Environnement au BURKINA FASO : Le village de Sabcé tiraillé entre la ruée vers l’or et la conservation de sa forêt

altDans le nord-ouest de Ouagadougou, précisément dans le village de Sabcé, sur le site de la forêt sacrée, des routes et des bassins à résidus, des cycles et des cuves transforment peu à peu le visage de cette formation végétale. La vocation écologique du site disparaît au gré des excavations et des constructions. Les regards des autochtones sont tournés vers les retombées économiques. Tous rêvent de bâtir fortune dans la mine. Les jeunes viennent de tous les coins du Burkina Faso, qui compte désormais 6 mines d’or fonctionnelles. C’est la ruée vers l’or de Sabcé. L’entreprise qui l’exploite, a enregistré 20.000 demandes d’emploi.

La ville de Ouagadougou se réveille peu à peu. Il est 9 heures ce 03 octobre 2012. Les klaxons des motos et des voitures résonnent dans les rues et ruelles. Notre convoi quitte Ouaga, la grouillante, et nous voici sur le chemin de Sabcé, localité située à 90 km au nord Ouest du Burkina Faso. La plaine herbacée peuplée d’arbustes défile sous nos yeux jusqu’à la Volta Blanche avec des berges verdoyantes. Après Fabré, une autre topographie du relief s’offre à nous. La plaine cède la place à des élévations. Juste après Fabré, au loin, on aperçoit, une chaîne de collines. Au bout de deux heures, nous voici à l’entrée du village. Des habitats de modestes dimensions clôturées par des murs en ciment sont les premiers signes des retombées positives de l’ouverture de la mine d’or. « Des logements sont construits. Tous les habitants des villages affectés seront relogés dans les nouveaux bâtiments construits. Pour le moment, tout est fin prêt », se réjouit le maire de Sabcé, qui échangeait avec des journalistes dont la visite a été organisée par l’Uicn et le Gwp/Ao. Les anciens habitats sont  éloignés les uns des autres. La municipalité projette de réaliser de nouveaux lotissements. Sabcé attire des flux de jeunes, de femmes, d’hommes. « Ici, il est très difficile de trouver une chambre pour la location. Les personnes viennent de partout pour chercher du travail ». C’est la ruée vers Sabcé. Enveloppé dans un maillot d’une équipe de championnat anglais, Basile Ouédraogo rôde près de la salle de la mairie, où se tient une réunion. Comme d’autres jeunes du village, Basile rêve de bâtir fortune dans la mine. « Je n’ai pas encore trouvé du travail, mais je ne désespère pas », confesse-t-il. Sabcé attend sa part du gâteau. Un comité est porté sur les fonts baptismaux pour la défense des intérêts des autochtones. Un peu plus loin, à l’entrée des villages, en venant de Ouagadougou, des ouvriers délimitent les périmètres d’exploration.

La forêt sacrée sacrifiée
Un troupeau de vaches broute l’herbe dans cet espace, certainement pour la dernière fois. La superficie est parcourue dans tous les sens par des pistes latéritiques. De belles villas roses s’incrustent au milieu des bosquets. Au loin, des caterpillars sifflent. Ils draguent tout en soulevant la poussière. De grandes artères éventrent la formation végétale. Plusieurs troncs d’arbres sont à terre. Le patrimoine séculaire est agressé. Les autochtones sont pris entre la conservation de cet écosystème abritant leurs fétiches et les retombées financières.  « J’ai 53 ans,  cette forêt sacrée existait avant ma naissance. C’est là-bas que nous avons des fétiches séculaires et c’est là-bas que nous tirions une partie de notre subsistance », avoue un autochtone. Le visage triste et l’air un peu inquiet, Yaado Diallo de Sabcé regrette déjà la cession du poumon écologique de sa commune à la compagnie minière Bissa Gold pour l’exploitation de l’or.

20.000 demandes d’emploi
Lui et les autres « écologistes » du bourg peuvent se consoler avec la compensation de Bissa Gold. L’entreprise et les services techniques ont mis en terre 1.500 plants dans d’autres périmètres. En attendant leur croissance, des foreuses et des pelles mécaniques enterrent plusieurs parcelles de la forêt sacrée. Dans l’un des grands cratères d’une trentaine de mètres de profondeur, des chargeurs déversent des minerais aux couleurs blanche et ocre dans des bennes. Ces dernières empruntent ces voies circulaires en accélérant pour ressortir du cratère. « Ce minerai sera concassé et broyé  à l’usine pour extraire l’or après plusieurs procédures », explique un agent. Une couche de poussière couvre la végétation. Le périmètre est perlé de trous, de bassins et de grands cratères.
Au cœur de la plate-forme, c’est l’effervescence. En haut, sur des cuves cylindriques de plusieurs mètres de hauteur, des cliquetis de métal percent les oreilles des ouvriers. Certains fixent des poutres à l’aide des grues et des grosses pinces. D’autres sectionnent des barres de fer, d’aluminium et d’acier. En face, le mont de minerai s’élève sur plusieurs mètres, et un engin perché sur sa crête tourne en sifflotant. Il tasse le gisement. Des centaines de jeunes burkinabés y travaillent et des milliers frappent à la porte de l’entreprise. « Nous avons reçu 20.000 demandes. Il y’en a qui n’ont pas une profession. Nous ne recevons plus de demandes. Nous ne pouvons pas engager des fils des villages environnants qui n’ont pas de qualification. Nous sommes obligés de recourir à des compétences qui nous viennent d’autres coins du Burkina. Nous avons entrepris la formation des femmes et des jeunes des villages  pour la conduite des machines », note le directeur adjoint de la mine d’or du Bissa Gold, Christian Ouédraogo. C’est une course contre la montre pour ces ouvriers blancs et noirs. « Si vous revenez ici dans quelques jours, vous verrez de grandes transformations », dit-il. Le premier lingot d’or sera coulé au mois de décembre. La durée de vie de la mine est de 7 ans. Mais il se peut qu’elle soit prolongée », se plaît de révéler le responsable de la sécurité et de la lutte contre les maladies de la mine. Des bassins tapis par la géo-membrane font office de dispositif pour la prévention de la contamination de la nappe par le cyanure et les autres produits toxiques.
La volonté d’atténuer les impacts environnementaux est manifeste. Il ne pouvait pas en être autrement. Le directeur général adjoint est un environnementaliste. La mine de Bissa Gold s’ajoute aux 5 autres fonctionnelles dans des contrées du pays, notamment au nord, dans la région du Sahel. Le Burkina  conforte ainsi sa place dans le club des pays explorateurs d’or. Mais le gouvernement avait investi 4,6 milliards de FCfa entre 1994 et 2005 pour les explorations. Les autorités ont opté pour la transparence pour conjurer la malédiction des pierres précieuses. Les autochtones réclament déjà leur part du gâteau.

De notre envoyé spécial Idrissa SANE


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