Culture

ATELIER « FER ET VER » : La peintre Germaine Anta Gaye présente une expo en hommage à Ndèye Fatou Ndiaye

« Des perles à la mémoire de Ndèye Fatou », tel est le titre de l’expo-vente à titre posthume ouverte jusqu’au 5 août prochain, à l’atelier "Fer et verre" de Germaine Anta Gaye, situé au rond-point Jet d’eau. Il s’agit d’une collection en hommage à Ndèye Fatou Ndiaye, ingénieure en informatique décédée en 2014.
L’atelier « Fer et verre » de Germaine Anta Gaye, sis au rond-point Jet d’eau, accueille jusqu’à mercredi prochain, une expo-vente à titre posthume des bijoux de la collection réalisée par feue Ndèye Fatou Ndiaye. Intitulé « Des perles à la mémoire de Ndèye Fatou », cette exposition rend un vibrant hommage à cette ancienne ingénieure en informatique à la Banque africaine de développement (Bad), décédée en septembre 2014. De son vivant, Ndèye Fatou nourrissait ce vœu d’exposer, un jour, cette collection de perles de tous genres et de toutes les couleurs obtenue à la suite de ses innombrables voyages qui l’ont menée un peu partout à travers le monde. Il s’agit ainsi pour l’artiste peintre, Germaine Anta Gaye, de concrétiser, via cet événement qui a regroupé   toute la famille, les amis et les proches de feue Ndèye Fatou Ndiaye, le rêve d’une amie, d’un parent. Bref d’une complice. Au-delà des perles d’ici et d’ailleurs, des colliers et des chapeaux qui composent cette collection, l’exposition regroupe aussi les accessoires et les effets personnels de Ndèye Fatou. « J’ai voulu perpétuer sa mémoire, en faisant aboutir son projet d’exposition. A l’arrivée, il s’agit de mettre à la disposition des gens la collection de Ndèye Fatou », a expliqué Germaine Anta Gaye. Selon elle, Ndèye Fatou Ndiaye a laissé une empreinte « très » forte. « Elle était très élégante et aimait les belles tenues. Ndèye Fatou nous faisait découvrir les facettes de son talent », a-t-elle laissé entendre, saluant la complicité qu’il y avait entre Ndèye Fatou et elle. 
Décédée à l’âge de 45 ans, même malade, Ndèye Fatou faisait preuve d’une grande solidité. Elle n’était pas du lot de ceux qui abdiquent devant l’épreuve de la vie ou du destin. « Ndèye Fatou Ndiaye a lutté pour suivre. Elle ne voulait pas perdre son temps pour des futilités. Consciente très tôt de sa maladie, elle savait vivre avec… », a soutenu le cousin de la défunte, Pape Ibrahima Cissé. De son côté, sa mère, Mame Diarra Mbaye, a salué la mémoire d’une femme « très généreuse et fidèle en amitié ».

Ibrahima BA

Doudou NDIAYE Rose, Tambour-Major : Une odyssée tout en rythmes

Le 28 juillet dernier, Doudou Ndiaye Coumba Rose a soufflé ses 85 bougies. Une série de festivités est organisée pour célébrer cet anniversaire. Malgré le poids de l’âge, le tambour-major garde pourtant encore l’énergie et le talent qui ont rythmé sa si longue et dense carrière. Il l’a démontré, samedi dernier, à la résidence de l’Ambassadeur du Japon au Sénégal.

Il est des hommes qui, par leur génie et la maîtrise de leur art, émergent du lot des communs des mortels. Il s’agit de ces hommes qui sont toujours cités en premier quand on évoque un métier. Tellement ils s’y sont distingués et en ont écrit l’une des plus belles sinon la plus belle page de l’histoire. Mozart dans la musique classique, Picasso dans la peinture, Pelé au football et… Doudou Ndiaye Rose dans la percussion. Dans l’imaginaire collectif sénégalais, ce tambour-major reste le grand batteur à l’énergie débordante sur scène et surtout ce mixeur de sons et de rythmes dont la conjugaison offre des symphonies qui font chavirer le cœur et attendrissent l’ouïe. La belle orchestration avec les majorettes, vous connaissez ? C’est lui, Doudou Ndiaye Rose.

L’inoubliable parade sur la plus belle avenue du monde

Son art l’a mis sur les chemins du monde. Son odyssée rythmique l’a mené partout. En  Asie, en Amérique, en Europe, aux Caraïbes, l’écho de ses coups de baguette résonnent encore. Là où il passe, l’homme est reconnu et célébré. Petit par la taille, grand par le rythme, Doudou Ndiaye Rose porte fièrement son tam-tam. Son passeport à la résonnance internationale. Les éloges sont dans les mots de Raphaël Ndiaye, directeur général de la Fondation Léopold Sédar Senghor : « Doudou Ndiaye Rose est arrivé à révolutionner la relation au tam-tam en créant des polyrythmies d’une très grande variété avec une mise en scène où tout l’homme, à travers une gestuelle qui se déploie dans l’espace et de façon inattendue pour des téléspectateurs, arrive à subjuguer son auditoire ». Et que dire de ce témoignage de Rémy Sagna, directeur de Cabinet du ministre de la Culture et de la Communication : « Doudou Ndiaye Rose a poussé les limites des percussions sénégalaises pour en décliner des variantes qui vont du « saouraba » mandingue à « l’assico », en passant par le « gorom », le « mbabas » ou le « khiin ». Sonorités bien de chez nous mais que son génie a permis de placer dans toutes les musiques du monde ». C’est ce grand sens de la créativité artistique qui a valu au tambour-major des collaborations avec des monuments de la musique mondiale comme Dizzy Gillepsie, Miles Davis ou les Rolling Stone. Chapeau ! 
Parmi les nombreux hauts faits artistiques de Doudou Ndiaye Coumba Rose, s’il y a un qui restera longtemps gravé dans du marbre, c’est bien sa prestation lors de la célébration du bicentenaire de la Révolution en 1989. Perché sur un char qui remonte l’avenue des Champs Elysées, le tambour-major interprète l’hymne national français, La Marseillaise, au tam-tam avec le défunt Julien Jouga. Ce jour-là, rappelle l’historienne Penda Mbow, « tout le monde a éprouvé un énorme plaisir et de la fierté d’avoir un homme de la dimension de Doudou Ndiaye Rose représenter le Sénégal ». L’octogénaire admet que cet épisode est l’un des moments les plus forts de sa carrière lui qui, pendant trente ans, a été citoyen français. « Représenter le continent africain à ces festivités et jouer devant de nombreux chefs d’Etat du monde, c’est un sentiment bien particulier et ineffable. Ce fut un grand honneur », confie-t-il quand on l’a abordé dans les coulisses du spectacle qu’il a donné, en compagnie du groupe «Degg Daaj» de l’américain Nathan Fuhr, le samedi 26 juillet dernier, dans les jardins de la résidence de l’Ambassadeur du Japon au Sénégal. Cet évènement lui a été dédié en hommage par Son Excellence Takashi Kitahara.
Lors de ce spectacle devant un parterre de personnalités, Doudou Ndiaye Rose a montré, une fois de plus, qu’il n’avait rien perdu de son énergie et de son talent. L’assistance est restée tout ébaubie devant la performance ce bout d’homme, crâne rasée, un peu voûté mais qui, à 85 ans, continue de défier les lois de la physique par l’énergie qu’il dégage encore sur scène. Les mêmes gestes, les mêmes pas endiablés, les mêmes mimiques depuis 40 ans. C’est un trait de bénédiction inné, un talent naturel pour ce griot qui a vu le jour en 1930.

Célébré à l’international, ignoré dans son pays

Pour le directeur de l’Institut fondamental d’Afrique noire (Ifan), Hamady Bocoum, « Doudou Ndiaye Rose, c’est toute la culture sénégalaise des indépendances à aujourd’hui ». De ce point de vue, il est, selon lui, « un témoignage exceptionnel, un exemple à suivre dans le cadre de la promotion de nos valeurs culturelles les plus profondes ». Quant à Penda Mbow, elle pense tout simplement que Doudou est parmi ce qu’on a de meilleur sur le plan culturel au Sénégal. Pour avoir donné au tam-tam ses lettres de noblesse, pour avoir représenté le Sénégal partout, pour tout cela, l’historienne et actuelle représentante du chef de l’Etat à l’Oif, exhorte les autorités à lui rendre un grand hommage.  Si l’Etat sénégalais tarde à le faire, des chancelleries étrangères, elles, n’ont pas tardé. Outre le Japon, les Etats-Unis, à travers son ambassade au Sénégal, organisent une série de festivités à l’honneur de Doudou Ndiaye Rose. Même s’il se dit très fier de cette marque de reconnaissance pour l’ensemble de son œuvre, le vieil homme garde quand même une petite amertume car estimant que c’est son pays qui devait être le premier à lui organiser un tel hommage. Et Doudou Ndiaye Rose de rappeler les relations particulières qu’il entretien avec le pays du Soleil Levant où il s’est rendu 16 fois et où vivent sept de ses petits-enfants métis japonais. Cela montre bien que Doudou Ndiaye est un citoyen du monde, lui qui a déjà reçu plusieurs insignes honorifiques à l’étranger. Ainsi, le Japon lui a remis plusieurs médailles, la France l’a fait Chevalier des Arts et des Lettres, de même que le Sénégal, il est citoyen d’honneur de Bordeaux, de Lille, de Nancy. Enfin, l’Unesco l’a fait trésor humain vivant.

Formation de plombier, carrière de percussionniste

Issu d’une famille de griots, on peut penser que Doudou Ndiaye a naturellement et facilement suivi les pas de ses ancêtres. Que non, il a dû faire face à l’opposition de son père qui entrevoyait pour son enfant une carrière dans l’administration. Ce qui suppose des études plus ou moins poussées. « Mon père m’interdisait de jouer aux percussions. Il voulait que je fasse des études. Ce que j’ai fait jusqu’à l’obtention de mon Certificat d’études primaires ».
Il s’est ainsi soumis à la volonté de son pater bien que la passion des percussions le brûlait. Après son Cep en 1944, il est orienté à l’école professionnelle Pinet Laprade, non loin du port de Dakar, devenue aujourd’hui Ecole Aladji Falla Paye. Quatre ans plus tard, il en sort avec un diplôme de plombier en poche. « J’ai fait ce métier pendant 40 ans et c’est ce qui m’a amené à Douala, au Cameroun. Je suis revenu à Dakar quand l’immeuble Maginot devait être construit », précise-t-il.
Sa rencontre avec le grand percussionniste de l’époque Mada Seck fait basculer son destin. Ce dernier l’avait repéré lors d’une répétition pour le fanal où le jeune Doudou avait l’habitude de se rendre après le travail. « Je jouais un peu avec les percussions avant l’arrivée des batteurs. Conquis par mes performances, Mada Seck a décidé de me prendre dans son équipe », raconte-t-il. Cette fois-ci, Doudou Ndiaye Rose fait fi de l’interdit de son père et fonce sur le chemin de son destin. Très vite, l’élève Doudou dépasse le maître Mada. Son style si particulier commence à se forger. Sa carrière s’annonce tout en rose, comme le nom de sa maman qu’il a emprunté alors qu’il était encore élève afin de se faire distinguer des nombreux Mamadou Ndiaye qui peuplaient sa classe. Mais c’est quand il a intégré l’Ecole nationale des Arts au début des années 1960 comme professeur de rythme que Doudou Ndiaye Rose a pris une nouvelle dimension. Il en a profité pour apprendre le solfège. Selon lui, c’est ce petit plus qui fait sa différence avec les autres batteurs de tam-tam, surtout les plus jeunes. « La jeune génération joue très bien le tam-tam, mais j’ai l’avantage de maîtriser les cinq clés du solfège. Si bien qu’aujourd’hui il n’y aucun orchestre que je ne puisse accompagner sur scène », dit-il. Il invite les jeunes percussionnistes à faire des efforts pour maîtriser le langage du tam-tam car derrière chaque rythme, il doit y avoir un message. « Il ne s’agit pas de faire du tintamarre et d’essayer de gagner de l’argent. La percussion, c’est tout un art avec des règles. Chaque rythme a une signification bien définie », dit-il avec une once de regret. Doudou Ndiaye Rose dit s’évertuer à transmettre ses vertus à ses enfants avec qui il a de grandes complicités, comme en témoigne leurs prestations communes sur scène. « Je sais que je ne suis pas éternel, alors qu’il est temps je partage avec mon expérience et mes connaissances », ajoute-t-il. Doudou Ndiaye Rose n’est pas éternel, mais son œuvre va certainement lui survivre.

Par Elhadji Ibrahima THIAM

DJIBRIL NDIAYE, Artiste : La « sculpeinture », un viatique

Sélectionné parmi les artistes invités à exposer au mois de novembre prochain, dans le cadre de la quatrième édition du programme Partcours (l’art dans la cité), Djibril Ndiaye est un artiste complet. Tout le travail de cet ancien pensionnaire de l’Ecole nationale des beaux-arts reste partagé entre le mariage de la sculpture avec la peinture.

Comme à son habitude, le village des arts de Dakar  est enveloppé, en ce début de matinée, dans une atmosphère ouatée. Dans la cour piquée de quelques arbres aux feuillages drus, seuls deux à trois pensionnaires de ce site sont visibles. Pas d’entrée, ni de sortie. Le temps semble s’arrêter pour laisser se succéder dans le ciel de gros nuages noirs, qui annoncent l’arrivée imminente de la pluie. Sur place, à quelques pas  de la  Galerie Léopold Sédar Senghor peinte en blanc  et se dressant majestueuse au milieu de ce grand bazar de l’art, se trouve l’atelier du sculpteur et peintre Djibril Ndiaye. Trouvé à la porte de son local, les yeux rivés sur le sol, l’artiste est en pleine besogne. Il s’efforce tant bien que mal de re-tailler de petits bouts de bois au couleur blanc. Quelques minutes plus tard, le sexagénaire nous invite à rejoindre son atelier après les salutations d’usage. Ici, moins de dix mètres carré abritent toutes ses affaires. Tout semble être dans un sens dessus dessous. Mais le maître des lieux n’en a cure.  Sélectionné pour prendre part à la quatrième édition du Partcours prévue au mois de novembre prochain à Dakar, l’artiste a entamé une retraite artistique depuis déjà un mois. L’ambition de cet ancien pensionnaire de l’Ecole nationale des beaux-arts (Ena) entre 1970  et 1980 est de présenter au mois de novembre un travail autour de ses thèmes  favoris : les Souvenirs d’enfance et les Greniers dogon. Vêtu d’une chemise bleu ciel et d’un pantalon super cent, lunettes bien accrochées, il explique : « Cela fait déjà un mois que j’ai commencé à travailler sur ces deux thèmes. Je reste convaincu que ma participation au Partcours est une bonne occasion pour montrer tout mon travail ».

Un travail sur les souvenirs d’enfance

Né en 1945 à Dakar, Djibril Ndiaye fait partie des plus grands sculpteurs sénégalais. Il s’est très tôt intéressé à l’art, en passant le plus clair de son temps à dessiner, à grimer et à déguiser des choses que lui inspire son environnement immédiat. Après la classe de quatrième au collège, Djibril intègre l’Ecole des beaux-arts pour se perfectionner. L’étudiant doué opte pour des études poussées dans le domaine de la sculpture où il décroche un diplôme après sept années de dur labeur et de persévérance. Au début des années 1980, le sculpteur fait ses valises pour le Mali. A Bamako, ses expériences dans le domaine artistique vont prendre une nouvelle allure. De retour au Sénégal, après près de dix ans à l’étranger, Djibril Diallo est choisi en qualité de professeur de sculpture à l’Ecole nationale des beaux-arts. Il y donnera des cours jusqu’à la retraite et même au-delà en tant que professeur vacataire. 
Le travail de Djibril tourne essentiellement autour de ses souvenirs d’enfance. Des souvenirs qu’il avait du mal à réaliser et à immortaliser   à partir de la sculpture. Il fallait donc pour lui trouver un pont entre cette forme d’expression artistique et la peinture. D’où l’idée d’une démarche artistique appelée « Sculpeinture », laquelle « fait cohabiter, dans l’harmonie ou dans la confrontation et au sein d’une même création, plusieurs supports : fil, corde, bois, pagne tissé, bouts de matelas ». Après une quinzaine d’années de pratique, le travail de Djibril se confond surtout avec cette volonté et cette détermination inouïes de vouloir à tout prix éterniser un royaume d’enfance perdu par le temps. « Mbanick », le vendeur de lait caillé, personnage ou muse du peintre fait partie de ses toiles à succès qui rappelant ce vendeur de lait qui passait tous les jours devant chez lui avec des calebasses suspendues aux épaules. Djibril Ndiaye soutient n’avoir pas eu des difficultés majeures pour passer de la sculpture à la peinture. « Après avoir travaillé  pendant des années dans la sculpture, je n’ai pas eu de problèmes pour intégrer la peinture. Il me suffisait tout simplement d’avoir un complément, quelques matériaux », fait-il comprendre. 

Greniers dogon

Son voyage dans les années 1980 au Mali a été un élément déclencheur dans sa riche carrière. A force de fréquenter ses pairs maliens, le peintre finit par être influencé par  tout le travail artistique fait autour du grenier dogon. Une thématique qu’il a choisi aujourd’hui d’intégrer dans ses œuvres, à travers des installations qui se démarquent totalement de celles de ses amis. Dans ses tableaux, les Greniers dogon présentent des motifs sculptés. Contrairement à ses contemporains, le lauréat du Prix du président de la République pour les arts en 1991 a préféré changer la porte de ces greniers. Le travail de Djibril Ndiaye, c’est aussi son « Tapate » (palissade en wolof), lequel est une « sculpeinture » faite à base de plusieurs matériaux. L’idée d’une telle représentation part du constat selon lequel, étant jeune, l’artiste passait souvent son temps à aider son père à réfectionner les palissades de leur concession.
Le sculpteur et peintre a participé à des expositions au Sénégal et dans le reste du monde. Entre autres manifestations artistiques auxquelles il a pris part, on peut citer : Biennale des Jeunes à Paris (1970), Art Contemporain Sénégalais à Liège, en Belgique (1973), la Biennale de 2000 et  l’Exposition universelle de Séville, en Espagne (1992).
Djibril Ndiaye participe pour la première fois au Partcours qui est un espace de partage de l’art contemporain de Dakar.

Par Ibrahima BA

Festival Duo Solo Danse : A Saint-Louis, l’expression corporelle prend de l’envergure

Petit à petit, et après huit ans d’existence, le festival international Duo Solo Danse de Saint-Louis, qui s’est tenu en juin dernier, fait son petit bonhomme de chemin. Les populations adhèrent, les organisateurs s’investissent avec un seul but : proposer un spectacle de haute facture aux acteurs de la danse.

Lorsque l’an dernier, une des matrices du festival Duo Solo Danse de Saint-Louis, Charles Camara disparaissait brutalement, l’Association Diagn’Art était en proie au doute. Heureusement, la machine était déjà huilée, les rôles distribués et le festival pouvait voguer dans le calme avec la maîtrise du binôme Alioune Diagne et Maaike Cotterink, respectivement directeur artistique et directrice général de l’Association Diagn’Art. Lors de la huitième édition, les chorégraphies furent de haute facture, avec des artistes au talent immense. Au total, 19 spectacles ont été enregistrés sur les scènes de l’Institut français, du Quai des Arts, des Comptoirs du fleuve, avec la participation de plus d’une dizaine de pays. Au-delà, pour faire bénéficier aux populations ces spectacles, Duo Solo Danse a sillonné les quartiers de Ndar-Toute, d’Angle Tall et le marché de Sor. Une belle expérience et en plus, cette année, le festival a grandi et a accueilli la plateforme «Danse l’Afrique danse» qui a permis de repérer de nouveaux talents qui seront présentés lors de la Triennale, une compétition panafricaine qui aura lieu en 2016 au Burkina Faso. Durant cinq jours, l’adresse était au rendez-vous. Chacun a essayé d’étaler son savoir-faire. Et il suffit d’entendre les critiques d’Assane Dieng, de Yacine Niang ou encore de Pape Maguette Ndiaye pour se rendre compte de la richesse des expressions corporelles. Ainsi, le Ballet Preljocaj a ouvert le bal. Dans leur production, deux corps se font face. Tels des funambules, ils se déplacent avec une grâce sous une mélodie silencieuse.
Dans sa création « répétition à la maison », Hardo Kâ a fait montre d’une grande classe. L’interprétation donne à voir un orage, une tempête. Un mari et sa femme se disputent comme on en voit dans chaque couple.

De riches chorégraphies

Pour eux, la vie n’est pas toujours rose, surtout lorsqu’on est face à un homme macho, autoritaire mais surtout très prévisible. La huitième édition est lancée et plus tard, la Béninoise  Rachelle Agboussou dans « Sika » nous plonge dans une certaine pénombre. Elle a le regard hagard, avide. C’est comme si elle se cherchait, cherchait sa voie. Dans son petit monde, elle est contrainte w à y rester. Elle se sent condamnée par la société. Alioune Diagne, dans « Siki », nous montre que la boxe n’est pas que violence. Après avoir vu « Siki », on comprend que ce sport est entre feintes et esquives,  c’est une danse, en somme. Et que dire de Serge Aimé Coulibaly « Smookey » avec « Nuit blanche à Ouagadougou ». Le peuple prend conscience de ce système, de ce mode de vie, à en croire que certains refusent de dormir… Dire non devient donc un impératif.

« Ataya échanges » : de grands moments de discussion

Le libre propos et la critique constructive ont un sens dans ce festival. Chaque jour, le public, les festivaliers et les artistes se retrouvaient à 15h sur la terrasse du bateau « Bou El Mogdad». Autour d’un thé « Ataya » et sous la direction du défunt Charles Camara et Pape Maguette Ndiaye, on échange sur les spectacles et performances de la veille. On discute, on répond aux interrogations, on évoque la création, la technique, la critique, le compliment, le questionnement, avec comme but enfin mieux comprendre le concept de danse contemporaine. Les « Ataya échanges » ont aussi été des moments privilégiés pour les artistes car leur permettant de converser avec le public, les producteurs, les chorégraphes et aussi les autres collègues danseurs. Charles Camara portait les « Ataya échanges » depuis le début. Il écrivait un texte avec ses impressions et critiques sur chaque spectacle, ce qui servait d’ouverture de débats, qu’il dirigeait avec beaucoup d’humour et un esprit ouvert.

TROIS QUESTIONS A - Pape Maguette Ndiaye chargé de communication : « Il nous faut une salle de spectacle digne de Saint-Louis »


Comme chaque année, la tâche fut ardue, mais le défi a été relevé par les organisateurs. Ainsi, pour Pape Maguette Ndiaye, chargé de communication de l’Association Diagn’Art, Saint-Louis mérite une salle de spectacle digne de son rang.

 

Quel bilan tirez-vous de l’édition passée du festival Duo Solo Danse ?

Un Bilan positif. En effet, tous les spectacles programmés se sont bien déroulés. De plus, les organisateurs de la plateforme « Danse l'Afrique Danse » ont bien apprécié le bon déroulement du festival. Duo Solo a accueilli, cette année, de grosses pointures de la danse africaine et mondiale. La qualité des spectacles produits par les compagnies invitées est aussi à saluer. Cela montre le professionnalisme et le génie de ces jeunes qui ont pour la majeure partie exprimé leur vision de la situation politico-sociale de l'Afrique à travers leurs mouvements. Les spectacles dans les différents quartiers ont aussi été pour les populations une manière de participer activement au festival, et de découvrir davantage la danse contemporaine. Duo Solo a aussi rendu un hommage mérité à feu Charles Camara, ancien président de l'association Diagn'Art.

Certainement, vous avez fait face à des problèmes. Pouvez-vous revenir sur ceux-ci ?

Nous avons été confrontés à de multiples problèmes dont le manque de financements au niveau local. Un festival de cette pointure, qui regroupe plus d'une dizaine de pays et qui en est à sa huitième édition, mérite d'être soutenu. Duo Solo reçoit plus de plus de 15 compagnies de danse qui viennent de partout. Aussi, le manque d'industries culturelles et de salles de spectacle qui répondent aux standards internationaux est un frein majeur à toutes les initiatives. Le Sénégal est un pays de culture. Saint-Louis est une ville classée patrimoine historique et culturelle par l'Unesco et malheureusement, il n'y a aucune salle de spectacle digne de ce nom.

Quels sont les projets futurs ?

Ils sont divers et variés. Nous voulons faire de Saint-Louis une plateforme de la danse contemporaine. Les talents sont là, et les jeunes montrent un grand amour pour la danse. Duo Solo se veut un tremplin pour ces jeunes. Par conséquent, durant toute l'année, des résidences et formations en danse sont organisées au Centre chorégraphique Le Château sis au quartier Ndar-Toute. Les écoliers et universitaires sont aussi au cœur de Duo Solo Danse. Depuis les débuts, l'Association Diagn'Art et le festival Duo Solo Danse ont toujours favorisé les échanges intellectuelles sur la danse. En amont du festival, nous allons reprendre les tournées dans les écoles et à l'Ugb pour intéresser ces jeunes à la danse contemporaine. Durant le festival, les « Ataya échanges » seront beaucoup plus formelles et seront davantage des moments forts de partage et de discussions.

Par Amadou Maguette NDAW

Festival de théâtre-forum : La Casamance voit la lumière sur scène dans « Kinkéfa »

Dans le cadre du 11ème Festival sénégalais de théâtre-forum organisé par l’Association «Kaddu Yaraax», l’Institut Cervantès de Dakar a accueilli la compagnie de Barcelone La « Xixa Teatre » et la « Noumec » de Ziguinchor, pour la représentation de la pièce, « Kinkéfa », sur la crise casamançaise. Le spectacle haut en couleur a séduit le public. 

Si, si, si… ! Non, non, non..! Hurlent le public et la metteuse en scène dans la disharmonie, présage d’une interaction entre la scène et l’assistance. Elle a eu droit à une représentation fictive très allusive de la crise casamançaise. Le ministre Solo, fils d’un infirme, frère aîné d’un « broussard » protestataire et d’un soldat inconsidéré, débarque au fabuleux village de «Kinkéfa», en Casamance, sa terre natale, avec ses airs de grandeur. Son épouse n’en a pas affiché moins. Il est assailli. Solo, pour soulager son égo, distribue des vivres à la population et à sa famille. Celle-ci s’entre-déchire davantage qu’elle n’en jouit. « L’homme blanc », aux aguets, profite de cette brèche pour armer les frères désunis. Il est introduit par la « petite négresse de service ». Kakour, le plus jeune d’entre eux, n’aura plus à brandir burlesquement son coupe-coupe pour les tenir en respect.
Son nouvel engin de la mort lui sert désormais de « jouet ». Leur mère, impuissante, en est la première victime. Le public pouvait excuser les organisateurs de les avoir fait poiroter plus d’une vingtaine de minutes. Il en a eu pour sa patience. Le spectacle a été de bonne facture. Le cadre convivial de l’Institut Aula Cervantès, avec ses arbres feuillus sous un ciel nuageux, y a contribué.
Cette pièce théâtrale « Galeam, Goundom, sama keur », clou de la soirée, présentée par la compagnie de Barcelone, «La Xixa Teatre» et la «Noumec» de Ziguinchor, relève à la fois de la comédie, du mélodrame et révèle un paradoxe saisissant. Les protagonistes de la crise casamançaise sont tournés en dérision et ceux qui en sont les plus affectés trouvent leur réconfort dans le chant et la danse.
Au-delà des sensibilités artistiques que peuvent partager ces deux compagnies espagnole et sénégalaise, il y a la question des identités que les comédiens s’emploient à mettre en évidence sur la scène. La Catalogne d’où est originaire «La Xixa Teatre» continue d’en souffrir. Meritxell Martinez, Catalane d’origine et metteuse en scène de la troupe, donne une lecture plus globale : « Le nationalisme catalan et le conflit casamançais relèvent d’un problème de développement et d’identité. Celle-ci interpelle aussi bien La «Xiixa Teatre» que la «Noumec» de Ziguinchor. Notre partenariat résulte d’une vision commune de la question identitaire qui ne doit pas être une source de conflit ».
Drapé dans son costume blanc, comme pour rester  fidèle à son rôle de ministre, le comédien Solo, de son vrai nom Ibrahima Fayinké, voit dans cette performance « un moyen de rétablir certaines vérités sur la Casamance, de proposer d’autres alternatives ». Le public, pour rester dans le concept du théâtre-forum, lui en a également soumis.

Le public dénoue le nœud

Le public n’avait certainement pas fini de savourer la belle prestation du groupe de danse et de percussion, le VEC de Louga, quand la metteuse en scène s’est mise à expliquer le principe du théâtre-forum. Il a montré plus d’enthousiasme par la suite. De ses chaises en plastique ou sur l’anodine et peu imaginative scène, il a éteint le feu que les comédiens ont ravivé. Des amis de la Casamance se prévalant d’un séjour dans la verdoyante région du sud, de simples curieux et des originaires, un tantinet chauvin, ont rivalisé d’arguments, d’initiatives « théâtrales» pour un dénouement moins douloureux du conflit.
Auparavant, la compagnie théâtrale F’AME d’Ibrahima Mbaye Sopé a régalé les spectateurs grâce à une performance qui dépeint la société sénégalaise à l’aune de la condition féminine. Le public, en communion avec les comédiens, porte secours aux souffre-douleur du mari tyrannique et du vicieux directeur. Le théâtre-forum fait jaillir la lumière de l’assistance. Les spectateurs y ont certainement pris goût.

Alassane Aliou MBAYE (stagiaire)

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