Culture

QUINZAINE DE LA FRANCOPHONIE : Débats, cinéma, contes au programme

Quinzaine Francophonie 2013Dans le cadre de la célébration de la Quinzaine de la Francophonie, édition 2013, une variété d’activités est au menu du programme qui se déroule aussi bien à Dakar que dans d’autres capitales régionales du pays. Jusqu’au 19 avril, notre pays vibre au rythme des festivités qui seront marquées, entre autres, par des projections de films, compétitions en dictée et des conférences-débats.

Suite à la cérémonie officielle de lancement de la Quinzaine de la Francophonie, mardi dernier, présidée par le Premier ministre Abdoul Mbaye, les activités se poursuivent jusqu’au 19 avril, avec la tenue de plusieurs spectacles sur l’étendue du territoire national. Ainsi, pour ce week-end, trois activités sont inscrites au programme. Il s’agit des Championnats nationaux d’orthographe, de la remise des Prix du concours « Ecolo-poésie, à Dakar et de la finale de la dictée Paul Gérin-Lajoie qui va se dérouler à Saint-Louis.

Du 25 au 28 mars prochains, aura lieu la projection du film canadien « Dieu a-t-il quitté l’Afrique ? ». Cette séance va se dérouler, respectivement, à l’Université Gaston Berger (Ugb) de Saint-Louis, à l’Institut français de Dakar, au Centre culturel Blaise Senghor et à l’Université Alioune Diop de Bambey.

Contes, débats, gastronomie…
Le 30 mars, Fatick va accueillir le Festival « Contes en Farandoles ». La banlieue dakaroise n’est pas en reste dans cette Quinzaine de la Francophonie, avec les femmes de la ville de Guédiawaye qui vont bénéficier d’une séance de formation en micro jardinage, à la Case foyer de Wakhinane Nimzat, le 2 avril. C’est une initiative de la représentante personnelle du chef de l’Etat à la Francophonie.

Sur le plan sportif, la Fédération sénégalaise d’athlétisme et la Conférence des ministres de la jeunesse et des sports de la Francophonie (Confejes) organise, le 7 avril, une course de la Francophonie, avec comme point de départ la Rts, destination le stade Iba Mar Diop. Dans la même veine, il est également prévu une randonnée pédestre de 8-9km.

L’Ucad va abriter, le 12 avril, une journée de débats consacrée à la diaspora. A cette occasion, Penda Mbow, historienne, et Felice Dasetto, sociologue belge, exposeront sur les cultures, les identités et religion en diaspora.

D’autres thèmes seront débattus au cours de cette tribune d’échanges. Il s’agit, par exemple, du « rôle politique de la diaspora » ; « Diaspora scientifique et artistique : fuite des cerveaux ». D’éminents intellectuels sont attendus à ces conférences, parmi eux, on peut citer Elikia M’bokolo, historien, directeur d’étude à l’Ehess de Paris, Bonaventure Mve Ondo, philosophe, vice-recteur honoraire de l’Auf, Abdoullah, juriste. La Place du Souvenir accueille, le 17 avril, la cérémonie de remise des prix du concours des Dix mots de la Francophonie.

Toujours dans le cadre des activités de la Quinzaine, la délégation Wallonie Bruxelle à Dakar va tenir, le 18 avril, à l’Ucad, une conférence sur l’écrivain belge Henri Bauchau. 

La clôture des festivités de la Quinzaine, prévue le 19 avril, sera marquée par diverses prestations. D’abord, la Maison de la Culture Douta Seck abritera une conférence autour du thème : « Le partage des saveurs. La cuisine, meilleure ambassadrice des diasporas » ? Cette cérémonie, qui sera suivie par une soirée des gastronomies, verra la participation du Professeur suisse Etienne Piguet, du chef cuisinier américano-sénégalais Ali Baba Guèye et de la diététicienne Fatimata Wade.

Abdou DIAW

DOCUMENTAIRE : « L’AMI FONDAMENTAL » D’EUZHAN PALCY, Césaire et Senghor en toute complicité

Senghor et CesaireLe nombreux public venu voir, mardi, au Théâtre Sorano, la représentation de la pièce « La Tragédie du roi Christophe » a découvert des images inédites sur la dernière rencontre entre Aimé Césaire et Léopold S. Senghor. Le documentaire de la réalisatrice Euzhan Palcy, « L’ami fondamental », a fait ressortir une complicité entre les deux hommes liés par une amitié sincère.

Césaire et Senghor qui se sont rencontrés pour la première fois en 1931 se sont revus pour la dernière fois le 19 mai 1993 à la résidence du couple Senghor, à Verson, en France. Ils ne s’étaient pas revus une décennie auparavant.  Cordialité, affection, intimité ont empreint la rencontre.

Selon le témoignage de Hamidou Sall, poète et fonctionnaire de l’Oif, l’amitié entre ces deux hommes a traversé l’histoire. « Deux amis plus que des frères », dit-il dans le film. Et c’est avec beaucoup de modestie que Césaire confie : « (…) J’ai rencontré Senghor à un moment important de ma vie. (…) Il m’apportait l’humanité, la noblesse, la dignité, l’histoire de l’Afrique. (…) Et notre rencontre est venue rappeler une Afrique oubliée, déformée, moquée dans un exotisme superficiel ».

En retour, Senghor admire en Césaire l’homme, l’écrivain. Même s’ils ne partageaient pas le même point de vue, « Senghor avait cette indulgence, cette sagesse africaine », a témoigné Denise Wiltord, sœur de Césaire.

La chute du documentaire est on ne peut plus touchante avec cette confidence de Senghor à Césaire : « J’ai promis à mon épouse de tenir jusqu’à l’an 2000. » Une année plus tard, il décéda  le 20 décembre 2001 à Verson, en France.

E. M. FAYE

Césaire, l'éternel retour vers l'Afrique

Macky Sall Expo CesaireDisparu le 17 avril 2008, les festivités du centenaire de Césaire ont débuté depuis le 9 mars en France et en Outre-mer. Si une plaque commémorative l'a fait entrer au Panthéon, le 6 avril 2011, son corps repose à jamais, pour respecter sa volonté, en terre martiniquaise. Une terre que l'aimé « nègre » Césaire relie de manière indéracinable à l'Afrique, la terre mère. Un colloque qui s’ouvre ce matin à Dakar, célèbre l’homme et l’ensemble de son œuvre.

Un récit, dit-on, comporte un début, un milieu et une fin. La vie d'Aimé Césaire ne respecte pas cette règle, mais il est certain qu'elle est mêlée à l'Afrique depuis ses origines et, plus affirmé encore, avec ses rencontres littéraires. Des débuts, on sait que le jeune Aimé Césaire part de la Martinique, son île natale, au début des années 1930, pour le très sélect lycée Louis Le Grand de Paris. Il y rencontre Léopold Sédar Senghor avec qui il fonde, en 1934, « L'Etudiant noir », revue et laboratoire des idées de la Négritude. C'est un projet qu'ils avaient en commun avec le Guyanais Léon Gontran Damas. Les trois se sont levés contre les injustices, qu'elles soient coloniales ou sous forme de regard condescendant sur les Noirs. Ainsi, ils n'ont attendu personne pour « jouer aux fous / pisser un coup / tout à l'envie / contre la vie stupide et bête » (Extraits de « Black-Label » de Léon Gontran Damas).

Rencontre avec l'Afrique littéraire
Un engagement politique et littéraire avec la Négritude qu’Aimé Césaire trouve logique. Désormais, il lui apparaît plus qu'une évidence que le Tigre crie sa « tigritude » pour anticiper, temporellement, au futur mot d'esprit critique de Wolé Soyinka. C'était une nécessité dans la période d'entre-guerre marquée par les premiers bourgeons qui fleuriront en liberté coiffée par des tresses en lauriers d'indépendance. La participation à la lutte d'émancipation va rapprocher Césaire de son identité africaine et des milieux littéraires africains. Ainsi, il fonda en 1947 avec Alioune Diop la mythique revue « Présence africaine ».

L'éternel retour à l'Afrique le questionne et l'oblige à interpeller ces interlocuteurs. « J'ai dit au Général De Gaule que notre préhistoire (martiniquaise voire africaine, ndlr) commençait dans la cale des bateaux négriers. Des martiniquais très assimilés ont été offusqués, mais c'est la vérité. Il ne faut pas en avoir honte. Si honte doit y avoir, elle doit être ressentie par ceux qui ont fait la traite ». La référence aux origines assumées africaines, même à travers des références aussi douloureuses que l'esclavage, est récurrente dans les écrits et les communications d'Aimé Césaire. D'où cette question rhétorique qu'il posa : « Comment peut-on prendre en compte la société martiniquaise si on ne se rend pas compte que c'est une société coloniale et raciste. » Et mieux encore, il poursuit son raisonnement dans le domaine culturel pour montrer les parentés linguistiques entre le créole et les langues africaines.

« Comment peut-on comprendre la langue martiniquaise, le créole, si on ne tient pas compte du fait que c'est une langue qui a été formée avec des mots français, des débris de mots français, mais qui ont été restitués par des gosiers selon les règles phonétiques implacables des langues africaines et agglutinés selon également les règles implacables de la syntaxe africaine. Cela me paraît évident, si on ne peut pas rester à la surface des choses. On n'est obligé d'en revenir à ce fait premier, à savoir que nous sommes mélangés certes, mais que nous sommes des Africains de la diaspora ». Donc pour celui qui magnifie « le Retour au pays natal » et la défense de la Négritude, le lien entre la langue créole et son origine africaine n'est plus à démontrer. Pour Césaire, la société antillaise doit assumer l'héritage des esclaves africains et exprimer avec fierté cette part de son identité qui est perceptible avec le créole.

Bouche des malheureux qui n'ont point de bouche
Parmi ses œuvres poétiques les plus marquantes, on peut citer « Cahier d'un retour au pays natal » qui fait émerger ses aspirations et revendications politiques teintées par le désir et la nostalgie de sa Martinique. « Ma Négritude n'est pas une pierre, sa surdité ruée contre la clameur du jour, ma Négritude n'est pas une taie d'eau morte sur l'œil mort de la terre, ma Négritude n'est ni une tour ni une cathédrale ».

Son « Discours sur le colonialisme » paru en 1950 est une suite de son engagement pour la fin de la colonisation de l'Afrique, mais aussi en Asie. Dans ce pamphlet, il oppose colonisation et civilisation contrairement à ceux qui pensaient que le premier devait déboucher sur le second. Des positions qui ont été défendues au début du XXème siècle par même des personnalités de gauche comme Jules Ferry. « La malédiction la plus commune en cette matière est d'être la dupe de bonne foi d'une hypocrisie collective, habile à mal poser les problèmes pour mieux légitimer les odieuses solutions qu'on leur apporte », s'indignait-il.

Député à l'Assemblée nationale française de 1958 à 1993 et maire de Fort-de-France jusqu'en 2001, même au crépuscule de sa vie, Aimé Césaire fut un engagé politique. On se rappelle son opposition, en 2005, à la loi sur les aspects positifs de la colonisation qu'il faudrait enseigner dans les manuels scolaires. Comme s'il fallait en faire une énième preuve, ce fut un clin d'œil à l'Afrique mère par rapport à l'avancée de cette Droite dite décomplexée. Tout est dans la formulation. Un clin d'œil donc à l'Afrique dans son immensité, mais aussi à la diaspora qui manque singulièrement, de nos jours, de références comme boussole.

Ce qui fini par apparaître comme l'un de ses derniers combats politiques consacrait la logique du poète qui écrivait déjà dès 1939 dans « Cahier d'un retour au pays natal » : « Ma bouche sera la bouche des malheurs qui n'ont point de bouche, ma voix, la liberté de celles qui s'affaissent au cachot du désespoir ». Aujourd'hui, à l'heure où bruissent les premiers tintamarres de ce centenaire sur trois continents (Afrique – Europe – Amérique), l'héritage d'une écriture poétique assimilable à une éruption volcanique laisse couler sa lave nourricière pour tous et pour toujours. 

Moussa DIOP
(Correspondant à Paris)

« TANDEM PARIS-DAKAR » (MARS-JUIN 2013) : Une plateforme d’échanges culturels entre les deux capitales

Khalifa Sall et DelanoeL’initiative « Tandem Paris-Dakar », plateforme d’échanges culturels entre les deux capitales, se déroulera de mars à juin 2013. Le projet mettant en scène les musiques actuelles, le cirque, la danse, le théâtre, le cinéma, le sport, l’éducation, etc., sera lancé le 28 mars prochain.

Après les tandems « Paris-Buenos Aires » en 2011 et « Paris-Berlin » en 2012, c’est autour de Dakar, première capitale africaine, d’accueillir la culture urbaine de la capitale française, à partir du 28 mars jusqu’en fin juin 2013.

Cette initiative, qui est donc une continuité pour Paris et une première pour Dakar, a pris forme, selon Oumar Ndao, directeur de la Culture et du Tourisme à la mairie de Dakar, « grâce à une conjonction de force entre les deux villes et à la cohérence du ministère de la Culture du Sénégal qui a mis à la disposition des lieux culturels comme le Grand Théâtre, la Maison de la Culture Douta Seck, entre autres, pour abriter les différentes manifestations ». A en croire le Pr Ndao, d’autres infrastructures culturelles seront réhabilitées à l’occasion.

Le directeur de l’Institut français du Sénégal, Moncef Follain, a, pour sa part, indiqué que le but de la rencontre est de sensibiliser le public sur une saison. « Il y aura des manifestations de diverses cultures, notamment un spectacle de cirque moderne », a-t-il précisé, soulignant que les principaux acteurs seront des jeunes créateurs artistiques parisiens pour un jeune public dakarois. Selon M. Follain, l’accès aux lieux où se dérouleront les activités culturelles sera pour l’essentiel gratuit. « Il faut que les jeunes puissent entrer sans aucune contrainte financière », a ajouté Moncef  Follain et non sans préciser que le même esprit va prévaloir à Paris.

Le « Tandem Dakar-Paris » est une plateforme d’échanges culturels entre les deux capitales ; une marque de dialogue culturel originale. De mars à juin 2013, « Paris sera à Dakar » ; tandis que « Dakar sera à Paris », de juillet à décembre 2013. Une large place sera consacrée à la création contemporaine dans les deux capitales, en particulier aux créateurs issus des nouvelles générations dakaroise et parisienne.

Cette programmation culturelle riche et ambitieuse valorisera les liens solides entre les scènes culturelles des deux villes dans le domaine des musiques actuelles, du cirque, de la danse, du théâtre, du cinéma, du débat d’idées et du numérique, mais aussi dans ceux du sport et de l’éducation, avec des échanges scolaires et universitaires et enfin de nombreuses initiatives de formations artistiques.

TANDEM Paris-Dakar - Ouverture officielle le jeudi 28 mars à 18h
- Cocktail et vernissage de l’exposition « Le piéton de Paris »  à 18 h à l’Hôtel de ville de Dakar. En présence de M. Khalifa Ababacar SALL, Maire de la ville de Dakar, de M. Pierre SCHAPIRA, représentant du Maire de Paris, et de M. Moncef FOLLAIN, Directeur Institut français du Sénégal.

- Soirée de gala avec le Cirque Electrique de Paris  à 20h30 au Grand théâtre National.

Souleymane Diam SY

 

Moustapha Niasse souligne la force des relations entre Africains et Antillais

Senghor et CesaireL'Afrique tire sa force de « l’osmose caractérisant les rapports que les Africains entretiennent avec les populations antillaises », a soutenu le président de l'Assemblée nationale Moustapha Niasse, mardi soir, à Dakar.

 

« Croyez-moi, l'émotion nous a envahis. C'est cette osmose entre les populations des Antilles et celles de l'Afrique, c'est ça fait qui fait la force de l'Afrique », a déclaré M. Niasse.

 

Il s'exprimait lors de la représentation ''La Tragédie du roi Christophe", au Théâtre national Daniel Sorano, à l'occasion de l'anniversaire de la naissance du défunt poète martiniquais, Aimé Césaire, auteur de cette pièce théâtrale.

 

« Ce sont des actes qui sont des actes de mémoire, qui rappellent à l'Afrique ce qu'elle est, ce qu'elle a toujours été, ce qu'elle doit rester », a ajouté le président de l'Assemblée nationale.

 

Il a relevé l'importance accordée à cet évènement par les compatriotes du poète martiniquais et les ressortissants des Antilles en général, venus à l'occasion « honorer le Sénégal (...) ».

 

Raymond Saint-Louis-Augustin, actuel maire de Fort-de-France, la capitale martiniquaise, a lui salué l'importance de cette soirée et de cette pièce qui reste selon lui toujours d'actualité.

 

Tragedie Roi Christophe« Revoir une pièce écrite par un des nôtres, jouée au Sénégal, parlant d'Haïti, est très enthousiasmant. Cette pièce est d'une étonnante actualité, elle nous rappelle nos maux d'aujourd'hui », a-t-il commenté.

 

« Ça nous donne à espérer que le combat continue, que nous avons nos propres démons à combattre pour porter nos peuples de l'avant. Je suis très heureux de ressentir tout cela en terre africaine (...) », a ajouté Raymond Saint-Louis-Augustin, en rappelant les bonnes relations qu'entretenaient Senghor et Césaire.

 

« Permettez-moi de rappeler que, quand Senghor est venu en Martinique, en Guadeloupe et en Haïti, là aussi dans un voyage initiatique, on a joué cette même pièce "La Tragédie du roi Christophe" en sa présence, au Palais des Sports de l'époque », a-t-il souligné.

 

« Donc tout ceci montre que l'histoire se coupe et recoupe pour former un lien qui nous lie plus solidement encore pour aller de l'avant », a-t-il poursuivi.

 

Décédé le 17 avril 2007, Césaire a mené avec le Sénégalais Léopold Sédar Senghor et le Guyanais Léon Gontran Damas, le combat pour la dignité de l'homme noir sous le vocable de la Négritude.

 

Député de la Martinique pendant plus d'un demi-siècle, Aimé Césaire a été maire de la ville de Fort-de-France de 1945 à 2001.

 

Il en était depuis le maire honoraire. Césaire était connu pour la richesse de son œuvre poétique. Il a écrit plusieurs recueils de poèmes, des essais et des pièces de théâtre, tous marqués du sceau de l'humanisme, de l'engagement et de la valorisation de la culture noire.

 

Source: APS

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