Alain Giresse, sélectionneur national des « Lions » : « C’est fatalement embêtant de jouer nos matches à domicile à l’extérieur »

En poste depuis le 10 janvier dernier, Alain Giresse a la lourde tâche de redresser l’équipe nationale du Sénégal et de la remettre sur les rails du succès. Première étape, le prochain match éliminatoire à la Coupe du monde 2014 contre l’Angola, à domicile, mais qui se disputera … en Guinée dans moins de trois semaines. Ce qui n’est pas forcément le meilleur moyen de débuter. Le technicien français sait qu’il s’engage dans un chantier énorme et cahoteux. Mais, il espère avoir les moyens de réussir sa mission. Entretien.

Le Sénégal va disputer un match en éliminatoires de la Coupe du monde  dans trois semaines contre l’Angola. Est-ce qu’un seul match amical suffit pour préparer un match aussi important ?
  « Cela ne sert à rien de poser cette question parce que nous n’avons pas de possibilités. Sur le fond, vous avez raison dans le sens qu’il serait mieux d’avoir un autre match. Sauf que le règlement ne nous le permet pas. Aujourd’hui, si je décide de faire un match amical, ce sera sans les professionnels puisqu’aucun club ne va libérer ses joueurs. Nous sommes soumis à la réglementation de la Fifa qui donne des dates. Je peux toujours dire : « je veux ceci, je veux cela », mais je ne peux pas le faire. En arrivant le 10 janvier, il a fallu se mettre vite en place avec ce match amical qui était nécessaire pour connaître les joueurs, etc. »

Ce match vous a-t-il permis d’avoir une idée de où vous allez et avec qui vous y allez ?
« Cela m’a permis de mieux connaître les joueurs, leur vie dans une équipe, comment ils s’entraînent, comment ils se comportent. Cela m’a permis de présenter comment je concevais le fonctionnement de l’équipe nationale et ce que j’attends des joueurs. Donc, nous avons mis en place les bases de notre cadre de travail. »
Comment les joueurs ont accueilli toute cette présentation ?
« Ils ont écouté, ils ont entendu. Après, dans le regroupement, tout s’est bien passé. Je n’ai pas demandé, évidemment, à chaque joueur, « est-ce que cela t’a plu ou pas ». Mais, je pense que cela a été bien accueilli. »
Mais, au vu du match, vous pensez que vos consignes sont passées ?
« Une équipe nationale, ce n’est pas que le match. C’est tout un ensemble qui fait qu’il y a une organisation, un cadre de fonctionnement. Il y a un état d’esprit à voir. C’est tout cela que nous avons mis à plat pour, après, que cela prenne un peu de la hauteur, de la dimension. Après, sur le match dans le comportement, sur le plan mental, cela avait répondu. C’est ce qui compte avant toute chose. La partie tactique, c’est la finalité, et nous n’en est pas encore là. »

Après ce match, les gens se sont dit que c’est quand même la Guinée, une équipe qui avait l’habitude de prendre trois buts au minimum face au Sénégal, ces dernières années. Du coup, on se dit que ce n’est pas rassurant. Partagez-vous cet avis ?
  « Vous ne raisonnez que par rapport au résultat ! Dans ce cas, nous n’allons pas pouvoir discuter. Les gens disent que faire match avec la Guinée n’est pas rassurant, qu’est-ce qui vaut mieux ? Mettre beaucoup de buts en amical et perdre en officiel ou l’inverse ? Moi, je n’ai pas mis l’accent sur le résultat dans le sens où je n’ai pas préparé la Guinée par rapport à ce qu’ils vont faire, etc. Dans le match, nous aurions pu marquer plusieurs buts, mais je souhaite parler de l’investissement des joueurs. D’abord, ce qu’on doit avoir sur le terrain, ce sont des joueurs qui sont concernés, qui ont un mental et qui démontrent cet état d’esprit à jouer, et c’est ce qui s’est passé. Le résultat vient après ; parce que ce n’était pas une obsession dans le sens où la préparation n’était pas axée sur cela. Il y a tellement de choses à prendre en considération lors de ce premier regroupement. Nous étions vraiment au stade de la découverte, entre les joueurs et moi-même, et les uns par rapport aux autres. »

Vous avez certainement appris des choses par rapport à ce regroupement. Qu’est-ce qu’il y a peut-être à changer ou à consolider par rapport au match à venir ?
  « Il y a plein de choses qui doivent s’améliorer, notamment dans l’organisation, dans la passivité, dans la simplicité, dans l’efficacité. Parce qu’une équipe nationale, ce sont des joueurs éparpillés un peu partout qu’on doit retrouver, rassembler dans des conditions tout à fait cohérentes. Ils viennent parce que tout est cadré de façon organisationnelle ; les joueurs sont dans des conditions de travail où il y a la tranquillité, la sérénité. C’est comme ça qu’on prépare une équipe nationale. Après, c’est d’arriver à ce que le groupe vive, créer une dynamique qui permette le travail sur le terrain pour constituer une équipe, collectivement parlant, avec des joueurs qui sont bien à leurs postes, avec des systèmes qui permettent de montrer un jeu cohérent et efficace. Il faut être prudent par rapport au résultat d’un match amical. Nous savons bien que les matches amicaux ont leur intérêt, leur importance, mais ils ne déterminent pas grand-chose. »

C’était quoi l’objectif essentiel de ce match amical alors ? Juste regrouper les joueurs ou bien… ?
« C’était tout ! Comment pourrais-je faire pour regrouper et connaître les joueurs si ce n’est qu’à travers un match ? Je ne connaissais pas les joueurs, humainement bien sûr ; eux aussi avaient besoin de connaître le coach, savoir comment il parle, comment il dirige une équipe, etc. Cela, c’était important. Et après le match, c’est la finalité du regroupement. Tu peux demander beaucoup de simplicité, beaucoup d’expression de chacun. Moi-même j’avais besoin de savoir un peu plus si ce joueur pouvait jouer avec celui-ci, etc. J’avais déjà des données par rapport à leurs postes, mais cela ne suffit pas. Il fallait avoir d’autres données, d’autres informations pour pouvoir avancer. »

Justement, ce match du 23 n’arrive-t-il pas un peu tôt ?
« Mais, qu’est-ce que vous voulez que je fasse ? Ce n’est pas moi qui décide du calendrier. Je comprends que vous disiez qu’il vient très tôt, mais cela ne change rien. Je suis arrivé le 10 janvier, il fallait aller en Gambie et puis, en dix jours, essayer de former un groupe et respecter la date. Ce n’est pas moi qui ai choisi d’arriver le 10 janvier. »
Vous allez jouer votre deuxième match dans moins de trois semaines et c’est un match à domicile qui se joue à l’extérieur. Est-ce un avantage ou un inconvénient ?
  « C’est fatalement embêtant. Toutes les équipes ont leurs matches à domicile et leurs matches à l’extérieur. Nous, nous avons nos matches à l’extérieur et pas nos matches à domicile. Nous ne sommes pas dans la logique des choses, mais là aussi, nous allons pouvoir parler toute la nuit. Malheureusement, c’est ça. »
Y a-t-il une façon particulière de préparer un match à domicile à l’étranger ?
  Bien sûr, vous avez raison, c’est différent. Fatalement ! Il y a un élément déterminant, c’est qu’il y aura moins de support public. Il y en aura un peu, beaucoup, je ne sais pas. Il faut intégrer le fait qu’on ne sera pas dans le cadre d’un soutien comme on peut l’être habituellement, cela c’est la première donnée. Parce que, quelques fois, ça aide les joueurs, ça booste. Malheureusement, il faudra s’en passer. Quand je parle souvent avec les autres entraîneurs des sélections africaines, ils me disent moi j’ai un problème de plus à régler. Nous aussi nous avons un problème parce que nous ne jouons pas à domicile. Regardez, il a fallu que j’aille en Gambie. Cela m’a pris du temps d’aller voir le terrain. Là, il y a le Dtn (Directeur technique national, Ndr) qui est en Guinée. C’est du travail supplémentaire dont on se serait passé. »
Peut-on s’attendre à des changements par rapport au groupe qui a joué face à la Guinée ?
  « Il y aura des changements. Maintenant, je ne vais pas vous citer lesquels. Mais, il y aura un grand pourcentage des joueurs qui étaient du groupe du premier match. »
Y aura-t-il des joueurs locaux dans ce groupe parce que vous avez eu à regarder certainement des matches du championnat ?
  « Je ne veux pas entrer dans les détails d’une liste que je communiquerai à tout le monde. Chacun veut avoir l’information, donc je vais attendre pour la communiquer au même moment à tout le monde. Mais j’observe le championnat local et vous saurez tout au moment de la publication de la liste qui se fera la semaine prochaine. »    
Vous êtes là depuis le 10 janvier. Avez-vous à vous rendre compte de l’immensité des attentes placées en vous ?
  « Oui. L’immensité des attentes existe dans la fonction d’entraîneur. C’est une attente qui est obligatoirement liée aux attentes de résultats de l’équipe nationale. »
  Vous auriez dit que vous irez même chercher Mbaye Niang au Milan Ac. Il se trouve qu’il aurait décidé de retourner jouer avec la France lorsque sa suspension sera levée. Cela vous embête-il quelque part ou pas ?
  « Ce que j’ai dit c’est que quand on est sélectionneur on doit faire en sorte d’utiliser toutes les possibilités du potentiel. Dans le cadre d’une équipe nationale, le potentiel, c’est les joueurs qui jouent au pays et ceux qui jouent à l’étranger qu’on appelle les expatriés, professionnellement. C’est aussi les joueurs d’origine du pays qui sont nés ailleurs, étant donné que la réglementation permet à ces derniers qui sont nés là-bas, de par leur origine, de jouer dans leur pays. Une démarche existe pour chacune de ces trois parties. Mais, la démarche de la partie de ces joueurs qu’on appelle des binationaux n’est pas toujours simple et évidente parce qu’ils ont deux possibilités : de jouer soit avec leur pays d’origine soit avec le pays où ils sont nés. Après, cela se traite au cas par cas. On fait la démarche pour voir s’ils ont envie de jouer pour leur pays d’origine. Après, le joueur vous dit « oui », « non », « peut-être ». Un garçon comme Niang a été appelé en équipe nationale de France Espoirs. J’ai été confronté à ce même problème dans d’autres pays où des joueurs m’ont dit « non, j’attends ». Donc, on n’a pas l’entière maîtrise que par rapport à un joueur local et un joueur expatrié. Néanmoins, c’est une démarche qu’il faut faire pour rendre ces joueurs sélectionnables. Il ne faut pas se priver de ces possibilités. »
Revenons au match contre l’Angola que vous avez certainement vu évoluer à la Can. A quoi peut-on s’attendre dans ce match ?
  « D’abord, j’ai pris connaissance de cette équipe à travers son expression collective. Ce qui m’a permis de visualiser chaque joueur, d’avoir son tableau de bord, c’est-à-dire voir s’il est technique, s’il est costaud, gaucher ou droitier, etc. Maintenant, qu’est-ce que cela va donner, parce qu’ils ont été éliminés au premier tour ? Quelles seront les répercussions de cette élimination ? Y aura-t-il des changements ou pas ? Cela, nous ne savons pas encore. J’attends leur liste pour voir. S’il y a 20 joueurs sur les 23 que j’avais répertoriés, je pourrai juger de leurs qualités. »
  Mais, est-ce une bonne nouvelle pour un entraîneur de voir son prochain adversaire éliminé comme l’Angola l’a été à la Can ?
  « Bonne question. Est-ce qu’il valait mieux qu’ils gagnent ? Ma réponse est difficile à trouver. Quelques fois, il y a une espèce d’euphorie qui s’enchaîne. Cela peut créer une dynamique avec une espèce de confiance en soi. Mais, inversement, les joueurs peuvent avoir du mal à s’en remettre mentalement, et si ça ne va pas bien on peut renouveler, recréer de la concurrence, redonner une espèce d’ambition à des joueurs qui viennent d’arriver. Quand j’ai vécu des situations comme ça, je sais ce que cela a donné. Des compétitions internationales réussies, ça nous avait boostés. »
Le Sénégal est un peu dans la même situation parce qu’il était absent lors de la dernière Can. Comment va-t-il revenir ? Est-ce que vous avez senti cette révolte chez vos joueurs ?
  « Maintenant, je ne veux pas revenir sur le passé. Ce qui est fait est terminé et 2013, c’est du passé. Là, on se projette vers le futur. La Fifa m’a interviewé dernièrement et l’on m’a dit « vous avez rappelé ». Mais, j’ai dit « j’ai appelé » parce que rappeler évoque le passé. Je ne dis pas qu’il ne m’intéresse pas, j’ai vu ce que le Sénégal a fait à la Can 2012 et face à la Côte d’Ivoire. Mais, pour travailler dans le présent et le futur, je ne vais pas dire « tiens, celui-là je vais le rappeler, j’appelle celui-là ». Quand je parle aux joueurs je ne vais pas leur dire « je vous rappelle ». Il ne faut pas être négatif, il faut être positif. »
C’est donc un nouveau départ ?
  « Bien sûr. Il faut surtout éviter de se dire qu’on a un boulet à traîner. C’est fini, maintenant on se projette vers l’avant. »  
  Le présent, c’est un groupe dont on dit beaucoup de bien. Que pensez-vous pouvoir tirer de cet ensemble ?
  « D’abord, on se rend compte qu’il y a des secteurs de jeu qui sont plus fournis que d’autres, en quantité et en qualité. Donc, dans l’absolu, on ne peut pas dire qu’il y a un équilibre partout. Il faut faire en sorte d’équilibrer. De dire qu’on prend les meilleurs joueurs mais qui occupent le même poste, ce n’est pas une bonne réponse parce que, fatalement, ça déséquilibre. En football, une équipe a besoin de défenseurs, d’attaquants, de milieux. Il faut cette complémentarité qui mette en place les lignes et les hommes. Il faut faire en sorte qu’on ait des bases équilibrées qui permettent les complémentarités. Cela, je l’avais constaté avant que je ne sois là.
Mais, avez-vous la solution pour équilibrer cette équipe ?
  « La solution ? Il faut travailler. Je ne dis pas que j’ai la solution. Je dis que je travaille dans ce sens pour arriver à trouver le meilleur équilibre possible. Aujourd’hui, je ne dis pas que j’ai la recette-miracle ou la baguette magique. Il faut arriver à travailler pour trouver cette solution. »
Vous n’avez pas de recette-miracle, c’est pourtant l’impression que dégagent vos passages au Gabon et au Mali. Y a-t-il une différence entre ces deux pays et le Sénégal que vous découvrez à peine ?
  « Vous savez, c’est toujours délicat de faire des comparaisons de ce genre. Elle est très large votre question. Je n’ai pas encore de vécu ici pour voir le football dans son ensemble. Au Gabon, quand je suis arrivé, il fallait tout faire. L’équipe n’était pas bien fournie ; dans l’organisation, il n’y avait rien non plus. Il n’y avait pas le téléphone, il n’y avait pas les trucs basiques. Donc là, c’était de la construction. Et puis, il n’y avait rien sur le potentiel joueur. Ce n’est pas injurier les fans là bas, mais cela n’a rien à voir. Donc, il a fallu construire. Et je me suis attelé à la tâche dans tous les domaines, les joueurs y ont adhéré. Ensuite, par le biais des instances à qui j’ai présenté le projet, la dynamique s’est enclenchée. Parce qu’une équipe nationale ne peut pas marcher si, à côté, ses besoins ne sont pas satisfaits. S’il y a ça, le sportif va en pâtir. Au Mali, je suis arrivé avec un potentiel joueurs plus important. Il fallait reconstruire. J’ai pu avoir un cadre, une harmonisation, une cohérence de travail. Ici, il y a des bases, il faut continuer à améliorer cette efficacité, cette rigueur et cette facilité dans ce qui est la mécanique d’organisation pour qu’après, la partie sportive suive parce que l’une ne va pas sans l’autre. Quand je dis recette-miracle, ça n’existe pas ; c’est le travail, c’est l’organisation, la rigueur et l’intérêt supérieur qui est la réussite de l’équipe. Mais, ce n’est pas toujours simple. »
  Maintenant, on va anticiper sur 2015. Le tirage, c’est dimanche prochain. Pour vous, quelle serait la meilleure poule pour le Sénégal ?
  « Je dirais éviter la Côte d’Ivoire et le Nigéria, peut-être. Mais, ça va être des groupes équilibrés. On parle du premier chapeau des équipes à éviter, mais quand vous voyez quelques fois des matches contre des équipes du troisième chapeau, ils ne sont pas gagnés d’avance. Déjà, imaginez un seul instant un Sénégal – Gambie, par exemple. Ce ne sera pas facile, surtout quand on voit l’état du terrain (de Banjul, Ndr). Avant un tirage au sort, on dit toujours ce qu’on en pense, après la réalité est tout autre sur le terrain. Vous vous apercevez que, depuis quelques années, la hiérarchie africaine est très bousculée. On se rend compte que les pays-phares ont maintenant des difficultés à se retrouver à la Can. »

Propos recueillis par B. Khalifa NDIAYE et Wahany Johnson SAMBOU


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