Lutte contre les inondations : L’Etat sécurise 800 millions de FCfa pour un éventuel Plan Orsec

Le gouvernement, qui a tiré un bilan satisfaisant des opérations d’évacuation des eaux, a instruit les différents services à maintenir le cap. Le Premier ministre Abdoul Mbaye, au cours d’un conseil interministériel, hier, à la Primature, a révélé que 800 millions de FCfa seront sécurisés pour faire face à toute éventualité. Le gouvernement a pris la décision d’apporter une assistance  aux sinistrés.
Le gouvernement prévoit tout. Il n’écarte rien. Le ministre des Finances a dégagé une enveloppe de 800 millions de FCfa pour la mise en œuvre d’un éventuel Plan Orsec en cas de besoin. L’annonce a été faite par le Premier ministre Abdoul Mbaye, qui a présidé, hier, le 3e conseil interministériel sur la question des inondations. « Nous avons dégagé des moyens financiers, non seulement pour l’immédiat, mais aussi pour un Plan Orsec éventuel.  Le ministre des Finances nous a annoncé qu’au-delà des 500 millions de FCfa disponibles aujourd’hui, 800 millions de FCfa seront sécurisés pour la mise en œuvre du Plan Orsec », a révélé le Premier ministre Abdoul Mbaye.
Ce conseil interministériel a été sanctionné de part en part par des recommandations fortes, comme l’augmentation des moyens logistiques des préfets, des maires pour l’accélération du rythme d’évacuation des sites inondés, et pour soulager les sinistrés. Les préfets ont été instruits de réaliser un recensement des sinistrés dans les différentes villes en vue d’un ciblage efficace dans l’assistance. « La mobilisation est totale au sein du gouvernement pour apporter des solutions et aider les sinistrés. Le président de la République, Macky Sall, a donné des instructions fermes. Les préfets se rendront dans les différentes villes et dans les quartiers pour évaluer des besoins. La prise en charge sera assurée », a annoncé Abdoul Mbaye. D’ores et déjà, le gouvernement tire un bilan satisfaisant de l’exécution des mesures d’urgence. Le chef du gouvernement en veut pour preuve la libération de la Rn1 et de plusieurs zones inondées, la sécurisation de la Grande mosquée de Touba.

Des mesures urgentes efficaces
La liste est loin d’être exhaustive. « Dakar a enregistré près de 90 mm entre 2 heures et 4 heures. Cela est exceptionnel. Nous n’avions pas connu ces genres de pluies depuis peut-être 20 ans voire 30. Cela ne nous a pas surpris, parce nous l’avions annoncé lors des 2 conseils interministériels sur cette question », a rapporté le chef du gouvernement. Poursuivant, il a ajouté : « vous ne pouvez pas régler les questions des inondations en 3 ou 4 mois. Ce qui était possible, c’était de mettre en place un dispositif pour enlever les eaux. Ce dispositif a bien fonctionné ». Le gouvernement a aussi retenu le déploiement des camions de sable pour le remblai des voies d’accès et des abords des mosquées, afin de permettre aux fidèles d’accomplir, dans les meilleures conditions, la prière de la fin du mois de ramadan.

Programmes spécifiques
Les solutions durables, rappelle Abdoul Mbaye, seront réalisées dans le cadre des programmes spécifiques qui concernent les villes du Sénégal. Ces programmes sont confiés au ministre de l’Hydraulique et de l’Assainissement, Oumar Guèye. « Les inondations vont continuer. Elles seront réduites avec le temps et à moyen terme dans le cadre des programmes spécifiques d’envergure qui seront mis en place. Ce qui est demandé au ministre, c’est  de veiller, dans le cadre d’une réaction rapide, à ce que les dispositifs identifiés soient mis en œuvre », a souligné le chef du gouvernement.
Les services d’hygiène et les relais du ministre de la Santé et de l’Action sociale auront la tâche de dérouler des séances de sensibilisation pour prévenir des maladies hydriques. La présence de l’eau expose les sinistrés à des maladies vectorielles. « Nous attirons l’attention sur les maladies hydriques. Le ministre de la Santé a déjà reçu des instructions pour procéder à la désinfection. Il appartient aux populations d’être vigilantes, d’informer sur les cas qui peuvent donner lieu à des problèmes sanitaires », a dit le Premier ministre.

Les constructions érigées sur les voies de passage de l’eau seront démolies
L’occupation des bas-fonds est la principale cause des inondations à Dakar. Le gouvernement a pris des mesures pour prévenir des constructions dans des cours et  des points d’eaux. Car au Sénégal, ce sont les facteurs anthropiques qui ont exacerbé le phénomène d’inondation. Aussi, le Premier ministre a-t-il dénoncé les constructions dans les zones basses, l’obstruction des voies d’écoulement d’eaux, la transformation des canalisations en dépotoirs d’ordures. Ces comportements ont déjà coûté chers à l’Etat depuis 2005. Mais, le temps de la rupture semble sonner puisque les ministres concernés ont reçu mandat de démolir les constructions érigées sur les voies de passage d’eau. « Nous avons stoppé les constructions sur le lit du Lac Mbeubeuss. Aujourd’hui, certains remblaient les berges des bassins pour y construire. Ils s’exposent et exposent les autres aux inondations. J’ai donné des instructions aux préfets et aux ministres concernés de démolir les constructions situées sur les voies d’écoulement d’eau et qui pourront provoquer des inondations », a prévenu le Premier ministre.
Il a reconnu que l’Etat est, en partie, responsable de l’occupation anarchique des zones non habitables par les populations. Depuis les années 70, les textes en vigueur en matière d’urbanisation ont souffert de leur inapplication. « Je pense que l’Etat a failli à plusieurs niveaux. D’abord, il ne fallait pas autoriser des constructions dans des zones non aedificandi. La deuxième chose, il faut préparer les zones à la construction. Et là malheureusement, on a pris du retard. Il y a des programmes de Zones d’aménagement concerté (Zac), mais il n’y a pas une anticipation. L’Etat essaie de rattraper. Cela est très coûteux », a reconnu le chef du gouvernement.

Abdoul Mbaye : « La logique du Plan Jaxaay sera poursuivie »
Il n’y a pas de formule miracle. Les personnes installées dans les bas-fonds et les points d’eau doivent libérer ces emprises. C’est la solution durable. D’autant plus que l’humanité vivra une intensité des précipitations. Telle semble être la logique gouvernementale. « Il y a deux choses : le Plan Jaxaay sera audité, car il faut s’assurer que tous les bénéficiaires sont les ayant-droits. Toutefois, la logique du  Plan Jaxaay sera poursuivie, parce qu’on ne peut pas laisser les personnes dans des points bas. Il faut détruire les maisons sinon ce sera un cycle éternel d’inondations. Des instructions ont été données, et en concertation avec les préfets, pour que toutes les zones et les personnes concernées soient recensées avant la fin de l’année », a indiqué le Premier ministre Abdoul Mbaye. Le ministre de l’Urbanisme, poursuit le chef du gouvernement, dans la même veine que « Jaxaay », pourra présenter un autre programme de construction des maisons pour reloger des personnes déplacées.

I. SANE et KH. M. AÏDARA

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