Médias

Lancement de la chaine « A+ » : Une diversité de programmes « 100% Afrique »

Le groupe Canal+ Afrique a procédé hier, à Dakar, au lancement officiel de la chaine « A+ ». Cette nouvelle télévision, qui va démarrer demain, se propose de donner une programmation riche et variée mettant en relief la diversité culturelle du continent.
C’est en grande pompe que le Groupe Canal + a procédé, hier, au lancement de sa nouvelle chaine, « A+ ».  Cette nouvelle télévision qui sera diffusée sur les canaux ouest et centre du bouquet se veut de proposer des séries inédites francophones, anglophones, lusophones dans l’objectif de permettre à tous les Africains de se retrouver « dans la signature de la nouvelle grande chaîne ». Mais également de refléter le miroir de l’Afrique d’aujourd’hui, loin des clichées de guerres, de famine ou de maladies. Populaire et moderne, c’est l’expression employé par son directeur général, Damiano Malchiodi pour parler A+. Laquelle ambitionne de fédérer un très large public avec une grille de programmes qui sera très complices avec les femmes et les jeunes, de 15 à 25 ans. L’accent sera mis sur l’identité et la culture africaine en accordant un intérêt particulier à la production locale à travers tout le contient. C’est dans ce sens, qu’au Sénégal, des séries comme « Tundu Wundu » d’Abdou Lahad Wone, « Dinama Nekh » d’El hadji Mamadou Niang et « C’est la vie » de Moussa Sène Absa seront passées sur « A+ ».
D’ailleurs, les producteurs de ces séries ont profité de la cérémonie de lancement hier, pour parapher des conventions de partenariat avec cette chaîne de télévision. Ce faisant, il s’agira d’une sélection des meilleurs films alliant productions africaines, cinéma international et afro-américain. Non sans oublier la crème du Nollywood. Pour Malchiodi,  « A+ » se veut à l’image de l’Afrique d’aujourd’hui : multiculturelle, dynamique et positive. « Nous sélectionnons les contenus de la chaine « A+ » avec la volonté qu’ils ressemblent à son public tout en rassemblant famille, amis et voisins. Humour, passion, émotion, suspense sont au cœur de cette chaîne pour faire vivre à tous les téléspectateurs un grand spectacle », a-t-il souligné, ajoutant qu’il s’agira d’un véritable brassage des cultures.
Cette chaîne, ce sera aussi des émissions de divertissement révélant des talents musicaux ou culinaires à l’image de « Island Africa Talent », « Star chef » et des magazines tels que « Bkackamorphoses » où les créativités africaines seront célébrées.

Brassage des cultures
Venu prendre part à la cérémonie, le ministre de la Culture et de la Communication, Mbagnick Ndiaye, a magnifié l’initiative. Selon lui, la présence dans la grille des programmes de la chaîne de productions locales, traduit l’option du Groupe Canal d’accompagner les producteurs locaux. Pour M. Ndiaye, cette large diffusion permet ainsi de promouvoir la culture et la création sénégalaise au-delà  de « nos frontières », de s’ouvrir aux autres, de partager des richesses culturelles… Mieux, d’après Mbagnick Ndiaye, les séries proposées par « A+ », qui viennent des pays francophones, anglophones mais aussi lusophones, grâce au doublage, permettront de toucher un public très large et divers sur la quasi-totalité du continent. Et cela aidera à faciliter l’intégration des peuples, passage obligé pour une intégration effective de l’Afrique. A l’en croire, A+, de par son contenu, apparaît comme la synthèse d’une Afrique dynamique, gagnante et résolument tournée vers l’émergence. « En dehors des séries de qualité et autres émissions de divertissements, « A+ » est aussi une belle opportunité de création d’emplois pour les jeunes et d’expression pour les réalisateurs et producteurs sénégalais qui seront associés à cette belle aventure », a dit le ministre.

Régulation de la presse en ligne : Appel pour la mise en place d’une charte d’éthique et de déontologie
L’Association des éditeurs et professionnels de la presse en ligne (Appel) ambitionne d’œuvrer pour la régulation du secteur. Face à la presse mardi dernier, les éditeurs de la presse en ligne ont annoncé la tenue d’un atelier, du 13 au 15 novembre prochain, à Saly (Mbour), pour se pencher sur la mise en place d’une charte d’éthique et de déontologie dont les grandes lignes pourraient être versées dans le projet du nouveau code de la presse.  Lequel n’a toujours pas été voté par l’assemblée nationale. Cette initiative, a rappelé le président de l’Appel, Ibrahima Lissa Faye, découle de la ferme volonté des acteurs à mieux s’organiser et à encadrer le secteur, en vue de lui restituer ses lettres de noblesse « en tant qu’avenir des médias au Sénégal et dans le monde entier ».  L’Appel entend aussi, à travers une démarche inclusive et participative, organiser une large concertation autour de cette question. C’est le professeur Abdoulaye Sakho qui a été choisi pour diriger la réflexion. Cette rencontre verra également la participation des éditeurs et gérants de journaux en ligne des pays francophones.

Ibrahima BA


Le journaliste Babacar Maurice Ndiaye rappelé à Dieu

La triste nouvelle s’est répandue comme une traînée de poudre dans la région Nord. Un éminent journaliste sportif nous a quittés. Un grand chroniqueur judiciaire s’est éteint. Un régulateur social, longtemps considéré comme une figure emblématique de la cité magique et mystique de Mame Coumba Bang (génie tutélaire des eaux), a été rappelé à Dieu, hier, à la suite d’une courte maladie. Il a été inhumé, hier, dans sa ville natale, vers 18 heures, au cimetière Tiaka Ndiaye de Guet-Ndar.
Décédé dans les premières heures de la matinée, au moment où il se rendait au centre hospitalier régional de Saint-Louis, Babacar Maurice Ndiaye a tiré sa révérence après avoir rendu de bons et loyaux services à la nation, pendant une quarantaine d’années, dans le domaine de la communication. Dans la nuit du mardi au mercredi dernier, de nombreux amis, parents, voisins et sympathisants lui ont serré la main dans les rues, ruelles et artères de l’île de Ndar au moment où il vaquait tranquillement à ses occupations. Ce journaliste rompu à la tâche, ancien correspondant du Soleil, qui a eu l’occasion de travailler dans plusieurs organes de presse de notre pays, a quitté ce bas monde, à l’âge de 58 ans, sur la pointe des pieds, laissant derrière lui toute une famille attristée. A son domicile à Santhiaba, un quartier de la Langue de Barbarie, intercalé entre Guet-Ndar et Gokhou-Mbathie, c’était la tristesse.
« Maurice », comme on le surnommait affectueusement, était bien connu dans la presse écrite, grâce à sa plume alerte, acerbe, véridique, élégante, ses analyses pointues et pertinentes, son impartialité, sa neutralité dans la collecte, la vérification, le recoupement et le traitement des informations. Jusqu’à son dernier souffle, il a exercé ce métier avec passion dans sa ville natale où il avait réussi à mettre en place le journal « Domou Ndar » et un site d’informations générales. L’ami de toutes les personnalités de notre pays ne passait pas inaperçu. Coriace, tenace, courageux et très résistant, il n’a jamais accepté d’être torturé par une quelconque maladie. Même avec une fracture du bras gauche (la dernière image qu’il nous a laissée), il arrivait à couvrir correctement les événements, à deviser tranquillement avec ses concitoyens, à distribuer des salamalecs tonitruants aux passants.
Egal à lui-même, très fidèle en amitié, humble et disponible, Maurice ne ratait pas la moindre occasion pour communier avec la population de la vieille cité. Sa communication était vivante, ponctuée de tapes amicales et de congratulations. Les populations de Saint-Louis sont restées profondément marquées par sa façon de commercer avec ses prochains, sa manière particulière d’égratigner les autorités administratives, municipales, politiques, coutumières et religieuses, de taquiner ses amis et proches collaborateurs.

Mbagnick Kharachi DIAGNE


Le journaliste Sidy Gaye crée « Clinique média d’Afrique »

Dans le but d’appuyer les promoteurs et opérateurs de la presse africaine, sociétés et groupes de presse en projet ou en développement, le journaliste Sidy Gaye vient de lancer « Clinique média d’Afrique ».
La capitale sénégalaise, Dakar, a été choisie pour abriter le siège permanent de « Clinique média d’Afrique » qui vient d’être lancée par le journaliste sénégalais, Sidy Gaye. D’après le communiqué qui nous est parvenu, elle est destinée à appuyer les promoteurs et opérateurs de la presse africaine, les particuliers, sociétés et groupes de presse en projet ou en développement au Sénégal, en Afrique de l’ouest ou partout ailleurs où se ressent la soif d’un regard africain. « Cette Clinique est conçue comme un centre d’expertise et de guidance stratégique en même temps qu’une plateforme d’incubation éditoriale. Elle propose, dès à présent, à sa clientèle, une dizaine de services dans toutes les branches d’activités de la presse écrite, audiovisuelle et multimédia », informe le document, poursuivant qu’au titre de la guidance stratégique qui a pour cible les structures et organes de presse déjà existants, l’initiateur et son pool d’experts éditoriaux, techniques, financiers et administratifs proposent un appui dans plusieurs domaines à problèmes. « Il s’agit notamment du développement de contenus, de l’innovation, de l’expansion et du coaching en leadership éditorial, du positionnement concurrentiel, de la réorganisation éditoriale ou administrative, de l’audit et de l’ingénierie financière », rapporte la même source. Ce faisant, cette « plateforme éditoriale sert, pour sa part, de creuset actif à l’élaboration de concepts, la mise en œuvre de solutions éditoriales, la formation, le recyclage ou le perfectionnement du personnel, la pérennisation des organes ; notamment par leur autonomisation ».
Selon Sidy Gaye, la « Clinique média » est la benjamine des initiatives de African millenium communication (Amic), société qu’il a créée en 2005. Ainsi, Amic s’est donné pour mission de contribuer concrètement au parachèvement des processus de libéralisation des médias africains par le respect effectif du pluralisme, de l’accessibilité et de la diversité.
M. Gaye, Pdg de Amic, compte, au nombre de ses réalisations pionnières de ces 10 dernières années, le lancement de l’Oig en 2007, le premier Observatoire des processus intergouvernementaux d’intégration en Afrique, la conception, la mise en orbite et le pilotage pendant ses 4 premières années d’existence de Apanews (2006 -2010). Il en est de même, relève ce communiqué, de l’invention, l’étude technique et financière du « Global Penc », un programme national d’électrification accélérée et de connectivité des 313 communautés rurales du Sénégal endossée par l’Agence sénégalaise d’électrification rurale (Aser) (avril 2011-2013) pour le compte de l’Etat sénégalais.

Ibrahima BA


Mamadou Diagna Ndiaye, membre du cercle d’honneur du journal « Le Point »

Mamadou Diagna Ndiaye, administrateur du Groupe Mimran, fait désormais partie du comité d’honneur du cercle « Le Point d’Afrique » de l’hebdomadaire français « Le Point ». Selon un communiqué de presse signé par le Dg de la publication, Etienne Gernelle, ce comité restreint est désormais constitué de personnalités de premier plan comme Jack Lang, Souleymane Bachir Diagne, Richard Attias, Achille Mbémbé, Tidjane Thiam (Prudential), Mohamed Mo Ibrahim, Lionel Zinsou, Eric Orsenna, Pr Patrick Aebischer et Jean Michel Severino. Le premier rendez-vous du cercle du « Point » est prévu le jeudi 16 octobre 2016 à l’Institut du monde arabe (Ima) de Paris. Le président du cercle, Jack Lang, accueillera les convives à l’occasion de l’ouverture de l’exposition « Le Maroc contemporain ». Une visite de l’exposition précédera le dîner, précise le document. Le cercle du « Point » a un programme composé de 4 rencontres annuelles. Mamadou Diagna Ndiaye profitera de ce panel pour exposer sa vision de l’Afrique, de même que les rapports du continent avec les autres. Les rencontres auront lieu à Paris et, occasionnellement, en Afrique. Jack Lang procédera à l’inauguration de la formule, le 16 octobre prochain.

M. L. DIATTA


Musique au feminin : Le look éclaire la scène

Le foyer charmant : Le « khakhar », messages d’accueil de la nouvelle mariée

Aujourd’hui, lorsqu’on évoque le mot « khakhar », les gens pensent aussitôt à insanités, incorrection et méchanceté gratuite. Cette pratique ancestrale a, depuis très longtemps, perdu sa vocation première d’éduquer la nouvelle mariée et, surtout, de lui donner les clés de son nouveau milieu social. Pourtant, c’était là le but recherché : à travers le rire et la caricature, amener la nouvelle épouse à bien s’imprégner des réalités de la communauté qui l’accueillait en son sein. Les références, symboles et repères étaient ainsi passés en revue. Toutes les pratiques que réprouvait la société étaient dénoncées en public. Ainsi, dès son arrivée, la nouvelle mariée savait à quoi s’en tenir.
Actuellement, à travers le « khakhar », c’est un torrent d’insultes, de grossièretés et de fausses affirmations qui accueillent la nouvelle mariée au domicile conjugal. Qu’elle intègre ou pas un ménage polygame, ce sont ses coépouses et les autres femmes de son nouveau milieu qui essaient, autant que faire se peut, de lui broder et de lui faire enfiler un tricot de défauts imaginaires en vue de la « déstabiliser ». S’il existe une caractéristique des Sénégalais bien connue de tous, c’est leur attachement à la vie en communauté. Il est dit, dans notre pays, que celui ou celle qui se met hors de la communauté est simplement une « réincarnation » d’un génie malfaisant. Une telle personne est mise à l’index et est crainte de tous. Chez nous, l’individu se réalise au sein d’un ensemble qui l’enrichit et qu’il doit enrichir. Hors de cette idée, il est honni. Si les hommes tenaient ce viatique de leurs maîtres-encadreurs en période de circoncision ou passage dans la case de l’adulte, les femmes, pour leur part, méditaient sur le contenu de ces lois sociales le jour où elles regagnaient le domicile conjugal. C’était le « khakhar », une manière, pour les femmes mariées, de souhaiter la bienvenue à la nouvelle épouse venue intégrer leur cercle. Et elles n’y allaient pas par quatre chemins pour secouer la « trouble-fête ». Ce bizutage, par le verbe, n’avait rien de méchant.
La candidate à ce « supplice » était digne dans l’épreuve qui, dans tous ses aspects, lui permettait de tendre l’oreille, de recueillir les exigences de sa nouvelle communauté et, en fonction de cela, rectifier le tir au besoin. Voilà la fonction essentielle du « khakhar », occasion de tracer les lignes directrices à une femme mariée qui, ainsi mise en selle, disposait d’atouts pour se nimber de gloire.

Le temps du rire et de la caricature
Cette distinction, on ne la méritait que pour services rendus aux ascendants du mari, à ses amis, frères, cousins, sœurs, tantes et oncles qui, vu l’élasticité de la famille sénégalaise, exerçaient leur commandement et devaient être écoutés par toute épouse vivant à l’intérieur du carré familial. Il fallait donc supporter car le dicton wolof dit également que « tout ce qu’une femme sème, en bien ou en mal, dans le foyer conjugal, est récolté par sa progéniture ». Le bon sens appelle à la bienfaisance, même si l’on se sent brimée. Cette disponibilité à encaisser tous les coups, tout en restant digne, était enseignée le jour où la mariée regagnait le domicile conjugal où était organisé le « khakhar » dont il faut revenir sur chacun des mots qui le composent.
« Khakh », fausse interjection, véritable onomatopée, exprime l’acte de cracher. Mais, dans le cadre de cette enquête, ce terme symbolise le fait de se défouler, d’extérioriser son dégoût, sa déception amère pour la femme qui, malgré elle, s’est vue dotée d’une coépouse. « Khakh » est un sentiment de dégoût manifesté par une femme à qui l’on impose un morcellement des plaisirs et de l’intimité dont elle jouissait de son mari. Quant à « khar », il signifie casser, occasionner la rupture après avoir déséquilibré moralement.
Le mot composé donne alors « khakh-khar », œuvre de la femme qui reçoit une coépouse et qui fait appel à des spécialistes de la caricature dite ou chantée et dont les propos sont accusateurs, libertins et souvent orduriers, même s’ils véhiculent une bonne dose de rire, ce rire qui atténue le poids et la méchanceté du propos. C’est là que le « khakhar », en matière d’ironie, d’humour sarcastique, était, dans la tradition, une affaire de spécialistes.
Ce n’est pas seulement cela la vocation du « khakhar » qui, en tant que caricature, sort souvent de la réalité caractérielle de la dimension de la femme qui rejoint pour se munir d’effets particuliers, d’imaginaire. Et c’est là qu’il plonge dans le domaine du merveilleux comme le conte. Pourvu d’images caricaturales typiques et appropriées, le « khakhar », donc bien orienté, force le rire, suscite l’attention de l’audition. Il devient, ici, une véritable comédie.

Leçons de morale

Les paroles qui véhiculent ces images constituent une véritable création dont la dimension s’amplifie au cours de la nuit et selon le nombre d’intervenantes. Et compte tenu de tout ce qui précède, l’on peut dire que le « khakhar » est en fait une création littéraire dans le domaine de la tradition orale en ce sens qu’il a ses règles, ses contenus et, souvent, sa métrique. Aussi les paroliers glissent-ils, dans la caricature, des conseils, de véritables leçons de morale s’adressant à la nouvelle venue pour l’armer d’humilité, de tolérance et de l’acceptation de la chose désirée mais partagée.
Il y a également que le « khakhar » met en garde contre l’égocentrisme, convie au rapprochement et à la solidarité dont dépendra l’atmosphère de la demeure conjugale, surtout lorsque le mari est aussi mis en garde. C’est là que « khakhar » devient un humanisme, une école à la classe vite fermée puisque ne durant que le temps du rire et de la caricature. Mais, l’essentiel est qu’il prépare aux bienséances futures, devient une sorte d’hygiène de la coexistence, mettant à l’abri des désaccords possibles qui ne pourraient que perturber le ménage et ses composantes.
Son importance est donc plus grande lorsque grande est la participation des paroliers et des femmes chargées des refrains appropriés. Sous cet angle, le « khakhar » est œuvre collective, œuvre qui intéresse la nouvelle mariée, les déjà mariées et les futures mariées. Il représente, respectivement, pour elles, l’indication du point d’ancrage de la communauté dans l’océan des valeurs, un rappel pour mieux gérer l’appartenance à la société et une méditation sur une situation qu’on vivra un jour.
Le « khakhar » garantit également le rythme. Les instruments traditionnels de musique qui le soutiennent donnent une dimension à la parole, la régulent, en assurent le flux et le reflux, participent aux intonations, appuient la caricature, occasionnent les césures, les ruptures, imposent le silence aux paroliers pour laisser libre cours au rythme, ce qui génère des pauses et permet aux intervenantes d’imaginer et de recréer.
C’est là que le « khakhar » devient multi-art. En effet, à travers la manifestation, l’on agence parfaitement la parole et le rythme avant de déclencher la danse qui a son expression, son message et la force de captiver, surtout que l’érotisme y est toujours présent. Intéressant l’esprit, le « khakhar » ébranle le corps et rend, merveilleusement, la dimension multiple de l’homme.

Au passé-présent : Une pratique dénaturée
Traditionaliste pure et dure, nostalgique du beau vieux temps, la sexagénaire Adja Adiara Mbaye est pour le moins une femme enracinée. Courtoise et disponible, elle nous accueille à bras ouverts dans son salon. Dans la cour de sa maison sise au quartier Hersent à Thiès, ses filles et quelques autres personnes étaient occupées aux travaux ménagers. Une joie de vivre et une bonne ambiance prévalent chez notre interlocutrice profondément ancrée dans ses traditions ancestrales, fière d'être issue du grand groupe des griots. Après quelques salamecs, elle accepte de nous en boucher un trou sur le « khakhar ».
Adja Adiara Mbaye nous fait savoir que le « khakhar » est « une pratique plusieurs fois séculaire que les dernières générations ont transformée en océan d’insanités dans lequel on essaye de noyer qui on veut. Une fausseté de la caricature qui, selon notre interlocutrice, était, dans le passé, une forme d’éducation morale à travers laquelle on rappelait à tous qu’une communauté, pour vivre et prospérer, a besoin de références, de repères et de symboles dont le culte permettait de galvaniser les énergies et de mobiliser les forces dans l’union pour l’édification du progrès général.

Loi sociale
Ainsi, tout ce qui pouvait gêner la marche de la société était dénoncé en public. Du fait des séances de « khakhar », beaucoup tenaient à soigner leur comportement pour ne pas tomber sous le coup de la loi sociale que les femmes savaient bien appliquer, elles chargées de créer des chants satiriques autour des défauts pouvant miner le fondement de la société. Aussi, selon Adja Adiara Mbaye, dans la défense des normes sociales, une charge était laissée aux parolières, véritables spécialistes qui savaient assumer, de manière responsable, la mission qui leur était dévolue, grâce à leur capacité d’extérioriser toutes les tares de l’époque. « Dans le passé, on ne s’aventurait pas à ternir l’image de marque de quelqu’un comme cela se fait aujourd’hui. Mais plutôt à amener les époux et leurs proches à se démarquer des pratiques avilissantes », dit notre interlocutrice qui, dans une envolée, nous chante l’œuvre qui a « corrigé » Galaye, père de famille violent, dur envers les enfants, ces êtres fragiles qui demandent protection et amour. Avec « Seetbi, bulko yar yaru baayam/ Baayam du dundal, du wood, day door bamu saf/ Bul ko yar yaru baayam/ » (Ne traitez pas la nouvelle mariée comme l’a fait jusqu’ici son père. Il ne lui assurait ni repas, ni habillement et la battait sauvagement. Ne faites pas comme son père).

Portée morale
Ailleurs, c’est une mariée, la nommée Aïda, au talent culinaire nul qui s’est finalement rectifiée en allant à la bonne école. Les spécialistes du « khakhar » sont passées par là avec « muy salade, muy mayonnaise, kumukoyakal, bagnal/ Ndax Birima moy maamam » (Refusez les plats de Aïda, piètre cuisinière formée à l’école de Birima, sa grand-mère). Son mari Meïssa dont la pratique religieuse laissait à désirer a finalement élu domicile à la mosquée après que les parolières lui ont tenu ces propos : « Meïssa, linga mën ci wure, mën ko ci fo/ Sooko jaamuwoon yalla/ Soo dewee texe » (Meïssa, si tout le temps que tu consacres aux jeux et autres loisirs, tu l’avais réservé à prier Dieu, nul doute que le paradis sera ta demeure éternelle).
La plupart des œuvres de « khakhar », nous dit Adja Adiara Mbaye, avaient une portée morale et permettaient de lutter contre certaines tares sociales comme la violence, l’oisiveté, les facilités… Cette fonction de la caricature est, aujourd’hui, travestie. « Actuellement, le meilleur cru qu’on puisse nous proposer dans une séance de « khakhar » ne pourrait avoir la valeur du nectar qu’on nous servait lors des veillées du passé », regrette Adja Adiara Mbaye, nostalgique.

• Par Cheikh Aliou AMATH


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