Le 11 juillet 2012, au Sommet de Londres sur la planification familiale, les dirigeants de 18 pays africains ont pris des engagements sans précédent (financiers et politiques) afin de renforcer leurs programmes de planification familiale. Le Sommet, patronné par le gouvernement britannique et la Fondation Bill et Melinda Gates, avec le soutien de l'Unfpa (Fonds des Nations Unies pour la Population) a porté sur l’absence de services de planification familiale pour des millions de femmes dans le monde en développement et a recueilli un soutien et des ressources extraordinaires au niveau mondial pour permettre à 120 millions de femmes de plus d'utiliser des contraceptifs d'ici 2020. Le Sommet a dépassé son objectif, obtenant des promesses de contributions d'un montant de 4,6 milliards de dollars Us sur huit années.
L'appel à l'action arrive à point nommé. Rien qu'en Afrique subsaharienne, environ 53 millions de femmes ont un besoin non satisfait de contraception moderne, ce qui signifie qu'elles veulent éviter une grossesse, mais n'utilisent pas de méthode moderne. Une nouvelle étude du Guttmacher Institute et de l'Unfpa montre que les progrès accomplis au cours des quatre dernières années pour répondre aux besoins de contraception des femmes africaines ont été insignifiants. Pire encore, dans les 39 pays les plus pauvres de la région, le nombre de femmes dont le besoin n'est pas satisfait a, en fait, augmenté depuis 2008.
De toutes les femmes sexuellement actives en âge de procréer en Afrique subsaharienne, 42% veulent éviter une grossesse, mais 17% seulement utilisent un moyen moderne de contraception. Dans l'ensemble du continent, le progrès vers la satisfaction de la demande de services de contraception a été inégal. La situation des femmes mariées (qui représentent la grande majorité des femmes ayant un besoin de contraception) est assez parlante. Entre 2008 et 2012, la proportion de femmes mariées utilisant des contraceptifs modernes est passée de 20 % à 27 % en Afrique de l'Est et de 54 % à 58 % en Afrique australe. Mais, en Afrique de l'Ouest et en Afrique centrale, aucun progrès n'a été réalisé durant cette période et l'utilisation de contraceptifs chez les femmes mariées reste faible (9 % et 7 %, respectivement).
Ne pas être en mesure de planifier ses grossesses peut avoir des conséquences catastrophiques pour les femmes. En 2012, il est prévu que plus de 160 000 mourront de causes liées à la grossesse en Afrique subsaharienne (dont, pour commencer, 62.000 ne voulaient pas tomber enceintes), statistique qui donne à réfléchir. Améliorer et amplifier les programmes de planification familiale en Afrique subsaharienne auraient des avantages spectaculaires: chaque année, il y aurait 14 millions de grossesses non désirées en moins ; les décès maternels diminueraient de 29 %, ce qui sauverait la vie de 48.000 femmes ; et le nombre de décès infantiles tomberait de 555.000.
En outre, si les femmes pouvaient espacer de trois ans la naissance de leurs enfants, comme beaucoup voudraient le faire, le nombre de décès d’enfants de moins de cinq ans diminuerait sensiblement.
Alors, que faudra-t-il pour faire de ces gains spectaculaires une réalité ? Actuellement, en Afrique subsaharienne, environ 381 millions de dollars Us sont dépensés chaque année en soins de contraception. Pour étendre la couverture de ces soins à toutes les femmes qui veulent recourir à la planification familiale mais n'ont pas accès aux services de contraception, il faudrait 2,3 milliards de dollars Us de plus. Cela paraît beaucoup, mais c'est un investissement modeste en comparaison des bénéfices remarquables qui en découleraient.
Qui plus est, il entraînerait effectivement une réduction du montant total des dépenses de santé. Chaque dollar investi dans les services de planification familiale en Afrique subsaharienne permet d'économiser 1,30 dollar Us sur les soins de santé maternelle et néonatale, argent qui pourrait être investi dans d'autres secteurs d'importance critique.
Répondre au besoin non satisfait de contraceptifs modernes non seulement améliorerait la santé publique, mais aussi comporterait une foule d'autres avantages. En permettant aux femmes de contrôler leur fertilité et de choisir le moment des naissances, on leur donne de meilleures chances d'atteindre un niveau d'éducation plus élevé, d'obtenir un emploi, et de relever leur statut économique et social. L'épargne et l'investissement des familles augmenteraient, ce qui stimulerait la croissance économique et réduirait la pauvreté.
Ces progrès au niveau familial faciliteraient à leur tour la réalisation des objectifs de développement social et économique, ce dont bénéficierait la société dans son ensemble.
Les données en provenance de l'Éthiopie, du Malawi et du Rwanda montrent que si le gouvernement s'engage avec force, des progrès importants peuvent être rapidement faits vers la satisfaction des besoins des femmes en matière de contraception. Au Rwanda, le taux d'utilisation des contraceptifs chez les femmes mariées est passé de 9 % en 2005 à 44 % en 2010, réalisation vraiment impressionnante. Si les engagements pris au Sommet de Londres sont suivis d'effet, et si d'autres engagements similaires y font suite, ce type de progrès pourrait devenir la norme, loin d'être l'exception.
Il appartient maintenant à tous les dirigeants de l'Afrique et à la communauté internationale de faire leur part en s'engageant durablement à améliorer la fourniture de services de contraception. Non seulement les femmes veulent choisir le moment de leurs grossesses et les espacer afin d'assurer à elles-mêmes et à leur famille une meilleure santé et une meilleure qualité de vie, mais c'est là leur droit fondamental.
* Secrétaire-général adjoint de l'Onu et Directeur exécutif du Fonds de l’Onu pour la Population
** PhD., Présidente et Cea du Guttmacher Institute
Par Dr. Babatunde Osotimehin * et Dr. Sharon L. Camp **








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