Presse en ligne - Pierre Cherruau : « Slate Afrique va ouvrir un bureau à Dakar »

Pierre Cherruau est directeur de la rédaction de SlateAfrique depuis sa création en janvier 2011. Un Pure Player qui, en moins de deux ans, est devenu une référence dans le traitement de l’actualité africaine. Il annonce l’ouverture prochaine d’un bureau SlateAfrique à Dakar et analyse les mutations de la presse africaine à l’heure d’internet.  

Quel est le concept de SlateAfrique ?  
« SlateAfrique est un « Pure Player », c’est-à-dire un média qui existe que sur internet. Ce qui est relativement rare en Afrique et en Occident. C’est un Pure Player francophone mais qui essaie de ne pas parler que d’une partie de l’Afrique. C’est un site d’information différent dans le traitement des hard news, l’info chaude. Ce qui nous intéresse, c’est l’analyse, c’est de prendre du recul par rapport aux événements. Et donc nous sommes plus dans le concept du magazine. Evidemment, nous sommes liés au Slate.fr français et du Slate.com américain qui fait partie du groupe du Washington Post. Notre concept, notre marque de fabrique est l’analyse originale. Nous publions des reportages qui permettent à nos lecteurs d’entrer et de comprendre une société. Et souvent, nous ne voulons pas être uniquement dans la politique même si elle passionne nos lecteurs. Il ne faut pas oublier que nous avons des lecteurs dans le monde entier : en Amérique du Nord, en Europe, en Afrique. Mais entre un lecteur tunisien et un autre sénégalais, il va falloir trouver des sujets fédérateurs qui puissent intéresser tout le monde.
 
Quelle est l’audience de Slate?  
Nous avons plus d’un million de lecteurs par mois, ce qui est bien au delà des objectifs fixés. L’audience croît rapidement, notamment en Afrique. Nous avons plus de lecteurs en Côte d’Ivoire, au Maroc, en Tunisie, en Algérie, au Sénégal, au Mali, au Cameroun, au Burkina Faso.
 
Et votre Business plan ?  
Comme la plupart des « pure player », le business plan de Slate Afrique est axé d’abord sur le développement de la publicité. Ce qui nécessite un travail pour toujours améliorer l’audience. Mais comme ce n’est pas très saint de dépendre uniquement de la publicité, on s’est positionné ensuite sur la vente de contenu. Comme les articles de SlateAfrique sont de qualité, ils intéressent un certain nombre de publication. D’ores et déjà, nous avons des publications prestigieuses comme l’Internazionale, la version italienne du Courrier international, qui nous achète régulièrement des papiers. Le site Presseurop nous achète également des papiers et les traduit dans une dizaine de langues. Nous vendons aussi des papiers au portail d’Orange, à Foreign Policy, à Arte. Donc nous avons un certain nombre de médias qui s’intéressent à ce que nous faisons.
Le troisième aspect de notre business plan est l’aspect formation, parce que nous pensons avoir un rôle à jouer afin d’aider les médias en Afrique. Nous avons commencé à faire des formations au Bénin et nous comptons élargir le projet à d’autres pays. Pourquoi ne pas créer un jour notre propre école de journalisme, plutôt du web journalisme. Il y a beaucoup de choses à faire dans la formation de bloggeurs et de web journalistes.
 
Sur le plan éditorial, quel lien avez-vous avec les journalistes africains ?  
SlateAfrique est une publication africaine qui s’adresse aux Africains et qui est faite par les Africains. Le pourcentage des articles écrit par les Africains est de 90%. Evidemment, si on a un Américain qui est spécialiste du Nigéria et qui a une analyse pertinente, on peut la publier. Mais l’idée est de privilégier la sensibilité africaine. Nous avons des écrivains qui contribuent, comme le Djiboutien Abdourahmane Waberi, le Camerounais Eugène Ebodé, le congolais Emmanuel Dongala, l’Algérien Chawki Amari, le Marocain Ali Amar. Ce sont des gens qui sont issus du continent et mieux encore, y vivent pour la plupart.
 
N’avez-vous pas peur d’avoir un effet optique déformant depuis Paris sur l’actualité africaine ?  
A mon avis, ce qui compte essentiellement, ce sont les gens qui écrivent les articles et ils sont sur place. Mais c’est vrai qu’il est important d’avoir un contact régulier avec le continent. Notre objectif, nous l’avons dit dès la création de SlateAfrique, c’est d’ouvrir un bureau à Dakar. C’est en cours et normalement avant la fin de cette année ou au plus tard en début d’année prochaine, ce sera fait. Nous comptons ouvrir un bureau en Afrique anglophone, à Lagos, à Nairobi ou à Johannesburg. Pourquoi pas au Maghreb aussi. C’est vrai que c’est important d’avoir des bureaux sur place, mais la localisation à Paris n’a pas que des inconvénients. D’abord, parce qu’il y a beaucoup de gens qui jouent un rôle important sur le continent qui sont de passage à Paris. Il est parfois plus facile de les aborder à Paris que dans leur pays d’origine, puisqu’ils sont accaparés par toute sorte de responsabilité. Autre point important, à Paris, nous sommes à l’abri d’un certain nombre de pressions. Je ne vais pas citer de pays pour ne fâcher personne, mais il est évident que dans certains pays, notre personnel peut être menacé ou molesté. Sur le plan technique, à Paris, les coupures de courant sont rares, le matériel informatique est moins facilement endommagé. Il y a aussi une expertise technique qui est présente à Paris. Mais SlateAfrique doit avoir rapidement un  bureau sur le continent, c’est tout à fait clair.
 
Qu’est-ce que vous pouvez nous dire sur le fonctionnement du prochain Bureau SlateAfrique de Dakar ?  
L’idée du bureau est d’avoir des journalistes qui soient opérationnels rapidement. Une régie publicitaire, des techniciens sur place. C’est de pouvoir organiser un certain nombre de conférences pour participer à la vie démocratique et celle des idées. L’autre point important est de développer des relations fructueuses avec les médias locaux. Et faire connaître en Occident les journalistes locaux qui font un travail de qualité.
 
Quels sont les objectifs de SlateAfrique dans l’immédiat ?
C’est accroître notre crédibilité qui est reconnue. Nous souhaitons étendre notre influence. Nous souhaitons attirer un lectorat varié et pouvoir s’adresser pas seulement aux élites et cadres mais aussi à la jeunesse. Un jeune sénégalais de 20 ans n’a pas le même regard qu’un cadre de cinquante ans. Cette pluralité va s’accompagner de plus en plus d’ouverture aux femmes. La pluralité était notre force lors de la crise ivoirienne. Nous n’imposons pas notre point de vue à nos contributeurs.

Comment analysez-vous l’état de la presse africaine ?
 La presse africaine est à la croisée des chemins. Mon cursus et mon expérience (ndlr : il a vécu au Nigéria, au Bénin et au Sénégal et a dirigé pendant 14 ans le service Afrique de Courrier international) font que j’ai beaucoup de contact avec les journalistes africains, dont certains sont devenus des amis. Ils se posent des questions sur l’avenir de la presse papier.
 Les Sénégalais comme les Ivoiriens ont tendance à acheter de moins en moins de journaux papier et à passer de plus en plus d’heures sur internet. La presse papier devient moins rentable et la presse web est dans beaucoup de cas pas tout à fait rentable. On est dans une situation où la rentabilité des médias est un problème aussi bien en Afrique, aux Etats-Unis ou en Europe. Je trouve que d’une certaine façon la révolution actuelle est une vraie chance pour l’Afrique. La presse papier était très chère pour beaucoup d’Africains, et internet offre une forme de gratuité comme c’est le cas de SlateAfrique avec des articles de qualité. Ce qui permet à l’Afrique de rattraper son retard à ce niveau-là. Quand je vivais au Nigéria, il y avait très de peu de téléphones fixes, pour diverses raisons. Et puis, presque d’un coup, on n’est passé d’une société presque sans téléphone à celle où tout le monde avait un portable. Il peut se passer la même chose dans la presse. Le jeune de Kaolack peut, s’il le souhaite, être aussi bien informé qu’un jeune de Paris ou de New York.
 
Est-ce qu’on peut dire qu’internet est l’avenir de la presse africaine ?
 Tout le monde en est conscient. La préparation de la transition est la principale problématique. Il faut mettre les articles de qualité sur internet. Contrairement à ce que pensent certains, l’internet n’est pas éphémère. Un article sur internet peut être retrouvé cinq ou dix ans plus tard. Ce qui n’est pas le cas du journal sur papier. Un jeune bloggeur de Louga peut se faire remarquer par des médias importants dans le monde entier. C’est une vraie chance pour les journalistes qui peuvent être lus partout dans le monde. Internet permet à la presse africaine de sortir d’une forme d’isolement. Ce sont des médias qui coûtent peu chers que l’on doit créer. 

Moussa DIOP,  correspondant à Paris


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