Culture

Mohamed Ben Aissa, secrétaire général de la Fondation du Forum d’Assilah : « Le Prix Tchicaya U Tam’si montre la dimension créatrice de l’Afrique »

Ancien ministre des Affaires étrangères du Royaume du Maroc, actuel maire d’Assilah, Mohamed Ben Aïssa est le secrétaire général de la Fondation du Forum d’Assilah. Grand ami du défunt poète, il retient de Tchicaya U Tam’si un auteur qui avait le sens de la créativité au service du rapprochement entre artistes.

Quelle est la signification de cette 10ème édition du Prix Tchicaya U Tam’si de la poésie africaine ?
« Nous avons établi le grand Prix de la poésie africaine du nom Gérald Tchicaya U. Depuis sa mort en 1988, nous donnons tous les deux ans ce Prix à un lauréat du continent africain. Pour nous, cette distinction marque une fidélité à la mémoire d’un grand homme des lettres. Il y a près de 30 ans que Tchicaya est venu à Assilah. Il est arrivé à bord d’une charrette. A l’époque, il avait dormi à même le sol. Pour Assilah, le Maroc, Tchicaya, c’est la mémoire de la fidélité, le sens de la créativité au service du rapprochement entre les artistes africains et les autres venant de l’Orient, de l’Europe, de l’Asie, d’ailleurs. Lors de l’hommage que nous avions rendu à Léopold Senghor, Tchicaya U avait déclamé un grand poème sur Senghor à la Petite place de l’ancienne Médina d’Assilah. Il avait assimilé Assilah au goût de la quiétude, de la passion. Cette description résume le parcours de la ville depuis 36 ans. Ici, c’est l’interaction avec soi-même dans la quiétude, le goût de la patience, dans ce rapport avec soi et avec les autres. Nous sommes fiers de garder cette fidélité aux pionniers mais aussi aux contemporains de la littérature africaine. »

Au-delà de la distinction…
« Ce Prix constitue un Pont culturel, de connaissance entre les Africains eux-mêmes et entre l’Afrique et le reste du monde. Nous recevons des artistes avec diverses expressions artistiques : peintres, cinéastes, poètes…C’est une manière de montrer la dimension créatrice de notre continent aussi bien par le Prix, le nom de Tchicaya, mais aussi les noms des lauréats qui ont gagné ce Prix. »  

Quel est le message derrière…
« Depuis 1978, date à laquelle nous avons lancé cette initiative, nous avons pris l’option, d’abord, de faire d’Assilah une plateforme africaine et ensuite d’ériger cet événement en festival afro-arabe. C’est ainsi qu’avec le défunt président poète Léopold Sédar Senghor et le Prince de Jordanie à l’époque, s’est tenu le premier Forum afro-arabe. C’est dans ce cadre que nous avons initié le Prix Tchicaya U Tam’si. Vous savez, la culture est un véhicule unique de rapprochement, de meilleure compréhension, d’échange d’expérience entre les peuples. Nous osons espérer que d’autres petits festivals comme celui d’Assilah puissent voir le jour sur le sol africain dans des domaines comme le théâtre, la musique, etc. Le but est d’arriver à une société africaine plus engagée aux fins de mieux connaître ses potentialités humaines. »

Propos recueillis par E.M. FAYE (Envoyé spécial à Assilah)


Exposition à la galerie Arte : La Brésilienne Marta Muniz tisse des liens avec le Sénégal

La galerie Arte, en collaboration avec l'ambassade du Brésil au Sénégal, accueille jusqu’au 22 septembre, les ouvrages de la créatrice Marta Muniz. Au fil du temps, la tisserande de Salvador de Bahia noue des liens avec le Sénégal.

C’est toute petite, à l’âge de 8 ans, que la créatrice brésilienne Marta Muniz s’est éprise pour le tissage. Une passion qui l’a poussée à s’inscrire dans une école pour apprendre ce métier alors que son père la voyait mener des études très poussées. Au fil du temps, M. Muniz trouve dans l’art un exutoire pour échapper à la prostitution, une pratique dominante dans son environnement social. Dans sa pratique artistique, Marta Muniz est présentée comme une créatrice qui tisse des pièces décoratives et usuelles (sets de table, napperons, abats-jours, chemins de table) avec du « piaçava » qui est une fibre végétale provenant d’un palmier de Bahia qui pousse essentiellement sur l’île d’Itaparica, dans la baie de Tous les Saints. Hier, lors d’une rencontre avec la presse, l’artiste a confié qu’elle a retrouvé ses racines africaines en venant au Sénégal, un pays qu’elle visite pour la deuxième fois après une première lors du Dak’art 2012. Marta Muniz voit en cette plateforme dédiée à l’art africain, un espace d’enrichissement social, d’expérience artistique. Avant de présenter un produit fini, M. Muniz organise elle-même la récolte des fibres, qu’elle récupère, trie, sèche avant de les restaurer. Le résultat donne des ouvrages où les fils de couleur et de matériaux différents s’entrelacent. Marta Muniz  mélange la fibre de « piaçava » de couleur brune à du coton coloré et à une autre fibre d’un autre type de palmier, le « licuri », de couleur jaune clair. Toujours est-il que la tisserande est en quête de renouveau. D’où l’idée d’intégrer le textile africain à son travail. Elle confie qu’elle pourrait s’inspirer à partir de la Casamance avec sa nature verdoyante.                          

E. M. FAYE


La plasticienne Marianne : Senghor à l’honneur à Genève

Le musée La villa Greta à Chambésy de Genève en Suisse a accueilli la deuxième édition de la résidence des artistes sénégalais. Pour l’édition 2014, l’artiste plasticienne Marianne Senghor  dite Yanne était à l’honneur.
Ainsi, après le séjour de l’artiste Marie Ngom en 2013, l’artiste plasticienne sénégalaise Marianne Senghor a marqué de son empreinte sa résidence pendant laquelle de belles créations portent sa signature. Ses œuvres de haute facture ainsi que celles de ses 2 co-résidentes artistes israéliennes sont exposées depuis le jeudi 3 juillet 2014 au musée de La Villa Greta. La cérémonie du vernissage a été présidée par l’ambassadeur du Sénégal en Suisse, son excellence Fodé Seck, en présence de plusieurs personnalités africaines, suisses, européennes et d’artistes d’horizons divers.
Ce programme est piloté par Dr Momar Seck,  artiste plasticien, par ailleurs président de l’association Diapalanté/Genève et Professeur d’art visuel à l’Ecole internationale de Genève, en collaboration avec Mme Susanna Merkele, présidente de la Fondation Heim et la mairie de Prégny -Chambésy. Selon les initiateurs, ce programme a été réalisé grâce à l’appui des ambassades de Suisse à Dakar et du Sénégal à Genève.
Travailleuse et créative, Genève a révélé une étoile des arts. D’un  parcours riche, sa carrière est prometteuse. Major de sa promotion à l’Ecole nationale des Beaux-arts de Dakar (Section environnement), Marianne a participé à plusieurs expositions collectives, ainsi qu’à des workshops et des résidences à l’étranger. Sur ses toiles, elle associe la broderie, le collage à la peinture. Elle taquine aussi le design et la sculpture.

(Source Momar Seck, plasticien)


Patrimoine urbain dans l’espace francophone : Les Etats invités à mettre en œuvre des instruments normatifs

La conférence internationale sur les politiques de restauration et de valorisation des paysages urbains en Afrique et dans l’espace francophone s’est achevée hier à Dakar. Occasion saisie par les participants pour exhorter les Etats à mettre en œuvre des instruments normatifs et réglementaires et de veiller à leur mise à jour.
Après trois jours d’intenses travaux, les rideaux sont tombés hier sur la conférence internationale sur le thème : « Villes  en  développement: politiques  de  restauration  et  de valorisation des paysages urbains historiques en Afrique…». Cette rencontre qui a mobilisé une trentaine de participants composés de  professionnels et gestionnaires du patrimoine et de l’urbanisme, scientifiques et représentants de la société civile s’est clôturée par une batterie de recommandations.
Les participants à la rencontre ont engagé les Etats à développer et mettre en œuvre des instruments normatifs  et réglementaires et veiller à leur mise à jour. Mais également à intégrer la sauvegarde et la valorisation des patrimoines dans les politiques de développement. En outre, ils ont encouragé les pouvoirs publics à développer des programmes pour inventorier, consigner, diffuser l’information afin de protéger par le droit le patrimoine de l’espace francophone, aussi bien matériel qu’immatériel.
Toujours au chapitre des 11 recommandations, il a été question   de promouvoir et renforcer les filières professionnelles liées aux métiers du patrimoine, aux services associés et du tourisme durable, dans le cadre des politiques de création d'accès à l'emploi, en particulier des femmes et des jeunes, et du développement des activités génératrices de revenus.
Très attachés à l’intégration, les participants ont émis le souhait de créer un réseau francophone transversal du patrimoine afin de mutualiser les compétences, de favoriser les échanges d’expériences et veiller solidairement à la protection du patrimoine dans l’espace francophone en étroite collaboration avec l’Association internationale des maires francophones (Aimf) et toutes autres organisations internationales et nationales compétentes.
Ces recommandations se veulent une contribution aux travaux et débats du XVe sommet de la Francophonie et une sensibilisation de ses instances à l'enjeu des patrimoines. Le directeur du Patrimoine culturel, Hamady Bocoum, a profité de cette occasion pour souligner la pertinence, pour notre pays, de transformer le Finistère des Almadies en une valeur économique. « A Dakar, nous avons le Finistère le plus occidental de l’ancien monde. Ce point a, géographiquement, symboliquement, une valeur universelle exceptionnelle. Dans tous les pays du monde, quand on a la chance de posséder un Finistère, on en fait une valeur économique », a-t-il indiqué.
Selon lui, aujourd’hui, si Dakar décidait de dé privatiser cette partie et d’en faire un espace public, tous ceux qui viendront dans la capitale s’y rendront pour prendre une photo et dire qu’ils étaient à la fin de l’Afrique et de l’ancien monde. « C’est dans la symbolique qu’on construit les grandes choses et à Dakar, on a un point d’une puissance symbolique exceptionnelle », a fait comprendre M. Bocoum, invitant à libérer et à  rendre ce Finistère à l’humanité.

Ibrahima BA


Hamady BOCOUM, directeur du patrimoine culturel : « On ne peut pas se développer en détruisant la mémoire »

Le Sénégal à l’instar de beaucoup de pays africains se trouve aujourd’hui confronté à la conservation de son patrimoine urbain, qui est menacé par la prolifération des constructions anarchiques et une législation qui n’est plus adaptée. Dans cet entretien, le directeur du Patrimoine culturel, Hamady Bocoum, évoque le problème lié à la préservation du paysage urbain à Dakar ainsi que les grandes lignes de la conférence internationale sur le patrimoine urbain des pays de l’espace francophone qui s’est tenue du 6 au 9 juillet à Dakar.


Au terme d’un atelier sur le patrimoine urbain dans l’espace francophone, quels sont les grands axes qui ont été développés durant ces  deux jours ?
Cet atelier, organisé par le ministère de la Culture et du Patrimoine en collaboration avec Wallonie-Bruxelles, s’inscrit dans le cadre du  XVème sommet de la Francophonie. L’idée, c’est de mener un plaidoyer pour le patrimoine lors de ce sommet. La rencontre a regroupé une trentaine d’experts venus de différents pays. Nous avons essayé de réfléchir sur toutes les dimensions du patrimoine dans l’espace francophone, à savoir le patrimoine immobilier, immatériel et des paysages naturels. La réflexion que nous menons va aussi au-delà de l’espace francophone. C’est une réflexion holistique. Mais, il fallait commencer quelque part. L’exercice est d’autant plus aisé qu’en termes de globalisation, il y a des instruments normatifs internationaux, notamment à l’Unesco, autour desquels se retrouvent les Etats membres de l’espace francophone. Donc, l’idée c’est d’essayer d’attirer l’attention des autorités de la Francophonie sur l’importance de maintenir le patrimoine qui est un lien. Le patrimoine est un ensemble de valeurs matérielles et immatérielles qui fait que l’espace francophone a une identité. On ne construit pas de la même manière à Paris qu’à Washington, Dakar ou Abuja. Nous avons des villes qui ont des traditions différentes. Mais cela ne veut pas dire qu’elles ne sont pas complémentaires. Actuellement, il y a une organisation qui a l’ambition de mettre tout cela en cohérence. Je pense qu’elle (l’Organisation) doit avoir une politique patrimoniale claire, précise et un agenda. La Francophonie, elle est d’abord culturelle. Les pères-fondateurs de cette organisation l’ont d’abord fondée sur un échéancier culturel. La politique, l’économie, c’est important mais ce qui fait l’essence dans la culture, c’est le patrimoine.

Quels sont aujourd’hui les écueils auxquels se heurte le patrimoine urbain africain en général et sénégalais en particulier ?
Les problèmes sont multiples et variés. Actuellement, nos pays sont  en plein aménagement. Cela suppose des contenus intelligents  entre les nécessités d’aménagement du territoire et la sauvegarde du patrimoine. On ne parvient toujours pas à faire la jonction. Très souvent, ceux qui ont envie d’aménager disent que ceux qui  veulent protéger le patrimoine sont des obstacles au développement. Ce qui est faux. Aujourd’hui, toutes les instances internationales y compris la Banque mondiale savent qu’on ne peut pas faire du développement en détruisant la mémoire. Laquelle est une partie intégrante du développement parce que c’est à partir d’elle qu’on fait la liaison entre hier, aujourd’hui et qu’on se projette sur demain. Ce serait donc une erreur grave que de penser qu’en détruisant le patrimoine on fait du développement.
Aujourd’hui à Dakar, on a de véritable problème pour préserver   le paysage urbain. Des immeubles poussent partout. On est en train  de créer l’incohérence dans une ville qui était normée et qui avait une âme. On est en train d’agresser l’âme de la ville, en montant, sans aucune cohérence, des immeubles à gauche et à droite. Quand la ville n’a plus de cohérence, elle ne parle plus, elle n’intéresse plus personne et devient une  ville quelconque.
La France est actuellement le pays le plus visité au monde parce qu’il a maintenu des cohérences. Aux Champs Elysées, ceux qui ont une propriété ont la possibilité de faire des gratte-ciels mais les gens ont maintenu une certaine cohérence. Et c’est ce qui fait que cet endroit constitue l’une des belles avenues du monde. Quand certains ont voulu construire des villes neuves, on leur a dit : aller à la défense. Ils ont construit une nouvelle ville qui a sa personnalité et qui dialogue avec la ville ancienne. Par exemple, au Quartier latin, il y a des rues qui ne comptent même pas trois mètres. On pouvait les casser et faire des boulevards mais, on sait que le Quartier latin a une âme. C’est tout cela qui fait qu’aujourd’hui, la France est la principale destination du monde.  Il faut relativiser les choses, Dakar avait un avantage comparatif incroyable.
 C’était la capitale de l’Afrique occidentale française (Aof). Le patrimoine urbain dakarois est un patrimoine partagé. C’est celui de toute l’Afrique et ce serait dommage de le voir partir en lambeau avec des immeubles aussi inélégants les uns que les autres qui poussent sans aucune harmonie et qui sont en train d’étouffer la ville. Ils auront fini de poser un problème de mobilité urbaine insurmontable, et surtout qu’on aura enlevé à la ville ce qui faisait sa particularité et qui faisait d’elle une ville où il était agréable de se promener, de balader et de découvrir, au niveau de chaque coin de rue, quelque chose de particulier.  

Et pourquoi en est-on arrivé là ?
Je pense que nous avons une législation qui n’est plus adaptée. Aussi, nous avons une faiblesse au niveau des structures qui sont chargées de veiller à la réglementation. La Direction du patrimoine, organiquement, n’a plus les moyens de faire face à tout ce pouvoir de l’argent qui est à mesure de mettre les gens devant les faits accomplis. Il y a une nécessité de revoir tout cela et de faire de telle sorte que le ministre de la Culture ait plus de poids, plus d’autorité dans les décisions qui concernent les espaces protégés.

Au vu de tout cela, quelle politique faudrait-il adopter pour arriver à mettre définitivement  un terme  à ce désordre ?
La politique, c’est la réglementation. Déjà, il y a une législation qui existe, il faut la respecter. Malheureusement, ce n’est pas le cas et nous n’avons aucun moyen d’agir.
En outre, il faudrait accroître davantage la capacité des services étatiques en charge du patrimoine, faire de telle sorte que la délinquance dans ce domaine soit punie.

N’y a-t-il pas lieu de penser à une gestion collective du patrimoine entre l’Etat, la collectivité et les populations ?
Il y a toujours un plaidoyer, un travail à faire, en dehors de sensibiliser davantage. Je peux dire que ceux qui s’attaquent le plus au patrimoine, ce sont ceux qui le connaissent le plus. Ce sont eux qui ont de l’argent et qui ont envie de détruire des sites pour mettre autre chose. Les gens qui détruisent le plus, ce ne sont pas les populations.  

Le patrimoine de l’Ile de Gorée est menacé…
Ce qui se passe à l’Ile de Gorée est un problème sérieux. Le climat a changé. On y observe des houles de plus de 4 mètres.  Le système de protection, qui existait, est détruit faute d’entretien. Il se pose un véritable problème. L’Ile est menacée dans son intégrité physique. Des études ont été faites et on connaît à peu près les solutions à mettre en œuvre. Je pense que le gouvernement est en train de chercher des partenariats et de mettre en place  les solutions qui s’imposent  pour protéger Gorée. Par ailleurs, au niveau de l’Ile,  la trame urbaine est relativement bien conservée contrairement à  Saint-Louis où elle est agressée parce qu’il y a des constructions qui sont tout à fait en porte à faux avec la trame urbaine qui est le socle des valeurs universelles exceptionnelles pour lesquelles cette ville a été inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco.

Qu’en est-il de Kermel ?
Kermel, c’est une catastrophe. C’est le centre urbain le plus représentatif de la ville et l’un des plus anciens de toute l’Afrique de l’Ouest en termes de ville moderne, qui est en train d’être détruit. Malgré les protections, les gens parviennent à obtenir des dérogations. Ils ne respectent pas la réglementation, laquelle y est quotidiennement violée. Aujourd’hui, la trame urbaine à Kermel est désarticulée et s’il n’y a pas une réaction forte des autorités, dans dix ans, il n’y aura plus de centre urbain historique. On aura perdu, on aura banalisé, on aura vendangé la mémoire de la ville. Et Dakar deviendra une ville quelconque où il n’y aura plus rien à voir, où la mobilité urbaine sera réduite à sa plus simple expression parce que tous ces immeubles qu’on est en train de construire seront totalement vides. On aura détruit pour rien.

 La direction du Patrimoine culturel a-t-elle les moyens pour  de dissuader tous ceux qui font des constructions anarchiques et portent atteinte à toute cette richesse historique ?
Malheureusement non. Nous n’avons ni les moyens matériels ni les moyens humains pour remplir cette mission avec efficacité. Mais, ce que nous pouvons faire quand nous constatons un désordre, c’est d’adresser une sommation, une demande d’arrêt des travaux. Seulement, cela se multiplie dans tous les sens. Avant que le préfet arrive pour constater, les dégâts sont déjà faits. Les gens  marquent souvent un temps de pause et ils reprennent nuitamment à construire. Je pense qu’il y a une véritable culture génocidaire vis-à-vis du patrimoine menée par des gens qui ont de l’argent. Il y a nécessité de renforcer les compétences de la Direction. Je pense que si on veut sauver le patrimoine dakarois, sauver le patrimoine sénégalais, il faudrait qu’on change la législation. Vous savez, ce n’est pas seulement les villes qu’il faut sauver. Le Sénégal est un pays qui doit se développer. On doit construire des infrastructures lourdes, des routes, des aéroports, des autoroutes, des ports. Je ne dis pas au détriment du patrimoine. Mais, cela doit être une opportunité de tout mettre en valeur.
Le patrimoine qui est parfois invisible pour le profane, il faut le préserver comme cela se fait dans tous les pays actuellement et faire en sorte que l’aménagement du territoire soit une opportunité pour l’aménagement culturelle du territoire.  Faire  de telle sorte que la culture soit au sommet du développement. Les Etats-Unis sont le pays qui vend le plus de culture au monde et qui n’a même pas de ministère de la Culture. Et la France, le pays qui a la plus forte concentration touristique au monde, n’a pas de ministère du Tourisme. Ce n’est pas dans l’existence de structures, c’est dans l’existence de politiques. Nous avons besoin de politiques fortes pour développer notre pays. Le tourisme est un facteur de développement universellement connu… Les points forts de notre patrimoine culturel et naturel doivent être protégés. A Dakar, on a le point le plus occidental de l’ancien monde, en l’occurrence  la pointe des Almadies.

Quel lien existe-t-il entre le patrimoine urbain et le développement ?
La culture, à travers le patrimoine, est le plus puissant moteur de développement partout dans le monde. Aujourd’hui, en France, ils sont plus de 42 sites inscrits dans le patrimoine mondial. Ils ont préservé tous les terroirs depuis la loi Malraux en 1949. C’est pourquoi si quelqu’un veut visiter la France, il a l’embarras du choix… Par conséquent, un touriste qui vient dans ce pays, il y passe 10 jours.  Ici, il n’y passe à peine que 3 à 4 jours. Je pense que l’articulation entre le patrimoine et le développement est évidente. Malheureusement, chez nous, on voit tout le contraire. Ce n’est pas par hasard que le tourisme décline ; nous n’avons pas d’offre.  Notre offre balnéaire n’est pas le plus reluisant en Afrique. Si nous voulons aujourd’hui développer le pays, nous devons le faire de manière holistique, en faisant en sorte que notre patrimoine soit mis avec efficacité et intelligence.
Par exemple, au Cambodge, ils ont un seul site classé patrimoine mondial, le site  archéologique d'Angkor.  
Mais, ils ont décidé d’en faire un moteur du développement. Ce site accueille, chaque année, 4 millions de visiteurs. Le Sénégal fait à peine un demi-million avec ses 7 sites classés au patrimoine mondial de l’Unesco. Si chaque site faisait le dixième d’Angkor, les objectifs du Plan Sénégal émergent (Pse) seraient atteints.

Propos recueillis par Ibrahima BA


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