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Léopold Sédar Senghor, symbiose de deux cultures

Le binôme Césaire-Damas est complété par l’immortel, l’homme politique et premier Africain agrégé en grammaire Léopold Sédar Senghor. Un auteur qui, dans ses écrits, a chanté cette Afrique riche de sa culture et de ses populations.

Entre le 21 septembre et le 19 octobre 2003, Philippe Sainteny recevait Abdou Diouf dans son émission hebdomadaire Livre d’or (les grands entretiens de RFI). Il consacrait un cycle de cinq émissions à l’ancien Président de la République du Sénégal, aujourd’hui Secrétaire général de l’Organisation Internationale de la Francophonie. Lors de cet entretien, à la question de savoir lequel des attributs, entre le politique où le poétique, le 1er président du Sénégal préférait, Abdou Diouf avait répondu sans ambages que Senghor voulait qu’on l’estampille poète-président et non l’inverse. Des affirmations étayaient par le M. Mamadou Ba, Maître-assistant à la Faculté de Lettres de l’Ucad. Pour lui, Senghor répétait à qui voulait l’entendre «si quelque chose devait rester de son œuvre que cela soit la poésie. Car par elle, l’être humain accède à l’éternité. Par les œuvres de créations, l’artiste reste à jamais immortel dans l’esprit des gens d’autant que la poésie a plus de force que la politique. Senghor, pensaient que les écrits éclairent et elles survivent aussi au temps.

 De part sa vie, et en comparaison aux auteurs Guyanais et Martiniquais comme Césaire et Damas, Senghor demeure le produit d’une société qu’il a connu et qui existe encore comparé aux autres membres de la négritude. C’est pourquoi, dans ses œuvres, il chante l’Afrique des profondeurs, la beauté des femmes, le paysage ainsi que les us et coutumes du continent noir.  Ces deux personnages (Césaire-Senghor) sont différents même si la bataille pour la revalorisation de la race est la même.

La poésie de Senghor est celle du ressourcement créateur, qui ressuscite les images lumineuses  d’une Afrique caractérisée par la  sérénité de son art de vivre, le prestige d’un passé glorieux. Le poème se fait l’écho nostalgique d’une Afrique glorieuse où règne l’harmonie cosmique, la communication entre les hommes et les Dieux, le sens du rythme, et le souvenir d’un passé majestueux. Senghor célèbre les réalités de l’Afrique profonde, fait apparaitre les images heureuses d’une Afrique pacifique accordée aux grands rythmes du cosmos. Le poème se déploie comme cérémonie verbale. Césaire, c’est Orphée débâillonnée qui détaille toutes les plaies, toutes les hideurs avec un ton insurrectionnel ; il effectue une descente aux enfers de l’oppression raciale, pour y reconquérir son Eurydice, c'est-à-dire la négritude, la fierté raciale. Ecriture de la turbulence, caractérisée par la véhémence des images, la force d’entrainement du rythme, le martellement des mots, une écriture péléenne qui veut forcer l’écoute. Césaire c’est le volcan, c’est une poésie insurrectionnelle, le déploiement d’une protestation. Dans sa vie politique comme littéraire, Senghor a beaucoup été contesté et c’est après son départ du pouvoir qu’il a été un peu ménagé. Pour le M. Ba, il était comme un repoussoir pour tous ces intellectuels mais cette critique n’était pas totalement infondée. Elle peut être justifiée par deux choses : la trop grande proximité avec la France ainsi que la défense faites par Senghor de sa langue, sa civilisation, sa politique. Mais malgré tout la France est perçue comme  un colonisateur et que toute l’œuvre de Senghor était centrée autour de la défense de la race noire.

Césaire aux Antilles était pour ses critiques le «négro latin» tellement sa culture française était fine et prononcée. Tandis que Senghor était le plus français des sénégalais et le plus africains des français. Le premier africain agrégé en grammaire prônait la symbiose, la synthèse des deux civilisations. Pour lui, il fallait acclimater la culture occidentale en Afrique et réussir la symbiose entre les deux mondes européens et africains.

Par Amadou Maguette NDAW

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