Salihou KEITA, directeur de l'agence nationale d'ppui : « L’Etat veut aider les marchands ambulants à rationnaliser leurs activités »

Le directeur de l’Agence nationale d’appui aux marchands ambulants (Anama), Salihou Keita, est d’avis que le président de la République, Macky Sall veut aider les marchands ambulants à rationnaliser leurs activités. Pour M. Keita, cette décision sera matérialisée par la mise en place d’un dispositif de recasement et d’appui aux jeunes qui squattent les trottoirs des grandes villes pour vendre des produits.

L’Etat a mis en place une agence chargée d’appuyer les marchands ambulants. Qu’est-ce qui fait la pertinence de ce choix ?
«L’Agence a été mise en place  suite à des tensions sociales  lors de l’opération de désencombrement des voies publiques et de déguerpissement des marchands ambulants en 2007. Cette opération avait crée beaucoup de dommages. C’est pour cela que le chef de l’Etat avait pensé qu’il fallait mettre en place un programme de recasement  des marchands ambulants et tabliers. D’où la création de l’Agence nationale pour la sédentarisation des marchands ambulants le 3 février 2011. Arrivé au pouvoir, le président Macky Sall a fait un diagnostic de ce projet qui n’était encore qu’une idée plutôt qu’une vision. Ce n’est pas seulement par le recasement qu’on va régler la problématique des marchands ambulants. Le président a opté pour une logique d’appui. Ce qui fait qu’on n’est plus dans une logique de sédentarisation».

Sur quoi se fonde cette logique d’appui ?
«Nous nous insérons dans une logique de rupture allant dans le sens de produire un système d’appui intégrant la formalisation de l’activité. L’objectif poursuivi est d’insérer les marchands ambulants dans le circuit économique du Sénégal, mais aussi la formation des acteurs, la communication pour le changement de comportements. 91% des marchands ambulants sont des jeunes. Ces jeunes avaient des métiers de base. Ils se sont retrouvés accidentellement dans la vente à la sauvette. Nous voulons identifier ces marchands ambulants pour renforcer leurs compétences dans leur métier de base et aller vers un retour en zone. Nous avons déjà discuté avec des structures dédiées à l’apprentissage des métiers. Il s’agit notamment de l’Office national de la formation professionnelle (Onfp) et le Fondef.  Nous envisageons aussi une mise en place de projets structurants. Nous avons, en plus, discuté avec les membres d’une Ong française qui sont disposés à accompagner l’Anama pour encourager certains marchands ambulants à retourner en zone. Les marchands ambulants n’ont aucune protection sociale alors qu’ils travaillent dans la rue et sont exposés au soleil, au vent et à la poussière. Nous pensons qu’il faudrait maintenant qu’on prenne en charge un volet assistance sociale et médicale. Le recasement avec Asma était la seule mission. Nous allons continuer le recasement. Encore faudrait-il que les acteurs impliqués, notamment les collectivités locales, les services de l’Etat et la société civile, agissent en synergie pour une mutualisation des ressources. Cela devrait nous aider à aller vers des débuts de solutions intelligentes et durables».

Combien de marchands ambulants ont été recensés et combien ont été recasés ?
«A l’heure actuelle, les chiffres produits ne sont pas fiables et ils présentent des écarts très significatifs d’une structure à une heure. Quand vous allez à la mairie de Dakar, on vous communique un chiffre. L’équipe sortante de l’agence avait un chiffre. La chambre de commerce a un chiffre. Les chiffres des deux organisations des ambulants sont différents. C’est pourquoi, l’agence compte commanditer des opérations d’enquêtes d’une grande envergure. Dans un avenir proche, avec l’appui des bailleurs de fonds, nous allons faire un recensement exhaustif. Nous travaillons avec l’Ands. Cela va nous permettre d’identifier les marchands ambulants. L’Agence a été créée sous les cendres d’Asma. Des efforts ont été consentis. Avec le concours des subventions de l’Etat qui se chiffrent à 600 millions, des marchands ambulants ont été recasés avec le Crédit mutuel et Acep. 79 marchands ambulants ont été recasés avec le Cms et 131 avec Acep. Ce nombre est très peu par rapport aux marchands ambulants. Nous sommes en train de faire l’état des lieux.  Et nous avons même constaté que les cantines déjà affectées aux marchands ambulants ne correspondent pas aux normes de qualité requise, il y a du travail à faire.  Nous devons insister sur la qualité des constructions et des sites affectés aux marchands».

Quels rapports l’Anama entretient-elle avec la mairie de Dakar ?
«La mairie de Dakar et l’Anama sont deux structures différentes du point de vue institutionnel. La mairie exerce le pouvoir décentralisé. Par contre, l’Anama est un établissement public doté d’une autonomie financière qu’on peut lancer dans le dispositif de l’Etat à travers l’agencialisation. L’Anama va au de-là du champ de compétence de la mairie et traduit de manière concrète la politique définie par l’Etat en faveur des marchands ambulants avec le partenariat de tous les ministères impliqués».

Quelle appréciation faites-vous des opérations de déguerpissements qui visent à mettre fin à l’anarchie à Dakar ?
«Nous estimons que la problématique des marchands ambulants ne devrait pas être réglée par la répression. Il n’y a plus de stabilité dans certains pays maghrébins à cause de la question des marchands. Tout est parti de déguerpissement de marchands ambulants. La problématique des marchands ambulants est une problématique sociale, une bombe sociale qui peut exploser à tout moment. Pour préserver cette paix sociale, il faut qu’on aille vers la concertation et non la répression. Résoudre la question des ambulants est un intérêt national. On n’impose pas un intérêt national. Il faut mener des concertations.  Nous allons développer des programmes qui doivent apporter des stratégies d’appui aux marchands ambulants et un redéploiement des marchands vers d’autres secteurs porteurs».

Ne pensez-vous pas que la fermeté doit aussi être de mise pour éviter le retour des personnes recasées ?
«Si une personne reste sur la voie publique illégalement, à la longue, elle obtient une légitimité sociale,  surtout lorsqu’elle paie la taxe municipale. Ces marchands ambulants ont une légitimité sociale. Les collectivités locales ont la légalité à travers les compétences transférées. La question que je me pose est celle-ci :  la légalité doit-elle négliger la légitimité sociale pour imposer un intérêt national ? Je pense que la légalité doit accompagner la légitimité sociale, parce que les marchands ambulants sont un mal nécessaire. Ce sont des gens qui encombrent la voie publique et entravent la circulation. Leur présence sur les routes crée des embouteillages qui font perdre à l’Etat du Sénégal 100 milliards par an. Au de-là de cette occupation anarchique, il y a la salubrité. Des déchets sont jetés sur les trottoirs. A côté de ça, il faut qu’on ait le courage de dire que ces marchands ambulants sont des jeunes qui pouvaient aller voler ou agresser. S’ils s’insèrent dans le secteur informel pour exercer un métier, le gouvernement a le devoir de les aider. L’Etat a des difficultés pour donner un emploi aux jeunes. C’est pourquoi, les marchands doivent être accompagnés. Ces marchands ambulants sont des régulateurs sociaux. Ils sont aujourd’hui le poumon du commerce intérieur. Ils permettent souvent aux usagers de la route de trouver des articles sans se déplacer. On doit donc les prendre en charge. Une ville qui se développe va de pair avec le phénomène des marchants ambulants. C’est à l’autorité de l’organiser. Si on les néglige, ça sera une très grave erreur. Les marchands ambulants sont presque tous issus du monde rural. Ils exercent une activité de survie pour refuser de subir les effets de la pauvreté. Il  faut donc éviter de se limiter à l’usage des méthodes répressives. En tenant compte des méthodes répressives qui ont montré leurs limites ailleurs, le président de la République, Macky Sall a mis en place une structure pour accompagner les marchands ambulants et les aider à bâtir des dynamiques organisationnelles pour rationnaliser leurs activités».

L’absence d’une collaboration avec les collectivités locales ne risque-t-elle pas de plomber vos efforts ?
«La synergie est obligatoire. La mairie de Dakar ne doit pas s’occuper des marchands ambulants. Elle doit s’occuper de l’occupation illégale de la voie publique. L’Anama s’occupe des marchands ambulants. Du coup, nous sommes obligés de travailler en synergie. Quand la mairie veut déguerpir, il faudrait qu’il y ait une coordination avec l’Agence. Nous réclamons un plan de déguerpissement afin d’appuyer les marchands ambulants qui seront touchés. On ne doit pas déguerpir sans des mesures d’accompagnement. La mairie de Pikine a mené des concertations pour le démarrage d’un projet à Bountou Pikine. La finalité est que les tabliers quittent les trottoirs. Il faut donc des concertations».

Comment comptez-vous identifier les marchands ambulants en vue d’un recasement?
«A travers l’enquête que nous allons mener, nous identifieront tous les marchands ambulants.  Nous allons délivrer une carte professionnelle à chaque marchand ambulant. Pour la concertation, nous allons trouver des sites pour recaser tous les marchands ambulants recensés. Il est très difficile de les recaser tous. C’est pourquoi, nous allons créer des antennes dans les régions pour leur retour en zone.
 On va travailler avec Avsf Sans frontières pour mettre en place des projets structurants et les encourager à retourner chez eux où ils trouveront un emploi. Nous allons aussi aller vers la formation pour aider ceux qui avaient un métier à faire un retour en zone. Nous voulons un nouveau type de marchand ambulant capable de s’approprier les initiatives qui visent à améliorer la mobilité à Dakar et à mettre fin à l’anarchie».

Propos recueillis par Babacar DIONE


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