Mandiome Thiam, chef du département Histoire à l’Ucad : « La poterie ancienne est un précieux document de travail en archéologie »

Nous avions croisé le professeur Mandiomé Thiam à la sortie d’un atelier sur la céramique, lors de la rencontre des archéologues africains et africanistes à l’Ucad, en 2010. L’enseignant à l’Ucad et chercheur nous a donné des précisions sur la poterie en matière de recherche archéologique. Cet art semble si anodin, mais il renferme des informations si importantes sur l’évolution de l’homme à travers les âges.

En archéologie, vous avez beaucoup étudié la poterie ancienne en Afrique. Pourquoi les archéologues s’intéressent-ils tant à la poterie ?

« La poterie est une invention de l’homme qui remonte au Néolithique, c'est-à-dire la deuxième grande période de la Préhistoire. C’est ce qu’on appelle un marqueur dans notre jargon, c’est une technique témoin. Quand on trouve une poterie, on peut dater aisément la chronologie du site. Inventée au Néolithique par des populations, la poterie est un document fragile, elle se casse vite.

Au Paléolithique, les populations étaient nomades, mais lorsque l’homme s’est sédentarisé, il a créé la poterie pour ses occupations, cuire les aliments, puiser et garder de l’eau, mais également pour stocker des graines pour l’agriculture qui est née au Néolithique ainsi que l’élevage. 

Du Néolithique à l’époque moderne contemporaine, les populations utilisent la poterie, surtout dans les sociétés actuelles africaines où cet ustensile est très présent, de la naissance et du premier bain du bébé, au mariage et jusqu’à la mort. »  

 Le travail de la poterie est considéré comme sacré et vous avez commenté ce fait dans vos recherches...

« Oui, le travail de la poterie est sacré parce qu’il y a énormément de mythes et d’interdits. Il y a tout un imaginaire, un univers mental autour de la fabrication de la poterie. Aujourd’hui, en l’état actuel, la poterie est exécutée par les femmes, ce sont elles qui donnent la vie, les hommes sont tenus à l’écart.

La poterie est liée à la terre et à l’argile qui a été façonnée à l’origine de l’humanité pour créer l’homme selon des croyances monothéistes. Il y a donc toute une sacralité et on ne doit pas s’adonner au travail de la poterie sans préparation mystique. »

 Quel est l’intérêt de l’étude des matériaux et des techniques pour l’archéologie ?

« L’étude des matériaux, de la résistance et des techniques, c’est ce qu’on appelle l’archéométrie dans notre jargon. Il faut analyser la composition chimique, minéralogique de la pâte céramique pour comprendre et connaître les principaux constituants qui sont entrés dans sa mise en forme.

C’est ainsi que l’on peut dire si cette poterie trouvée à Dakar a été fabriquée sur place, où si elle a été importée. En analysant et en considérant les possibilités géologiques d’un site, on peut indiquer si l’origine de la poterie se trouve là où elle a été trouvée et autrement, identifier sa provenance.

On a des preuves dans l’espace sénégambien. Nos recherches archéologiques l’ont montré avec la découverte d’un fragment de poterie émaillée à Sinthioubara, près de Matam, dans la vallée du fleuve Sénégal. Très vite, on s’est rendu compte que ce fragment de poterie n’est pas fabriqué sur ce sol et qu’il avait été importé et cette trace a été suivie pour déterminer son origine. En laboratoire, il est donc possible de faire des analyses afin de connaître la texture de la pâte céramique, c’est ce qu’on appelle le micro faciès. »

 Est-ce que les méthodes de datation sont fiables pour connaître les périodes d’utilisation des objets ?  

« La thermoluminescence permet ainsi de faire une datation des poteries, puisque cette technique de datation utilise la mesure de la lumière émise par le cristal quand on le chauffe. On a ainsi la date où la poterie a été fabriquée pour la première fois et c’est une datation sur une marge d’incertitude très petite de plus ou moins de cinquante années.

Le présent des archéologues, c’est 1950, et l’on utilise la terminologie Bp (Before présent), c'est-à-dire avant 1950 qui est l’année où il y a eu la diffusion de l’énergie nucléaire. La datation au radio carbone a apporté une petite révolution sur le plan scientifique. »

 Entre poterie et céramique, qu’elle distinction faites-vous en tant que chercheur ?  

« Avant, il y avait ce qu’on appelait « la vaisselle blanche », de l’argile exposée au soleil, puis il y a eu un consensus lors d’un colloque sur le vocabulaire technique de la céramique en archéologie en 1971 par le laboratoire de recherche du Musée de France. On y désignait la céramique comme un terme générique dans lequel intervient, à la fois, l’eau, la terre et le feu, c’est dire qu’en l’absence de traitement thermique, on ne peut pas parler de poterie.

La poterie, c’est la céramique, la seule différence est que la céramique peut être utilisée comme un adjectif. »

 D’où vient la technique de la poterie, le tour qui sert à façonner, le four qui permet de cuire l’argile… ?

« Dans l’espace sénégambien, du Néolithique à l’époque protohistorique, il n’y avait pas de four, ni de tour de potier. Les populations ignoraient ces techniques et j’ai dit dans mon ouvrage (ndlr : « La céramique dans l’espace sénégambien, un patrimoine méconnu » par Mandiomé Thiam, paru aux Editions L’Harmattan, Paris, 216 pages) que malgré cela, il n’y avait pas de vide technologique. C’est parce que, tout simplement, ces populations n’étaient pas dans le besoin d’user de ces techniques (tour et four), la qualité des argiles disponibles donnaient satisfaction, c’était résistant. Je crois que nous ne traînons pas de complexe, les premières poteries au Néolithique ont une température de cuisson avoisinant 500 à 600 degrés.  

J’ai fait de l’archéologie et de l’ethno-archéologie qui est une branche de l’archéologie. Il s’agit d’une enquête sur le terrain, dans le but de répondre à des problèmes archéologiques. Il y a des hypothèses. Des fois, on ne comprend pas certaines choses, mais sur le terrain, il y a les populations et l’on procède par analogies et par des projections pour comprendre un peu. Mon ouvrage parle donc de la poterie du Néolithique à l’époque moderne contemporaine. J’avance une autre lecture de la poterie. En fait, elle est une invention de l’Afrique au sud du Sahara. On y trouve deux sites archéologiques importants, l’un à Tagalagal au Niger à 1850 m d’altitude, c’est une station qui est datée autour de 9000 ans Bp. On a trouvé à peu près la même date au Mali, à Oundougou. Ce sont les plus veilles datations obtenues en l’état actuel des recherches dans le monde et ces deux sites sont considérés en l’état actuel comme « le berceau mondial de la poterie ». 

Ces découvertes apportent des éclairages importants par rapport à l’évolution de l’homme…

« Oui, comparaison pour comparaison, pour nous, la néolithisation de l’Afrique au sud du Sahara n’est pas le fait de populations venues d’ailleurs. La poterie qu’on y a trouvée est une invention locale, elle est le fait des populations autochtones. Sur un autre plan, l’Afrique est le berceau de l’humanité avec notre plus vieil ancêtre « Tumaï », découvert au Tchad, qui date de 7 millions d’années… »

Propos recueillis par Jean PIRES


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