Cinema

Bollywood à Dakar le temps d’un festival de films

L’Inde a exhibé sa culture à travers un festival de films, les 17, 18 et 19 décembre, à Dakar. La projection de « Sholay », diffusée avant-hier au Théâtre national Daniel Sorano, entre dans ce cadre.  
Du 17au 19 décembre, l’ambassade de l’Inde basée à Dakar, en collaboration avec des acteurs culturels indous, a organisé un festival de films. Cette manifestation a pour but de montrer les différentes facettes de la culture hindoue.
Somnath est l’un des organisateurs de ce festival. Il explique : « Nous voulons véhiculer la richesse de notre culture et la fraternité du peuple hindou. C’est pourquoi nous avons invité ceux qui apprécient le cinéma hindou à venir se joindre à nous ».
Responsable de la troupe Bharat Pahechane qu’on traduit par « Xamle »-Inde, Somnath est d’avis que ce festival est un levier essentiel pour densifier les relations bilatérales entre les deux pays.
 Le film hindou « Sholay » a été projeté mardi dernier pendant 3 heures. Ce très long métrage est un film à succès qui mêle action, aventure et romance. Des acteurs très connus jouent ce film. Ce sont Amitabh Bachchan, Dharmendra, Sanjeev Kumar, Hema Malini, Jaya Bhaduri et Amjad Khan. Le film Sholay que nous avons vu l’autre jour a été tourné en 1975, dans presque toutes les grandes villes de l’Inde.
« Parades », projeté le 17 décembre, est quant à lui un film romantique qui permet de voir tout le mystère et la beauté des coutumes et traditions indiennes. On retrouve dans ce film des vedettes telles que Shahrukh Khan, Mahima Chaudhry, Apporva Agnihori, Amrish Puri et Alok Nath. Le troisième  film  au programme de ce festival indien est « Chate Chate » qui est une histoire d’amour brisé et retrouvé dans un couple avec comme vedettes Shahrukh Khan et Rani Mukharjee.
Le public dakarois et sénégalais en général est très connaisseur en matière de films hindous. Le cinéma « bollywoodien » connaît un succès toujours renouvelé, particulièrement dans les quartiers populaires de Dakar. 

Serigne Mansour Sy CISSE


Les pouvoirs publics veulent relancer l’industrie cinématographique

CinemaLe ministre de la Culture, Abdoul Aziz Mbaye, a exprimé lundi à Dakar la volonté des pouvoirs publics de relancer l’industrie cinématographique en donnant aux acteurs de ce secteur les moyens de contribuer davantage à l’économie du pays.

 

« Nous voulons que l’industrie (du cinéma) revienne à la hauteur de ce qui était fait avant ou mieux. Nous espérons que ce projet permettra de relancer le secteur du cinéma et d’autres secteurs de l’art », a-t-il dit.

 

Abdoul Aziz Mbaye présidait la cérémonie de signature de la convention entre son département et l’Agence d’exécution des travaux d’intérêt public (AGETIP), relative aux travaux de réhabilitation des locaux de l’ex-service d’Hygiène de Dakar, affecté depuis 2006 à la Direction de la cinématographie.

 

L’objectif est donner la maîtrise d’ouvrage à l’AGETIP pour la transformation de l’ancien service d’hygiène en centre cinématographique et audiovisuel qui est une composante importante du programme d’appui à l’industrie cinématographique et audiovisuelle (PAICA).

 

« L’économie mondiale est une économie de création. Si nous aidons nos créateurs nous arriverons à leur donner les moyens de contribuer davantage à étendre l’économie et à étendre également le bien être et le mieux être des Sénégalais », a dit Abdoul Aziz Mbaye.

 

Le centre cinématographique et audiovisuel « est destiné à former les jeunes, aider les professionnels du milieu et à accroitre la productivité et la compétitivité des acteurs », a-t-il expliqué.

 

« On peut espérer que l’industrie du cinéma produira davantage de films et par la même occasion diminuer leur coût », a-t-il ajouté.

 

Le projet est d’un coût global de 300.000.000 de francs CFA entièrement financé par le maitre d’ouvrage à travers son budget de transfert, incluant les coûts de fonctionnement de l’Agence (5%), selon un document remis à la presse.

 

Il aura à terme une vocation régionale qui permettra de renforcer les capacités techniques du pays d’une coopération et d’une coproduction cinématographiques plus diversifiées et plus efficientes.

 

« Le projet peut permettre d’amoindrir sensiblement les coûts de réalisation des projets de films. Ce qui ne manquera pas d’accroitre le nombre de films produits et, par conséquent, de réduire le phénomène de précarité qui sévit à grande échelle dans les corporations des auteurs, cinéastes, vidéastes, techniciens et artistes interprètes », souligne le document.

 

Source: APS

YANN-ARTHUS BERTRAND, journaliste, photographe, réalisateur : Artiste-écolo et porte-étendard d’une nouvelle humanité

Le journaliste, photographe et réalisateur français, Yann-Arthus Bertrand, est un écologiste engagé et un artiste à la fois. il s’active à sensibiliser sur le sort et l’avenir de l’humanité en insistant sur les ravages de l’homme sur la nature. À Dakar, la semaine dernière, le réalisateur de l’exposition  « 7 milliards d’autres » présente le visage d’un homme plein d’espoir et qui s’attache à susciter des interrogations sur l’avenir de l’humanité.

Artiste écolo ! L’appellation pourrait bien coller à Yann-Arthus Bertrand. Journaliste, photographe et réalisateur…, M. Bertrand semble être trop embarrassé, mais trouve une logique dans son engagement pour la cause humaine. Et, subsidiairement, pour la cause environnementale.
Il lui a fallu quand même une prise de conscience. Surtout qu’il se veut dans l’action-interaction, seule dynamique motrice pour l’humanité. Aussi, persuadé que le fait « d’agir rend heureux », Yann-Arthus ne veut-il pas se contenter d’une posture de spectateur qui subit le cours des événements, et assiste impuissant à la dégradation, au pillage orchestré par l’homme. « Nous ne pouvons pas rester indifférents au sort qui frappe l’humanité. Chacun peut agir à son niveau », dit-il, d’un air convaincu.

L’avenir de l’homme, un sujet  qui compte
Blond, la tête blanchie par 66 hivernages intenses et dessinant toujours un large sourire au gré des circonstances et des sujets qu’il aborde au-dessous d’une moustache bien entretenue, l’artiste écolo a choisi d’agir. L’appareil photo, la caméra, l’écriture, etc., constituent son arsenal qu’il compte surtout ériger en armes « inoffensives » pour aller vers l’autre, le connaître, l’écouter, le révéler… pour mettre en évidence sa vision, la faire partager avec les autres et, surtout, pour ramener tout à la dimension de la famille humaine.
L’arsenal est déployé pour aller vers les « 7 milliards d’autres », du nom de son documentaire qui est projeté depuis une semaine à Dakar, à la Maison de la culture Douta Seck. Ces autres, ce sont ceux à qui il s’identifie et qu’il essaie de comprendre pour trouver, lui-même, son bonheur dans l’exaltation de la  beauté intérieure.
Dans l’enrichissement mutuel apporté par les échanges, les voyages et les rencontres, vient son identité de « type qui essaie de grandir, de comprendre le monde ».
Scientifique au départ, il s’est retrouvé photographe par la force des choses. « J’étais parti faire une étude sur les lions au Kenya. Je les ai suivis pendant trois ans et ils m’ont appris à photographier. Pilote de montgolfière, j’ai aussi appris la vie d’en haut. J’ai donc aimé les animaux et la photo. Tout m’est venu comme ça et j’ai commencé à écrire également avant d’arriver à la réalisation et faire des films », raconte le globe-trotter qui a visité entre 120 et 130 pays.
Le Français ne se sent pas coupable, à côté de ces deux milliards d’individus qui s’adonnent, un peu partout dans le monde, à une agriculture de subsistance, de la dégradation de l’environnement, des changements climatiques, de la raréfaction des ressources… « Je ne me veux pas éclectique et je ne suis pas dans la mode ou la pub, mais j’ai choisi de travailler sur un sujet : l’avenir de l’homme »,  lâche-t-il, comme pour expliquer qu’il est dans le seul combat du moment qui vaille.
C’est comme une obsession. Il dénonce le « manque d’éthique », de « vision plus juste » qui semble caractériser l’humanité. Appelant à plus de spiritualité, il exhorte à mener le combat. D’autant plus que « ceux qui s’engagent ont un plus par rapport aux autres ». « Je subirai les conséquences des actes posés aujourd’hui. Je me sens solidaire donc des problèmes de ce monde comme tout le monde devrait l’être », explique Yann-Arthus Bertrand.
Véritable citoyen du monde qui vit la réalité du village planétaire au sens de Marshall Mc-Luhan, M. Bertrand veut poser des questions existentielles, même s’il n’a toujours pas de réponse. Convaincue qu’on « peut toujours faire quelque chose », il répète à souhait l’élément déclencheur qui lui a permis de lancer son idée de « 6 milliards d’autres » d’abord en 2003, devenue ensuite, avec la progression de la démographie mondiale, « 7 milliards d’autres ».
Juste une panne d’hélicoptère pour celui qui aime voler, en 1997, dans un village malien. « Je suis resté après cette panne dans un village où il n’y avait que trois maisons, mais ses habitants m’ont tout donné au point que je me suis senti chez moi. La seule ambition de celui qui m’avait accueilli était de nourrir sa famille. Cette rencontre m’a tellement marqué et fait comprendre des choses que je connaissais déjà, mais dont je n’avais pas pleine conscience, et j’ai décidé d’aller à la découverte du monde », raconte-t-il. Tout heureux de trouver un sponsor, la Bnp-Paribas qui trouve son idée « géniale », il lance ses équipes aux quatre coins du monde.

Son projet reconnu d’utilité publique
« Ce projet m’a transformé dans ma vie de tous les jours. Je photographie la beauté du monde qui est aussi la bonté des paroles recueillies. Je dénonce le déni de droit des femmes qui disent souvent des choses qu’on n’a jamais entendues. J’apprends tous les jours et je ne veux pas figé. J’ai compris qu’il est plus difficile de réussir sa vie d’homme que sa vie personnelle », retient-il de ses expériences humaines. Le regard fin accentué par des yeux bleus, il se dit inspiré par les expériences des autres. Aussi, pense-t-il que son projet ne « s’arrêtera jamais », même s’il aspire à plus de repos, à mieux profiter de la vie, de sa famille.
Pour le moment, il entend encore continuer à vivre de ces « moments de vie dynamiques » que lui procurent ses rencontres, son projet reconnu d’« utilité publique ». Il court et garde encore le dynamisme d’un jeune premier, et pourtant il ne s’adonne pas au sport. « Ma jeunesse, c’est dans mes gênes. J’ai une chance inouïe d’avoir réalisé mes rêves. C’est une chance que de donner un sens à sa vie », partage M. Bertrand.
Même s’il est aidé, depuis le début par la Fondation Bnp-Paribas dans son projet, il a aussi sa Fondation GoodPlanet qui emploie régulièrement une trentaine de personnes et s’active à mettre en forme ses idées. Des projets de tournage de films, de documentaires… qui lui laissent peu de moment de répit. Son « 7 milliards d’autres » était d’ailleurs le documentaire français le plus partagé dans le monde en 2010.
L’ambassadeur des Nations Unies pour l’environnement parcourt les foras et rencontres sur le sujet. Il ne se sent pas du tout inspiré par Nicolas Hulot, un autre écologiste également animateur d’émissions sur l’environnement et qui n’a pas réussi à se faire investir par les Verts français à la dernière présidentielle. « Les hommes politiques ne vont pas changer les choses puisqu’ils sont impuissants et ne pensent pas avoir le mandat de changer le monde. Aussi, ont-ils souvent une vision électoraliste, égoïste des choses. Ils veulent souvent être dans la démocratie qui veut que l’on fasse plaisir à tout le monde. Ce qui n’est pas possible pour moi. Je suis dans l’éducation à l’écologie et je suis académicien des beaux-arts. La politique est un métier et je préfère être un homme libre », clame-t-il.
Très optimiste malgré une « vision inquiète sur l’avenir », il veut poursuivre son œuvre de sensibilisation pour rallier et faire découvrir le maximum d’écologistes. Sa meilleure arme reste cet avertissement  lancé dans un air grave : « Je sais que le monde sera différent demain du fait de l’action de l’homme et on ne pourra pas revenir en arrière ».

Par Ibrahima Khaliloullah NDIAYE


Ousmane William MBAYE, réalisateur : « Le cinéma sénégalais amorce sa renaissance »

Avec quatre prix obtenus à la 24ème édition des Journées cinématographiques de Carthage (Tunisie), tenues du 16 au 24 novembre, le cinéma sénégalais amorce, du point de vue des auteurs, sa renaissance. Le réalisateur Ousmane William Mbaye, satisfait de son « Tanit d’or » dans la catégorie long métrage documentaire pour son film « Président Dia », en est convaincu.
Et de 4 pour le Sénégal ! 4 Prix ont été gagnés à la 24ème édition des Journées cinématographiques de Carthage (Jcc). Le réalisateur Moussa Touré s’est retrouvé avec 2 Prix (Tanit d’or et Prix du public) pour son long métrage fiction « La pirogue ». Alain Gomis a obtenu le Prix spécial du jury pour son long métrage fiction « Aujourd’hui », tandis que le « Tanit d'or » dans la catégorie long métrage documentaire a été attribué au film « Président Dia » d’Ousmane William Nbaye.
Celui-ci accueille cette distinction comme une satisfaction. « J’ai reçu ce Prix avec beaucoup de joie et de bonheur aussi bien sur le plan personnel que pour le cinéma sénégalais », nous a-t-il confié, lundi, lors d’un entretien. Selon ce réalisateur, c’est une première aux Journées cinématographiques de Carthage (JCC) et pour le cinéma sénégalais. Un constat qui amène O. William Mbaye à remarquer que, du point de vue des auteurs, c’est une renaissance du 7ème art  sénégalais qui s’amorce.

Une grande crise structurelle et de production
Tout le monde sait que le cinéma sénégalais traverse une grande crise structurelle et de production… Les cinéastes s’accrochent tant bien que mal. » Pour O. W. Mbaye,  c’est une renaissance, et  l’Etat devra saisir cette occasion pour rebondir. Après 32 ans de participations aux Jcc dans les années 1980, avec mon premier court métrage « L’enfant de Ngatch » qui avait remporté le Tanit de bronze, O. W. Mbaye s’estime satisfait avec son « Tanit d’or » même s’il ne sait pas exactement si cela va donner un nouvel élan à sa carrière.
 Toujours est-il que le documentaire devient de plus en plus une option résolue dans la filmographie du réalisateur, auteur d’une autre œuvre à succès « Mère-bi ».  « J’ai choisi de faire l’avant-première mondiale de « Président Dia » le 6 novembre dernier, en hommage à Samba Félix Ndiaye qui, pour moi, est le Pape du documentaire africain », explique le cinéaste. Selon lui, le documentaire, avec les nouveaux moyens technologiques cinématographiques, permet de dire beaucoup de choses,  il  n’est pas un art mineur.
« On a toujours cru que le cinéma c’est la fiction, dit-il. Jusqu’à présent, les gens continuent de le croire. Pour moi, le documentaire est un genre cinématographique aussi valable que la fiction ».  Je n’ai pas fini d’explorer le documentaire, avance-t-il, j’ai envie d’aller un peu plus loin », assure le réalisateur .  “L’Etat doit appliquer les décrets d’application votés en 2004. Cela me paraît primordial. » poursuit O.W. Mbaye. Il faut que l’Etat mette un Fonds pour la production nationale avec un mécanisme de financement, un comité de lecture des scénarios.une création de salle de cinéma. « Dans notre pays, le  cinéaste jeune ou moins jeune ne sait pas à qui s’adresser quand il a un projet de film », déplore O. William Mbaye.  Il déplore que  nos ministres de la culture trop vite changés, n’ont pas le temps de travailler.
 O.W.Mbaye souhaite voir une action qui prouve la bonne volonté de l’Etat envers le cinéma sénégalais.
    Il annonce que le 15 décembre prochain, les compagnons du « Grenier du patriarche », une association des anciens compagnons de Mamadou Dia, vont organiser une projection à l’université Cheikh Anta Diop et le lundi 17 décembre, deux séances auront lieu à l’Université Gaston Berger de Saint-Louis et le soir, à l’Institut français de Saint-Louis.  Le 17 décembre coïncide avec la célébration des 50 ans des événements du 17 décembre  de 1962 qui ont vu l’arrestation et l’arrestation de Mamadou Dia, Président du Conseil, accusé de complot contre son ami L.Sédar Senghor.    

E. Massiga FAYE


Moussa Touré : « Je suis arrivé au Cinéma par malheur »

Après le Festival de Namur (Belgique) et un parrainage de courts métrage à l’Ile Maurice, Moussa Touré fait escale de quelques jours à Paris pour la promotion de son film « La Pirogue ». Le cinéaste est touchant de sincérité, il nous donne une leçon de cinéma de vie. Avec pudeur, il met en lumière le choc déterminant de sa vie avec la disparition prématurée de son père. En plan de séquence, il zoome sur ses failles, ses choix de fond et de forme de cinéma, ses rapports avec la politique ainsi que ses pistes pour le renouveau du cinéma africain.

 Paris, un après midi insipide et gris que ni le touchant zèle d’une jeune attachée de presse au charme discret encore moins le professionnalisme clinique de sa supérieure, organisatrice de la rencontre avec le cinéaste, ne parviennent à éclairer. Comme dans La Dame de Shanghai de Orson Welles, où par un complexe jeu de miroirs, il est difficile de distinguer le leurre de la réalité, l’image de Moussa Touré questionne par énigme comme son légendaire bonnet rouge dont il ne départit jamais.

L’image est moins objet que sujet du regard, l’auteur de La Pirogue l’a bien compris. Ce depuis ses débuts dans le cinéma. Et quels débuts ! « Je suis arrivé au cinéma par malheur. Tout est parti de la mort de mon père… ». Un silence pas léger. Sentant et surtout entendant l’émotion au son de sa voix qui se serre, la tenaille, nous tentons maladroitement de faire diversion en relançant : quel âge aviez-vous ? « J’avais 14 ans, je pense… (Nouveau silence). La date importe peu. Je sais que j’ai perdu mon père. J’avais l’assurance de devoir faire sans lui pour le reste de ma vie ». Assurance dit-il, le sens de la figure de style certainement. C’est une perte qui a bouleversé sa vie.

Un prince qui honore son devoir

Le temps de l’insouciance, de l’enfant roi était brusquement révolu. « Nous étions riche mais l’héritage de mon père a été dilapidé par un mauvais entourage qui ne méritait pas la confiance accordée. Notre famille s’est retrouvée pauvre en peu de temps. En tant qu’ainé, il fallait que je travaille. » A l’âge où les adolescents se découvrent, en tant que personne, tout en découvrant la vie, Moussa Touré s’attribue les qualités que le personnage de Ramatoulaye souhaitait pour son mari Modou dans Une si longue lettre de Mariama Bâ : « Les princes dominent leur sentiment pour honorer leur devoir… ». Un devoir en forme d’exercices que Jonhson Traoré, père de substitution, maître et pygmalion, le guida à faire à la perfection.

 « Dans son premier film auquel j’assistais, je n’ai fait que regarder. Mais dès le deuxième, je savais presque tout faire. Par la suite, il y a d’autres personnes qui m’ont appris des choses dans le cinéma : Gad Samb, Thierno Faty Sow, Tidiane Aw, Momar Thiam… et puis la France, l’Europe. J’apprends de tous les horizons. A chaque rencontre, il y a une évolution, un regard, une manière de faire. C’est une curiosité que j’avais dès le début car à mon premier poste d’électro, je lisais déjà tout le scénario. Je bosse dans le cinéma depuis mes 14 ans. J’ai fini par savoir tout faire. Ce qui m’a ouvert les portes des documentaires ».

 « Je ne suis pas un professeur »

Une connaissance limite encyclopédique qui lui permet d’avoir une lucidité sur son devenir.

« Le cinéma, c’est important mais dans nos pays la priorité est ailleurs : les gens ont faim ». Conscient qu’il coûte cher de faire des films, il convoque l’utilisation de la technologie pour que les jeunes soient plus attirés par la pratique de cet art.

Sur la nécessite de transmettre son savoir au Sénégal, Moussa Touré envisage la mise en place d’une école de cinéma à Dakar. Certes mais l’auteur de La Pirogue prévient : « Si cela doit se faire, j’en serais pas le professeur. Mon assise peut aider à la lancer. On m’a fait la demande à Marrakech (Maroc) et à Angoulême (France) mais ma réponse reste la même : je ne suis pas un professeur ». Sur le fronton de ce qui sera la future école de cinéma, il ne refuse à nul l’entrée même à ceux qui ne sont pas géomètre. Un détachement perceptible quand il s’agit d’évoquer la présence de La Pirogue sur la liste Un certain regard à Cannes. « J’ai reçu une ovation » commente t-il, sans plus. « Quand on apprend le cinéma et quelque soit sa nationalité, on peut faire passer des messages. Mais il faut qu’on se rende compte que tu as une culture, tu as un regard. Comme le chinois, le japonais ou l’indien, dans leur manière de filmer, nous avons une particularité dans notre manière de filmer. Maintenant pour la technique pure, la cinématographie universelle, quelqu’un même venu d’ailleurs peut l’enseigner ». Un enseignement qui n’est pas la seule voie du succès.

Le sens du contre-pied

En ne voulant pas donner de cours, il opte pour la pratique à la place de la théorie. « Je ne peux pas être théorique parce que j’ai appris le cinéma par le cinéma dans le cinéma ». Même s’il reconnaît un stage d’une année à Eclaire, les célèbres studios de cinéma français, « à apprendre comment étalonner un film ».

Sur les étapes importantes d’un film, son œil malicieux s’éclaire. « C’est la lumière ! Dans le cinéma, tu ne peux rien faire sans la lumière. Elle est sur le visage, sur l’acteur, sur le plan d’ensemble, et de nouveau la lumière, et sur les acteurs de nouveau (gestes à l’appui comme s’il orientait un objectif, ndlr). Dans un tournage, on met plus de temps pour la lumière que dans n’importe quelle autre partie. Si les lumières sont différentes selon (l’ensoleillement des) pays comme les ambiances d’ailleurs, les directions des lumières, elles, restent pareilles » explique celui qui était électro à ses débuts dans le cinéma.

Mais le 7ème art n’est pas seulement la forme, la technique, il y a aussi le fond qui se confond avec le social dans ses priorités. « J’aime traiter des sujets sociaux. Je regarde ma société, je ne ferme pas les yeux. Je suis avec le peuple, avec les gens. Je regarde le peuple pour montrer les mutations et changement alors qu’avec les politiques, je suis frontal. Je n’adhère pas quand c’est faux. Les principaux concernés savent que je suis frontal. C’est pareil dans les films surtout documentaires que je fais ». Frontal dans le sens du combat ? Moussa Touré en spécialiste du contre pied comme le tireur de pénalty en face d’un gardien de but réinvente la définition du mot.

L’art d’être frontal avec les politiques

« Etre frontal ne veut pas dire être dans un rapport de force. Vous n’avez pas vu Mbaye Gueye, le tigre de Fass. Quand il était dans l’arène, Il était frontal dans sa manière de lutter. Il était à la recherche de failles de l’adversaire plutôt que d’être dans un rapport de force. On peut être frontal avec les excès de la Dic ou contre l’utilisation abusive de la force causant des morts comme lors des manifestations politiques de l’année dernière. Nous devons tous être des sorte de vigie ».

En vigie qui regarde sa société, il ne manque pas de lancer une pique. « Quand j’attends certaines institutions internationales pleuraient sur le cinéma africain, je manque de m’étrangler. La banque mondiale est en partie responsable de la situation avec les plans d’ajustement structurel » qui avaient accompagné la dévaluation du F Cfa au début des années 90.

Pour un renouveau du cinéma, Moussa Touré n’y va pas par quatre chemins. « Il faut d’abord des salles, le gouvernement est obligé d’en construire pour le développement du cinéma local. Je propose qu’on rompe avec ce qui se fait à l’étranger. Utilisons nos spécificités et nos avantages et même nos points faibles pour en faire une force pour le cinéma. La climatisation des salles devient problématique avec les coupures d’électricité, pourquoi ne pas revenir à la mode des salles découvert, sans toit. Il faut en construire en banlieue qui peut être un bon support populaire, avec des prix abordables. L’utilisation du numérique simplifie les moyens de projection. La relance du cinéma passe par là ».

Moussa Touré apprécie les efforts du nouveau régime qui a alloué une subvention de 3 milliards pour le cinéma. « C’est bien mais peut mieux faire. Même si je peux avoir des subventions ailleurs, je refuse désormais de faire un film sans que l’Etat n’y mette un centime » conclut-il pour être fidèle à l’image qu’il projette de personnage sans concession alors qu’il suffit de creuser pour découvrir son vrai visage de personne avenante.


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