Culture

NDOUMBE DIOP : Marché et totem de Diourbel

Situé en plein quartier Thierno Kandji, le marché Ndoumbé Diop, du nom du totem de la ville de Diourbel, constitue la principale source de revenus de la mairie et d’une frange importante de la population. Mais ses occupants font face à de mauvaises conditions de travail. Ainsi, l’infrastructure marchande a bien besoin d’une véritable cure de jouvence pour répondre aux normes. Etat des lieux.

La cinquantaine bien sonnée, le doyen Rawane Mbaye peut se considérer comme l’un des plus anciens occupants du marché Ndoumbé Diop. « C’est en 1983 que je me suis décidé à revenir à Diourbel, après un séjour d’un peu plus d’une dizaine d’années entre Koungueul et Koumpentoum où j’étais, à partir de 1971, avec un de mes oncles, El Hadji Moussa Diop, un grand commerçant de la zone ». Mais le doyen Rawane est le fils aîné de feu son père, un autre commerçant qu’il secondait d’ailleurs, régulièrement au marché, du temps où l’infrastructure marchande était en face de l’actuelle mairie de Diourbel. Actuellement, un centre commercial est en train d’être édifié sur ce même lieu.
Il raconte que, « c’est en 1963 que le marché Ndoumbé Diop a été délocalisé à son emplacement actuel ». Un marché qui, selon Rawane Mbaye, « n’a pas vraiment connu une amélioration, encore moins une extension alors qu’il constitue aujourd’hui le principal point de convergences où se mènent la plupart des activités commerciales, sources de revenus des populations ».
 
Un marché qui manque du tout
Mais la configuration du marché laisse un véritable goût d’inachevé. Il suffit de le visiter de long en large pour s’en rendre compte. Des installations à l’intérieur qui ne remplissent aucune condition de sécurité digne d’un marché de ce type où se rencontrent, tous les jours, de nombreuses personnes favorisant ainsi un bouillonnement au quotidien. Une situation qu’on peut assimiler à l’agrandissement de la ville. D’où, les offres attribuées pour l’installation de cantines, magasins et autres étals. La demande de plus en plus croissante, est de loin supérieure à l’offre. Les occupants du marché sont conscients des mauvaises conditions de l’exercice de leurs activités quotidiennes. Ce marché qui manque du tout : des toilettes fonctionnelles, de l’électrification, des bouches d’incendie, des couloirs de dégagement en cas de sinistres.
On note des branchements électriques anarchiques qui occasionnent, souvent, des courts-circuits. Il s’y ajoute, les dépôts sauvages d’ordures qui se multiplient autour du marché. Ce, malgré les efforts de la commune dans le ramassage des ordures ménagères. Selon le secrétaire municipal, Papa Birima Ndiaye, ce ramassage « a quand même connu, depuis maintenant un an, des améliorations avec l’acquisition de deux camions mais surtout grâce au Projet national de gestion de déchets (Pngd) ».
 
Décongestionnement
« A l’intérieur, chacun se fraye un petit espace pour s’installer, créant ainsi l’anarchie et le non-respect des normes », se désole un occupant du marché qui a requis l’anonymat. Mais, pour Mame Ibou Sall, un autre occupant du marché, « un tel comportement fait qu’on n’a pas le temps de rendre accueillants nos étals et autres cantines. J’éprouve même de la peine à recevoir, devant ma cantine, une clientèle composée essentiellement de femmes bien habillées pour acheter mes produits». Un sentiment que partage Mme Ndoumbé Mbaye qui reconnaît que « le marché Ndoumbé Diop ne dispose d’aucune commodité qu’une infrastructure marchande de ce type doit avoir dans une ville comme Diourbel. Vous avez constaté, vous-même, l’étroitesse des places des uns et des autres et qui ne sont pas bien aménagées ». Le doyen Rawane Mbaye préconise, pour ce faire, de rendre viable les autres petits marchés de proximité implantés dans des quartiers comme : Cheikh Ibra, Madinatoul et Cheikh Anta, ce qui devrait permettre, selon lui, « de décongestionner le marché Ndoumbé Diop ».
 
Défendre les intérêts des occupants
Ainsi, à travers leur collectif des délégués de secteurs, ils ont listé les nombreux écueils qui entourent le marché Ndoumbé Diop. Parmi les délégués, le doyen Rawane Mbaye souligne : «nous nous sommes organisés en un collectif des délégués de secteurs pour poser tous les problèmes que nous rencontrons et cela dans tous les compartiments du marché ». Dans cette optique, les occupants du marché sont préoccupés par la non fonctionnalité de la bouche d’incendie qui demande à être alimentée en eau, la canalisation à finaliser et la réparation de l’existant, le carrelage des tables des vendeurs, surtout de poissons et de viande ainsi que de leurs halls et la réfection du dépotoir de poissons en très mauvais état. Aussi, de l’avis de Rawane Mbaye, « il serait aussi important d’envisager le bitumage de la voie d’accès au hall de vente d’oignons pour permettre aux gros porteurs d’accéder tout comme le remblai du site des forgerons, côté Khelcom pour éviter la stagnation des eaux de pluie qui les empêchent souvent de mener correctement leurs activités, surtout en période hivernale.
 
Un espoir avec la nouvelle équipe municipale
Le collectif des délégués de secteurs souhaite également la réparation des halls A et B pour la vente de légumes et l’élévation de la toiture pour l’aération du site où il fait très chaud, la réparation des portes d’entrée et de sortie du marché de même que l’équipement et l’organisation du poste de sécurité à doter d’un chef de poste permanent. Autant de préoccupations qui ont été portées à l’attention de la nouvelle équipe municipale, dirigée par le maire Malick Fall. La résolution permettra non seulement de bien sécuriser le marché Ndoumbé Diop mais également une nette amélioration des conditions de travail des occupants. D’ailleurs, selon Rawane Mbaye, « le nouveau maire a déjà manifesté sa disponibilité au collectif pour améliorer le marché. Nous avons bon espoir, avec les actes qu’il a posés et nous attendons de voir la concrétisation ». Car, se rappelle Mame Ibou, « en son temps, le président Abdoulaye Wade avait promis un marché à étage. Une promesse qui n’a pas connu de suite. Et aujourd’hui, avec le nouveau régime en place, on peut espérer ce bout du tunnel ».
Si à Kaolack, on parle de Mbossé Coumba Djiguéne, à Rufisque de Mame Coumba Lamb, Diourbel à sa Ndoumbé Diop.
Et c’est bien de ce nom qu’a été baptisé le marché central de la capitale du Baol, au passé glorieux avec sa culture riche et variée. Mais, bien que défavorisé par la nature, Diourbel n’en est pas moins une terre de rencontres et de convergences. Et, le marché Ndoumbé Diop joue pleinement ce rôle à travers son bouillonnement quotidien marqué par le fort taux de fréquentation. Les populations locales et celles des villages environnants viennent y faire leur commerce tous les jours. Est-ce un hommage à Ndoumbé Diop, cette femme qui, selon la légende, est le totem tout désigné de Diourbel.
 
Toute une histoire entoure la légende
 « C’est toute une histoire qui entoure la légende faite sur ce totem », affirme notre confrère, Malick Sy, à travers les recherches effectuées dans ce sens. Il révèle que « le totem était le fromager miracle de Ndoumbé Diop. Un arbre dont la tradition orale situe l’emplacement miraculeux sur le prolongement de la vallée du Sine. Un jour qu’un bûcheron voulut l’abattre, il s’est aperçu que le fromager était mystique. Il retarda alors l’échéance, en dépit des injonctions que le roi lui avait faites ». Notre confrère cite un certain Gorane Sène qui renseigne que, « le nom de Ndoumbé Diop a une provenance bien précise. Car, le vieil homme m’a raconté qu’un jour, il se promenait et a vu une femme qui faisait la cuisine. Il lui a demandé à manger. La femme a refusé. Elle portait le nom de Ndoumbé Diop et symbolisait la beauté».
Toutefois, une autre version est rapportée ajoute Malick Sy, « par un historien,  Lamine Niane, selon qui, un sorcier qui était venu de la zone de Ndiob, trouva sur place une femme nommée Ndoumbé Diop avec laquelle il pactisa avant de lui léguer son pouvoir. Par ailleurs, on peut aussi assimiler ce nom à un Laobé et que tout peut laisser croire que c’est cette ethnie qui a donné ce nom à la femme. Toutefois, selon Malick Sy, « ce qui intrigue le plus les habitants de Diourbel, c’est que contrairement aux autres villes ou villages, ici, l’arbre totem n’est en rien lié à la famille Sène fondatrice de la ville en 1313. Celle-ci a, par la suite pactisé avec le crocodile mais à la place comme totem de la ville, c’est un arbre qui a été choisi en définitive ». Un arbre mystique qui protégeait les habitants de Diourbel.
Il se transformait en être humain et venait régulièrement faire ses achats à l’actuel marché central lequel porte aujourd’hui son nom. Afin de perpétuer la mémoire de l’arbre totem, l’association sportive et culturelle du quartier riverain, porte aussi le nom de Ndoumbé Diop. De plus, la cérémonie de voyance ou Khoye, que les Saltigués du Mbayard organisent chaque année, porte aussi le nom de ce totem.

Des recettes mensuelles de près de 35 millions de FCfa
Avec les difficultés liées aux mauvaises conditions de travail des occupants, la mairie de Diourbel n’est pas pour autant très affectée par cette situation.

« Car, tous les mois, elle tire des recettes des taxes municipales un montant souvent supérieur à 35 millions de FCfa», a laissé entendre le secrétaire municipal, Papa Birima Ndiaye. Ce qui, de l’avis de certains commerçants, « devrait permettre à la mairie d’utiliser, au moins, une partie de ces sommes pour des investissements dans le marché et ainsi résoudre petit à petit les nombreux problèmes que vivent ses occupants. Mais en vain ». Cependant, à la mairie, on brandit le fait que le site d’emplacement du marché est immatriculé au nom de l’Etat. Il n’est donc pas sûr, pour le moment, d’y engager des travaux de modernisation. Mais, selon le conseiller municipal, Mahata Ndiaye, rapporteur de la commission des halles et marchés, « une demande d’affectation du site est en cours, l’autorité est saisie dans ce sens. C’est également le cas de la mairie dont le site où il se trouve est immatriculé au nom de l’Etat ».

Par El Hadji Mohamadou SAGNE


Rose Wardini HACHEM : Une dame de cœur

Depuis une bonne dizaine d’années, Rose Wardini se signale dans des actions humanitaires, notamment les caravanes médicales gratuites organisées par sa structure Medisol.

Il y a des gens comme ça. Des gens qui ne s’épanouissent que quand ils réussissent par un geste, aussi minime soit-il, à arracher un sourire à l’orphelin éploré, à donner du baume au cœur à un malade désespéré, à redonner espoir au chef de famille tenaillé par la dépense quotidienne. Des gens comme ça, le monde en a connu et continue à en connaître. Le Prix Nobel de la Paix, le Pakistanais Mouhamad Yunus, appelé aussi ‘’le banquier des pauvres », Abbé Pierre, fondateur d’Emmaüs, une structure pour le logement des défavorisés, Coluche, avec ‘’Les restos du cœur’’ ou encore la religieuse catholique albanaise, de nationalité indienne, Mère Térésa, avec son association les ‘’Missionnaires de la Charité’’ en font partie. On les appelle les bons samaritains, en référence à ce personnage biblique incarnant les valeurs de la charité.
Au Sénégal, ces gens au grand cœur, toujours prompt à venir en aide à autrui, on en a aussi, à l’image de Rose Wardini Hachem. Cette dame de cœur, depuis plus de dix ans, se signale, avec sa structure Médecine pour la solidarité (Medisol), dans des actions humanitaires à travers notamment ses fameuses caravanes médicales gratuites qui sillonnent le Sénégal de l’ouest à l’est, du nord au sud.

Mère sénégalaise, père libanais
L’engagement de Rose Wardini tient d’un serment fait à sa mère : celui de toujours œuvrer en faveur des démunis. Une promesse qu’elle s’évertue à respecter depuis qu’elle est devenue médecin au début des années 1990. « L’humanitaire est innée en moi parce que j’avais une mère qui faisait beaucoup d’actions de bienfaisance. Elle m’a toujours poussée à réussir dans la médecine pour aider mes proches. J’ai grandi avec cette idée-là. C’est une source de motivation qui ne m’a jamais quittée. C’est cette volonté de ma mère que j’essaie de traduire en acte », confie-t-elle dans son salon où elle reçoit. Dans l’accomplissement de cet engagement, Rose Wardini s’est donnée pour objectif d’assurer une meilleure couverture sanitaire des populations. D’où l’organisation, depuis 2003, des caravanes médicales de santé au profit des populations et personnes démunies. « Nous avons développé, grâce à ces caravanes, plusieurs volets dont celui de la prévention du Vih, avec la pratique de la circoncision dans toutes les villes et villages du Sénégal. Nous avons également développé le volet dépistage du cancer du sein et du col de l’utérus à travers nos campagnes de dépistage de masse », confie-t-elle.
Cette option d’investir l’intérieur du pays part d’un constat : 90 % des ressources matérielles et financières dans le domaine de la santé sont concentrées à Dakar. « Le reste des régions est dépourvue de médecins, de plateau technique relevé pour répondre à la demande des populations. Nous avons jugé plus opportun de concentrer nos efforts sur les populations de l’intérieur en allant les trouver chez elles ».
C’est au milieu des années 1960 que Rose Wardini Hachem a vu le jour à Kaolack. De taille moyenne, elle doit son teint clair à son papa d’origine libanaise. Un père qu’elle a connu à peine, car décédé alors que Rose n’avait que deux ou trois ans. C’est donc sous l’aile protectrice de sa maman sénégalaise qu’elle et ses dix frères et sœurs ont grandi. Un cocon familial profondément baigné dans la culture et les mœurs sénégalaises. Une mère, malgré son analphabétisme, s’est donné les moyens de faire en sorte que sa progéniture réussisse dans les études et dans la vie. Cette maman, Rose ne cessera jamais de lui rendre hommage. « Notre maman était une femme brave et dynamique. Elle nous a formés dans la réussite et je lui dois une profonde reconnaissance pour avoir fait de toute sa famille, en tant qu’illettrée, des bacheliers et des personnalités qui ont aujourd’hui réussi », confie-t-elle, avec un brin d’émotion dans la voix. Rose Wardini compte, parmi ses frères et sœurs, le Colonel d’Armée Antoine Wardini, ancien Commandant de la zone militaire 1 de Dakar et Soham El Wardini, première adjointe au maire de la ville de Dakar. « Nous sommes une famille de onze enfants dont huit garçons et trois filles. Je suis la plus jeune des filles », précise la gynécologue-obstétricienne.
Après une scolarité brillante sanctionnée par un baccalauréat série scientifique au lycée Valdiodio Ndiaye de Kaolack, Rose Wardini débarque à l’université de Dakar. Ses études de médecines à peine entamées, elle dut rejoindre son mari en Côte d’Ivoire en 1984. Cette obligation conjugale ne l’empêche pas de poursuivre ses études dans ce pays. Le Doctorat en poche, Rose Wardini revient à Dakar pour démarrer sa spécialisation qu’elle termine en 1992. Devenue gynécologue-obstétricienne, elle répète ses gammes avec son maître, l’éminent professeur Fadel Diadhiou à la maternité de l’hôpital Aristide Le Dantec. Depuis 1995, la présidente de Medisol s’est installée dans le privé. Toutefois, elle assure n’avoir pas coupé le lien (ombilical ?) avec cet hôpital.
Très engagée dans le mouvement associatif, Rose Wardini se voit confier la présidence, pendant dix ans, de l’Association des gynécologues-obstétriciens du Sénégal (Asgo). Dans cette même dynamique, elle fut présidente de la Société africaine des gynécologues-obstétriciens et vice-présidente de l’Union professionnelle internationale des gynécologues-obstétriciens. A ces différents postes, l’un des événements qui l’ont le plus marquée, c’est l’obtention, en 2002, de l’organisation, à Dakar, d’un congrès de l’Union professionnelle internationale des gynécologues-obstétriciens. Une première en terre africaine dont elle se sent fière. Parmi les nombreuses casquettes de Rose Wardini, il y aussi la vice-présidence de l’Association libano-sénégalaise des professionnels de la santé. « Cette association est une volonté de l’Ambassade du Liban de favoriser une meilleure intégration des libano-sénégalais », dit-elle. Et c’est quand elle a été portée à la tête de l’Asgo que l’engagement humanitaire de Rose Wardini a connu un coup d’accélérateur notamment au retour d’un voyage au Maroc où les campagnes de consultations médicales gratuites sont une expérience réussie.

Couverture maladie universelle avant l’heure
Aujourd’hui, il ne se passe pas un mois sans que Rose Wardini et son équipe n’organisent, soit une campagne de dépistage gratuite du cancer pour les femmes, soit des consultations médicales gratuites. « Il nous arrive de recevoir jusqu’à 1.500 personnes en consultation, toutes spécialités confondues. Et avec les dépistages du cancer, chaque sortie, nous pouvons voir jusqu’à deux cents à trois cents femmes », dit-elle. L’objectif de Medisol est de se rendre dans toutes les zones enclavées où la demande est très forte afin d’appuyer les efforts déployés par les autorités pour une meilleure couverture sanitaire. A propos de Couverture de maladie universelle, Rose Wardini aime à rappeler que lui et son équipe l’appliquent à leur manière depuis une bonne dizaine d’années maintenant. « Ce concept, nous l’appliquons sur le terrain depuis 2003. C’est ce qui explique nos sorties dans toutes les régions du Sénégal en réponse à la forte demande des populations. La Cmu est une initiative à encourager, il faut bien la mener pour qu’elle soit effective partout sur le terrain », souligne Rose Wardini.
La débauche d’énergie de Rose Wardini pour la défense de la cause des plus démunies ne lui laisse presque plus une vie de famille, elle qui est maman de quatre enfants. « C’est le revers de la médaille », admet-elle, mais elle « essaie de jongler » entre vie de famille et humanitaire. Mais, à ce jeu équilibriste, il semblerait bien que c’est sa famille qui est sacrifiée sur l’autel des actions humanitaires. C’est difficile de concilier les deux mais il faut se dire qu’il arrive un moment où l’on ne s’appartient plus, on appartient à la population. Et là, on a un devoir citoyen qu’il faut continuer à faire », estime-t-elle avec philosophie. Rose Wardini n’est pas seule dans ce travail, elle est accompagnée d’une équipe qualifiée constituée de bonnes volontés. « Elles prennent de leur temps et de leurs compétences pour nous accompagner. C’est le lieu de les remercier car elles ont fait du chemin avec moi en apportant beaucoup aux populations », reconnait-elle.
Les actions humanitaires de Rose Wardini ne s’arrêtent pas seulement au médical, elles concernent aussi le social. C’est ce qui explique les convois humanitaires durant le mois de Ramadan, les appuis dans la mise en place de cases de santé et de postes de santé, l’action ‘’Cœur de Kaolack’’ en soutien aux victimes des inondations. « Nous intervenons dans l’environnement, l’éducation, le reboisement et l’agriculture », ajoute-elle. Son engagement humanitaire lui a fait franchir le rubicond politique. Aujourd’hui, Rose Wardini est à la tête d’un mouvement citoyen qui s’est présenté aux dernières élections locales et lui a permis de décrocher un poste de Conseiller municipal. Sa plongée dans le marigot politique s’explique par une ambition qui est celle d’« instaurer, avec mes amis, une nouvelle forme de politique, la politique du développement », martèle , la passionnée. Une passion qui, selon elle, est son principal défaut : « J’ai tellement le cœur dans l’humanitaire que je veux tout changer en bien. Quand on me fait visiter une école, un centre de santé délabré, tout de suite je veux y apporter une solution. Je m’engage trop vite, je suis très improviste, très passionnée à aider les pauvres ». Finalement, tout s’explique.

Elhadji Ibrahima THIAM


Infrastructures et emplois : Diourbel, une capitale régionale sous la pression de Touba

Malgré sa particularité de capitale régionale du même nom, la ville de Diourbel fait face à une forte pression de l’agglomération de Touba. Deux handicaps majeurs, le manque criant d’infrastructures et le sous-emploi. Principales préoccupations des populations de Diourbel.

Avec son statut de capitale du Mouridisme, Touba accueille, chaque année, des millions de fidèles lors du grand Magal. La cité religieuse est devenue aujourd’hui un important pôle économique régional auquel s’ajoute son poids démographique qui fait que la localité est mieux lotie que sa capitale régionale, Diourbel. Et cela, sur tous les plans, en plus de son rayonnement culturel. Autant d’atouts qui ont fait que Touba est considérée comme le deuxième centre économique du Sénégal après Dakar. Ici, le dynamisme de son commerce, la concentration des établissements financiers mais aussi le fait que la ville est devenue la terre promise où chaque fidèle mouride cherche à s’y installer, a fait gagner beaucoup de points à la cité religieuse.

Plusieurs milliards injectés à Touba
Même les habitants de Diourbel dont la ville a pourtant constitué une étape décisive dans l’œuvre de Cheikh Ahmadou Bamba Mbacké, fondateur du Mouridisme, préfèrent le plus souvent aller habiter à Touba la sainte où l’Etat a injecté plusieurs milliards de FCfa pour la modernisation de la cité à travers un plan initié depuis le magistère du président Abdoulaye Wade et que son successeur, le président Macky Sall, s’est également engagé à poursuivre. « La conséquence immédiate est que tous les investissements sont orientés vers Touba au détriment de la capitale régionale. Même pour se ravitailler en matériaux de construction, pièces automobiles ou autres produits, la direction de Touba est devenue le premier réflexe des Sénégalais qui ont toutes les chances de trouver la marchandise recherchée et à moindre coût. Aussi, la ville se retrouve avec aucun débouché pouvant promouvoir l’auto-emploi », nous lance un de nos confrères basé à Diourbel.

La capitale régionale manque de tout
Cela a fini de donner à Touba toute l’attractivité requise. Et, à l’opposé, sa capitale régionale qu’est Diourbel, manque de tout et a plus que besoin de retrouver son lustre d’antan. La lancinante question des infrastructures d’accueil surgit toujours dans la bouche de populations locales. Au point que des projets très importants avaient été annoncés par le chef de l’Etat, Macky Sall, lors du Conseil des ministres délocalisé que cette région a abrité pour combler ce vide. Mais, jusque-là, la plupart des Diourbellois que nous avons interrogés sont unanimes à reconnaître « que rien n’a changé dans la ville depuis lors ». Une véritable équation que constitue ce manque criant d’infrastructures dans la capitale du Baol, à travers ce constat fait au niveau des anciens bâtiments de l’époque coloniale qui abritent des structures de l’Etat et qui menacent à tout moment de s’écrouler, tout comme les vieilles bâtisses qui ont fini de faire leur temps.
La voirie communale aussi constitue un problème qui reste entier tout comme l’assainissement et les espaces publics, les infrastructures pour la jeunesse, la santé, entre autres. Une situation que ne manquent pas de décrier certaines personnes préoccupées par l’essor de leur ville face à l’hégémonie de Touba. Lamine Niane, professeur au lycée Moustapha Bassirou Mbacké, nous fait remarquer que « cette boulimie de Touba face à Diourbel est réelle du fait que toute autorité en place n’a d’autre intérêt qu’à faire la part belle à Touba pour pouvoir faire long feu dans la région de Diourbel qui constitue un vivier électoral important ». C’est pourquoi, souligne-t-il, « les besoins de Touba sont souvent mis en avant et traités en urgence. L’exemple que je peux vous citer est le cas des inondations à Diourbel, dont le problème est plus récurrent à Rouk Bou Sew, près de l’ex-hôtel Baobab en ruines, et pour lequel le canal qui y est édifié l’a été par la municipalité depuis 2009, sans aucun exutoire alors qu'au même moment, Touba et Bambey ont bénéficié d'un réseau d'assainissement dense et adéquat ».
Par ailleurs, fait remarquer M. Niane, « au plan social, les appuis, dons, aides, bourses familiales sont partagés de manière non équitable. Autres projets d’envergure dont bénéficie la ville de Touba, l'héliport, pour ne citer que ceux-là sans qu’une seule infrastructure soit édifiée à Diourbel ». Face à tout cela, le professeur Niane préconise des solutions qui, souligne-t-il, « à travers le Plan Sénégal émergent (Pse), devraient permettre de créer des éco-pôles et éco-villages et faire en sorte que Diourbel, ancienne capitale des légumes, puisse reprendre sa splendeur et se reverdir avec une bonne utilisation des eaux du canal et un bon réseau d’assainissement ».

Des solutions à prendre en charge dans le Pse
En tout cas, la mise en œuvre du portefeuille de projets de 209 milliards de FCfa dont 112 milliards avaient été dégagés par l’Etat pour la période 2012-2014 dans la région de Diourbel, est attendue avec impatience. Ce qui permettra de relancer les projets qui étaient bloqués et d’entreprendre d’autres réalisations, parallèlement à la prise en compte du programme qui a été présenté en Conseil délocalisé par l’ex-Conseil régional et chiffré à 403 milliards de FCfa.
Car la ville de Diourbel a subi une grande mutation en passant d’une économie agricole et rurale à une autre de type urbain pour devenir, avec la ville de Touba, le deuxième centre urbain du pays. Même si, estime une source qui a sollicité l’anonymat, « ce passage d’une économie agricole et rurale à une économie urbaine a, peut-être, été mal vécu, mal organisé, mais il faut dire qu’il offre, aux yeux de certains observateurs, une multitude d’opportunités nouvelles à travers une configuration qui favorise le marché et motive le retour à un nouveau type d’agriculture allié à une économie urbaine qu’un système économique a d’abord besoin pour assurer son développement intégral ».

Des initiatives pour une nouvelle ville
Avec sa connotation religieuse « mouride », la ville de Diourbel a joué, d'antan, un rôle important sur le plan économique, avec l'installation de l'unité industrielle de la Seib devenue plus tard Sonacos et Suneor. Ce qui a fait de cette région un pôle de développement industriel mais qui a bien besoin, aujourd’hui, d’un nouveau souffle qui le placerait au même niveau que les autres grandes capitales régionales comme Thiès, Kaolack, Saint-Louis, entre autres. Cela devrait lui permettre de jouer pleinement son rôle de véritable chef-lieu de région qui se situe au cœur du pays et y occupe une place centrale dans la gestion des affaires nationales.
Dans cette dynamique, des initiatives sont en train d’être prises par des structures qui ont été créées par des natifs du terroir aux côtés des ambitions de l’Etat. C’est le cas du Mouvement du nouveau Diourbel (Mnd) qui œuvre pour le développement endogène enclenché par des personnes ayant une attache avec la région de Diourbel et qui ont décidé d’unir leur force pour situer leurs actions à travers l’éducation et la formation populaire, l’économie rurale et urbaine et le développement social local.
Créé en 2010, le mouvement s’est fixé pour défi de concevoir et planifier la participation active à un projet de développement solidaire et durable en donnant à l’histoire et au développement des communautés et des personnes des terroirs et de leur région, une orientation plus responsable et engagée. L’émancipation économique et sociale des personnes et des communautés, par un esprit d’autogestion et d’autopromotion, dans une dynamique de solidarité locale, est au cœur des objectifs de ce mouvement qui met en avant les valeurs du Mouridisme qui accordent une place centrale au travail.
Des concepts comme « Une famille, un emploi », « Un village, un projet productif » et des formations techniques au service du développement durable, figurent dans les stratégies à mettre en œuvre par le Mouvement du nouveau Diourbel dont les membres se préoccupent aussi de la persistance du phénomène des changements climatiques. Ainsi, des projets de formation technique aux sortants du Lycée technique Cheikh Ahmadou Bamba en énergie solaire et biomasse sont à l’étude. Et, à terme, les capacités techniques acquises pourront être mises à profit dans le cadre de projets de développement des énergies renouvelables dans la région.

Keur Mame Cheikh Ibra : Un quartier créé en 1915
Pour l’histoire, le quartier Keur Mame Cheikh Ibra Fall a été créé en 1915 par Cheikh Ibra lui-même. Il vécut entre cette date et 1918 à Mérina Fall, avant de fonder Maka Loy-Loy pour se protéger de l’épidémie de peste qui a ravagé, à cette période, le quartier. Le premier délégué d’avant l’indépendance, en l’occurrence Serigne Modou Lô, a été nommé en 1923 par le commandant Femelou. Il s’en est suivi le premier lotissement de la zone avec l’administrateur Maire Christian Bland et son électrification l’année suivante.
En 1957, le quartier a connu son premier grand lotissement qui a été précédé de la première canalisation et l’adduction en eau potable dont les bornes fontaines ont connu une augmentation entre 1968 et 1969. La route qui mène au quartier est réalisée en 1963 en même temps que la clôture du cimetière. En 1930, Mame Cheikh Ibra Fall est rappelé à Dieu et Serigne Modou Moustapha deviendra le 1er khalife avant que Serigne Mor Tall ne lui succède en 1950, suite au décès du premier. Le 3e khalife, Serigne Abdoulaye Ndar, intronisé en 1953, régna jusqu’en 1975 avant d’être rappelé à Dieu. Il sera remplacé par Serigne Assane Fall. Les autres khalifes Baye Fall seront Serigne Modou Sakor, Serigne Modou Aminata et Serigne Cheikh Djeumbe Fall.

Un Magal de Diourbel pour promouvoir la destination Diourbel

Face à l’hégémonie de Touba sur leur ville, de jeunes Diourbellois, à travers leur association, travaillent déjà sur le projet d’un grand événement religieux : « Diourbel en route vers le Magal ».

A travers ce Magal, souligne Adiouma Thiaw, membre du comité d’initiative et scientifique, « nous pensons que ceci devrait pouvoir redonner un nouveau souffle à la région de Diourbel et arriver à relancer son économie endogène, par conséquent, lui donner un visage épanoui, arrondi sur tous ses angles ». Par ailleurs, ajoute M. Thiaw, « l’autre particularité sera de faire de Diourbel le réceptacle des fidèles, un lieu de pèlerinage et de commémoration du retour du saint homme. Il conviendra également de revaloriser ses lieux de culte par la connaissance des sites historiques qui ont marqué la vie de Cheikh Ahmadou Bamba et de sensibiliser, à travers les différentes expositions et panels, les populations aux enseignements tirés de ses œuvres. Ce qui permettra de conscientiser davantage la jeunesse sur l’importance de l’héritage que leur a légué Cheikh Ahmadou Bamba, la résolution de la problématique de l’économie endogène de la région ainsi que leurs activités qui doivent être soutenues par la droiture, l’éthique et le respect ».

Une idée originale et géniale
L’initiative de ces jeunes Diourbellois, qui sont déjà dans les démarches pour que ce programme soit insérer dans celui du grand Magal de Touba, sera, à coup sûr, un point fort pour développer la ville de Diourbel qui a constitué une étape décisive dans l’œuvre du Cheikh Ahmadou Bamba Mbacké dont le retour en exil a remis la liberté à tout un peuple longtemps sous-estimé par le blanc, mais aussi rendre à l’Islam sa place au sein des peuples noirs. L’idée paraît originale et géniale, vu tout le mystère caché que renferme Diourbel où a été transféré, en 1912, le vénéré Cheikh qui disait aux colons : « S’ils savaient le secret que renferme ce site de Ndiarème, ils ne l’auraient pas fait ». Cette phrase très mystique est la quintessence de ce qu’est le Mouridisme aujourd’hui, particulièrement le site de Diourbel.

Valoriser le legs du Cheikh pour un Diourbel émergent
C’est pour rappeler simplement, souligne Adiouma Thiaw, « que Diourbel est en amont et en aval du règne du vénéré Cheikh qui a passé les dernières années de sa vie dans cette ville après son retour définitif des deux exils (1895-1902 au Gabon et 1903-1907 en Mauritanie). Donc, un choix primordial pour la concrétisation et la finition du travail, de l’œuvre qu’il avait entamé avant son départ. Aussi, Diourbel est le seul lieu où le Cheikh a édifié son unique résidence et une mosquée dans le quartier de Keur Goumak. Là où il a également écrit beaucoup de ses Khassaïdes, (poèmes dédiés au Prophète Mohamed (Psl)) ». Autre particularité, ajoute-t-il, « Diourbel est aussi la ville où beaucoup de ses enfants sont nés, parmi eux Serigne Abdou Lakhad Mbacké. C’est aussi le fief de Cheikh Ibrahima Fall, son illustre disciple. D’où une introspection qui nous montre ainsi que la seule voie de salut pour un Diourbel émergent, à l’image de l’hégémonie de Touba, est la valorisation du legs de Cheikh Ahmadou Bamba, à savoir l’adoption du système Mouridisme comme modèle de développement économique du terroir ». Le Magal « Diourbel en route vers le grand Magal », de l’avis des concepteurs de l’idée, « une parfaite illustration du pèlerinage à la Mecque avec ses étapes de Médine, Mousdalifa et la Kaaba.
Ainsi, Diourbel constituera une étape obligatoire pour tous les disciples sur le chemin de Touba pour visiter, entre autres sites, la résidence surveillée, la résidence au niveau de la Préfecture, la Gouvernance, la Grande maison, la mosquée, le quartier général de Cheikh Ibrahima Fall avec le puits mystique avant de poursuivre le chemin pour l’étape de Touba ». En d’autres termes, cet événement religieux, peut se justifier par le dernier voyage du Cheikh de Diourbel à la ville sainte, Touba.

Des perspectives économiques incalculables
Les perspectives économiques sont incalculables et Diourbel sera comme Touba, économiquement viable, favorisant le retour au terroir de ses fils immigrés partout dans le monde et la lutte contre l’exode rural.
Ce Magal favorisera, sans doute, la réhabilitation d’un patrimoine commun dont les sites historiques à Diourbel, la revalorisation des repères éducationnels pour le développement de la région, l’enracinement des peuples dans les vertus cardinales sources de stabilité et la sensibilisation des populations à la culture du Mouridisme. Aussi, il sera question de revitaliser le secteur informel grâce à l’affluence que promet l’événement, revaloriser la langue wolof par les écrits de Serigne Moussa Kâ et faire participer, au cours des foires et fora, l’éducation coranique et française pour plus de cohésion sociale.

Par El Hadji Mohamadou SAGNE

{fcommet}


Abdoulaye Makhtar Diop : Le bon goût malgré le corset

« Gouverner, c’est paraître », nous enseignent les communicants. Et le look fait partie de l’art de gouverner. Nous avons demandé à des spécialistes de la mise vestimentaire d’apprécier le look de nos politiques et, plus largement, de nos célébrités.
Tout est parti de la date où « Boy Dakar » devint le grand Serigne de la communauté lebou. Ce fameux jour, il devait accomplir son rêve de pouvoir mais faire  taire ses penchants « fashion » de natif du Plateau. Le « play boy » sapé devait, pour se hisser à la hauteur de son titre de « kilifa » et de son âge, renoncer aux nippes stylés ayant distingué l’administrateur à la carrière réussie qu’il fut des « faiseurs » qui pullulent à Dakar. Les boubous auxquels d’aucuns le destinaient étaient pour lui un corset dont il s’accommoda avec ingéniosité. « Puisqu’il faut faire traditionnel, faisons le majestueusement », conclut le sapeur patenté.
Les Burba Diolof, Lat Dior et autres rois ceddo rivalisant d’élégance majestueuse sur les cahiers de nos écoliers ne sont-ils pas dépassés ? Du moins, ils ont un concurrent digne de ce nom. Le grand Serigne de Dakar leur emprunte jusqu’à la chéchia bardée d’une bande d’étoffe qui participe de la majesté des portraits offerts à la postérité. Les bottes de cuir, n’en parlons pas, elles sont plus étincelantes chez notre contemporain, d’autant qu’elles ne servent qu’à faire de l’effet, celles de la concurrence étant habituées à se loger dans l’étrier de Malaw et Co. et à les effaroucher. Ce n’est pas sur le champ des couleurs qu’il abdiquera, admirez les compositions qu’il réalise. Même la taille, assez imposante, rajoute à la congruence de cette entreprise de résurrection vestimentaire des rois d’antan que semble mener le grand Serigne de Dakar. Il ne lui manque que la cape sans doute trop pompeuse (laissée aux super héros). A mi-chemin entre le roi et le « serigne», Abdoulaye Makhtar Diop trône avec ses tenues d’apparat.
Si d’aventure l’homme de pouvoir devenait nostalgique de ses costumes, qu’il se les fasse « sur mesure ». Ses mensurations, loin du  « standard » l’y obligent. Sinon, ça flotte légèrement. C’est le seul bémol que lui met notre spécialiste. Ce n’est pas par crainte de commettre un crime de lèse-majesté mais le grand Serigne se défend pas mal dans ses boubous.

Samba FAYE (stagiaire)


EDIOUNGOU : Un bastion de la lutte traditionnelle sans frappe

La saison des pluies rime, dans le village d’Edioungou, avec la période favorite de la lutte traditionnelle sans frappe qui favorise la paix, la cohésion et la coexistence pacifique dans toute la contrée.

Situé à quelques encablures de la ville d’Oussouye, en basse Casamance, le village d’Edioungou est un petit havre de paix. On y respire la quiétude avec ses nombreux fromagers et autres arbres imposants. Habité à près de 90% par des agriculteurs, Edioungou est cependant plus connu à cause de ses femmes qui font de la poterie. Mais le trait culturel qui compte le plus, aux yeux du vieux Didier Diatta, c’est la lutte traditionnelle sans frappe. « Sur le plan culturel, à cette période de l’année, Edioungou devait déjà commencer les cérémonies festives autour de la lutte traditionnelle sans frappe », affirme-t-il. Mais à cause du retard de l’hivernage cette année, les travaux champêtres ont du prendre le dessus sur cette activité ludique. Avec un brin de nostalgie, il explique : « A cette période, nous parcourions les villages pour annoncer qu’Edioungou est prêt pour lutter. Auparavant, le village se réunissait autour des sages pour annoncer que les jeunes lutteurs sont prêts à affronter tel ou tel village. C’est à la suite d’âpres discussions que les anciens accordaient les autorisations nécessaires ». Par la suite, une cérémonie symbolique se tenait et un tam-tam battait un rythme annonciateur qu’Edioungou était prêt à lutter. « C’est un rythme particulier qui, lorsqu’il est entendu par les villages environnants le soir, annonce que les lutteurs d’Edioungou sont fin prêts », ajoute Didier Diatta.

Cohésion sociale entre villages
Tous les villages ne participent pas à la lutte pour éviter des bagarres. « Les sages apprécient le moment et les antécédents pour décider d’autoriser les jeunes à aller lutter contre tel ou tel village. Le moindre risque de bagarres est pris en compte pour préserver la paix et la concorde que les anciens ont toujours entretenues avec les villages voisins. Pour lutter, on choisit toujours les villages réputés les plus pacifiques », fait noter Didier Diatta.
A l’en croire, ces séances de lutte, au-delà de leur caractère sportif et ludique, permettent d’entretenir la paix et la concorde entre villages et raffermissent les relations entre les jeunes lutteurs. Les jeunes se connaissent entre eux ; à la fin de la compétition, ils se congratulent et s’invitent à aller manger chez les uns et les autres. Pour le moment il n’y a qu’Oussouye qui a annoncé que ses jeunes sont prêts à lutter. Les combats auront certainement lieu fin août début septembre à cause des pluies tardives et des dégâts causés ces derniers jours dans les maisons.
Le village d’Edioungou a vu naître de grands lutteurs traditionnels comme Alexis Manga devenu athlète polyvalent, lanceur de javelot et de poids. Il a fait 15 ans en équipe nationale de lutte et a côtoyé des champions comme Double Less et Manga II. Aujourd’hui à la retraite, il explique que leur génération a fait des merveilles au village. Alexis Manga révèle qu’il s’est retiré depuis quelques années dans son village natal pour des raisons de santé, mais compte revenir à Dakar l’année prochaine. Il a eu à former des athlètes comme Marie Nicole, Eveline Assine et une ancienne médaillée d’or aux jeux africains dont il a oublié le nom.

Un village confondu à son fétiche
L’histoire du village d’Edioungou est intimement liée à son fétiche dont il porte fièrement le nom. Fondé bien avant la colonisation, il est raconté que le colonisateur était attendu du côté de Ziguinchor, mais les villageois ont été tellement surpris de le voir débarquer dans leur localité qu’ils ont fui pour aller se refugier derrière les bolongs. Davis Eyamba rapporte qu’en ce moment, il y avait parmi les villageois un homme de patronyme Diagne et dénommé Ediawagne (celui qui a de beaux habits et une arme) qui avait beaucoup voyagé. A l’arrivée des Blancs, il était le seul à être resté au village. C’est par la suite que les colons lui ont demandé de faire revenir les villageois en lui remettant un drapeau blanc en signe de paix. Davis Eyamba, un des anciens du village, révèle que c’est un certain Djikénène qui fut désigné comme premier agent de l’administration coloniale nouvellement installée à Edioungou. Dans un premier temps, on lui a donné la chefferie mais en milieu Joola c’est celui qui gère les fétiches qui est le vrai chef.  Djikénène a dû alors transmettre la chefferie à la famille Bassène.

De nos envoyés spéciaux Mbaye SARR DIAKHATE (Texte), Sarakh DIOP (Photos)


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