Mode

Stylisme : Ralph Lauren, l’empereur de la mode américaine, range son dé

Le styliste américain le plus connu, Ralph Lauren, prend le large. A 75 ans, il passe le flambeau de l’empire qu’il a créé en 1960 en dessinant des cravates sous la marque Polo. Son style est typique de la décontraction et du chic « villégiature » de la côte nord-est américaine.

Ralph Lauren a jugé que 75 ans était un bel âge pour transmettre. Il laisse donc la direction générale du groupe qui porte son nom à Stefan Larsson, un Suédois de 41 ans qui a fait toute sa carrière dans le secteur de l’habillement. Cela dit, le créateur ne quitte pas pour autant son empire. Il en demeurera le président exécutif et gardera la haute main sur la création.
 Celui qui est devenu le styliste américain le plus en vue n’était pas destiné à l’univers de la mode. Il n’a jamais suivi la moindre formation dans ce domaine, mais il a fréquenté durant deux ans les cours de gestion du City College de New York. Pas diplômé certes, mais le jeune homme du Bronx né Ralph Lifschiltz de parents immigrés juifs de Russie, sait ce qu’il veut. « Je voulais simplement faire mon truc », dira-t-il plus tard, et ce sera d’habiller les Américains, puis le monde, dans le style preppy qu’il affectionne, le bon chic, bon genre, ou Bcbg comme on dit en France.  
 Parce qu’il juge meilleur pour les affaires de s’appeler Ralph Lauren, il modifie son nom et commence par apprendre le métier dans des magasins de mode masculine. Chez Brooks Brothers, conservatoire du bon goût masculin depuis 1818 où on trouve même des kilts, le jeune Ralph propose en vain ses multiples idées de formes et de couleurs. Las, la vénérable maison n’est pas preneuse ; c’est trop pour elle et trop pour ses clients, attachés qu’ils sont au gris, marine et marron, la trinité intangible de l’époque.
 Qu’à cela ne tienne, le remuant Ralph fait réaliser à ses frais les cravates qu’il dessine. Coupe large, rayures, couleurs vives et motifs inhabituels comme des joueurs de polo, le moins que l’on puisse dire c’est qu’on les remarque. Il démarche sans grand succès les boutiques new-yorkaises jusqu’à ce que le grand magasin Bloomingdales’s accueille sa collection balbutiante dans ses rayons très sélects.

rfi.fr


Thiané Diagne, Creatrice et directrice de la Maison « Jour-J Couture» : La reine de la soie

Avec sa maîtrise en Sciences économiques et de gestion, Thiané Diagne pouvait prétendre à un poste de cadre dans le public ou le privé. Mais la Directrice de la maison de couture « Jour-J » a préféré se consacrer, avec bonheur, à sa passion : la mode.

La vie est ainsi faite. Elle cache ces caprices qui vous mènent vers des chemins que vous ne vous étiez pas forcément tracés. Il s'agit de ces changements brusques de trajectoire qui surviennent quand vous vous y attendez le moins mais qui, en définitive, vous conduisent vers ce qui fera votre fortune et votre renommée. C'est ce qui est arrivé à Thiané Diagne, couturière et propriétaire de la maison de couture « Jour-J ». Cette quinqua, au fil des années, a fini de se coudre une belle étoffe de notoriété dans le monde de la mode sénégalaise, sous-régionale, voire internationale. Le poncif accroché dans sa boutique de prêt-à-porter où on la voit poser fièrement avec un trophée que lui a décerné l'Onu, en est une illustration parfaite. Et puis, ce n'est pas pour rien qu'au mois de juillet dernier, L'Organisation internationale de la Francophonie (Oif) lui a confié l'organisation d'une résidence de formation sous forme de classe de maître destiné à huit jeunes créateurs francophones pour la conception d'une collection spécifique composée de cinq tenues pendant deux semaines. C'est dire que la réputation de Thiané Diagne dépasse bien les frontières sénégalaises.

Une maîtrise en poche
Titulaire d'une maîtrise en Sciences économiques et de gestion à l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar et alors qu'un cycle de Dea lui tendait les bras, la native de Dakar décide subitement de refermer cahiers et livres. Elle déserte les chemins de l'amphithéâtre et emprunte les sentiers qui mènent vers le monde des strass et des paillettes, de la sape et du show business. Ce virage à 90 ° peut paraître surprenant de prime abord, sauf que des signes avant-coureurs, il y en avait. Même si, jusqu'à présent, certains de ses camarades ne s'expliquent pas toujours ce choix de carrière aussi tranchant qu'un coup de ciseaux. « En même temps qu'ils le pressentaient, certains de mes amis n'arrêtent pas de me demander, jusqu'à présent, ce qui m'a décidé à embrasser ce métier », raconte-t-elle avec un grand sourire qui laisse transparaître toute la joie de vivre qui habite cette dame dont la chanteuse Viviane Ndour a chanté et vanté les mérites. L'étonnement des amis de Thiané est bien légitime. Sous nos cieux, d'habitude, le créneau de la coupe et de la couture, fait partie, avec la mécanique et la menuiserie, de l'un des points de chute des rebuts du système scolaire. Alors pour une « maîtrisarde », cela peut bien laisser pantois.
Pourtant, celle qui, plus tard, fera de la soie son tissu de prédilection, savait bien ce qu'elle faisait et ce qu'elle voulait. D'ailleurs, sa première machine à coudre, elle l'a payée avec sa première bourse d'étudiante. « Je l'avais laissée à la maison et à mes heures perdues, je faisais de la couture. J'ai toujours aimé ce métier. Il m'arrivait de changer un peu les tenues que les tailleurs me faisaient durant les fêtes ». Même son option d'aller à la Faculté des Sciences économiques et de gestion était guidée par cette sourde et brûlante ambition de faire de la haute couture. « Quand j'ai eu mon bac, on m'a orientée en Physique-chimie mais je ne voulais pas y aller donc j'ai tout fait pour qu'on m'amène à la Faseg parce que je m'étais dit que tôt ou tard, j'allais gérer mes propres affaires et pour cela, il fallait que j'aie une bonne base en gestion d'entreprise », confie l'ancienne du lycée Kennedy. Qu'importe si certains, au début, n'ont pas compris le choix de Thiané. Pour elle, s'était clair dans la tête qu'elle n'était pas faite pour devenir universitaire. Et aujourd'hui, l'avenir lui a donné raison. Persuadée d'accomplir son inévitable destin ailleurs que dans un amphithéâtre, Thiané s'est imposée avec la hargne d'une ambitieuse. Entre ses mains, le tissu le plus sous-évalué, retrouve toute une valeur marchande.
Toute jeune, elle faisait des robes de poupées. A l'université, elle portait des tenues qu'elle confectionnait elle-même. Séduites, ses amies veulent s'habiller comme elle. La clientèle estudiantine afflue chez la dilettante. Les premières coupes ne sont pas un modèle de perfection. Trente ans plus tard, elle continue de rire de cette expérience : « Mes premières clientes étaient des amis et c'étaient mes cobayes », rit-elle aux éclats. Mais Thiané aimait tellement ce métier que, ses examens de juin passés avec brio, elle refusait de se reposer. Ses camps de vacances ne sont ni les plages ni les soirées dansantes mais plutôt les ateliers de tailleur du quartier. « Même si je suis passionnée et que j'avais déjà quelques prédispositions, ce n'est pas un métier que l'on exerce comme ça du jour au lendemain. La formation est importante », dit-elle d'un ton modeste.

Une spécialiste de la soie
Après des années bizutage, Thiané se met finalement à son propre compte, à partir de 1992, en ouvrant un petit atelier de couture dans la concession familiale sise au Scat Urbam. « Je faisais, à l'époque, plus dans le prêt-à-porter que dans la couture », précise-t-elle. Cinq ans plus tard, face à l'afflux de ses clients et l'étroitesse de son petit atelier, Thiané migre d'abord à la Sicap Liberté 3 puis au Sacré-Cœur où sa boutique, « Jour-J » trône majestueusement en bordure du décor de la circulation automobile rapide. Aujourd'hui, c'est le lieu de convergence de toutes celles qui veulent bien paraître le jour de leur mariage. Et pourtant, que ce fut difficile au début ! « Il fallait tout faire pour se faire une place. C'est pourquoi j'ai passé beaucoup de temps à créer pour faire la différence, d'apporter du nouveau, pousser les gens à venir vers moi ».
Aujourd'hui, au Sénégal, quand on parle de la soie et de haute couture, les esprits se tournent vers Thiané Diagne. Ce tissu est la véritable signature des collections « Jour-J ». Elle a jeté son dévolu sur cette étoffe du fait de son « caractère universel », de sa « fluidité », de « l'élégance » qu'elle donne aux tenues. « Je ne sais pas ce qui s'est passé, mais dès le premier contact avec ce tissu, je l'ai aimé et adopté. Son rendu est exceptionnel. Quand on travaille sur une matière et qu'elle nous donne tout ce qu'on veut, il n'y a pas de raison de ne pas l'aimer », dit-elle de la soie. Auparavant, elle a participé à de nombreux séminaires-ateliers notamment avec l'Académie de mode de Paris à son passage au Sénégal, pour renforcer ses capacités. En bonne perfectionniste, elle n'a jamais rechigné à apprendre. Toute nouvelle expérience ne fait que l'enrichir. « J'ai participé à beaucoup d'autres séminaires et ateliers parce que ma conviction est qu'on n'apprend jamais assez, il y a toujours des choses à découvrir », philosophe celle qui a été très tôt convaincue qu'elle était prédestinée à la couture.
Son don, elle a dû donc le ciseler, le modeler et remodeler avant de rencontrer le succès. Dans cette quête de reconnaissance, elle a fait des Diouma Dieng Diakhaté, Collé Ardo Sow et Elhadji Kébé, ses références. Des couturiers qui ont déjà hissé haut l'étendard du Sénégal à l'international et à qui elle ne cessera jamais de rendre hommage. « Ces personnalités sont une fierté pour moi, c'est pourquoi quand je fais mes événements, j'essaie de les mettre au-devant de la scène. Elles ont beaucoup fait pour vendre la destination du Sénégal », témoigne-t-elle. Apparemment, Thiané Diagne n'est pas de ceux qui pilonnent la vieille garde au nom d'une concurrence de mauvais aloi. Seules les grandes âmes savent faire preuve d'une telle marque de gratitude. Se rapprocher des anciens et se nourrir de leur expérience, voilà ce que Thiané Diagne conseille à la nouvelle génération de couturiers trop pressés et happés par les lumières évanescentes d'un succès souvent éphémère. « Les jeunes créateurs doivent côtoyer et profiter de l'expérience des grands couturiers. Malheureusement, aujourd'hui, au Sénégal, les gens ouvrent des maisons de couture sans être couturier, ni styliste, ni modéliste. Or, il faut aller à la source, découvrir le métier, et essayer de se former. Aujourd'hui, un jeune qui n'est pas formé ne peut pas aller loin », martèle-t-elle.

Par Elhadji Ibrahima THIAM


Lamine DIASSE : L’art du sur-mesure

Lamine Diasse, couturier-styliste-créateur, méconnu du grand public sénégalais, n’en jouit pas moins d’autorité auprès de ses compères, à l’échelle internationale. Le jeune styliste qui se veut de révolutionner son domaine, propose du « vrai » « made in Sénégal » n’ayant rien à envier aux plus grandes marques internationales.     

Le calme règne dans le décor des Scat Urbam, où Lamine Diassé a fini d’élire son atelier de couture. La salle d’attente est meublée avec retenue, dans des tons qui dégagent la modestie. « Le voyez-moi » n’est pas ici de mise. Des sachets contenant des costumes, chemises et autres s’entassent tout de même dans la salle d’attente. L’espace s’avère exigu, dans un univers où se côtoient exclusivement des costumes et chemises d’hommes. La machine connectée à l’Internet, ère numérique oblige. Peu d’ostentation donc. Légèrement connu dans son pays, Lamine Diassé, styliste créateur, n’en jouit pas moins du respect et de l’admiration de ses compères, à l’échelle internationale.  En atteste les photographies plaquées à même le mur, mettant en valeur les prestations internationales du couturier.
Une trajectoire qui sort de l’ordinaire l’a mené d’apprenti-tailleur, dans un atelier dakarois, à l’une des plus prestigieuses écoles de style, couture et mode, en France. Très jeune, Lamine Diassé a appris le métier de tailleur dans le tas. Il est initié chez le maître couturier Laye Diarra, où il fait la connaissance du costume, il avait 17 ans. Il y apprend à mesurer, à tracer, à couper. Après plusieurs années de collaboration sous l’aile protectrice de Laye Diarra, il décide, un beau jour, de voler de ses propres ailes. Une décision interprétée, à l’époque, comme « une fuite en avant de quelqu’un qui ne veut pas travailler », se remémore le jeune tailleur, devenu aujourd’hui maître dans son domaine. C’était sans comprendre la véritable ambition du jeunot. Lamine Diassé avait alors 26 ans. Il est né en 1975 à Dakar.
Un parcours certes parsemé d’embuches, mais murement mené, qui commence aujourd’hui à produire les attentes escomptées. Il préfère faire profil bas, travailler beaucoup, se concentrer sur ses ambitions. Actuellement, il se veut l’incarnation d’une nouvelle élite de tailleurs jeunes, prête à relever les plus grands défis : « Longtemps, j’ai été la risée de quelques-uns. Mais pendant qu’ils étaient tous en train de parler, qu’est-ce que je faisais ? Je posais les fondations de ce qui va, sous peu, s’imposer comme une évidence », confie-t-il.
Il part en France pour approfondir ses connaissances dans le domaine de la mode, du stylisme et de l’industrie vestimentaire. Il suit une formation à la Fenaph avec des experts de l’Académie internationale de coupe de Paris (Aicp). Au cours de sa formation, il rencontre Jean-Pierre Houée, expert de l’Aicp, qui lui apprend la conception du produit et les secrets de la fabrication. Ce dernier croit en son talent et l’intègre dans son équipe. Il effectue également plusieurs stages dans des maisons de couture réputées en France. Cette expérience acquise à bonne école va plus tard servir.
En effet, Lamine Diassé, peut se targuer d’habiller nombre de personnalités au Sénégal, dans la sous-région, mais également au niveau international. Il réalise des costumes sur-mesure qui n’ont rien à envier aux plus grandes maisons de marques internationales et qui, de surcroît, sont de prix moindre.
Comme tout entrepreneur bien avisé, il a bien choisi son entourage. La bonne équipe, les bons partenaires font que tout fonctionne, une bonne vision nécessite aussi des personnes compétentes pouvant la concrétiser. Lamine Diassé emploie plus d’une dizaine de jeunes tous formés à bonne école, sous son œil vigilant.           
« J’ai dû toujours travailler très dur », explique-t-il. « On me demande : pourquoi faîtes-vous tout ça ? Vous n’y êtes pas forcé, mais je dois le faire, j’ai beaucoup de choses à démontrer. J’aime les défis, c’est dans mon Adn », confie-t-il.
C’est fort de son savoir que le styliste lance son label en 2005. « Dans un premier temps, je ne voulais pas ouvrir un atelier, j’étais plus attiré par la connaissance ». Lamine Diassé passait, en effet, tout son temps entre les livres, qu’il commandait à Paris, et Internet pour débusquer les secrets des grands créateurs européens, confie-t-il.

Lamine Diassé Couturier (Ldc)
Les débuts de l’aventure de Lamine Diassé Couturier (Ldc), sa propre marque, ne sont pas des meilleurs. Les gens préfèrent acheter un costume dans le prêt-à-porter à moindre prix, plutôt que d’effectuer une commande, chez lui à un prix supérieur. Même ceux qui en ont les moyens optent, le plus souvent, passer leurs commandes à l’étranger, regrette-t-il. « Certains ont le complexe de s’habiller chez eux. Pourtant, j’ai souvent partagé des podiums de niveau mondial avec les plus grands stylistes », dit le styliste.
La principale difficulté résidait également dans le fait que le costume sur-mesure cible l’élite. « Je n’ai pas choisi le costume par hasard. C’est le produit le plus respecté au monde. Dans la plus grande école de France, il faut payer six millions cinq cent mille FCfa pour devenir costumier. Dans les grandes maisons de couture en Europe, ce produit se réalise à 5.000 ou 6.000 euros la pièce », relève-t-il. Lamine Diassé qui possède le même savoir-faire et exploite les mêmes matières premières que ces grandes maisons de couture européennes n’est pas pour autant convoité comme il sied. Certains commencent, cependant, à s’approvisionner chez lui.  Le couturier est également aidé par Mansour Dieng, patron d’Icône magazine bien introduit dans le club sélect des personnalités. « Il a cru en moi et n’a pas hésité à m’encadrer dans ma communication et à me prodiguer des conseils très utiles », explique Lamine Diassé.
Dans ses ambitions, le jeune styliste souhaite ouvrir une grande boutique où les Sénégalais pourront acheter ses produits. Mais son rêve est d’ouvrir à Dakar une grande école de mode. « Si j’avais les grands moyens, j’ouvrirais un établissement de mode, une filière française pour permettre à des jeunes de se former et aux professionnels de se perfectionner ». Il est convaincu que pour révolutionner la mode sénégalaise, « il nous faut de grandes écoles pour enseigner les normes aux stylistes, les fondamentaux de l’industrie vestimentaire, la gestion de la production, les tailles, en d’autres termes les normes conventionnelles du vêtement ».
Le tailleur déplore que l’ensemble des matériaux de confection des costumes provienne de l’Europe. Mêmes les boutons ne sont pas produits ici, au grand désarroi du tailleur. Son talent, il dit être prêt à le partager avec les jeunes voulant faire carrière dans la haute couture. Côté prix, Diassé dit varier. Cela dépend de la qualité du tissu et du nombre de pièces commandées, assure-t-il. Quid de la qualité ? Elle est à tous les coups garantie, quel que soit par ailleurs le prix casqué, assure le jeune maître tailleur.

Par  Oumar BA


Amadou Diop Da Fashion : Les ciseaux sont d’or

Le destin peut paraître cruel, le temps long et l’horizon incertain tant que le talent sommeillant ne surgit pas pour susciter des espoirs et narrer à l’humanité les prouesses que de fins doigts sont en mesure de réaliser. Amadou Diop, patron de la marque Da Fashion, en est une illustration achevée.

Le pater familias peut rendre grâce au Ciel d’avoir illuminé son jugement quand son « gosse », anxieux, est venu lui annoncer qu’apprêter les étoffes l’enchantait davantage que les bancs du collège Ousmane Socé Diop de Rufisque. La sœur d’Amadou Diop, elle, peut se réjouir d’avoir été bonne prophétesse. Elle lui a soufflé le créneau de la mode après avoir vu ses ainés de l’université, bourrés de parchemins, « glander ». Il oublie l’architecture, son « rêve d’enfance », avoue-t-il, pour se lancer dans la couture. Après tout, toutes les deux requièrent une finesse exquise et de dociles mains escortant l’esprit en pérégrination à la quête de l’esthétique. Le longiligne garçon n’en était pas dépourvu. Il lui fallait juste un peu plus de « bagages ». Ce petit plus qui fait que les dédaigneux ne vous regardent pas de haut.
Le natif de Dakar se rapproche des couturiers du coin. Imbu de valeurs esthétiques, sa soif de savoir n’en est pas apaisée. L’Institut mode et couture, qu’il découvre par le plus heureux des hasards, l’accueille en tant qu’auditeur. Ici, on tâte l’étoffe et découvre les subtilités de la mode. Au bout de deux ans, l’institut devient un département de l’Ecole nationale des arts. Amadou décroche son brevet d’étude professionnelle. En 1998, après le brevet d’étude en stylisme, il côtoie des ténors de la mode sénégalaise comme Laye Diarra avec qui il a fait la semaine internationale de la mode. Au complexe Sadiya, il se découvre de nouvelles aptitudes. Mais le destin l’attendait ailleurs. La bonne fortune le trouve chez celui qu’il considère comme son mentor, le maître couturier Elhadj Kébé. Il dépose ses baluchons chez ce dernier en 2001, avec, en bandoulière, ses rêves de jeune fignoleur de tissus avide de succès, de reconnaissance.

2001, le ciseau d’or
Il l’eut la même année. Le ciseau d’or, le graal pour un jeune créateur, « était pour moi une magnifique expérience qui m’a permis d’avoir plus de visibilité, de faire de belles rencontres, de nourrir ma curiosité », se limite-t-il à confier, entouré de la pudeur des génies plus à l’aise dans leur coquille inspiratrice que dans la fourbe et passagère aura médiatique. Il tire moins de gloire des 5000000 FCfa octroyés au vainqueur que le fait de représenter dignement son pays. En Côte d’Ivoire, il « écœure » la concurrence en remportant le « Yehe d’or », trois années de suite (2006, 2007 et 2008). Au Cap-Vert, pour la semaine internationale de la culture sénégalaise, et au Togo, il épate par son talent.
Riche de toutes ces expériences, et au retour d’un stage effectué à la Haute école Francisco Ferrer de Bruxelles, Amadou lance, en 2007, sa marque Da Fashion, merveilleuse jonction entre ce que l’Afrique propose au monde et ce qu’elle ne répugne pas à lui emprunter. Le ndiaxas  (patchwork), il l’a repensé. Il n’est plus l’apanage de quelques personnes aux goûts peu relevés ou « va-nu-pieds » profitant de l’aubaine du ramassis. Le quadragénaire n’hésite pas à garnir de « ndiaxas » le plus chic des étoffes ou à en draper nos célébrités (l’animateur Boubacar Diallo). C’est qu’Amadou a laissé son inspiration divaguer entre les bacs à coupon et ses ciseaux d’orfèvre pour donner à la mode une touche rafraichissante que même l’anglicisme patchwork ne saurait rendre. Mais qu’on ne l’y enferme pas ! Son habile esprit s’engouffre dans toutes les brèches laissées entrouvertes par un monde féru de nouveautés et d’échanges.

Le grand Serigne, Abdou Guité… et ceux qui veulent mieux paraître
Bien qu’il ait donné au « ndiaxas » toute la magnificence que requièrent nos soirées glamour « tape-à-l’œil » où la mise soignée est un carton d’invitation, la « fine » gâchette ne veut pas être confinée dans l’étroitesse d’une cave sans soupirail. « Car, dit-il, il n’y a pire amoureux de la nature que celui là qui porte des œillères ». Da Fashion, c’est la subtile alliance entre le moderne et le traditionnel. Ils s’imbriquent sans en pâlir. Il coupe avec le même bonheur le costume et le boubou. Il n’est pas rare de trouver, dans son temple d’ébauche et de création, une coupe d’autres cieux garnie de broderie ou de « ndiaxas ». Amadou pose un visage sur l’hybride.
Pouvait-il en être autrement d’ailleurs avec cette âme à l’imagination des poètes ? Il a nourri ses yeux et stimulé sa créativité au contact des autres ; celles et ceux là qui font jaillir si brillamment la lumière sur l’étoffe à travers les événements de mode : Fashion week, Symod, Shalar, Fil francophonie Dakar et Paris, Recycle tes fripes en Belgique…Cela lui a donné une plus grande visibilité, de la clientèle aussi. On lui doit les majestueux boubous, manteaux et chéchias du Grand Serigne de Dakar, Abdoulaye Makhtar Diop. Les chanteurs Abdou Guité Seck et Amy Collé Dieng ou encore l’athlète Mamadou Kassé Anne se fringuent chez lui. Mais lui refuse d’être le tailleur des stars. Il est au service de tous ceux « qui veulent paraître plus beaux », dit-il, timide. Timidité qui ne l’empêche pas de rappeler au président Macky Sall les promesses qu’il avait faites à la Fédération des couturiers créateurs associés du Sénégal dont il est le vice-président : un espace sur le pôle de Diamniadio et vingt millions… si souvenirs de sa majesté se fanent.

Par  Alassane Aliou MBAYE (stagiaire)



Eric Raisina à Dakar pour « Drôles de trames »

Le créateur d’origine malgache, Eric Raisina, présente ce soir, au siège de la société Eiffage Sénégal, sa 6ème collection estampillée « Drôles de trames ». Hier, lors d’une rencontre avec la presse, Raisina a exprimé sa volonté de partager avec le public son univers dominé par la soie qu’il transforme et détourne. Il est toujours à la quête de nouvelles matières, de nouvelles textures.
Pour la présentation de ce soir, Raisina va présenter deux univers : une collection pour femme et une autre pour homme. Au regard du styliste, ce 6ème défilé à Dakar est d’autant plus important que cela lui permet de retrouver son Madagascar natal où il n’a pas encore présenté de collection. « Dakar me donne cette énergie pour la créative, l’échange », a estimé le styliste qui table sur 46 passages au cours de la soirée. Pour cette exposition, Eric Raisina part d’une histoire inspirée par l’artiste-peintre mexicaine Frida Kahlo. Celle-ci a beaucoup peint d’autoportraits. Raisina a choisi de mettre l’accent sur la personnalité de la créatrice.
Eric Raisina crée sous le label « Haute texture », en créant ses propres vêtements avec des pièces uniques. Il est présenté comme un maître de la soie et de la couleur. Il a choisi de s’installer au Cambodge où il travaille essentiellement la soie qu’il teint, tisse, destructure et retisse ou crochète dans ses ateliers, près d’Angkor. Après le défilé au siège d’Eiffage Sénégal, Eric Raisina présentera, vendredi, ses collections à la Fashion week d’Adama Paris avant d’exposer ses pièces à la Galerie Arte de Dakar (5, rue Victor Hugo x Av. L.S.Senghor).

E. M. FAYE


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