cet espoir que les Sénégalais ont placé en nous et faire en sorte que plus rien ne soit plus comme avant.»

Le maintien ou non du Sénat divise la classe politique. Quelle est votre position ?
«La suppression du Sénat a été évoquée lors des Assises nationales. Je précise que Rewmi n’y avait pas participé. Il n’a signé ni totalement, ni partiellement encore moins avec des réserves les conclusions des Assises. Le Sénat participe au renforcement de la démocratie. Dans les grandes démocraties, on le retrouve dans l’armature institutionnelle. Nous ne devons pas penser que le Sénat ne doit pas exister dans notre pays. Tout dépend de la forme et du contenu qu’on veut donner à cette institution. Je ne suis pas d’accord pour un Sénat qui constitue le prolongement de l’Exécutif. Pourquoi le prolongement de l’Exécutif, parce que lorsque, dans le Sénat, il y a plus de personnes nommées que élues, cela pose problème. C’est un système instauré par Me Wade qu’il fallait complètement revoir dès les premiers jours du nouveau régime. Les Sénégalais attendent de nous une rupture. Le mode de désignation est un grand problème. Le Sénat et l’Assemblée nationale constituent le Parlement. C’est le pouvoir législatif. Dans notre Constitution, il est clairement dit qu’il doit y avoir séparation des pouvoirs entre le Parlement et l’Exécutif. Mais si l’on permet au président de la République de nommer, dans une institution du Parlement, plus qu’il y a d’élus, cela pose problème. C’est comme un prolongement de l’Exécutif. Il faut revoir cette forme de constitution du Sénat.»

On parle d’Assemblée nationale de rupture. Pensez-vous que cela soit possible si l’on sait que lors de l’installation de la 12ème législature, il y a eu beaucoup de couacs ?
«Ce qu’il faut comprendre est que nous allons nous engager vers la rupture. La configuration de cette Assemblée nationale, à savoir sa diversité, fait que nous ne pouvons être d’accord que sur des choses qui vont dans l’intérêt des  populations. Mais si cela va à contre courant des intérêts des populations, il y aura toujours des contradictions dans nos rangs. Ce que nous avons tous compris. Concernant ce que la presse appelle couacs, je parlerais, moi, plutôt de rupture. Parce que d’habitude, ce qui se faisait du temps du Pds, c’est qu’on venait dans la salle des plénières lire des  listes et demander aux députés de voter. Mais par rapport à des questions données, les gens acceptent de débattre et de donner leurs points de vue. Je crois que c’est une rupture. Mais, si cela doit nous prendre une heure, deux heures ou plus, tant qu’on donne la possibilité aux uns et autres de donner leurs positions pour voir la meilleure formule, je pense qu’on ne perd pas de temps. En plus, il faut comprendre que ce sont les commissions qui font fonctionner l’Assemblée nationale. On doit veiller donc à ce qu’elles puissent être dirigées par des personnes qui ont le profil.»
 
Cette 12ème législature a vu l’entrée en force des jeunes et des femmes. Est-ce un atout ?
«A mon avis, il n’y a pas beaucoup de jeunes dans cette 12ème législature eu égards au fort pourcentage de 60 % qu’ils occupent dans la population totale.  On devrait retrouver beaucoup plus de jeunes au sein de l’Hémicycle. C’est vrai que nous sommes bien représentés avec les femmes mais je pense qu’il ne faut pas analyser en ces termes. Il faut l’analyser en termes de courage politique. Qu’on soit jeune, femme ou adulte, l’essentiel est d’avoir le courage de donner son point de vue et de défendre ses idées. Nous ne sommes pas des députés d’une coalition ou d’un parti politique mais des députés du peuple. Nous avons eu la chance d’être avec le peuple sur le terrain pour le combat contre la candidature de Wade, ce qui nous a valu des pertes en vies humaines, des privations de liberté. Nous connaissons l’ampleur des souffrances du peuple sénégalais qui ne veut plus que ce qui se faisait continue avec ce nouveau régime. C’est à nous de veiller à ce que les intérêts des populations soient bien défendus. Dans ce cadre, nous sommes bien placés pour le faire. Maintenant, qu’on soit jeune, femme ou adulte, ce n’est pas le plus important. C’est une question de responsabilité individuelle.»

 Vous êtes également le responsable des jeunes de Rewmi. Quelle touche allez-vous apporter au cours de votre mandat ?
«Comme j’ai l’habitude de le dire, je n’irai pas vite en besogne. Tout dépendra du contexte, de l’évolution de la situation. Je considère que ma feuille de route est celle du peuple sénégalais. Je suis élu pour cinq ans pour défendre les intérêts des Sénégalais. Si les défendre, c’est apporter quelque chose de nouveau, pour moi tout député doit être du côté du peuple. Fondamentalement, il faudra qu’on mette en avant les débats de fond. Il ne s’agit plus de se poser la question de savoir comment doit se comporter un député, ou si l’on doit voter des lois scélérates ou non. Je crois que nous avons dépassé cette étape. L’étape qu’on a franchi et qui est très importante, c’est de mener des débats de fond sur des questions précises. Quelle est l’opportunité de faire telle ou telle chose ou de voter telle ou telle loi ? Il faut qu’on voie par rapport aux priorités, ce qu’il faut faire pour que les Sénégalais sentent qu’il y a un changement. Pour cela, il faut nécessairement qu’il y ait un débat et que tout un chacun puisse puiser dans son programme ou expertise pour avoir la meilleure solution dans l’intérêt des populations.»
 
Vous voulez dire qu’il ne faut pas compter sur vous pour voter des lois qui vont à l’encontre des intérêts des populations?
«Je pense qu’il n’y aura pas de lois scélérates. Je le pense sincèrement. Si par extraordinaire on nous envoie des lois scélérates, cela veut dire que ceux qui sont à la tête de ce pays n’ont absolument rien compris. S’ils n’ont rien compris, ils n’auront rien à faire à la tête du pays et nous allons nous battre contre eux. Ce qu’il faut comprendre aujourd’hui, est qu’ils ont compris que rien ne sera plus comme avant. Aujourd’hui, nous avons tourné une certaine page. Tout le monde sait ce qu’il faut faire pour perdre le pouvoir et ce qu’il faut faire pour avoir la confiance des Sénégalais. Je pense, que  ce soit l’Exécutif ou le Législatif, nous travaillerons tous pour que les Sénégalais sentent effectivement que nous avons compris leur message à travers les manifestations qu’ils ont faites et qui prouvent qu’ils ne se laisseront pas faire. Nous veillerons à la sauvegarde de leurs intérêts.»
 Que faut-il faire pour conserver le pouvoir ?
Pour conserver le pouvoir, il faut être en phase avec le peuple sénégalais. Ce peuple, par plusieurs manières, a montré qu’il ne se laissera pas faire. Il a besoin de dirigeants qui prennent en compte ses préoccupations et qui n’orientent pas les choses en tenant compte de leur unique intérêt. Si nous réussissons tous à maintenir cet espoir, les politiques auront encore la confiance des Sénégalais. Mais si nous décevons, cela va non seulement être grave pour ceux qui sont à la tête du pays mais aussi pour toute la classe politique. Parce que pour une fois encore, ils ont eu confiance aux politiques et pensent que les choses vont changer. Si nous ne faisons rien pour que cela change, nous allons vers des lendemains difficiles pour les hommes politiques.»
 
Parlons de votre parti, Rewmi. De nombreux Sénégalais ne comprennent pas l’attitude des responsables de Rewmi qui, le plus souvent, restent muets sur des questions importantes.
«Nous ne sommes pas muets. Dans notre parti, tout le monde est libre de donner son avis sur telle ou telle autre question. C’est une question de contexte et d’opportunité. Au contraire, nous donnons notre point de vue quand nous pensons que c’est nécessaire. Rewmi s’est toujours engagé du côté du peuple sénégalais. Idrissa Seck a été l’un des premiers à dire non à une dévolution monarchique du pouvoir. Il a été l’un des premiers à dire non à la candidature de Me Wade et s’était largement exprimé sur cette question. Nous avons été à tous les combats. Lorsque nous  avons  la possibilité de nous exprimer, nous nous sommes toujours exprimés pour donner notre point de vue.»  
 
Mais parfois on ne sent pas votre leader.
«Ce qu’il faut comprendre, c’est qu’Idrissa Seck est plus un homme d’actions que de paroles. Ce qu’on attend des hommes politiques, ce n’est pas toujours de dire que je ne suis pas d’accord sur tel sujet. Quand il y a eu des coupures d’électricité et que tout le monde se ruait sur les radios de la place, ils ont été peu nombreux à proposer des solutions. Idrissa Seck avait fait des propositions  qui avaient été mêmes prises en compte par l’ancien régime. C’est ce qu’on attend des hommes politiques. Travailler à satisfaire les Sénégalais et non pas de revendiquer fréquemment comme des syndicalistes. Idrissa Seck est toujours concentré dans la recherche de solutions aux problèmes des Sénégalais.»

Propos receuillis par Aliou KANDE et Diégane SARR

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