Culture

Semaine culturelle de Mermoz-Sacre-Cœur : La problématique de l’emploi des jeunes en toile de fond

Comme chaque année depuis 2009, la mairie de la commune de Mermoz-Sacré-Coeur célèbre, du 21 au 26 décembre prochain, sa semaine culturelle. La problématique de l’emploi rythmera les différentes activités socio-éducatives, sportives et culturelles au programme.

C’est une tradition bien établie depuis 2009. Chaque année, la mairie de la commune de Mermoz-Sacré-Cœur organise, dans le cadre de sa politique de jeunesse et culturelle, une semaine culturelle au mois de décembre. L’édition de cette année, démarrée depuis dimanche, va s’étaler jusqu’à vendredi prochain. Les activités ont été lancées officiellement, hier, par le maire Barthélémy Dias. Au programme, différentes activités culturelles, éducatives et sportives ont été prévues. Avec une telle initiative, l’actuelle équipe municipale, qui entame son deuxième mandat, entend ainsi faire jouer à la culture un rôle central dans la gouvernance locale.

Outre l’aspect festif que revêtira cette semaine culturelle avec les différentes activités d’animation concoctées, la mairie en a profité pour aborder, à travers des panels, des questions liées à la problématique de l’emploi des jeunes au Sénégal, à l’entreprenariat, à la Responsabilité sociétale des entreprises, etc. Une démarche qui s’explique, selon le maire Barthélémy Dias, par le souci d’amener les jeunes à prendre conscience de ces enjeux. « Il est temps que les gouvernants et notamment les politiques disent la vérité sur la problématique de l’emploi : l’Etat ne crée pas d’emplois. Son rôle est de faire en sorte que toutes les conditions soient réunies pour la création d’emplois », a argué l’édile de Mermoz-Sacré-Cœur devant un auditoire en majorité constitué d’étudiants d’une école de formation de la place. Poursuivant, le député-maire salue, de ce point de vue, la vision du président Macky Sall à travers le Plan Sénégal émergent dont l’un des volets a fait de l’agriculture une niche créatrice d’emplois pour la jeunesse. « L’agriculture n’intéresse pas que seulement les jeunes du monde rural, mais tout autant les jeunes urbains. C’est un secteur à fort potentiel d’emplois qui doit être exploré par tous les jeunes. J’invite les autorités à faire en sorte que les jeunes aient accès aux mécanismes de financement de l’agriculture. Cela ne doit pas profiter juste aux marabouts et aux politiciens », a insisté M. Dias.

A côté de ces rencontres de réflexion et de débat, des actions à caractère social sont au menu. Il s’agit d’une opération de don de sang suivi d’une remise de kits de lutte contre Ebola par le Service d’hygiène. Il est également prévu un vernissage et des expositions d’art. Cette semaine culturelle sera bouclée, ce vendredi, par une soirée dansante. Elle sera précédée, le même jour et dans la journée, par une cérémonie d’arbre de noël, des démonstrations d’arts martiaux et de « baak ».

Elhadji Ibrahima THIAM        


Village des arts de Dakar : Un céramiste israélien expose sur les relations entre l’Etat hébreu et l’Afrique

Jusqu’au 27 décembre prochain, le Village des arts de Dakar, accueille l’exposition de l’artiste céramiste israélien Roi Maiyan. Son travail  réalisé avec la participation de céramistes sénégalais ainsi que des étudiants de l’Ecole nationale des beaux-arts, porte sur les relations entre l’Etat hébreu et le continent noir, et l’art africain d’une manière générale.
Au Village des arts de Dakar, des dizaines d’œuvres trônent majestueusement sur les cimaises de la galerie Léopold Sédar Senghor. Ces œuvres dont la plupart porte la signature de l’artiste israélien Roi Maiyan, explorent des concepts communs qui étaient utilisés en Israël pour décrire le continent africain. Ce travail réunit aussi les œuvres des artistes céramistes sénégalais, en l’occurrence Alpha Diallo, Adjara Lèye, Adama Boye et Séa Diallo, mais également des étudiants de l’Ecole nationale des beaux-arts. Dans sa démarche artistique, le céramiste israélien fait un transfert d’images sur plat. Cette recherche a produit une collection d'images visuelles de livres, imprimés en hébreu en Israël durant le siècle dernier (encyclopédies, livres pour enfants et des livres de référence). Ces images, pour la plupart, restent symboliques car il s’agit d’une représentation de l’homme et de la jungle, des figures historiques africaines et israéliennes...
Pour arriver à un meilleur rendu, Roi Maiyan fait appel à l’usage du sable de la plage, de la terre locale collectée dans différents endroits (Néguev, Mer Morte, Golanetla). Selon l’artiste, les concepts et perceptions sur l’Afrique sont « très stéréotypés et parfois même fanatiques ». Il s’agit ainsi pour Roi Maiyan d’inverser la tendance, à travers un travail artistique. Cela, en effaçant les idées préconçues pour ensuite les remplacer par des notions de collaboration. C’est ainsi qu’en « fusionnant la terre qui l’a vu grandir avec celle africaine pour obtenir un seul mélange, il a créé un hybride méconnaissable, afin de créer une nouvelle image », dans la perception des choses.
Les autres artistes céramistes sénégalais ont également, à leur tour, manipulé la terre. Par exemple, Alpha Diallo, à travers ses œuvres en boue, s’interroge sur la marche du monde faite souvent de violence.
Organisée par l’ambassade d’Israël en partenariat avec le Village des arts de Dakar, cette exposition, qui est aussi une rencontre d’échanges, permet aux artistes, d’après Idrissa Diallo, responsable de la Galerie Léopold Sédar Senghor, « de passer à autre chose par rapport à ce qu’ils ont l’habitude de voir ». L’exposition est à voir jusqu’au 27 décembre prochain.       

   Ibrahima BA


Médias : La France pleure Jacques Chancel

C’est la disparition d'une des plus grandes voix de la radio et de la télévision françaises. Jacques Chancel s'est éteint ce mardi 23 décembre chez lui à son domicile parisien, à l'âge de 86 ans. On lui doit des émissions cultes telles que « Radioscopie » ou encore « Le Grand échiquier ». Directeur d'antenne, écrivain, il avait interviewé les personnalités les plus connues de son temps.
L'œil bleu pétillant, la voix chaleureuse et l'oreille toujours à l'écoute, Jacques Chancel était un journaliste passionné et un amoureux de la vie. Érudit, curieux, il était aussi à l'aise avec les intellectuels que les sportifs, aussi généreux avec les célébrités que les débutants.
Que ce soit derrière un micro ou devant une caméra, il a partagé avec le plus grand nombre des centaines et des centaines de rencontres : de Yehudi Menuhin à Jacques Chirac, en passant par Abel Gance ou Brigitte Bardot, sans oublier Marc Chagall ou Jorge Luis Borges. Reporter à ses débuts, en Indochine très jeune, Joseph Crampes, de son vrai nom, avait même triché sur son âge pour couvrir les événements.
Plus tard, patron de presse, cofondateur de France 2, éditeur, Jacques Chancel a imposé un style et rendu la culture accessible à tous. Son mot d'ordre : donner au public ce qu'il pourrait aimer et non ce qu'il croit aimer. Homme de lettres, il lisait et écrivait sans relâche, romans, essais, dictionnaires, son dernier livre, en forme de question, comme il savait si bien les poser, a paru il y a quelques jours avec ce titre prémonitoire : « Pourquoi partir ? »

Source : rfi.fr


Numérisation des manuscrits du premier Almamy du Fouta : Une préoccupation de la famille pour la sauvegarde de sa mémoire

Au Fouta, la famille de l’Almamy Abdoul Kader Kane reste préoccupée par la sauvegarde et la conservation des manuscrits du guide religieux dans plusieurs domaines et qui sont dans un état de délabrement avancé. Les nombreuses démarches dans ce sens n’ont rien donné, selon le petit-fils de l’Almamy, Mamoudou Abdoul Kane.

L’Almamy Abdoul Kader Kane a laissé beaucoup de manuscrits dans plusieurs domaines. Plus de deux siècles après sa disparition, sa famille reste confrontée aux problèmes de conservation des écrits du guide religieux. D’ailleurs, les manuscrits du premier Almamy du Fouta que nous a montrés son petit-fils, Mamoudou Abdoul Kane, chef de village de Kobilo, localité où est né le guide religieux, sont dans un piteux état. Car ils sont rongés par les termites. D’où l’urgence de les sauvegarder. Pour ce faire, il faut nécessairement les numériser. « Nous voulons les numériser, mais nous sommes confrontés au manque de moyens », se désole le petit-fils de l’Almamy. « Nous avons informé le ministère de la Culture, mais c’est resté sans suite », ajoute-t-il. « L’ex-ministre de la Culture, Abdoul Aziz Mbaye, avait récemment organisé une tournée culturelle dans la région de Matam. Il s’est arrêté au Mausolée de l’Almamy, à Dioudi Gouriky ; il n’a pas mis ses pieds à Kobilo. Lorsqu’il nous a reçus, nous lui avions exposé nos doléances, notamment la sauvegarde des manuscrits du Cheikh », informe-t-il.
D’aucuns pensent que c’est l’appartenance confrérique de l’Almamy, à savoir la tarikha Khadre, qui freine l’élan de certaines bonnes volontés. Son petit-fils semble d’ailleurs partager cette opinion. A son avis, « lorsqu’ils ont démarré la ziarra annuelle dédiée à Almamy Abdoul Kader Kane, des chefs religieux ont demandé à leurs disciples de se méfier parce que notre ancêtre était khadre ». Alors que, relève-t-il, dans ses écrits, il n’a nulle part mentionné son appartenance confrérique. Aussi, poursuit-il, 100 saints hommes (waliyous), tous des Khadres, ont été enterrés dans le cimetière de Kobilo. « À l’époque, leur seule préoccupation était de propager l’Islam ; ils n’avaient pas le temps de véhiculer leur tarikha. C’est l’Islam qui primait dans tout ce qu’ils faisaient », fait comprendre le chef de village de Kobilo. Par contre, selon M. Kane, « le guide religieux s’entretenait avec le fondateur de la confrérie tidiane, Cheikh Ahmed Tidiane Chérif, par correspondance ». Malheureusement, regrette-t-il, à cause du défaut de conservation, ces correspondances se sont détériorées. L’association des petits-fils, créée en 2004, veut relever le défi. La famille de l’Almamy Abdoul, éparpillée à travers le pays et dans la sous-région, s’est retrouvée. « Notre objectif, c’est de réunir sa famille, mais aussi préserver son legs. Nous avons démarré par l’organisation d’une ziarra annuelle sur le site de son Mausolée (Dioudi Gouriky) », précise le chef de village de Kobilo qui souligne que l’autre équation est liée à la médiatisation de cette rencontre annuelle de prières et de commémoration.

ALMAMY ABDOUL KADER KANE : Un conquérant méconnu de la nouvelle génération
Abdoul Kader (kaadiri) Kane est un chef religieux et un conquérant. Premier Almamy du Fouta-Toro jusqu’à sa mort en 1807, il renverse en 1776, aux côtés de Thierno Souleymane Baal, la dynastie peule des Déniyanké. Il dirigea le nouvel État théocratique pendant une trentaine d’années et joua un rôle important dans l’expansion et la consolidation de l’Islam. Après avoir mené de nombreux Jihads, il fut celui qui a interdit la Traite négrière et donna l’indépendance au Fouta-Toro. Son petit-fils, Mamoudou Abdoul Kane, par ailleurs chef de village de Kobilo, nous aide à décrypter l’œuvre gigantesque du premier Almamy du Fouta-Toro.
1776. Le Fouta-Toro, ancien royaume de la Vallée du fleuve Sénégal, réussit à instaurer l’Almamiyat grâce aux savants Foutanké issus de l’école de Pire parmi lesquels Thierno Souleymane Baal et Abdoul Kader (kaadiri) Kane. Ce dernier fut le premier Almamy désigné de cette ex-province. La charge d’Almamy n’était pas héréditaire. Ainsi, il revint à Abdoul Kader Kane, connu pour sa vertu, son désintéressement total des biens de ce monde, de perpétuer l’œuvre de Souleymane Baal. « Il a fallu qu’on organise un « procès » et qu’il (Abdoul Kader Kane) le perde pour qu’il accepte la proposition de l’Assemblée du Fouta », nous confie Mamoudou Abdoul Kane, chef de village de Kobilo, petit-fils d’Almamy Abdoul Kader Kane. C’est au cours de la première Assemblée du Fouta-Toro, à Oréfondé, que le profil de l’Almamy a été dégagé, précise-t-il. Il fallait que le prétendant au trône, ajoute le chef de village de Kobilo, soit intelligent, croyant, savant, honnête, digne, courageux, guerrier, issu de « bonne famille », etc. Trois émissaires furent alors désignés pour sillonner le Fouta et dénicher la personne qui remplirait ces critères à l’issue de l’Assemblée de Oréfondé, rappelle M. Kane. C’est à Apé, village situé dans le Damga (Matam), que les émissaires ont trouvé l’imam Abdoul Kader Kane en train d’enseigner le Coran à ses disciples. De retour à Oréfondé, raconte-t-il, les émissaires ont dit que seul Abdoul Kader Kane répondait au profil d’Almamy. L’Assemblée est allée à sa rencontre. À en croire M. Kane, le guide religieux avait décliné l’offre. « Il a fallu qu’on organise un « procès » et qu’il le perde pour qu’il accepte finalement la proposition de l’Assemblée du Fouta-Toro. Il a ainsi décliné sa feuille de route », raconte-t-il. L’Almamy Abdoul faisait du triomphe de la religion musulmane sa préoccupation. Selon son petit-fils, il avait promis que son règne se ferait sur la base de la Charia islamique et que le Coran et la Sunnah du prophète (Psl) étaient ses seuls guides. Concernant le Jihad, souligne-t-il, « il avait dit que tout musulman était censé y participer pourvu qu’il soit bien portant ». Au rang de ses préoccupations figurait également, entre autres, de l’avis de M. Kane, la restauration des valeurs islamiques face à la montée des croyances païennes incarnées par les Deniyanké.

Bâtisseur de mosquées
L’Almamy Abdoul Kader Kane a régné pendant 33 ans. Il fut un grand bâtisseur de mosquées. Il avait doté chaque grand village d’un lieu de culte. Au total, il aura construit 33 mosquées dans le Fouta-Toro. Dans chaque localité, il avait désigné un imam, un cadi (juge islamique) et un chef de village, explique M. Kane selon qui, après les récoltes, chaque paysan s’acquittait de la zakat conformément aux recommandations divines, au profit des pauvres. D’ailleurs, renseigne le chef de village de Kobilo, « l’Almamy Abdoul fut le premier à instaurer la réforme agraire. La particularité de son règne, précise son petit-fils, c’était la première fois qu’on mettait en œuvre cette forme de gouvernance. « Avant son avènement, c’était le règne de la loi du plus fort. Abdoul Kader Kane s’est battu pour faire appliquer la Charia islamique. Toute personne qui ne se conforme pas à ces exigences islamiques était jugée quel que soit son rang social », a-t-il témoigné. Selon M. Kane, l’Almamy avait divisé le Fouta en 12 sous-provinces. Pour entrer au Fouta, à l’époque, relève-t-il, « il fallait son autorisation ». « Les bateaux des étrangers et leurs marchandises qui traversaient le fleuve Sénégal payaient des impôts », informe-t-il. Après son intronisation, Almamy Abdoul s’est installé, pendant 20 ans, à Thilogne, qui était le centre de l’ancien royaume du Fouta-Toro (Thilogne, Saldou Fouta), avant de revenir à Kobilo. « C’était pour des raisons stratégiques, militaires et de bonne gouvernance », explique M. Kane.
Durant son règne, Almamy Abdoul a mené plusieurs batailles contre la Traite négrière, les païens. Il a attaqué les royaumes négriers voisins comme ceux du Cayor et du Walo. Mais, reconnaît son petit-fils, « il sera vaincu en 1790 à la bataille de Boungowi, par le Damel Amary N’Goné N’Della Coumba aidé par le double jeu du Brack du Walo et la complicité du comptoir négrier de Saint-Louis qui a fourni à crédit des fusils au Damel moyennant le remboursement en esclaves en contrepartie ». Il conduisit également de nombreuses expéditions militaires contre le Boundou, un royaume toucouleur, et contre les Maures Trarza, là où Thierno Souleymane Baal trouva la mort.

Complot fatidique
Fait prisonnier par le Damel, Almamy Abdoul Kader Kane n’a jamais renié ses convictions, à savoir combattre la Traite négrière et donner au Fouta-Toro son indépendance. Libéré par le Damel du Cayor, celui-ci lui donna la main de sa fille Arame Boukary. À en croire M. Kane, Almamy Abdoul avait horreur des castes. Et cela a fait que, soutient le chef du village de Kobilo, ses épouses étaient issues de castes différentes de la sienne. Par exemple, révèle-t-il, « nous (famille Kane de Kobilo) sommes des descendants de Arame Boukary, fille du Damel Amary N’Goné N’Della Coumba ». « À travers ce geste, commente-t-il, il (Almamy) a voulu montrer que nous sommes tous égaux devant Dieu ». Il est assassiné le 4 avril 1807, à Dioudi Gouriki (département de Kanel), suite à un complot contre lui, organisé par les Jagoordé, un conseil restreint de dignitaires intouchables qui constituaient le corps électoral qui élisait l’Almamy. Son assassinat a installé une instabilité chronique du régime. Jusqu’à présent, raconte le chef du village de Kobilo, des ressortissants des villages où sont originaires les six « traites » (Jagoordé) ne s’aventurent jamais à aller voir la tombe de l’Almamy Abdoul. Ils risquent de mourir. « C’est lui (l’Almamy) qui a formulé ses vœux avant qu’il ne décède », précise-t-il.
La conviction de Mamoudou Abdoul Kane est que les pouvoirs publics peuvent s’inspirer des modèles de gouvernance, de démocratie et de sagesse du règne de l’Almamy Abdoul. Pour le chef de village de Kobilo, « quand quelqu’un refuse de partager ses biens, il était renvoyé du Fouta et dépossédé de ses biens ».
Après la mort de l’Almamy Abdoul, les Torodo, divisés par leurs perpétuels désaccords, se scindèrent en cinq familles, parmi lesquelles sont élus les Almamys. Le peuple ne vote plus, c’est le retour à la monarchie absolue du temps des Déniyanké, malgré l’interdiction formelle de l’esclavage et du régime des castes qui continue de prospérer. Cela dura jusqu’en 1881, date à de laquelle les colons commencèrent à affluer dans le Fouta. Ils parviendront à s’emparer de l’État de manière progressive à la fin du XIXe siècle.

Par Samba Oumar FALL, Souleymane D. SY (textes) et Habib Dioum (photos)


Mamadou Dia décrit le drame de l’immigration clandestine

Ce jeudi 4 décembre à 11 heures précises s’est déroulée à l’Aula Cervantes, centre culturel espagnol de Dakar, la présentation de différents ouvrages littéraires, traduits du français à l’espagnol, ou inversement. Cette présentation à Dakar était la dernière étape de la 5ème édition du projet Sila (Salon international du livre africain).
Espagnol, français, wolof. Trois langues à l’honneur au Centre l’Aula Cervantes. Au fur et à mesure des arrivées sur ce lieu d’échanges, on est témoin de ce multiculturalisme. Lors de cette séance ouverte à tous les publics, 3 œuvres littéraires majeures d’auteurs sénégalais ont été exposées. Le premier livre est « Les petits de la guenon » de Boubacar Boris Diop (Belleterra, 2014), présenté par Estefania Calcines Prérez, responsable web du portail Casa Africa. Ensuite, c’est « Civilisation ou Barbarie » de Cheikh Anta Diop (Belleterra, 2014), qui est présenté par l'égyptologue Aboubacry Moussa Lam, assistant personnel de Cheikh Anta Diop lui-même au cours de ses dernières années. Enfin, introduit par le directeur de l’Aula Cervantes de Dakar, José Ignacio Sánchez Alonso de Villapadierna, le jeune auteur sénégalais Mamadou Dia a présenté son livre « 3052 ». Le livre sera prochainement présenté en français à Dakar. Ces œuvres honorées sont toutes disponibles en français et en espagnol.
Situé en extérieur, l’endroit calme, abrité du vent et du soleil, est intime. Pourtant, « la culture » et plus précisément « la littérature », sujet abordé tout au long de la rencontre, dépasse les frontières du lieu. Le concept même de la culture est universel. Mais au cours de la discussion, les intervenants ont insisté sur l’importance de défendre la culture de son propre pays, car l’universalité et la dominance d’une seule culture au détriment des autres n’aboutit qu’à une perte de richesse et d’identité.
Laura Astrid Ramos, une économiste spécialisée dans le genre, le développement et la globalisation de la London school of economics, présente le projet Sila: « L'une de ses priorités est d'effectuer des traductions d'ouvrages africains et espagnols liés au thème de l'Afrique dans le but de surmonter les barrières linguistiques ». En plus du soutien de la Direction générale des relations avec l'Afrique du Gouvernement des Canaries, le projet « Sila » bénéficie de l'appui du ministère de la Culture et de la Direction générale du livre du Sénégal, et aussi de celui l’ambassade du Royaume d'Espagne au Sénégal, du Bureau technique de la Coopération espagnole, de Cultura Dakar et de Casa Africa.

De l’empirisme à l’écriture
A travers un livre, c’est avec plus ou moins d’objectivité la voix de l’écrivain qui s’exprime. Le passé, le vécu, l’expérience ou encore les rencontres vont façonner cette voix. C’est le cas de Cheikh Anta Diop dont les thèses et les livres sont nourris de ses connaissances et de son expérience de l’Afrique. Concernant la nouvelle génération, Mamadou Dia est l’exemple parfait de cette démarche avec son ouvrage : « 3052 ». Ce livre, c’est son histoire, sa propre expérience. 3.052 kilomètres qui le séparaient du « rêve européen », d’un nouveau territoire : l’Espagne. Pour y parvenir, après moult paiements de visas suivis de refus, il « prend la pirogue ». C’est clandestinement qu’il parvient à rejoindre les côtes espagnoles. Par miracle, il survit, mais certains de ses compagnons de route n’ont pas eu cette chance.
Arrivé en Espagne, l’auteur décrit les étapes de sa vie là-bas. A la période d’isolement que l’écrivain nomme « l’invisibilité », succède la phase de « la visibilité ». L’auteur tient à opposer ces deux temps. Le premier est synonyme du choc culturel que le Sénégalais débarqué en Espagne vit. L’autre temps arrive après la publication de son ouvrage. C’est l’heure de la célébrité, de la reconnaissance et des invitations sur les plateaux de télévision.
Le jeune auteur explique comment, malgré lui, il a travaillé, comment il a réussi à raconter sa traversée maritime et ce qu’il vivait quotidiennement en Espagne. « Après le voyage, j’ai commencé à écrire. C’est la nuit que j’écrivais. Après mon trajet en pirogue avec des amis, d’autres ont pris le bateau pour nous rejoindre. Malheureusement, ils ont perdu la vie dans la mer. La nuit, il m’était donc impossible de dormir ». Pour lui, l’écriture a été un moyen d’extérioriser le drame. Elle devient, associée aux langues, une véritable arme pour crier la réalité du mirage européen. « A chaque fois, leurs cris et leurs voix me venaient à l’esprit et m’empêchaient de m’endormir. C’est grâce à l’écriture que j’ai pu survivre et oublier ces moments-là. Tout ce qui se passait dans la journée, la nuit, je le passais au papier ».

Le poids de la langue
Qu’elle soit écrite ou parlée, la langue est l’outil de communication d’un pays. Lorsqu’il s’agit de littérature, l’outil s’inscrit dans une dimension culturelle. Au centre Cervantes, la langue est fédératrice mais aussi utilisée comme moyen d’expressions multiples. Les langues entendues lors du Salon sont aussi bien le français que l’espagnol ou encore le wolof. Elles sont utilisées pour communiquer, partager et diffuser, au-delà des frontières, les richesses des continents, dans un souci d’échange et d’intérêt commun.  
Ecrire un livre implique aussi de choisir dans quelle langue on souhaite s’exprimer. Mamadou Dia a choisi de publier son livre en espagnol, français mais aussi en wolof. Malgré l’apprentissage nécessaire de la langue, l’écrivain explique qu’il a spontanément écrit en espagnol. Cette langue devient alors un véritable moyen d’intégration dans un pays étranger. Cependant, partager dans sa langue maternelle son histoire est primordial. D’ailleurs, il s’adresse à son public essentiellement en wolof. Il veut entretenir la culture de la langue et affirme que la langue officielle devrait être le wolof, « mieux maîtrisée » et non le français, imposé par les colonisateurs. Il revendique son livre « africain », écrit par un Africain et pour les Africains. Ecrivain sénégalais, il publie en wolof, parle du fond du problème de l’immigration et adresse à la jeunesse sénégalaise un message de prudence : « Le Sénégal est un pays pauvre, mais la pauvreté en Europe est bien pire et isole ».

Un message pour la jeunesse sénégalaise
La majorité du public présent à la réunion est constituée de jeunes Sénégalais, lycéens pour la plupart. Le message envoyé à leur adresse se résume en un mot : la fierté. Celle d’être Sénégalais, Africain. Celle de détenir sa propre culture, son histoire, ses richesses, ses langues. La fierté identitaire pour laquelle Cheikh Anta Diop s’est battu. C’est elle que revendique haut et fort le jeune auteur sénégalais Mamadou Dia, dans un souci de transmission du savoir, des connaissances et de l’Histoire du continent. De manière projective, l’auteur évoque le rôle des médias et des réseaux sociaux dans la conception actuelle du monde et de « LA » culture. Parmi ses références, l’écrivain cite à plusieurs reprises Thomas Sankara, « un héros du sol africain » qui, avec audace, avait exposé à François Mitterrand sa vision de l’Afrique. Lors de sa prise de parole on entend également les noms de Patrice Lumumba ou encore d’Aline Sitoé Diatta. Il affirme que sur Internet, si les Africains sont capables de se préoccuper de la vie de starlettes américaines, ils peuvent en faire autant de l’histoire des penseurs nationaux. Pour lui, l’Afrique est un continent au fort potentiel économique et culturel, mais « le message de changement et d’optimisme doit être lancé par les Africains. Alors, il sera désintéressé et sincère ». 

Par Cora PORTAIS (stagiaire)


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