Lutte, Abdou BADJI DTN : « Le recours à la vidéo demande beaucoup de moyens logistiques »

Si l’on en croit le Directeur technique national (Dtn), Abdou Badji, le recours à la vidéo pour trancher les litiges dans l’arène n’est pas pour demain. L’introduction de cette technologie dans la lutte suppose, selon lui, beaucoup de moyens logistiques ; ce qui n’est pas encore possible. Dans cet entretien, il juge également avec satisfaction le niveau de la lutte, tout en déplorant le fait que les infrastructures constituent, le parent pauvre de ce sport.

En tant que technicien, comment jugez-vous le niveau de la lutte sénégalaise ?
« On peut évaluer le niveau de la lutte sénégalaise sur plusieurs aspects. Mais certains ne voient qu’un seul aspect, à savoir la lutte avec frappe alors qu’il y a également la lutte simple et celle avec frappe. La lutte a atteint un haut niveau, cela est incontestable. Je dis que le Sénégal a titillé la médaille aux Jo de Londres par l’intermédiaire d’Isabelle Sambou. En lutte africaine, nous sommes champion d’Afrique en titre et champion de la Cedeao. En lutte avec frappe, toutes les rédactions, toutes les radios et les télés parlent de la lutte. Les gens trouvent, des fois, que le Cng est dur, mais je pense que non. Le Cng est obligé de mettre tout le monde sur la bonne voie pour que la lutte soit un sport respecté de tous. Si les sponsors viennent à la lutte, c’est parce que le milieu est assaini malgré quelques soubresauts par ci et par là. Avant, on disait que la lutte était réservée à une certaine catégorie de la population, mais aujourd’hui, tout le monde veut avoir un fils lutteur parce que les gros cachets, ce sont les lutteurs qui les perçoivent. Je ne connais pas un seul fonctionnaire au Sénégal qui touche des millions. Seuls les lutteurs peuvent gagner des millions en quelques secondes. »

Maintenant, sur le plan purement technique, qu’est-ce qui a été fait pour aboutir à de tels résultats ?
« Le Cng organise régulièrement, chaque année, des sessions de formation pour faire passer les techniciens du statut d’initiateurs au statut d’entraîneurs de 1er degré et plus tard, d’entraineurs de 2ème degré. Parallèlement à ces formations organisées par le Cng, il y a les formations du Cneps et de l’Inseps. La semaine passée, vous avez assisté à un cours de lutte avec des étudiants de première année qui vont sortir dans deux ans comme professeurs de collège. Une fois sortis, ils seront des relais dans les écoles et les localités. Au niveau de la formation des cadres techniques,  vraiment, on ne se plaint pas. C’est la même chose avec l’arbitrage. D’ailleurs, vendredi passé, une formation a été organisée au profit des entraîneurs des écuries, sous forme de Vsd. Nous l’avons fait l’année dernière avec plus de 35 encadreurs. Et le constat est qu’aujourd’hui,  il y a une amélioration au niveau de la gestion technique des écuries dans la mesure où les entraîneurs bénéficient de plus en plus de formation.  La formation, c’est donc à plusieurs niveaux : formation des cadres techniques, formation des arbitres, formation des administratifs, pour la gestion des écuries et formation des athlètes. »

Et la formation des lutteurs ?
« La formation des athlètes est liée à la formation des cadres techniques. Si ces derniers sont bien formés, les athlètes le seront et c’est ce que nous sommes en train de faire.  Ce qui fait que les lutteurs s’améliorent de plus en plus au plan technique. Il faut savoir qu’à la Direction technique nationale, dans la perspective des compétitions internationales, nous organisons des Vsd au profit d’une dizaine d’athlètes qui nous viennent de partout. Nous en organisons plusieurs dans l’année. Cette forme de travail permet de bonifier, au plan technique, les lutteurs. Je vous donne l’exemple de Gouye-Gui qui est venu, à plusieurs reprises, au Cneps faire le Vsd avec nous, et pourtant il n’a jamais porté le maillot national. Aujourd’hui, il fait partie des jeunes espoirs de la lutte avec frappe. C’est le même cas de figure avec Modou Lô. Il n’a jamais porté le maillot national mais il a fait, pendant 5 ans, tous les regroupements au Cneps de Thiès. Aujourd’hui, il est la coqueluche de l’arène. Tyson 2 et autre Tidiane Faye ont suivi le même cursus. Tous ces garçons qui ont eu à bénéficier de cet encadrement sont actuellement les mieux cotés au niveau de la lutte sénégalaise. Je me rends compte qu’au plan technique, les choses évoluent, mais je décrie toujours la bagarre qui prend le dessus sur la lutte. Je dis que la lutte avec frappe, ce n’est pas de la boxe. Par définition, la lutte avec frappe signifie : je frappe pour avoir une ouverture et lutter. Ce n’est pas de la bagarre. Seulement, tous ceux qui se bagarrent dans l’arène aujourd’hui, ce sont des gens qui n’ont aucun potentiel technique. J’ai l’habitude de le dire, quand deux personnes se battent, c’est parce qu’elles n’ont plus d’arguments. Par exemple, deux politiciens qui en viennent aux mains, c’est parce qu’ils n’ont plus aucun argument politique. C’est la même chose quand deux lutteurs s’acharnent avec des coups de poings, c’est parce qu’au plan technique, ils n’ont pas de solution et c’est déplorable. Malheureusement, certains journalistes encouragent ce fait. Il suffit d’écouter les interviews lors des face à face pour s’en rendre compte. En fait, la bagarre et la frappe ne sont pas la même chose. La bagarre par définition, c’est la violence alors que la lutte est un sport. Donc pourquoi s’acharner à se donner des coups de poings ? Cela constitue vraiment l’aspect sombre de la lutte. »

Vous dépeignez la lutte sous son meilleur aspect.
« Non, il y a plusieurs niveaux pour juger la lutte. Côté infrastructures par exemple, il y a beaucoup d’efforts à faire. Y a-t-il des infrastructures adaptées à la lutte ? Je dis non tout de suite. Les infrastructures sont le parent pauvre de la lutte. Un pays comme le Sénégal, où l’on clame haut et fort que la lutte est notre sport national, n’a pas d’arène ! Il n’y a même pas d’arène nationale encore moins d’arène régionale. Les quelques arènes disséminées çà et là dans le pays sont le fait des populations. Il y avait eu un programme de création d’arènes dans certaines localités et nous avions ciblé des régions. Par exemple, Joal est un pôle de lutte, le sud en est un, Fatick et Kaolack, le sont aussi, et il fallait y implanter des arènes mais jusqu’à présent, nous attendons que ces infrastructures poussent de terre. Pour la lutte olympique, c’est pareil. Un seul tapis de lutte coûte entre 8 et 12 millions de FCfa. Avant 2010, il n’y avait que deux tapis olympiques, qui sont dans un piteux état d’ailleurs : celui qui est au stade Léopold Sédar et l’autre qui est à Ziguinchor. Aux championnats d’Afrique de 2011, après la compétition, la Fila nous a laissé deux autres tapis. En termes de patrimoine aujourd’hui, le Sénégal ne compte que 4 tapis. 2 neufs et 2 en très mauvais état. L’Inseps a son propre tapis parce que c’est un institut de formation ; donc on ne peut pas comptabiliser cela comme patrimoine du Cng. Au plan infrastructurel, voilà la situation : nous squattons les stades de football, de basket, etc., pour les besoins des combats. »

Certes la lutte a atteint un certain niveau, mais il se pose toujours un problème d’image chez les lutteurs. Qu’en pensez-vous ?
« Aujourd’hui, le lutteur doit devenir une référence. Je n’ai pas apprécié qu’on dise qu’on ne mette pas les photos des lutteurs sur les cahiers. On va mettre les photos de qui ? Si vous mettez les photos d’un politicien, en quoi, le politicien est-il une référence par rapport au lutteur ? En quoi ? Je dis non. Quand il s’agit d’aller chercher des gardes corps, on va où ? On va chercher les lutteurs. Je dis qu’ils doivent en prendre conscience et améliorer leur image, leur façon de parler, de s’habiller, leur façon de se comporter lors des face à face, etc., parce que, tout simplement, ils sont des références. Les jeunes s’identifient à un Tyson, un Yékini, un Modou Lô. Le président Alioune Sarr a souvent l’habitude de dire que le Cng ne veut pas d’un lutteur qui dit qu’il a abandonné les études pour la lutte. Nous voulons des lutteurs qui aillent à l’école, qui descendent et vont pratiquer la lutte à l’image des footballeurs qui partent à l’école et qui, le dimanche, vont pratiquer le football. Nous voulons des lutteurs qui sont maçons, menuisiers, informaticiens, etc. Des lutteurs qui sont respectés par les gens. Car, avant le lutteur, il y a d’abord la personne qui est là. C’est une personnalité avec toutes ses sensibilités. Les encadreurs que nous sommes ne doivent pas accepter des lutteurs qui se comportent d’une certaine manière, qui s’habillent d’une certaine manière, qui parlent de manière vulgaire. Non, au-delà du lutteur, il y a la formation de l’homme qui doit être permanente. C’est le message que nous lançons à tout le monde. Que tu sois lutteur ou encadreur, tu dois être un modèle. Et c’est pourquoi, quand ils viennent en regroupement, ils souffrent. D’abord, parce que je ne tolère pas de retard. Quand tu viens en retard, je te renvoie. Je ne tolère pas un certain habillement non plus. Quand tu viens mal fagoté, tu ne prends pas part à la séance. Je ne tolère pas certaines attitudes du genre « je suis fatigué, je m’asseois ». Pour les regroupements en équipe nationale, j’ai fait en sorte que le Cng paie les repas à midi afin d’amener les lutteurs à avoir une bonne attitude à table. Quand vous mangez avec vos semblables, il y a une attitude à prendre ; on ne doit pas prendre le poisson, la viande n’importe comment, au détriment des autres. A la fin de la formation, on leur dit de répercuter ce qu’ils ont appris lors de ces regroupements dans leurs clubs respectifs et pour que cela fasse tache d’huile. Ainsi, la formation sera démultipliée. Voilà comment nous travaillons pour hisser la lutte à un certain niveau. »

Peut-on s’attendre à ce que la vidéo soit autorisée pour trancher les litiges ? On estime qu’il y a beaucoup de tâtonnements dans l’arène.
« Il n’y a pas de tâtonnements. Cela signifie que le gars est hésitant pour prendre un verdict. Je vais paraphraser le président Alioune Sarr qui dit que sur 100 combats, 2 ont suscité la polémique et tout de suite, on s’acharne sur les arbitres. Non, il ne faudrait pas que 2 combats fassent dire aux uns et autres que c’est nul sur toute la ligne. Pour la vidéo, a-t-elle validé ou invalidé un but s’agissant du football ? Je n’en connais pas. Je n’ai pas vu où on a pris la vidéo pour dire que le ballon a franchi ou n’a pas franchi la ligne. On s’arrête à l’œil de l’arbitre et après, on visionne pour voir s’il a raison ou non, parce que l’arbitrage, c’est extrêmement difficile. Il s’agit d’apprécier à l’instant T. J’estime néanmoins que ce n’est pas à exclure ; mais je ne dis pas que ce sera pour tout de suite. A supposer qu’on dise qu’on va utiliser la vidéo au niveau de la lutte avec frappe. Cela signifie que si on organise un combat à Thionckessyl, qui se trouve à 450 km de Dakar, on va y disposer de la vidéo. Il faut éviter deux poids deux mesures. Il ne faudrait pas qu’on utilise la vidéo à Dakar et qu’on ne fasse pas de même à Louga. Il faudrait que nous soyons certains qu’au niveau national, partout où nous allons organiser un combat de lutte avec frappe, avec n’importe quelle catégorie, nous aurons la vidéo à notre disposition. Le jour où nous aurons cette possibilité, je dis pourquoi pas. Mais à l’heure actuelle, le Cng est prudent parce que nous ne voulons pas deux poids deux mesures, mais ce n’est pas à exclure. Aussi, je dis que je ne suis pas d’accord à 100%, parce que la vidéo est manipulée par quelqu’un. Le photographe qui prend une photo, c’est lui qui prend son angle de vue ; le caméraman de même. Il faudrait qu’il y ait plusieurs caméras pour montrer toutes les angles du combat. Donc, cela nécessite beaucoup de moyens logistiques. Pour moi, la vidéo ne peut pas remplacer l’arbitre parce que nous avons un arbitre et deux juges. Le jour où on aura plusieurs caméras sur un seul combat alors on pourra recourir à la vidéo. Mais je dis allons-y doucement et dotons-nous de suffisamment de matériel pour nous permettre de réaliser cette ambition. »

Propos recueillis par Diégane SARR


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